‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 68 sur 442 · ACTE 11, SCÈNE II. io · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCÈNE II. io

» Voyant ta face « Sèche et sans grâce, » Tu voudras de dépit rompre ta glace ; » Ton âge aura l)lanclii ces tresses blondes , » Tu ne les feras plus friser en ondes.

» Lors ta manie

» Sera punie , » Je ne chérirai plus ta compagnie ; » Et dans ce changement de ma fortune , » Je serai l'inhumain , toi l'importune . »

Alidor.

ALIDOR

Je ne puis que louer de sa rare beauté ; Mon abondance ici fait ma stérilité.

LYSis déploie un autre papier, et lit.

A Caliste.

« De quelques ornemens que l'Aurore se pare, » Quoi que l'œil du jour ait de rare, » Quelque beauté qui puisse asservir les esprits, » De quoi que la nature au printemps soit pourvue, » Caliste, tout n'est rien à ceux qui vous ont vue, » Qu'un objet de mépris.

» N'allez point à la cour pour voir de belles choses ,

» Et n'estimez ni lis ni roses:

T> Rien ne peut égaler votre moindre ornement. » Il n'est point de beautés à la vôtre pareille : » Si vous désirez voir d'admirables merveilles, » Mirez-vous seulement.

)) Lors vous verrez en vous la seule créature » Qui nous fait priser la nature ,

io4 LA CÉLIMÈNE,

» L'objet seul que jamais elle ait fait sans défauts : )j Par vous elle n'est plus à soi-même imitable; » Et si vous ne trouvez que je sois véritable, « Votre miroir est faux.

» Que les plus grands esprits me porteroient d'envie ,

»Que j'aurois une longue vie, » Que je serois chéri , que mes vers seroient doux, » Que je loûrois le sort qu'incessamment j'accuse, » Et qu'on m'estimeroit si l'on trouvoit ma muse » Aussi belle que vous !

» Il n'est point de bonheur comparable à mon aise

» S'il arrive qu'elle vous plaise ; » Mille charmes nouveaux paroîtront dans mes vers; » Ils n'auront plus ni mot ni lettre qui ne touche , » Quand ils seront prisés par la plus belle bouche » Qui soit en l'univers. »

(Il vient à Alidor. )

As-tu bien réussi?

ALIDOR

Jamais pauvre rimeur

N'eut tant d'ambition et moins de bonne humeur.

J'ai fait ce peu de veis depuis que je travaille ;

Ecoute si j'ai rien imaginé qui vaille. (11 lit.)

« Enfin qu'ordonnez-vous , inhumaine beauté ?

» Quand ne verrai-je plus en votre cruauté

» Des sujets de me plaindre et d'épandre des larmes?

» Quand serai-je plus cher à votre œil mon vainqueur ? » Quand sera votre cœur » Aussi doux que vos charmes ?

» Ne finirez-vous point le cours de ma misère ?

» Dois-je chercher la mort?»

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