‹ Œuvres de Jérémie Bentham, jurisconsulte anglais De l'organisation judiciaire et de la codificationChapitre 267 sur 329 · PUINCIPES GÉNÉRAUX. — ALLIANCE ENTRE L'INTÉRÊT ET LE DEVOIR · texte numérisé non relu

PUINCIPES GÉNÉRAUX. — ALLIANCE ENTRE L'INTÉRÊT ET LE DEVOIR

(comporter une quantité de Tcrtii ou de vice égale à celle que comporte l'action dle-méme. 11 est des cas où l'homme qui s'esl abstenu de ce que son devoir lui prescrivait de faire pour empêcher un meurtre , a tout autant mérité le châtiment réservé à rbomicidCf que le meurtrier liii-méroe.

H est triste de penser que la somme de bonheur qu'il est au pouvoir d’un homme , même du plus puissant, de produire, est petite, comparée à la somme de maux qu'il peut créer par lui-même ou par%jtrui; non que, dans la race^humainc, la proportion du malheur excède celle du bonheur; car la somme du malheur étant limitée en grande )>artic par la volonté de celui qui souffre , il a presque toujours à sa disposition des moyens d'alléger ses maux.

Mais la tendance de la bienveillance effective est de s'accroître |>ar l'excrcice. C’est un trésor; plus nous y puisons pour en verser les richesses sur ceux qui nous entourent, plus nos richesses sc multiplient. Notre opulence s’accroît en raison de . ^ la éonsommalion que nous faisons de nos trésors. Celui qui s'assure un plaisir, ou qui s’évite une l>eiiic, conlriiiue à son bonheur d’une manière directe; celui qui assure un plaisir ou évite une peine à autrui , contribue indirectement à son propre bonheur.

Qu’est-ce que le bonheur? C’est la possession du plaisir avec exemption de peine. Il est proportionné à la somme des plaisirs goûtés et des peines évitées. El quVst-ce que la vertu ? C'est ce qui contribue le plus au bonheur, cc qui maximise les plaisirs et minimise les peines *. Le vice, au contraire, c’est cc qui diminue le bonheur et contribue au malheur.

La première loi de notre nature, c’est de désirer notre propre bonheur. Les voix réunies de la prudence et de la bienveillance effective se font entendre et nous disent : Travaillez au bonheur des * autres ; cherchez votre propre Iwnlieur dans le bonheur d'autrui.

La prudence, dans le langage ordinaire, est l'adaptation des moyens à une fin donnée. En root raie, celte fin, c’est le bonheur. Les objets sur lesquels doit s’exercer la prudence, sont nous- I inèmes et autrui: nous-mêmes comme instruments, autrui comme instrument aussi de noire propre félicité. I.’objel de tout être rationnel, c’est d'obtenir pour lui-même la plus grande somme de 1 bonheur. Chaque homme est à lui-même plusin- \ lime et ]dus cher qu'il ne peut l'èlrc à tout autre, '

> Mnximucr, élever au maximum; minimlterf réduire ; au mi/iimum ; ea|»rr*timi de Ikniham. (Ao/e du trnduc- | teur.] }

Cl nul autre que lui ne peut lui mesurer ses peines et ses plaisirs. Il faut, de toute nécessité, qu’il soit lui-même le premier objet de sa sollicitude. Son intérêt doit, à ses yeux, passer avant tout autre; et, en y regardant de près, il n'y a, dans cet état de choses , rien qui fasse obstacle à la vertu et au bonheur : car comment obliendra-t-on le bon* heur de tous dans la plus grande proportion possible, si ce n'est à la condition que chacun en obtiendra pour lui-même la plus grande quantité possible ?••••-

De quoi se composera la somme du bonheur • total, si cc n’est des unités individuelles? Ce que demandent la prudence et la bienveillance, la nécessité en fait une loi. La continuation de l'existence elle-même dépend du principe de la personnalité.

Si Adam s’élail plus soucié du bonheur d'Ère que du sien propre, et qii'en même temps Ève eût suboriiotiné son bonheur .à celui d'Adam, Satan eût pu s'épargner les frais d'iinc tentation. De mutuelles misères eussent détruit tout avenir de bonheur, et la mort de tons deux eût rois à l'histoire de l'homme une prompte conclusion.

Quelles déductions importantes tirerons-nous de ^ ces princi{>c$? Sont-ils immoraux dans leurs con- | séquences? Loin de là ; ils sont au plus haut point ' philanthropiques et bienfaisants ; car, comment un homme pourra-t-il être heureux, si ce n’est en obtenant l'affection de ceux dont dépend son bonheur? Et comment }>ourra-l-il obtenir leur affection , si ce n'est en les convainquant qu’il leur donne la sienne en retour? Et cette conviction, comment la leur communiquer, si ce n'est en leur portant une affection véritable? et si cette affection est vraie, la preuve s'en trouvera dans ses actes et dans ses paroles. Helvétius a dit que, pour aimer les hommes, il faut peu en attendre. Soyons donc moilérés dans nos calculs, modérés dans nos exigences. La prudence veut que nous n’élevions pas^rop haut la mesure de m)s espérances; car le désappointement diminuera nos jouissances et nos bonnes dispositions envers autrui, tandis que, recevant de leur part des services inattendus, qui nous donnent le charme de la surprise, nous éprouvons un plaisir plus vif, et nous sentons se fortifier les lieiis'qui nous unissent aux autres hommes.

Tour que le principe de l'utilité conserve son influence, il faut l'avoir continuellement en vue ; et jiuur cela, dans l’expression de toutes les maximes qui lui sont subordonnées , il faut qu'on aperçoive leur relation avec celle maxime fündamenlale.^^^^^„,,*«*

Ce n’est pas assez que la raison assignée a un acte, soit en elle-même conforme à ce priucii>e, cette conformité doit elle-même être l'ubjel d'un examen et d’un conlrùle attentif.

— ■ by Ccogit

CE QUE C'EST QUE L.\ DÊONTOf.OGIE , ETC.

C'c«t le seul moyen d’cmpècher que les per- | tonnes qui ne sont pas suffisamment imluies du principe . celles qui n’ont pas encore pravi les hauteurs où rutilitc a établi son trùne, ne soient égarées par les dogmes despotiques tie l'ascétisme, ou les sympathies d'une bienveillance imprudente et mal ilirigée. Que le moraliste tourne sans cesse ses regards vers ce principe dominant , comme le tournesol vers le soleil.

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