SCÈNE IV
FILANDRE, THÉANE, NÉRÉE.
THÉ ANE, h Nérée, Je hais cet importun autant que le trépas.
NÉRÉE
Le voulez-vous chasser? ne lui répondez pas,
THÉANE.
Je suivrai ton avis.
FILANDRE, <7 Thêatie qui, au lieu de V écouter^ s entretient avec Nérée.
Belle prison des âmes.
Doux miracle d'amour, source de tant de flammes. Enfin que produiront mes soupirs et mes pleurs , Et quel terme est prescrit à mes longues douleurs? Quels vœux succéderont à votre résistance? Pour qui triompheront l'amour et la constance? Ces yeux qui charment tout, ces vainqueurs absolus. Sont-ils dessus ce choix encore irrésolus? Honorez d'un regard une de vos conquêtes; Accordez un mot seul à ses justes requêtes. Me fermez-vous l'oreille , et ne voyez-vous pas Un malheureux captif qui marche sur vos pas?
THÉANE, à Nérée.
Que me dis-tu, Nérée?
FILANDRE, à Théone ^ qui continue de s'entretenir avec Nérée.
O rigueur infinie!
Timplore un seul regard, et l'on me le dénie.
Insensible Théane, accordez un moment Au récit des douleurs d'un misérable amant.
THÉANE, Cl Nérêe .
O dieux! que m'as-tu dit?
FILANBRE.
Ingrate, inexorable, Fais-moi voir ce bel œil sévère ou favorable. Cruelle, je consens que mes soupirs soient vains; Mais ouvre au moins sur moi ces astres inhumains, Et ne refuse pas à ma douleur profonde Ce que ta courtoisie accorde à tout le monde. Orgueilleuse, esprit rare entre les vains mépris, Quelle rigueur insigne égale tes esprits?
THÉANE, se tournant vers lui dédaigneusement. Importun , laissez-nous.
FILANDRE, à Théane .^ qui continue de ne point Vécouter.
Indigne objet que j'aime, Que le ciel irrité te traite un jour de même; Que la douleur préside en ce cœur de rocher. Et qu'alors tes soupirs ne le puissent toucher; Qu'il te rende un exemple horrible à tes pareilles; Qu'il ferme à tes souhaits les yeux et les oreilles ; Qu'il s'oppose à tes vœux, et que tes vanités Exercent la rigueur de ses divinités.
Le temps est absolu sur les plus belles choses : Il n'épargnera pas ni ces lis ni ces roses; Un léger accident peut gâter ce beau teint, Et changer les couleurs dont ce visage est peint. Tu peux ne causer plus ni passion ni peine,