PRÉAMBULE HISTORIQUE DU PREMIER ESSAI
vcrcnt une foule de Icclcurs. A Salamanque él à Coinibre, ils devinrcnl la noumlurc journalière des savants el des jeunes liltèralcurs ; ils devinrent le texte de ces discours politiques el patriotiques, qui. sur dilférents points de la Péninsule, étaient prononcés en assemblées secrètes; ils servirent de bases à ces cours d’économie politique, aussi mystérieux que redoutables, aussi secrets que suivis, dont l'établissement gratuit était si cher au patriotisme, à rbumanilé. si terrible à Vordre ioeiat tel qu'il I existe, à la Ugitimité telle qu'on la voit.
Un avocat nommé Mora, un ecclésiastique d'un mérite distingué étaient les deux hommes I les plus connus parmi ces professeurs poli- I tiques; Bentham était leur maître muet. Sans ^ compter les extraits de ses œuvres, insérés ■ dans des recueils périodiques, trois ou quatre traductions de ses ouvrages furent publiées en espagnol. Nous avons sous les yeux un petit in-8*’ de 140 pages, intitulé : Esprit de Bentham, ou système de ta science sociaU, par don Torribio A’unrz, jurisconsulte espagnol. Toutes les lignes de celte rapide analyse respirent la plus vive admiration pour le publiciste anglais ; l'auteur dévoue, sans cesse, au blâme des nations indépendantes le gouvernement espagnol, s'il néglige de faire servir au bonheur des peuples les trésors intellectuels qui lui sontolTerls. EnGii, la régence de Portugal, obéissant à un ordre s]>écial des cortès, daté du 15 avril dernier, a fait commencer la traduction des œuvres cofuplèics du publiciste; et il est facile de s'apercevoir que la plupart des actes et des discours des chambres nationales des deux peuples voisins portent la plus profonde emprciulc de la lecture attentive des ouvrages dont nous parlons.
On agitait en Espagne la question de savoir si une chambre haute était nécessaire, quand un Espagnol distingué, M. Falgueira, écrivit .i M. Bentham une lettre, où il le priait avec instance d'émettre son opinion sur celte importante matière, et de jeter dans la balance du peuple , de 1a raison et de la justice , le poids do son nom et de fa plume.
C’est l'invitation de M. Falgueira qui donna lieu à r£«satque l'on va lire. A peine parvenu à Madrid , il fut traduit en espagnol , par celui
même qui l'avait demandé. Bientôt après, quelques-uns des membres les plus marquants des cortès en votèrent la lecture solennelle en pleine assemblée. L'ouvrage fut lu en clTet, dès que l'ordre des séances le permit, sous le titre lïÀÂressedeM. Bentham aux cortès. et accueilli avec transport, avec des applaudissements bien désintéressés et bien vifs, s’ils n'étaient unanimes. 11 y a tout lieu de penser que mention de celte lecture fut faite au rapport de la séance.
On fil la même lecture à la tribune de l'un des clubs les plus distingués et les plus influents de l'Espagne, le club tenu d la Croix de Malte. On sait que celte assemblée est, pour ainsi dire, le tribunal de l'opinion publique et le centre des idées nationales espagnoles. I.es membres , après l'avoir lu et relu, coouncnlé avec une approbation qui tenait de l'enthousiastne, ont envoyé h l’auteur un diplOme de membre honoraire de leur société , accompagné d'une lettre extrémeraeut flatteuse
Mais, avant ces avis solennels du publiciste anglais, des conseils bien différents étaient venus d'Angleterre. Une chambre composée de la plus haute noblesse de ce pays était, dit-on, occupée Ircs-particulièremcnl de celle affaire; el le bruit public assure que, si les efforts faits pour établir un double pouvoir représentatif en Espagne n'émanent pas de celte source unique, du moins les membres de cette illustre assemblée n'ont rien oublié de ce qui pouvait les favoriser.
L'exemple de la chambre des pairs anglai.HC, fut proposé à l'imitation des législateurs espagnols. Les panégyriques ne furent point épargnés; tontes le.s formules apologétiques furent mises en œuvre; on cul recours aux ligures ordinaires, à l'exagération cl à l'amplificalion. On cul soin de faire valoir l'opulence, la prospérité, 1a puissance de l'Auglclerre; tout ce que celte institution n'avait pas étouffé, de liberté, de commerce el d’industrie, devint son ouvrage. Les causes, les influences , les rapports el les effets, dûment saupoudrés d'éloquence, furent mis en jeu cl employés à prouver l'indispensable nécessité de l'établir. On avait Delolme , on avait Montesquieu pour autorité ; à chaque iuslaut on les citait, si cc n'est