‹ Œuvres de Jérémie Bentham, jurisconsulte anglais De l'organisation judiciaire et de la codificationChapitre 220 sur 329 · DE L’INTÉRÊT COMPOSÉ · texte numérisé non relu

DE L’INTÉRÊT COMPOSÉ

«leur passagère (lu prodigue ; mais l'usage qu'il en fait ne lui permet pas de prétendre à la faveur qui aUend ce dernier : c'est que personne ne peut participer à la satisfaction que lui procure sa fortune, satisfaction qui se compose seulement du plaisir (le la possession actuelle et de l'espérance i\e Jouir (lésés épargnes à quelque épo«|ue éloignct*, qui peut-être pour lui n'arrivera jamais. Au milieu de son opulence, les autres hommes le regardent donc comme une espèce de Uanqueroutier qui refuse de faire honneur aux mandats que leur rapacité voudrait tirer sur lui , cl qui en cela est d'autant plus coiipaMe qu'il ne peut alléguer son impuissance pour excuse.

Si l’on pouvait encore douter de la défaveur qui s'attache au prêteur dans scs rapports avec l'emprunteur, et de la disposition du public à sacrifier l'intérêt du premier à celui du dernier, on en trou* verait une preuve concluante dans ce qui se passe au lhé.1tre. I.e moyen de succès que la réflexion ne peut manquer de suggérer à un auteur dramatique, et celui auquel il doit naturellement recourir, sans même s'en rendre comjtte, consiste à conformer ses ouvrages aux passions et aux caprices du public. 11 peut bien sans doute, comme cela arrive si souvent, afficher la prétention de donner la loi à sesjuges; maismalbeuraluisieffeclirement il prétendait leur en donner une autre que celle qu'ils sont disposés à recevoir! S’il entreprend de faire ^ire un seul pas au public , ce ne doit être qu'avec la plus grande précaution, et à la condition pour lui-même d'en faire douze à son tour sous la direction de ceux qu'il a voulu guider. Maintenant je demande si , parmi toutes les situations dans lesquelles un emprunteur et un prêteur ont été produits sur la scène, depuis les jours de Thespis jusqu’aux nôtres, il en est une seule dans laquelle le premier ne soit pas recommandé à la faveur du public, d’une manière ou d'uiic autre, soit à son admiration, soit à son amour, soit à sa pitié, soit mêmes ces trois sentiments réunis; cl où l'autre, l'homme économe, ne soit voué à l'infâmie ?

De l'action de toutes ces causes di verses il résulte que, toutes les fois qu'on en vient à examiner et k régler les intérêts de ces parties , en apparence rivales, le profit fait par remprunleiir passe si facilement inaperçu , tandis que celui du prêteur se présente sous un point de vue si exagéré, cl que, bien que le préjuge se soit modéré au point de permettre au prêteur de tirer quelque profit de son argent , dans la craiute sans doute que l’emprunteur ne fût privé de son secours, celui-ci continue ô être Tobjet de toutes faveurs de la loi, tandis qu’elle ne cesse de réduire le bénéfice du prêteur. Ce bénéfice (l'.nbord fut limité n 10 pour 100, puis

à 8, puis à 0, puis à fi, et dernièrement il a été question de le réduire à 4 , en se réservant constamment, bien entendu, la liberté de le réduire encore et aussi bas que jiossible. Le fardeau de ces restrictions a été destiné exclusivement au prêteur; mais, dans la réalité , comme je crois l'avoir démontré, il pèse bien plus lourdement sur l’emprunteur, c'est-à-dire sur rindividii qui parvient effectivement à emprunter, ou sur celui qui désire vainement d'y |Kirvenir. C’est que , comme nous l'apprend le docteur Smidi , les présents que le préjugé n'arrivent point toujours à la destination qui leur est assignée : ce Fut ainsi que la pierre destinée à écraser les accapareurs de blé , ces rermineSf comme ou les ap|>elait, retomba en définitive sur la tête des consommateurs; c'est ainsi... Hais je dois m’abstenir de citer d’autres exemples , qui m'écarteraient de mon sujet.

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