DE L’ESPAGNE
PREAMBULE
1^ événements se précipitent et se succèdent autour de nous avec une rapidité si violente; les droits de tous les peuples, les devoirsde tous les gouvernements se trouvent confondus dans un si bUarre chaos, qu'il semble dé placé et inutile, au milieu de la teiqpéte des instilutioDs et des mœurs , de venir parler aux peuples de la sainteté des lois.
Ce sont des armes que les rois et les peuples demandeut: c'est du sang, et non pas des codes. Suspendue dans celle singulière incertitude, comment l'Europe éeoulerail - elle l'homme qui, d'une voix sdre et ferme, proclame les limites rcspeclives du droit et du devoir? Ce n'est pas au milieu du siège de Syracuse, qu'Arebimède commenta ses grands problèmes; et Newton n'expliqua poinile monde, delà proue d'un vuisscau de gtierre, lançant la foudre, la repoussant, et immobile entre les abîmes du ciel , ceux de la terre, les ondes et les feux.
Aussi ce livre, tracé par la sagesse, ne sera lu que par les passions, cl oécessaircmenl il ne satisfera aucune d'elles.
Bentham s’est constitué le censeur du présent, comme du passé. Il n'a rien épargné de ce qui était; il a signalé toutes les erreurs qu’il a entrevues dans les institutions qui viennent de naître.
Il fronde sans ménagement les fruits du gouvernement ancien ; il critique avec vivacité les essais du nouveau.
Quand le jurisconsulte ose attaquer ce code, enfant d'une liberté naissante; quand il montre les défectuosités nombreuses de cette législation improvisée par des hommes instruits, mais nourris dans une législation barbare, il attire sur sa lélc le blAmc des partisans de la liberté
sociale. On l'accusera de calomnier les premières rèuvrcs d'une liberté si difficile à conquérir. On lui dira : «
< Pour<|uoi écraser dans le germe cet essai (fùt-il malheureux) d'une régénération si désirée? Philosophe, est-il convenable de découragcrvossemblablcsqui vculonlaméliorcr leucs destins? S'élever vers une civilisation plus parfaite, telle est leur pensée , déjà bien généreuse cl bien admirable après tant de siècles d’erreurs. Laissez-les prendre doucement leur essor; ne les effrayez ni ne les glacez dans leur espoir cl dans leurs désirs ! »
D'autres sc plaindront que l'auteur attaque ^ à la fois tout ce que la société renferme de sacré ; la vieillejurisprudcncc, les vieilles mœurs, les vieilles lois et les vieux hommes. Toutes les voix journalières dont on soudoie la véhémence, s’écrieront que Bentham est frère dc Prieslley cldellunt. < Il insulte l'arislocralic ; il pro-
< clame le bonheur du plus grand nombre, J « c'csl à-dirc le triomphe de la démocratie,
c comme but uuique des gouvernements.. Le
< pouvoir dans toutes scs variétés lui est odieux.
< 11 déteste les gens de loi, parce qu’ils sou-
< mettent leur talent et leur parole aux rè- € gleihcnls et aux variables désirs du pouvoii'; t les ministres de l'autel, parce qu'ils défen-
< dent le trône eu consolidant leurs temples.: c les juges, et les huissiers eux-rnèmes, parce f qu'ils font exécuter les lois conscrvalrices ( de l'ordre social ; en un mot, tous les fonc- 4 lionnaircs publics, depuis la base jusqu'au « sommet de celle pyramide du pouvoir, qui c cache sa cime dans lescieux, cl qui pèse de f tout son poids sur la terre reconnaissante! »
Accusé par les deux partis, aujourd’hui si ---
PRÉAMBÜLB.
généalogies ont ï pei oecessé d'occuper lésâmes. Tous ceux qui ont visilé l'Espagne savent que ' c’est un pays sans roture, eUque dans aucun coin de la terrcon n'a vu rcunisaulant do gentilshommes.
