CE QLE C’EST QUE LA DÉONTOLOGIE. ETC
paresse; il peut militer d'un mode particulier d'ar- ^umentatioD des avantages de plus d^ine sorte. Kii se conformant â l’opinkin publique , on obtient la réputation ; avec la i‘épiitalion viennent la richesse et la puissance. On n'aime pas à se brouiller avec l'opinion publit|ue : s'op|>oser aux préjugés en vogue, lutter contre les sentiments clabli.v, ce ne saurait être là la conduite de celui qui désire prendre dans le inonde une attitude convenable.
Le jugement du monde est en faveur du rigorisme ; car, dans les entraves im|msées à son voisin, chaque homme croit voir une addition à sa propre puissance, une jouissance <ionnéc à son orgueil. Il se prépare faeileineiil à lui-méme une exemption qui puisse satisfaire son esprit, et cependant, en s'abandonnant à l’impression rigoureuse d'un blâme sévère , il témoigne qu'il n’est pas complice de l'offense qu’il réprouve avec tant de vebémence : car qui pourrait nieltre un tel zèle à se condamner luimème? Il n'a rien ù attendre et tout à craindre de l'indulgence ; et, avec ce grand mot de devoir sans cesse à la bouche, il va imposant à ses senddablcs des ordres et des interdictions, des chaînes et des charges qui n'en sont pas moins réelles cl douloureuses parce ipi’elles ont leur source dans des métaphores et des fictions.
Il semble qu'en tout ceci il y ait beaucoup de ]»rofil cl peu de peine : peu d’elforls , peu d’cxcrcicc du la pensée; observation, recherches, réflexion, tout cela est superflu, aussi superflu que pénible. La folie et l’arrogance, la folie la plus aveugle, l’arrogance lapins orgueilleuse, se trouvent à l'aise ensemble. Grâce à ces arbitres du goiU moral, les plaisirs sont écartés, les peines sont appelées â les remplacer, ainsi qu'à la voix du médecin de Raralaria les mets s’éloignaient île la |iréscncede l'afTaïué Sancho; mais, du moins, le médecin de Daralarid lie leur avait pas substitué du poison.
Des sacrifices, c'est ce que demandent tous nos moralistes du jour; le sacrifice , pris en Itii-mème, est nuisible, et nuisible est l'influcDce qui rattache la moralité à la souffrance. Ils paraissent ignorer, CCS hommes, combien la morale peut être efficace sans avoir rien de |>énibic; elle doit réveiller des pensées de contentement et de joie, non de tristesse cl de malheur. Il est certain que moindre sera la portion de bonheur sacrifiée, plus grande sera la quantité qui restera: c'est là la véritable économie du plaisir, c’est la culture de la vertu la ]>lus propre I à lui faire produire des fruits. I
Le mol DÉOMULOGIB, ou la science de ce qui est ! bien ou convenable, a été choisi comme plus propre | que tout autre à représenter, dans le domaine de la ' morale, le principe de VuliUtairiamsme ^ ou de [ l'utilité. Ce mol d'ntililairiaiiismc offre à IVspril un \
sens trop vague et trop peu défini; si ce terme pouvait s’appliquer, d'une manière immédiate el directe, à la production de la félicité, on pourrait l'employer d'une manière juste el convenable.
Les occasions dans lesquelles le principe déontologique est mis en action, sont ou permanentes ou transitoires, ou publiques ou privées. Les occasions publiques sont celles qui existent d’homme à homme, comme membres de la société générale ; la plupart de ces occasions, qu'on peut ap|>ebT )>olitif|ucs , n'entrent pas dans le cailrc de cet ouvrage. Les relations privées de l'homme sont ou naturelles ou factices : celles qui peuvent être regardées comme provenant de la naissance de l'individu, el celles qui sont accidentelles. On trouvera l'utilité de ces divisions lorsqu'il s'agira de l'application pratique du code moral.
Le mot utititii t avec ses dérivés utile, inutile, inutiltté , n’a pas été trouvé applicable à tous les cas où le principe lui même est mis en opération.
Kn quelques circonstances, il parait trop faible pour exprimer la force obligatoire dont il est désirable qu'il donne l'idée. L’esprit ne se trouvera pas satisfait d'expressions telles que celle-ci : «• Il est inutile d'assassiner, » ou celle-ci : « 11 serait utile d’cmpêcbcr l'assassinat. » Il en est de même du crime de l’incendiaire ou de quelques autres grauds attentats. i)e là l'insuffisance de ce mot dans le domaine de la législation.
