‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 73 sur 442 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

ORANTE, FLORANTE, sons h nom de floridan; CÉLIMÈNE, FÉLICIE , ALIDOR endormi.

ORANTE

Je l'avise à propos , et le ciel nous conduit.

( Aux deux sœm's.)

Nous allions vous trouver : agréez la visite Que ce beau cavalier doit à votre mérite ; C'est un de mes neveux arrivé fraîchement.

[1 m'oblige beaucoup.

FÉLICIE

O dieux , qu'il est charmant !

PLOUjIDAN.

Surpris, saisi , confus auprès tant d'excellence, Mon meilleur compliment naîtra de mon silence. Je vois d'un œil charmé vos divines beautés , Et je crois me trouver en des lieux enchantés. Ce bois est-il. Amour, le^ séjour de ta mère ? Est-ce le bois de Paphe, ou celui de Cythère? Ah! qu'ici ton pouvoir a d'effet sur les sens, Et que ces deux beautés te font donner d'encens ! Qu'en ces lieux la raison a d'inutiles armes ! Qu'on y pousse de vœux ! qu'on y répand de larmes ! Et que ma tante, hélas! aimoit peu ma santé Alors qu'à ce devoir son conseil m'a porté !

Votre discours est sain , quoi qu'il nous persuade ; Et ce beau teint n'est pas la couleur d'un malade.

112 LA CELIMENE,

FLORIDAN

Hélas! si la raison me manque de secours,

Que vous verrez changer mon teint et mes discours !

Vous voir sans vous aimer n'est pas un bien possible :

Je ne suis pas de roche , et ce cœur est sensible.

Madame , pardonnez à ma témérité ,

Mes vœux seront bornés de votre volonté ;

Vous n'accuserez point une langue indiscrète ;

Je saurai bien aimer d'un amitié muette.

Je trouve en vos discours de si charmans appas ,

Que vous me haïriez de ne me parler pas.

Le silence sied mal aux bouches si discrètes ,

Et l'on voudroit, monsieur, les voir toujours ouvertes.

O dieux! qu'il est charmant!

FLORIDAIV.

Mon silence et ma voix De vos commandemens prendront toujours les lois.

( Voyant Alidor endormi. )

Mais que je crains , Amour , les maux que tu m'apprêtes !

Je vois déjà, madame, une de vos conquêtes.

A peine vos beautés ont attiré mes pas.

Que voilà qu'à vos pieds je vois des gens à bas.

Que cette vue, hélas! menace ma franchise,

Et que je serai fort si j'empêche ma prise !

Je n'ai point de dessein sur votre liberté.

FLORIDAW.

Vous me défendez donc de voir votre beauté ?

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