Au lieu delà devise vulgaire dont Beaumarchais aiTublc son Barbier, ledernicr membre de celle confrérie â .Séville porte au moins un lion en champ de gueules. La plus petite chau- ^ micre des Asturies est ornée d'un écusson charge de sinople ou de vair ; le bouge de tisan s'annonce par un faucon ; le savetier d'Alcala porte trois panthères couronnées; les justes cmblcqics que la féodalité s'est choisis, ^ tigres, oiseaux de proie cl bêles féroces, se retrouvent partout, dans la boutique et sur l'atelier.
> * Mais ces prétentions exagérées, qui n’ont valu à la France que deux ou trois bonnes comédies, étaient si intimement mêlées à l'iiéroisroe espagnol, que la plaisanterie se sent forcée de les respecter. On ne peut suivre dans leur récit les prouesses du chevalier de la Manche, sans mêler l'estime à la raillerie: cet excès de la grandeur d'âme, portée à faux dans la vie, est encore respectable dans son extravagance ; il est permis d'en rire, et nom pas de le mépriser. Aucun autre peuple n’a porté l’élévation dans le ridicule, cl n'a eu rhéroîsme pour côté plaisant.
Ixî même cachet d'héroïsme est empreint sur toute son histoire. Les esprits pêsilifs dédaigneraient mes raisonnements, si je m'avisais d'apporter en témoignage tous ces souvenirs poétiques qui étincellent sur les pages des annales castillanes. Les Mores cl Gonzalvc, les Aigarves cl les chevaliers seraient repoussés par les politiques calculateurs et les raisonneurs sévères. La musique , devenue passion nationale, l’ignorance mêlée de l’amour des arts ; ecs |K>ëtes guerriers, qui écrivaient leurs strophes retentissantes cl leurs sonnets d'amour sur un bouclier, au milieu des camps, pourraient plaire â quelques imaginations encore jeunes dans ce vieux siècle ; mais généralement, on refuserait de les admettre en preuves de l'héroïsme eide la dignité nationale de celle vieille Péninsule. Ainsi je ne m'arrête pas sur ces idées, malgré ma persuasion intime, qu’entre l'amour
du beau, inspirateur de toutes ces brillantes chimères, et l'héroïsme, 1:^ vertu et la hauteur de l’âme, il y a d’intimes rapports; et qu'un peuple capable d’admiration, d'enthousiasme, de vertus actives , mêles à une passion romanesque pour les arts, est aussi près de la grandeur et de la 'liberté, qu'une nation blasée, sans haines, sans amours, sans admirations; une nation composée d'âmes eunuques, sans autre dévouement que lê sacrillce de ses principes à ses intérêts, et sans autre besoin que celui de l’argent et de l'iittriguc, est voisine de sa dernière décadence.
L’hymen de rhéroîsme et de la servitude vo- ' lontairc pouvait passer pour la plus grande énigme de I hisioirc moderne. Cette a\jiancc est détruite. La scène est changée. Le monde est * daifs rallente.
Celte série d’événements qui ne pouvait manquer de briser un jour l'alliance dont j’ai parlé, a eu lieu. Fidèles longtemps a ce sacrifice d'cux-roêmcs , qu’ils oyaient pratiqué si aveuglément pendanldcs siècles, les Espagnols ont attendu qu'une irrésistible puissance les conduisit au divorce. 11 a fallu la division le trône, le favoritisme en honneur, une tyrannie ctfroyable pour les amener à la liberté. Elle est née d'clle-mérac; car on petitdircquc les braves qui l’ont arrosée de leur sang, l'ont plutôt ^idéeque produite. Enfin elle est née, et les cabinets d'EuropcIa repoussent. L'Espagnearme.
La France conslitulîonncUc marche *eontre l’Espagne conslilutiomielle. L’hUloire dira' comment de tels prodiges se sont opérés : elle* dira aussi comment des démarches si étou.nantes ont trouvé leur dénoùment.
