‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 409 sur 442 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

FILANDRE, THÉANE, NÉRÉE.

THÉ ANE, h Nérée, Je hais cet importun autant que le trépas.

NÉRÉE

Le voulez-vous chasser? ne lui répondez pas,

THÉANE.

Je suivrai ton avis.

FILANDRE, <7 Thêatie qui, au lieu de V écouter^ s entretient avec Nérée.

Belle prison des âmes.

Doux miracle d'amour, source de tant de flammes. Enfin que produiront mes soupirs et mes pleurs , Et quel terme est prescrit à mes longues douleurs? Quels vœux succéderont à votre résistance? Pour qui triompheront l'amour et la constance? Ces yeux qui charment tout, ces vainqueurs absolus. Sont-ils dessus ce choix encore irrésolus? Honorez d'un regard une de vos conquêtes; Accordez un mot seul à ses justes requêtes. Me fermez-vous l'oreille , et ne voyez-vous pas Un malheureux captif qui marche sur vos pas?

THÉANE, à Nérée.

Que me dis-tu, Nérée?

FILANDRE, à Théone ^ qui continue de s'entretenir avec Nérée.

O rigueur infinie!

Timplore un seul regard, et l'on me le dénie.

Insensible Théane, accordez un moment Au récit des douleurs d'un misérable amant.

THÉANE, Cl Nérêe .

O dieux! que m'as-tu dit?

FILANBRE.

Ingrate, inexorable, Fais-moi voir ce bel œil sévère ou favorable. Cruelle, je consens que mes soupirs soient vains; Mais ouvre au moins sur moi ces astres inhumains, Et ne refuse pas à ma douleur profonde Ce que ta courtoisie accorde à tout le monde. Orgueilleuse, esprit rare entre les vains mépris, Quelle rigueur insigne égale tes esprits?

THÉANE, se tournant vers lui dédaigneusement. Importun , laissez-nous.

FILANDRE, à Théane .^ qui continue de ne point Vécouter.

Indigne objet que j'aime, Que le ciel irrité te traite un jour de même; Que la douleur préside en ce cœur de rocher. Et qu'alors tes soupirs ne le puissent toucher; Qu'il te rende un exemple horrible à tes pareilles; Qu'il ferme à tes souhaits les yeux et les oreilles ; Qu'il s'oppose à tes vœux, et que tes vanités Exercent la rigueur de ses divinités.

Le temps est absolu sur les plus belles choses : Il n'épargnera pas ni ces lis ni ces roses; Un léger accident peut gâter ce beau teint, Et changer les couleurs dont ce visage est peint. Tu peux ne causer plus ni passion ni peine,

Page 1