‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 44 sur 442 · ACTE V, SCÈNE I. G · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE I. G

Elle rompt ses cheveux, déchire son visage, Pousse des cris au ciel , meurtrit son sein de coups , Et plus que ce héros se fait plaindre de tous. « Réj)rimez, lui dit-il, cette douleur cruelle; Vous ôtez à ma mort la qualité de belle : Voulez-vous de vos pleurs obscurcir mon renom, Et rendre mon trépas agréable à Junon ? » Là, de ses propres mains la flamme est allumée. L'air noircit alentour d'une épaisse fumée ; Et l'on voit aussitôt un tel embrasement , Que la flamme atteignit jusqu'à son élément. Si proche de sa fm, l'œil riant, la voix saine, « Quoi! vous pleurez, dit-il en s'approchantd'Alcmène; r Vous plaignez mon destin quand mon père m'attend ? ^ Vous vivrez affligée, et je meurs si content. Ma mère!., w achevoit-il : elle, à ce nom de mère, De nouveau s'abandonne à sa douleur amère , Crie, accuse le ciel, nomme les dieux jaloux. Et va tomber pâmée à quelques pas de nous. C'est là que la constance eut d'inutiles armes; C'est là qu'il soupira, son œil versa des larmes : 11 cessa d'être Alcidc en ce moment fatal , Et plaignit les regrets dont on plaignoit son mal. Mais que cette douleur fut bientôt consolée , Et qu'il rétablit tôt sa constance ébranlée! « Fidèle compagnon , dit-il en m'cmbrassant , Ranime la couleur de ton teint languissant ; Et, si tu fus toujours conforme à mon envie, Ne pleure point la mort dont j'achète la vie ; Accomplis seulement l'arrt-t qui t'est prescrit. Et fais que sur ma tombe Arcas rende l'esprit. » A ces mots , le tejnt doux , l'œil gai , la face ouverte ,

Il nous embrasse tous , et tous pleurent sa perte ; Il paroît seul content, et, riant de nos pleurs, Entre dans ce bûcher comme en un lit de fleurs. Jamais roi triomphant, environné de palme, 'Ne parut en son char plus joyeux ni plus calme; jSon esprit toujours sain ne fut point altéré, Mais presque en un moment son corps fut dévoré.

LUSCINDE

Océsolution digne de son courage!

PHILOCTÈTE

La fumée aussitôt forme un épais nuage;

Un tonnerre éclatant retentit dans les airs ,

Et le ciel s'entr'ouvrit au milieu des éclairs ;

Sa mère en ce tombeau fît enfermer sa cendre,

Et montra pour sa perte un courage si tendre ,

Qu'à voir ses actions tous les cœurs interdits

Plaignoient également et la mère et le fils.

Mais elle vient ici : vois qu'elle est affligée!

Que son geste est confus! et comme elle est changée!

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