‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 45 sur 442 · ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II

Ceci fut la terreur de la terre et de l'onde, Et je porte celui qui soutint tout le inonde. J

AGIS

Nos larmes de sa mort sont d'indignes effets ; Honorons ses vertus et publions ses faits; Faisons d'un beau trépas une belle mémoire , Et que nos lâchetés n'altèrent point sa gloire.

ALCMÈNE

Je ne me plaindrois pas! ô barbare conseil! Je pourrois voir sans pleurs ce malheur sans pareil ! Que tarde mon trépas? que fera plus Alcmène, Que plaindre et que nourrir une éternelle peine? Quelle vertu réside en ce débile sang?

Quel Hercule nouveau porterai-je en ce flanc? Quels titres glorieux flatteront ma pensée? Et de quel Jupiter serai-je caressée?

Monarque des Thébains, aimable et cher époux, Qu'heureux fut ton trépas , et que ton sort fut doux 1 Que la perte du jour étoit peu regrettable Au père qui laissoit un fds si redoutable! Et combien les enfers qu'il avoit déconfits, Ont respecté le père à cause de son fils! Quel sera mon asile? en quel lieu de la terre Des rois qu'il a domptés puis-je éviter la guerre? Toi qui trouvas Alcmène agréable k tes yeux, Monarque souverain de la terre et des cieux. Comme a fait ma beauté , que ma douleur te touche ; Récompense aujourd'hui les faveurs de ma couche; Fais-moi suivre ses pas, réunis nos esprits, Et que de mes baisers ton foudre soit le prix. Tome II. 5

PHILOCT^TE.

Pour rompre des tyrans les mortelles pratiques, Vous n'aurez seulement qu'à montrer ses reliques; Elles rendront les cœurs et les bras engourdis , Et mettront la frayeur au sein des plus hardis.

A.LCMÈNE , h Philoctete.

Toi dont il reconnut l'ardeur et le courage , A qui seul de ses traits il a laissé l'usage. Que tarde leur épreuve? et pourquoi n'as-tu pas Dessus sa tombe encor versé le sang d'Arcas? A ses mânes sacrés offre ce sacrifice : Ta foi balance-t-elle en ce dernier office?

PHiLOCTÈTE, tenant les traits.

Je dois aveuglément répondre à son espoir; Mais combien mon esprit répugne à ce devoir!

ALCMÈNE

Quoi, pour le fils d'un dieu tu plains une victime?

PHILOCTÈTE

Arcas n'importe peu : mais j'ignore son crime.

ALCMÈNE

Par les armes mon fils fut maître de son sort, Et la loi des vaincus le rend digne de mort.

PHILOCTÈTE

; Mais ils sont innocens en une juste guerre; V Et que faisoit Arcas que défendre sa terre?

ALCMÈPfE.

Il soutint Euritée et sa déloyauté.

PHILOCTÈTE

lole étoit promise à sa fidélité.

Page 1