SCÈNE IV
ORANTE, FLORANTE, sons h nom de floridan; CÉLIMÈNE, FÉLICIE , ALIDOR endormi.
ORANTE
Je l'avise à propos , et le ciel nous conduit.
( Aux deux sœm's.)
Nous allions vous trouver : agréez la visite Que ce beau cavalier doit à votre mérite ; C'est un de mes neveux arrivé fraîchement.
[1 m'oblige beaucoup.
FÉLICIE
O dieux , qu'il est charmant !
PLOUjIDAN.
Surpris, saisi , confus auprès tant d'excellence, Mon meilleur compliment naîtra de mon silence. Je vois d'un œil charmé vos divines beautés , Et je crois me trouver en des lieux enchantés. Ce bois est-il. Amour, le^ séjour de ta mère ? Est-ce le bois de Paphe, ou celui de Cythère? Ah! qu'ici ton pouvoir a d'effet sur les sens, Et que ces deux beautés te font donner d'encens ! Qu'en ces lieux la raison a d'inutiles armes ! Qu'on y pousse de vœux ! qu'on y répand de larmes ! Et que ma tante, hélas! aimoit peu ma santé Alors qu'à ce devoir son conseil m'a porté !
Votre discours est sain , quoi qu'il nous persuade ; Et ce beau teint n'est pas la couleur d'un malade.
112 LA CELIMENE,
FLORIDAN
Hélas! si la raison me manque de secours,
Que vous verrez changer mon teint et mes discours !
Vous voir sans vous aimer n'est pas un bien possible :
Je ne suis pas de roche , et ce cœur est sensible.
Madame , pardonnez à ma témérité ,
Mes vœux seront bornés de votre volonté ;
Vous n'accuserez point une langue indiscrète ;
Je saurai bien aimer d'un amitié muette.
Je trouve en vos discours de si charmans appas ,
Que vous me haïriez de ne me parler pas.
Le silence sied mal aux bouches si discrètes ,
Et l'on voudroit, monsieur, les voir toujours ouvertes.
O dieux! qu'il est charmant!
FLORIDAIV.
Mon silence et ma voix De vos commandemens prendront toujours les lois.
( Voyant Alidor endormi. )
Mais que je crains , Amour , les maux que tu m'apprêtes !
Je vois déjà, madame, une de vos conquêtes.
A peine vos beautés ont attiré mes pas.
Que voilà qu'à vos pieds je vois des gens à bas.
Que cette vue, hélas! menace ma franchise,
Et que je serai fort si j'empêche ma prise !
Je n'ai point de dessein sur votre liberté.
FLORIDAW.
Vous me défendez donc de voir votre beauté ?