Partout lesossemenU de dix armées blanchissent dans ces ravins et sur ces collines. Voici Saragosse, dont les cendres ne peuvent’ être muettes pour des 'Français. Partout la pauvreté jointe à la vcngéancc; des passions que rien n'éleint; dos hommes indolents, qui ne se réveillent que pour porter le poignard et lancer la balle nu sein de l'envahisseur; peu de civilisa lion cl peu de vices, deux grands moyens de dofensc: point d'agiotage, peu deproslilulion; par conséquent, peu de ces hommes dont la seule palricesl le crime, et qui sonldes traîtres et des délateurs de nécessité; cnflu un peuple,
PnÉAMBlILE.
qui ne cëda jamais, et qui se bat pour scs foyers... Frémisses de ces pensées , vous dont le cœur est français!
Les arguments qui font braver Uni de périls, cl lancent nos armées au milieu de ce peuple, ont retenu à toutes les tribunes. « Arrêter l’cs- € prit de révolte. Éloufler la rébellion. »
Mais la société entière peut elle se paralyser tout à coup? Ne faut-il pas rire de ceux qui croient que la civilisation s enclouecomme une pièce de canon, et qu'après unes! longue course, le torrent, gros dotant dejours et d’années, rc* tournera vers sa source.
Ils invoquent le repos, et prétendent que troubler cette paix, où les sociétés meurent quand on dit qu'elles reposent , c'est se rendre coupable de lèse-humanilé. Comme eux-mêmes proÜlcnt de rorgaiiisalion sociale existante, eux-mêmes disent sans cesse h la société : < Tu < n'iras pas plus loin. > Us ressemblent singulièrement à des malades qui se trouveraient sur un vaisseau. Lorsqu'il serait arrivé à certaine hauteur : « Arrête, diraieiit-iis; c'est ici que le soleil me rend la vie; je veux qu'on jette l’aiicrc. » Mais le navire marcbcrail toujours.
Ainsi dirent de tout temps les esprits étroits cl les âmes intére.ssées. Alin d’cm)»écher i'avenird'éclore, ils établissent le culte du passé. Us immolent, sur t'auleldc leurs intérêts, Icsintérêlsclles espérancesdu genrebuniain. Ainsi le rhéteur habile, qui écrivit sur tout, pour tout cl contre tout, Cicéron, dont la parole harmonieuse et le babil cadencé ont séduit tant d'imaginations de collège , disait dans son traité />e Legibus « Que le désir seul de faire avancer la civilisation est un crime , cl que la législation barbare des douze tables surpassait en sagesse tout ce que tous les sages pourraient inventer dans tous les siècles. > Déclarant ainsi sa haine pour toutes Icsréforoies salutaires, pour toutes les améliorations de la destinée humaine, U commellail un grand crime. Et quel crime plus grand que d'exclure de la vie .sociale l'accroissement cl l'énergie, cl de prononcer, par le fait, l'arnH de mort des peuples?
En philosophie et en histoire, arrêter les révolutions est impossible. Ceux qui le tentent
devraient s'apercevoir que le monde tout entier est dans une révolution perpétuelle, et que tout change paibla révolution même des temps cl des choses. Qu'est-ce qu’une révolution? Le >moment de la crise? Non, mais la raison dernière (uf/ima ratio) des événements , mais la conséquence d'un argument de vingt siècles.
On prend te dénoùmenl pour la tragédie, la solution pour le problème.
Ce qui trompe le vulgaire, c'est que, sous les formes antiques, celle longue révolution s'opère. Fendant que tout change les vieilles instilulions, le roi Jacques règne paisiblement.
Bien ne tremble, rien ne |»ériclile. Vos yeux n’aperçoiveul pas la guerre inlesliiK! sc cachant sous cctlc paix extérieure. Cependant le passé croule, et l’avenir so forme sous le présent.
