CHAPITRE X
DU .VOMBar. DES JUGES DA.XS CHAQUE TlttBC^AL *.
Combien faut-il déjugés dans une cour de justice? Dans le ^ystème d’une entière publicité, un seul suffit : voilà ma réponse; mais je vais plus loin , un seul est toujours préférable à plusieurs. Cette opinion , qui se présentera d'abord comme un paradoxe, a besoin d’être appuyée de fortes preuves.
I. I.'unité en judicature est favorable à toutes les qualités essentielles dans un juge : la pluralité leur est défavorable à proportion de ce qu’elle s’éloigne ' de l'unité.
1* La probité d’un juge dépend de sa responsabilité, soit au tribunal de l’opinion publique, soit à celui des lois. Or, cette responsabilité ne pèse tout entière que sur un juge unique : seul en présence du public, il n’a d’autre appui que l’intégrité de ses jugements , d’autre défense que l’estime générale. S'il venait à commettre une injustice sous les yeux de tant de témoins intéressés à répandre l’alarme, tout le blâme retomberait sur lui seul ; il se verrait seul contre tous, exposé à l’indignatiou universelle , et le glaive des lois levé sur sa tète : il y a des dévouements pour la vertu, il n'y en a point pour l'infamie. Quand un juge ne serait pas intègre par inclination, il le serait, pour ainsi dire, malgré lui , en vertu d'une position où son intérêt est évidemment inséparable de son devoir.
Suivez maintenant l'effet de la pluralité dans un tribunal ; vous verrez qu’elle affaiblit de plusieurs manières la responsabilité des juges, et toujours en proportion de leur nombre.
J'observe d’abord que des juges form.int un corps puissant, nomlireux , fort de ses relations sociales, au lieu d’être soumis à l'opinion publique dans le sens où il doit l’être, se sent jusqu'à un certain point en état de lut faire la loi. C’est là un résultat naturel du préjugé populaire en ftveurdii rang, de la puissance et des lumières sii;»érieures qu’on sup)>ose dans une compagnie d’hommes d’élite. Pour se former une opinion éclairée sur un jugement, il faudrait de l'application et de rexamro;il est plus court et plus commode de s’en rapporter an nombre des suffrages, de se laisser entraîner par
•ont pa» de cette opinion. Elle est foi-meltement combattue par M. Comte, dans cette savante et judiciettsr introduction qui sert ilerooipiênicni k satraitucHuade Philips sur le jury.
I.'ouvrage de M. Ri'rengrr est rerapU de rails bien obierréi et de régeiion* proFointvs ; ro.vis un boinme d’eiprit reçoit louvcnt à crédit une erreur vulgaire, et ne loage pas à la soumettre à rexamen.