ACTE II, SCÈNE IT. io
Mon amour me fournit mille pensers divers, Et je n'en puis trouver pour achever ce vers.
LYSIS
Cet œuvre est au-dessus de ton style ordinaire. Je t'attends au logis, je crains de te distraire : Achève, cher ami; je te nuis en ces lieux. Surtout exprime bien la douceur de ses yeux.
( Il sort. )
ALI DO R seul^ assis et appuyé contre un arbre.
Quitte, quitte, Alidor, ce pénible exercice: De tes pleurs seulement écris son injustice; Seuls ils peuvent prouver tes transports innocens, Seuls ils peuvent parler des ennuis que tu sens ; Et c'est bien vainement: qu'un malheureux présume De fendre un cœur si îîïur avec des traits de plume. Jetez, arbres, voyant comme je brûle ici, Les pleurs que vous jetez quand vous bridez aussi. Si d'Amour autrefois vous sentîtes la force, Si vous avez été sans mousse et sans écorce. Tremblez, soyez atteints au récit de mes maux. Est-il quelque martyre égal à mes travaux? Mais que mon œil est las de souffrir la lumière ! Quel assoupissement me ferme la paupière ? Dieux! appelez mon âme en cet heureux sommeil, Accordez à mes yeux un dormir sans réveil.
( Il s'eodort. )
io6 LA CÉLIMÈNE,