Une nouvelle organisation socialcsc développe, * et vous ne verrez ses résultats qu'alors que, grandissant et brisant ce qui l'cnlravc , clic détruira les vieilles formes, les dévorera et se substituera à elles. ,
L’œuvre du siècle, l'œuvre qu’un homme de génie devrait entreprendre, ce serait VÜisloire des progrès secrets de la liberté^ et de la formation cachée du gouvernement représentatif, sous le règne | des sociétés anciennes et modernes. On Ironvcrait de grands secours dans les travaux consciencieux et érudits auxquels M. Guizot a consacré une sagacité cl une philosophie si remarquables. Cependant, avec l’aide de cet esprit si distingué, et en s'ciUoiiranl des roalériaux de Blackstone, Montesquieu, Filangieri, Benjamin (Constant, Beccaria, Mills, Bentham, il resterait encore bien îles recherches dignes d'une haute intelligence et d’un profond savoir.
L'histoire de la liberté a scs lacunes; il est quelquefois ditlicilc de rcconnailre les pierres miliaires qui marquent, dans la roule de l’indépcndancc, la marche du genre humain. Cependant, quels que soient les sophismes des hommes que leur intérêt a faits ennemis de l'indépendance, ils ne parviendront pas à nous persuader que la liberté publique soit une in-*^ nov.ilion. A les entendre, la dignité de l’homme serait d’invention nouvelle, cita fantaisicd'èlre libre serait une lièvre contagieuse du siècle où nous vivons !
Non, la liberté n’est point roturière ; elle est
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la noblesse elle-même ; elle est la plus vieille des noblesses. Elle a ses titres, que Montesquieu retrouva, que Bentham commente; elle a son blason, ses armoiries, ses monuments; elle n*est pas d’hier, celte liberté consacrée même par la république théocratique des Hébreux , par les jugements des rois, dans l'Égypte esclave; par les triomphesd’Athènes libre sur le grand roi; par les paroles de fgp deDémosthènes, et la mort de Socrate, prêchant la liberté sur le lit de mort. Voilà ses souvenirs, ses preuves, scs inscriptions, ses annales; elles sont écrites dans l'histoire en grands caractères : Caton, Sidney, Doria , Millon, Rienzi, Washington, Barnevelt, Franklin, E^faycltc, Matesherbes, voilà sa généalogie : que les autres noblesses en montrent de pareilles!
Le gouvernement représcnlalif, celte forme la plus réèenle de la liberté, ce dernier résultat de la dernière civilisation, avait scs germes au sein même des antiques sociétés.
Dans cet état progressif où nous sommes, dans celte vive marche vers le plus haut degré de lumière, de justice eld'tiuinanilé, ne fermons pas les yeui sur les premières semences conservées par lespremièrcs institutions du monde. € 11 faut , dit Archylas dans StoUce *, il faut que « la meilleure cité se compose de la réunion
< de toutes les autres formes politiques, quelle ■ renferme en soi une part d’aristocralie , une « part de démocratie , une part d’oligarchie et ( une de royauté. >
Je le demande : Qu'est-ce que cette phrase, sinon tout le gouvernement r^présentaUr?
Plus tard, Polybc et Tacite vantèrcnl'aussi cette forme de gouvcrncineut, que leurs esprits pénétranlsdcvinaicnt pliitét qu’ils ne pouvaient l'expliquer. < La conslilulion qui sc formerait • de toutes les sortes de gouvernements con-
< nus, et réunirait leurs avantages , serait la « meilleure sans aucun doute, > dit Polybe^. Tacite, dans ce style ardent cl bref, assez semblable à la lampe caustique de l'ouvrier, qui brute et qui grave en même temps. Tacite dit plus philosophiquemcntcncore: * Démocratie, I aristocratie, monarchie, voilà les trois formes
I Juliinuau Stobjiou, aulhglogion , |ig);c 3J3.
• fn fragment.