Les principes de rascélisme el du sentimentalisme étant dans un état de rivalité avec le principe de riilililé, l’emploi de ce terme pourrait, en toute occasion, servir de prétexte pour rejeter des propositions qui , sans cela , eussent été admises; il présuppose, pour ainsi dire, la vérité de la doctrine de l'utilité. J
Dans le mol cenre/Kincc, cl scs dérivés conrenablc , inconrenable , nous trouvons toutes les conditions requises; c’est une émanation naturelle de la Déontologie , ou science de ce qui est bien.
On ne saurait rien objecter à ce mol, sons le rapport de la force de l'expression. Il n’esl pas de crime , quelque odieux qu'il soit , dont on n’admette <]u‘il est inconvcnaldc. Il est vrai que le rhéloricien ne trouvera pas ce mol employé d'une manière oppoi'lune, el le considérera comnïe inconrenant ; son but étant de passionner les autres , il est de son intérêt de paraître passionné lui-même, tandis <|uc, par un terme si modéré, ce n'est pas la passion, mais bien l’absence de passion qui se trouve exprimée. .>lais ce ne sera pas là pour le logicien une objection bien formidable; car c'est un besoin de logique, el non de rhétorique , que le mol doit servir.
II a aussi rutilité de Vimpartialile ; il ne décide
DiQitizüu uy \juO^Il
IVÉKUTATION DES PROPOSITIONS ANTIDÊONTOLOGIQUES. SOUVERAIN BIEN. ÔÜ5
pj)r hii-iDème entre aucun des systèmes, et peut s'appliquer avec une égale convenance au développement de chacun d’eux. Probablement que ni l'ascétique ni le scnliraenlaliste ne le regarderont comme inconvenant , si ce n’est à cause de sa froideur ; l'un et l’autre admettront certainement que ce qu'ils approuvent est convenable , que ce qu’ils désapprouvent est inconvenable. Dans tous les cas, cette dénomination servira à exprimer les deux caractères d'une action, laissant la liberté d’appliquer è volonté toute qualification additionnelle, soit d’eloge, soit de blâme.
C'est l’énonciation d'un jugement formé , sans aucune intimation des aifeclions dont ce jugement a été accompagné ou des motifs qui l'ont déterminé.
Pour Tulilitaire, il aura l'avantage d’embrasser tout le domaine de l'action , et <l'exprimer le sentiment d’approbation ou de désapprobation , à quelque partie du domaine du devoir que l'action appartienne.
CHAPiTnE ni.
HÉFITATIO!* DES PftOPOSITlOMS AMTIDÉO^TOLOCIQUES. SOCVERXIN B1E.V.
Avant d’elever l’édifice de la vérité morale , il importe Je déblayer le sot d'un vaste amas de débris qui entravent le progrès de l'architecte moral. Des motifs dilFércnts du ceux que l'utilité reconnaît , des fins hostiles à celles qu'elle propose, ont été et sont encore la base des travaux des moralistes qui , de leur chef, se sont constitués tels. (^)uand on se sera débarrassé de ces obstacles, la voie du Déontologisle sera aplanie; jusque-là, ces obstructions l'entraveront nécessairement dans sa marche.
Le but du déontologue, on ne saurait trop souvent le ré|)éler, c’est le bonheur. Les anciens philosophes ont propose quelque cl>ose qui n'est pas le t>unheur, quelque chose de dilTérent <lu bonheur et qui lui est contradictoire. C'est le souverain bien.
Pour tout ce qui concerne la théorie du souverain bien, nous ne pouvons mieux faire que de consulter le Compendium d'Oxford , ouvrage qtii | a si longtemps servi d'autorité et de texte à la célèbre université de ce nom. C'est l'arsenal où la | doctrine aristotélicienne semble avoir réuni toutes j ses armes. C’est là que nous essayerons d'abord d’at- I laquer (^ennemi. |
En quoi consiste le souverain bien? Celte question a été débattue par une foule de raisonnements, débattue , de génération en génération , par des hommes qui s’étaient attribué la dictature du bien et du mal.
