‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 72 sur 442 · ACTE II, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III

FIÎLICIE. ,

Et si je te veux faire avouer ces paroles ,

Je veux à cet amant procurer ta pitié :

Je gagnerai ta haine , ou lui ton amitié.

Je jure à ton humeur une éternelle guerre.

Cruelle, as-tu dessein de dépeupler la terre;

Et seras-tu constante en ce rigoureux point

De blesser tous les cœurs et de n'en guérir point ?

Espères-tu du fruit à ta froideur extrême ?

Et vaux-je moins que toi pour avouer que j'aime ?

CELIMÈIVE.

li'amour te paie-t-il du souci que tu prends

De le rendre adorable aux cœurs indifférens?

Te charges-tu du soin d'établir son empire ?

Ta voix peut-elle plus que les traits qu'il nous tire?

Si j'aimois Alidor, il devroit son secours

A son propre mérite , et non à tes discours :

Son pouvoir t'est suspect prenant pour lui les armes;

Et, pensant l'obliger, tu fais tort à ses charmes.

Son humeur seulement a de puissans appas

Et peut plus que ta voix.

FÉLICIE

Et tu ne t'y rends pas ?

CÉLlMkNE.

En voudrois-tu jurer?

FÉLICIE

Oui , si je te dois croire.

CÉLIMiîNE.

Il peut beaucoup sans toi ; n'ôte rien à sa gloire.

FÉLICIE

Qu'elle est dissimulée!

iio LA CELIMENE,

ALiDOR rêvant.

Ah ! tu sais mon tourment !

Un mot, belle inhumaine , un regard seulement.

FÉLICIE

Il rêve, écoutons-le.

ALIDOR

Je pourrois toute chose, Tu ne peux m'échapper; mais quoi que je propose..!...

Je crains peu ce danger,

ALIDOR rêvant.

Je tremble à ton aspect.

Quoi ! rien à mon amour ? Quoi ! rien à mon respect ? Cruelle , ôte-moi donc ta présence fatale , Et ne m'oblige point au tourment de Tantale. Adieu , laisse-moi seul.

CELIMENE.

Vois combien il me plaît :

Je lui veux obéir, tout endormi qu'il est.

(Elle veut s'en aller.)

Attendons son réveil.

Pour moi , je me retire , Et tu m'as obligée à beaucoup de martyre. Mais j'aperçois Orante , et quelqu'un qui la suit.

Page 1