* Annai. !.. IV,
< auxquelles tous les gouvernements se rédui-
* sent. Si l'on pouvait , du choix et de la réu-
• nion de leurs avantages, composer une seule
< espèce de gouvernement , ce serait une belle c chimero; il serait facile d'en montrer la su- « périorité, difficile de l’établir, impossible de f la faire durer ^ >
Eiiün Cicéron, au milieu de son culte pour L'aulorilc, a dit positivem^ent : c Le meilleur
< gouvernement sera celui qui composera
du mélange égal des trois meilleurs modes
i de conslilulion réunis, et tempérés l'un par « l’autre *. *
Nul poliliqqe moderne n'a été plus lucide, dans l’exposition des principes du gouvernement représentatif. 11 se trouve donc, après tout, que ce gouvernement tant décrié comme une insolente et nouvelle spéculation , n’est que le fruit de la sagesse antique, élaboré par des siècles.,
H serait ensuite difficile, mais admirable, d’écrire Thisloirc du gouvernement représentalif depuis ce point de départ, ou plutôt de donner celle des longues préparations du globe à celle théorie politique. .Après en avoir trouve chez les auteurs latins el grecs que nous venons de citer, te germe théorique , on en rencontre le premier développement dans les doctrines chrétiennes, qui enracinèrent Inégalité dans les esprils, et portèrent la démocratie sous le despotisme. Car la religion chrétienne , foi du pauvre cl du malheureux, n’csl qu’une démocratie spirituelle, Soumise dans le fuit aux puissants de la terre, mais appelant de leur pouvoir au pouvoir de rÉlerncI ; mais égale , nUis essenliellemciil républicaine, mais dégagée de tout lien lcrrestré, cl attachée par une chaîne invisible au ciel et à rélcrnilé.
Ainsi, dans le triomphe du christianisme, on vil les Florentins élireJésus-Chrisl^scul roi de leur ville. Celait bien comprendre le système de rilommc-Dieuqui était venu délier ctquxêtaii lié; c’était SC placer à la fois au faite des idées religieuses cl des doctrines républicaines, en rcmcUanl dans les mains de l’Élcrncl nou-sculemcnl la chatnc religieuse, mais la chaîne
♦ /)<• fii'pub/.
5 f'. Nacftiavi'f. I»tor. Florent.
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poHli*{ue, qui devait soutenir, suspendre cl balancer leur gouvernement.
Je vois la première base du gouvernement représcnlatif dans les républiques anciennes; la seconde fut dans le christianisme. Le christianisme était une révolte , cl il amena une révolution : une révolte contre les préjugés du paganisme; une révolution contre les horreurs de l’empire, les misères du monde; révolution assez visible dans ses dix-huit siècles de développement.
Faction, sédition, rébellion, ces mots, dont le pouvoir n’est point avare , furent longtemps prodigues à l’Église militante *.dc militante elle devint triomphante : elle gagna le sceptre , perdit la charité , s'allia au despotisme et foula l'Europe. Une nouvelle opposition se forma lentement. Au nom de Dieu, rÉglise avait ordonne un aveugle dévouement à la vertu ; au nom de Dieu , clic ordonna un aveugle dévouement à scs caprices. Troisième explosion favorable à la liberté, et qui doit être notée dans l'histoire dcspréparalionsau gouvernement rcprésenlalif.
Luther parut, cl en appela de nouveau è la raison dcThommc. La réforme, en sanctionnant le retour à la liberté, dans les choses de la foi, appela les esprits sur la liberté civile. L’cxcrcicc delà pensée prit de l'énergie; la masse des vieilles inslilulions s’ébranla; Calvin et une foule de hautes ou de subtiles intelligences semèrent la lumière, en versant l'erreur et la dispute. Lepouvoirsentiiralleinlcqui lui avait été porlée. l^csbourreaux sc chargèVenI, comme toujours, d'arrêter le genre humain dans sa marche, et l’on vil le sang des martyrs, toujours fertile en prosélytes , faire glisser plus rapidement encore les roues du char, que l'on voulait entraver par des cadavres.
