‹ Œuvres de Jérémie Bentham, jurisconsulte anglais De l'organisation judiciaire et de la codificationChapitre 269 sur 329 · POURQUOI CETTE DÉNOMINATION A ÉTÉ ADOPTÉE · texte numérisé non relu

POURQUOI CETTE DÉNOMINATION A ÉTÉ ADOPTÉE

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privée comme la science du bonheur fondé sur des motif» extralêgislalifs, tandis que la jurisprudence est la science par laquelle la loi est appliquée à la production du bonheur.

t ].*objet des désirs et des efforts de tout homme-, depuis le commencement de sa vie jusqirà la fin, est d'accroître son propre bonheur, en tant que formé de plaisir et dégagé de peine.

Mais encore, qu’csl-ce que le plaisir? qu*est-cc que la peine? Tous les hommes sVu forment-ils la même idée? Loin de là : le plaisir, cVst ce que le i jugement d'un homme, aidé de sa mémoire , lui fait considérer comme tel. Nul homme ne peut reconnaître dans un outre le droit de décider pour lui ce qui est plaisir, cl de lui en assigner la (pianlité requise. De là une conclusion nécessaire, c'est qu’il faut laisser tout homme d'un âge mClr et d'un esprit sain juger et agir en cette matière par lui-méme, cl qu’il y a folie et impertinence à vouloir diriger sa conduite dans un sens opposé à ce qu’il considère comme son intérêt. El plus on examinera la chose, plus on se convaincra qu’il eu est ainsi.

Que devient alors la lâche du moraliste? Il peut mettre sous les yeux de celui qui l’interroge un aperçu des probabilités de l'avenir, plus exact et plus complet qu'il ne se serait olFert à ses regards au milieu des influences du moment. Le moraliste peut l’aider à faire des réflexions cl à tirer des conclusions, h tenir compte du passé sous un point de vue plus large, et à en déduire des calculs ou des conjectures pour l'avenir. Il peut lui indiquer des /ins qui ne s’étaient pas présentées , et les moyens de lesaccompflr. 11 peut le mettre à même de choisir entre tes plaisirs et les peines sagement balancés.

Il peulliii indiquer les occasionsd’obtenirdes jouissances ou d’éviter des souffrances. En effet , pour être véritablement utile, il faut qu’il aille à la découverte des conséquences qui doivent résulter d’une action donnée; il faut qu'il les recueille le mieux qu’il le pourra, et qu'il les présente ensuite à l’usage de ceux qui peuvent être disposes à profiter de ses services. Humble est sa lâche, mais grande est son œuvre ; et c'est dans la prévision du bien qu’il doit produire , que peut seule consister sa récompense.

Ce n’est pas ainsi que les instructeurs publics ont généralement procédé. Ils se sont érigé, dans le domaine de l’action morale, un trône élevé. C’est de là ^ qu’en monarques absolus et infaillibles, ils ont imposé des lois à l’iinirers qu’ils s’imaginaient voir à leurs pieds, et qu’ils ont exigé pour leurs cornmanderoenlset leurs prohibitions, une prompte cl péremptoire oliéissancc. Le monde s'est fréquemment indigné de l’impudence de scs gouvernants

^politiques. Celui qui, de son chef, se constitue arbitre souveroin de la morale ; qui , comme un fou

dans sa loge , agile un sceptre imaginaire; celui-là, dans son impudence, dépasse toute mesure. Un certain sentiment de rcs[K)nsahiIilé, la crainte d'une réaction , peuvent contrôler le despotisme d’un gouvernant reconnu ; mais quel contrôle opposer à l’égiiremenl et à la présomption de celui qui s’est lui-même attribué la dictature morale?

Son ton est le ton du pédagogue ou du magistral. Il est fort et sage , éclairé et vertueux ; ses lecteurs sont faibles et insensés ; sa voix est celle de I la puissance; et, cette puissance, il la doit à lu sujiériorilé de sa sagesse.

Si tout cela était sans préjudice pour le public, ce serait la satisfaction d'un orgueil individuel, d'un plaisir individuel ; ce serait dune, en cc sens, autant (l'ajouté au bonheur général. Mais le malheur est que l'indolence et l’ignorance sont les résultats naliirels de celle usurpation d’autorité. Lors même que les préceptes sont fondés sur de bonnes raisons, le développement de ces raisons est une tâche difficile et qui exige de grands efforts ; c’est une I tâche à laquelle bien peu se sont montrés compétents. Mais rien de plus Facile que de promulguer des préceptes et des lois. Pour cette tâche, tous sont compétents, sages et futis; seulement les fous sont tes plus disposes à l'entreprendre, car l'ignorance n’a pas de manteau plus commode que la présomption.

Le talisman qu’emploient l’arrogance, l'indolence cl l’ignorance, se réduit à un mol qui sert à * donner à l'imposture un air d'assurance et d'autorité , et que nous aurons plus d'une fois l'occasion de réfuter d.ins cet ouvrage. Ce mot sacramentel, c’est le mol deroir. Quand on a dit : « Vous devez faire ceci, vous ne devez pas faire cela ; » csl-il une (piestion de morale qui ne soit à l'instant décidée?

Il faut que ce mut soit banui du vocabulaire de / > la morale.

Heureusement qu'il en est un autre qui, employé à propos, peut servir à ruiner de fond en comble Lien des assertions fallacieuses. » Vous devez ; vous ne devez pas, » dit te dogmalisle. Pouripioi ? répond rinvesligateiir. Pourquoi ? Rien de Facile comme de dire : Vous devez ; rien de difficile comme de soutenir rinquisilion pénétrante d’un pourquoi?

Pourquoi dois-je faire cela? Parce que vous le devez , a-t-on l'habitude de répondre, cl le |>ourqiioi revient à la charge avec une autorité nouvelle, celle que procure un triomphe déjà obteuu.

On peut répondre que ce n’est pas l'indolence et la paresse qui font adopter a l'instructeur celle phraséologie; car, au lieu d'écrire avec tant de déraison, il s’abstiendrait totalement d’écrire s'il n’obéissait qu’à une iudulcuce naturelle.

On oublie qu’il est des motifs plus forts que la

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