En quoi consiste donc le souverain bien? Quel est-il? C'est la pierre philosophale qui convertit en or tous les métaux ; c'est le baume d'Hygic qui guérit tous les maux ; c'est ceci, c'est cela; c’est mitre chose encore, cVst tout, hormis le plaisir; c'est le gâteau aux pommes de l'Irlandais, qui, bien que fait avec des coings, u'en est pas moins appelé gâteau aux pommes.
Si cVlait quelque chose, que serait-ce? Que p«urrail-cc être, sinon le plaisir; du plaisir, ou une cause de plaisir, plaisir sans mélange de peine , bonheur maximisé? Qui jamais a clé assez insensé pour ne pas savoir que nul, en aucun temps , n'a fait une telle trouvaille? ^
Dans toutes les voies de la discipline, l'erreur est comme une sorte de vestibule par lequel les ] hommes sont condamnés à passer, avant d’arriver | jusqu'à (a vérité. '
Tandis que Xénophon écrivait rhisloire, et qii'Euclide créait la géométrie, Socrate cl Platon débitaient des absurdités, sous prétexte d'enseigner la sagesse et la morale. Leur morale , à eux , consistait en paroles; leur sagesse, dans la négation des choses connues à l’expcrience de chacun, et dans l'affirmaltun d'autres choses en contradiction arec l'ex|)érieDce de chacun; et ils étaient inférieurs au niveau des autres hommes, précisément en proportion que leurs idées différaient de celles de la masse du genre humain. I
La foule, qui ne prenait aucun plaisir au débit de telles absurdités, se contentait, guidée par le sens commun , de jouir des plaisirs communs à \ tous. On la qualifiait de troupeau ignorant et viil- | gairc ; et , cependant , ces ignorants-là accumulaient sur leur existence une somme de bien être, et la jdupart arrivaient de temps à .autre à se procurer imc certaine portion de bonheur. Le bien-être formait leur ordinaire. Le bonheur, ils en savouraient quelques gouttes rares, et seulement aux beaux jours. C'en était assez pour le vulgaire ignorant, non pas pour les sages éclairés, hommes qui, de ; quelque nom qu'ils qualifiassent leur sagesse , étaient appelés par les autres ies plus sages des hommes , hommes sages {csfh) , ou amis
de la sagesse Ceux-là marchaient la tête ,
haute , et do leurs lèvres le sophisme coulait à longs i flots. I
Au profane vulgaire ils abandonnaient la jouissance de tous les plaisirs qui se reucuntraienl sous sa main. Pour leurs disciples, ils tenaient ’unc
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3Ut RÉFUTATION DES PROPOSITIONS ANTIDÉONTOLOGIQÜES. SOUVERAIN BIEN.
chose en réserve, une chose atlmirahlc, qu'ils a])|)elaient ri summum bonum , le souve-
rain Men. QuVtait-cc? Était-ce le plaisir ?01i! non. J.e plaisir n’était pas asseï bon pour eux; c’ctail quelque chose de meilleur que le plaisir, et, pour qu’il ftU meilleur, il fallait bien qu'il en üifFèrâl.
Ür, si leurs actes avaient été conformes à leurs prédications, on pourrait se borner à dire qu'ils ressemblaient au chien de la fable , lâchant sa proie pour l'ombre; mais ils n'étaient pas assez fous pour cela. Le plaisir était bon à une fin , le souverain bien à une autre; le plaisir servait aux jouissances le souverain bien aux déclamations. Tandis qu'ils prêchaient tous le souverain bien, chacun . en son particulier, se livrait aux jouissances grossières des sens. Ils Avaient leurs mignons sans nombre ; quelques-uns dont nous connaissons les noms, d'autres qu'aucune histoire n'a canonisés > Il est aussi amusant de contempler les contestations des hommes appelés sages, qu'il est instructif d'en rechercher les résultats. Tandis que, <lans des temps plus rapprochés, une troupe de médecins philosophes étaient ù la recherche de la panacée universelle, les moralistes philosophes couraient après le souverain bien; objets excellents tous deux ; on convenait que tous deux existaient , qu'on pouvait les trouver, mais où les trouver, c'est sur quoi on ne s'accordait pas.
