SCÈNE PREMIÈRE
^0!» VOIT LE TOMnKAU d'hERCULE.)
LUSCINDE, PHILOCTETE.
LUSCINDE
loi, qui sais de quel œil il vit borner ses jours, Fais-moi de ce trépas le tragique discours. Quelle fut sa vertu ?
PHILOCTETE.
La mort lui parut telle Que la vie à nos yeux ne fut jamais si belle.
LUSCINDE
Dieux! et quel lui parut ce brasier dévorant?
PHILOCTETE.
Ce que te paroîtroit un parterre odorant. 11 fit sa mort célèbre; il en bénit les causes, Et fut dans les charbons comme parmi des roses.
LUSCINDE
D'un front toujours égal?
PHILOCTETE.
Et d'un œil plus riant Que celui du soleil n'est dessus l'orient;
6a HERCULE MOURANT,
11 acquit sur le feu sa dernière victoire , Et vit finir sa vie en achevant sa gloire.
LUSCINDE
Qui vit avec honneur, doit mourir constamment; Mais fais-m'en le récit en deuxjngts seulement.
PIIILOCTÈTE.
Quand il eut résolu cette mort inhumaine ,
Il fit nos propres mains complices de sa peine.
En* la forêt d'Oetha, chacun le fer en main,
Sur ses arbres sacrés accomplit son dessein ;
Lui-même le premier travaille à sa ruine :
Il coupe, arrache ,• rompt jusques à la racine.
La forêt retentit à ce trouble nouveau :
L'un frappe sur le chêne et l'autre sur l'ormeau.
La terre s'ébranla , les Dryades gémirent ,
Et de crainte et d'horreur tous les Faunes frémirent ;
Les arbres, dépouillés de leurs feuillages verts.
Se virent bien plus nus qu'au milieu des hivers ;
Les cerfs sont étonnés d'y perdre leurs ombrages ,
Et d'un pas incertain cherchent d'autres feuillages ;
Le plus petit oiseau ne peut où s'y percher,
Et toute la forêt ne devient qu'un bûcher. •
Il nous presse, et lui-même en de diverses formes
Range les troncs coupés des chênes et des ormes;
Il dresse avec plaisir ce qui doit l'embraser,
Et veut que sa massue aide à le composer;
Il y jette la peau du monstre de Némée :
a Elle y sera , dit-il , avec moi consumée. »
Lors, on s'efforce en vain de cacher ses douleurs,
Tous se trouvent saisis, et chacun fond en pleurs;
Mais sa mère surtout relâche son courage,