‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 43 sur 442 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

^0!» VOIT LE TOMnKAU d'hERCULE.)

LUSCINDE, PHILOCTETE.

LUSCINDE

loi, qui sais de quel œil il vit borner ses jours, Fais-moi de ce trépas le tragique discours. Quelle fut sa vertu ?

PHILOCTETE.

La mort lui parut telle Que la vie à nos yeux ne fut jamais si belle.

LUSCINDE

Dieux! et quel lui parut ce brasier dévorant?

PHILOCTETE.

Ce que te paroîtroit un parterre odorant. 11 fit sa mort célèbre; il en bénit les causes, Et fut dans les charbons comme parmi des roses.

LUSCINDE

D'un front toujours égal?

PHILOCTETE.

Et d'un œil plus riant Que celui du soleil n'est dessus l'orient;

6a HERCULE MOURANT,

11 acquit sur le feu sa dernière victoire , Et vit finir sa vie en achevant sa gloire.

LUSCINDE

Qui vit avec honneur, doit mourir constamment; Mais fais-m'en le récit en deuxjngts seulement.

PIIILOCTÈTE.

Quand il eut résolu cette mort inhumaine ,

Il fit nos propres mains complices de sa peine.

En* la forêt d'Oetha, chacun le fer en main,

Sur ses arbres sacrés accomplit son dessein ;

Lui-même le premier travaille à sa ruine :

Il coupe, arrache ,• rompt jusques à la racine.

La forêt retentit à ce trouble nouveau :

L'un frappe sur le chêne et l'autre sur l'ormeau.

La terre s'ébranla , les Dryades gémirent ,

Et de crainte et d'horreur tous les Faunes frémirent ;

Les arbres, dépouillés de leurs feuillages verts.

Se virent bien plus nus qu'au milieu des hivers ;

Les cerfs sont étonnés d'y perdre leurs ombrages ,

Et d'un pas incertain cherchent d'autres feuillages ;

Le plus petit oiseau ne peut où s'y percher,

Et toute la forêt ne devient qu'un bûcher. •

Il nous presse, et lui-même en de diverses formes

Range les troncs coupés des chênes et des ormes;

Il dresse avec plaisir ce qui doit l'embraser,

Et veut que sa massue aide à le composer;

Il y jette la peau du monstre de Némée :

a Elle y sera , dit-il , avec moi consumée. »

Lors, on s'efforce en vain de cacher ses douleurs,

Tous se trouvent saisis, et chacun fond en pleurs;

Mais sa mère surtout relâche son courage,

Page 1