L’idée du bon , disait l'un , c'est là qu'il doit être. C'est là qu’on trouvera le souverain bien. Obtenez l’idée du bon, et vous tiendrez le souverain bien. Et niaiiilenaul que vous le tenez, en êtes-vous un brin plus heureux? Avec votre souverain bien, êtes-vous plus heureux i{Uc le plus heureux des hommes qui ne le possède pas? Mais quand vous t'aurez, qu'en ferez-vous? Ne vous embarrassez pas de cette question ; il sera temps de la résoudre quand vous serez arrivé a l’avoir.
C'est sous ce point de vue que la matière a été envisagée par deux sectes de philosophes, les platoniciens cl les académiciens; les platoniciens, en y comprenant comme de raison le maître manufacturier de non-sens, auquel ses sectateurs ont emprunté et leurs doctrines absurdes et leur
nom.
Le non-sens ressemble à l'anguille; quand vous croyez le tenir ferme , il échappe à vos doigts , et un autre non-sens vient le remplacer. C’est ainsi qu’après nous avoir donné le souverain bien de ces philosophes , et l'idée du bon, comme si tout cela j n’était pas assez inintelligible, on nous donne dans
I JiiiUcixblc« qu’élaicnt les philosophes de Topioion publique, ils n'éuienl pas assez sots pour se laiisergouveroer. comme faisait Jacques !«'. par ceux qui fournissaient à Icuis plaisirs. Socraio lui-DiCuie, Socrate, le plus pru-
la même période, dans la même phrase, et jusque | dans les mots suivants, la matière complexe, avec un sfre. — S/te r/sione et fruitione Det; c’est- ' à-dire, la vision et la fruilion , la vue et la jouis- i sauce de Dieu. |
Ce sont deux choses, deux choses distinctes, et ces choses distinctes sont synonymes'de l'idée du bon , de la vue de Dieu , la jouissance de Dieu. Ce I ne peut être le Dieu du christianisme , le Dieu de la I Bible; car, on ne peut le voir, il est invisible, (^lu'rntend on par le Dieu des platoniciens et des ' académiciens? Duquel de leurs dieux, car ils étaient | païens et avaient des dieux par centaines, ont-ils jamais joui? Et comment en ont-ils joui? i
Mais nous sommes encore en pleine mer ; et une autre secte s’écrie : « L’habitude de la vertu. » L'ba- ' bitude de la vertu est le souverain bien. C'est le joyau lui-même, ou c'est l'écrin dans lequel on le | trouvera. Restez toute votre vie au lit , avec le rbu- < matisroe dans les reins , la pierre dans la vessie , et la goutte aux deux pieds. Il suffit que vous ayez l'habitude de la vertu , et le souverain bien est à vous^ Grand bien vous fasse! 11 est clair que vous ne trouverez aucun obstacle dans votre condition. Nui . doute que la vertu négative ne soit vertu. Il ne vous I sera |>as facile de tomber dans la pratique du vice; I et le siégé de votre souverain bien , s’il est quelque ' part , sera dans votre tête. Or , je vous le demande, / seriez-vous bien aise d'avoir la pierre dans la ves- / sic , le rhumatisme aux reins , et la goutte aux i pieds , même avec la certitude d'avoir la tête bieu j rembourrée de souveraiu bien ? i
De peur de vous méprendre sur le sens de ce | non-sens , voyez le professeur d'Oxford , ayant au j bout des doigts une observation de la même force : ;
« Car , dit-il, la raison démontre qu'une habitude pure et simple n’est d’aucune valeur, n'a pas la moindre valeur , à moins d'être rapportée à l'obserra/ion, cl produite en action et en exercice. » Une habitude sans action ! Une habitude qui existe et qui ne se manifeste par aucun acte ! Une habitude formée, cl eu dehors des actes, ce qui fait que l'habitude n’équivaut pas mêmeà raccomplissenicnt d'un seul acte ! El celle connaissance inestimable , on vous la communique charitablement, afin que i vous n’alliez pas, dans votre erreur, vous aviser 2 de cummellre la faute énorme de persévérer dans ^ l'habitude de la vertu, sans avoir jamais accompli ^ un seul acte de vertu ! ,
Mais il est assez inutile de savoir où le souverain | bien n’est pas , si nous u'apprenons en même temps*
I dent tie toui, daai uof couhdeiice dei plus extraordiDaîres,
I avoue lui-méme i« caractère iodumpuble de la passion qui le dominait.