‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 71 sur 442 · ACTE II, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III

FÉLICIE

Tu le peux rendre tel.

CÉLIMÉNE.

Comment ?

FÉLICIE

Par ta pitié.

Paie ce que tu dois à sa chaste amitié : Je le paie à l'amour que son ami me porte; Imite mon humeur, traite-le de la sorte. Lysis, s'il t'en souvient, n'étoit pas si joyeux , Alors que je trouvois son abord ennuyeux ; En la plus belle humeur il répandoit des larmes : Mais depuis que l'amour m'a fait rendre les armes, Il ne dit plusye brille y il ne dit plusye meurs ^ Et nous rions tous deux en nos pires humeurs.

( Apercevant, Alidor endormi. )

Mais j'avise Alidor sous ce divin feuillage : Vois comme les ennuis ont changé son visage : Le ciel ferme ses yeux pour arrêter ses pleurs, Et tu ne seras point sensible à ses douleurs ?

( Ramassant le papier (ju'Alidor a laissé tomber. )

Lis ces vers qu'il t'adresse.

CÉLIMiîNE.

O dieux, cette importune M'imputera toujours ma mauvaise fortune !

FELICIE.

Ecoute : « A Cèlimene.... »

CÉLIMiîWE.

Achève, j'y consens.

FIÉLICIE.

« L'agréable sujet des ennuis que je sens. » Eh bien ! ai-je raison ?

io8 LA CÉLIMÈNE, *

Lis tôt, OU' je te laisse.

FÉLICIE

Qu'elle sait bien cacher le tourment qui la presse !

( Elle lit. )

u Enfin qu'ordonnez-vous? etc.»

Vois-tu comme ta grâce a touché ses esprits? En composant ces vers le sommeil l'a surpris : Par deux mots ajoutés tu peux flatter sa peine , Et perdre, en le sauvant, le titre d'inhumaine.

E(iris-les de ta main.

FÉLICIE

La tienne l'a blessé.

Donne donc, j'écrirai.

FÉLICIE

Quoi?

CÉLIMÈNE écrivant.

<f Qu'il est insensé , » Qu'il a peu de raison d'aimer ce qui le blesse , » Que mon peu de dessein témoigne sa foiblesse ; » Enfin.... »

FÉLICIE

N'achève pas, donne-moi cet écrit.

Bons dieux ! on ne peut rien sur ce farouche esprit.

( Elle echt. ) CÉLIMÈNE.

Qu'y mets-tu?

FÉLICIE

Qu'il espère.

Espérances frivoles.

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