N'éteignez pns l'esprit ^ répétaient les sectateurs : Nolite spiritumextinguere ’ ; c’est encore la devise des promoteurs des intérêts de l’humanité. Ou a voulu éloulTer la flamme; la flamme incompressible a rejailli cl élouflTé ceux qui l'cnchainaient. Ce feu électrique qui revoie sans cesse à l’espace libre , la pensée a éclaté; Millon a écrit, Hampden et Sidney sont morts. !.e gouvcrneincnl anglais a le premier appliqué,
• Saint Paui. Corinih.
agrandi , perfectionné , ennobli la théorie du système rcprésenlalif : toutes les lélcs pensantes se sont unies par une conjuration tacite et par une chaîne secrète, cl les trois quarts du monde civilisé ont été convertis à ce protestan- ' tisme politique : à celle adoption du système représeulaiif, système où la plus grande somme <L de pouvoir .s’unit à la plus grande somme de liberté.
Insinué peu à peu dans toutes les veines, dans toutes les artères du corps social, ce nouveau sang, ce besoin universel dévore aujourd'hui les peuples. C'est contre lui que tant de glaives sortent de leurs fourreaux.
. Le gouvernement rcpréscnlatir est l'hérilagc des siècles. I^s Français l'ont un moment compromis; les Napolitains sc sont montres indignes d'y prétendre; les Américains le possèdent et fleurissent; les Anglais le laissent dépérir et dépérissent cux-inêmcs : car la destinée des peuples est attachée à ce don précieux ou fatal. Les Espagnols les derniers l'ont reçu ; on le leur dispute ; ils se lèvent et le défendent. Le monde saura s'ils méritent de le conquérir.
Ont-ils tort? comme vingt échos l’ont répété.
« Non , réjmnd un auteur dont le nom n’est « qu'une ombre, cl dont l’ornbrcsera toujours c vivante de courage, d’é!oqiiencc cl de vé- « rilé*, non. L’héritage de la liberté civile est
< inaliénable; nous n’avons en cela aucun droit c sur nous-mêmes. Le contrat du nègre vendu c est illusoire. La liberté une fois conquise est c imperdable; qui l'aliène commet un suicide
< moral. Si tiousalcvons à nos ancêtres de con- « server leur nom intact cl pur; si nous de-
< vons à nos lils de leur» transmettre le palric moine de leurs pères ; si nous devons à Dieu c de Dc pas détruire de nos mains l'ouvrage de
< scs mains; nous devons cl au grand Être, et « à nos Gis, cl à nos aïeux, cl à nous, la conscr- € valion dc celte liberté civile, plus précieuse « cent fois que la renommée, que la fortune,
• cl que le fragile bienfait dc rcxislenec. »
S’il n’en était pas ainsi , la mort s’emparerait du corps social: une paix fatale embrasserait tout. Dc même, si les éléments nosc combinaient en sccomballant, si leur discorde n’établissait
* JiSliB.
PRÉAMBULE
leur harmonie » ce fatal amour de la naturi, commea dit le Dante ^vec tant de sublimité entraînerait la cohésion universelle et la mort générale. Rien ne se haïrait ; plus de combats, mais plus de vie.
Entraîné par un si beau sujet , qui porte aujourd'hui tant de trouble chez tous les hommes capables de sentir l'état actuel de l'Europe, j'ai quitté la crilii(uc de l'ouvrage de Bentham, pour examiner l’esprit nationaidu peupleauquel ce sévère jurisconsulte reproche quelques pas timides dans la route de la liberté. Jei'ai trouvé généreux et héroïque sous le joug môme; j'ai retrouvé son héroTsinc dans son indépendance nouvelle, et gémi des circonstances qui rfous forcent à répandre encore notre , sang sur les plaines qu'il a teintes dans tant de batailles. J'ai cherché la cause deccllc résolution périlleuse, et je me suis demandé .si le but qu'elle se.propose était dans l'ordre des choses possibles; je l'ai trouvé hors de toute vraisemblance eide toute puissance humaine. Arrélcr les révolutions m'a paru le désir de celte guerre, désir vain, dont j’ai prouvé la folie par rhislotrc. J’ai fait voir rapidement les progrès de la liberté , malgré toutes les barrières qu’on lui opposa; cL remontant â son berceau, j'âi montré sa généalogie : j'ai indiqué légèrement par quelle marche progressive le gouvernement représentatif a fait la conquête de l'Europe; et après avoir