PRÉAMBULE HISTORIQUE
DU PREMIER ESSAI
Ko £spagne, plus d'un tiers du territoire est devenu la propriété du clergé; quant à la noblesse, elle possède partout des domaines inaliénables, égaux à des provinces entières. Dans un pays où les ordres privilégiés dévorent une si énorme portion de la propriété territoriale , il n'est pas étonnant que ces ordres proposent et essayent , par mille moyens , d’ajouter à l'assemblée des représentants du peuple en» lier une autre assemblée particulière, composée des seuls représentants de la noblesse et du sacerdoce.
Que fera cette dernière? Elle entravera dans sa marche l’assemblée popnlaire, elle s'efforcera de servir à tout prix les intérêts de celle faction (trop puissante encore et cependant bien secondaire), qu'elle représente; de faire échouer les mesures proposées par les représentants de la nation en masse, et de jeter sans cesse l'obstacle de quelques intérêts partiels, sur la roule de l'intérêt public.
Une chambre haute de cette espèce existe en Angleterre ; elle existe sous l’empire de cette constitution tant vantée , qui fait l'envie et l'admiration du monde. Tels sont, dans cette lie, la légitimité, l'ordre social; tels doivent être un jour, en Espagne, l'ordre social et la légitimité.
H y a longtemps que ce stigmate de la vieille barbarie est empreint sur le col esclave de la moderne Europe ; à mesure qu'une nation s'élève à l'indépendance, le géant de la coutume la
marque du même sigue. Par un bonheur dont les causes ne sont pas faciles è assigner, l’Espagne et le Portugal s'enorgueillissent d'avoir ëchappéèce vieux stigmate. On s'efforce aujourd'hui de le leur imposer : en cela rien d'étonnant; la merveille serait qu'on n’eùl point fait de tels efforts.
Cependant , que l’on jette les yeux sur l'Amériqiic; elle offre un spectacle intéressant.
Celte heureuse terre de Penn se montre . dans son indépendance complète, sans chambre de noblesse, sans corruption, sans aristocratie. Vierge de toute honte servile, elle dit au monde entier : t Voyez, observez, et dites si je m'eu < porte moins bien. »
Bentham , dont les ouvrages semblaient frappés d’anathème dans sa patrie , et ne sont lus ni dans Oxford, où il a pris ses degrés, ni dans les universités anglaises, irlandaises, écossaises; Bentham, dont le nom seul, prononcé par un candidat pour Ut poiiton$ et let pains de l’Église, lui fermerait à jamais la route du réfectoire et des honneurs; Bentham, dis-jc, est devenu en quelque sorte le législateur de l'Espagoc. Longtemps avant que l'on pùt concevoir l'espérance de ces changements, qui sont accomplis si heureusement aujourd'hui , son nom et ses oeuvres étaicoi familiers à tout ce que l'Espagne renfermait d'instruit et de libéral. La force unie des inquisitions et des censures n'a pu les exiler de celte contrée et du Portugal ; à peine avaient-ils paru en France , qu'ils Irou-