‹ Œuvres de Jérémie Bentham, jurisconsulte anglais De l'organisation judiciaire et de la codificationChapitre 271 sur 329 · RÉFUTATION DES PROPOSITIONS ANTIDÉOSTOLOGIQUES. SOUVERAIN BIEN · texte numérisé non relu

RÉFUTATION DES PROPOSITIONS ANTIDÉOSTOLOGIQUES. SOUVERAIN BIEN

011 il est. Enfin, nous arons la rertu ; la T«rliielle> même, c>sl là qu’est ce souTfrain bien.

Ponendum est igitur summum hominis bo^ num in ipsâ virtute. Quoi ! dans Thabitude de la Tertii? Oh ( non sans doute, ce n'est pas là. C’est là l’erreur contre laquelle tous Tenez d'èire prënitini. Ayez la vertu; ne vous embarrassez pas d'en avoir l’habitude. Vous pouvez l’avoir, si vous voulez ; TOUS n'y trouverez ancun souverain bien.

Ponendum est igitur summum hominis bo~ num in ipsd rirtute. Il ne peut rien être de plus positif, de plus concluant ; sur <|iioi, et à In suite de ce non-sens si concis , arrive un torrent de nonsens dilFiis qui défait tout ce qui venait d'être fait.

«I Et c'est pourquoi, continue le professeur, l'essence de la facilité humaine consiste à agir en conformité avec la meilleure et la plus parfaite vertu. » Cependant le complément et la perfection de rinimaine félicité présuppose certains avantages du corps et de la fortune ; et il faut y joindre cette sérénité d'àme qui naît (qnoiipie, à cc qu'il semble, d'une manière assez occulte), qui naît, subnascitur, de la conscience d'avoir bien fait.

Et cette félicité, du moins on nous l'assure, est un bien solide et qui ne peut se )>crdre facilement. Avec cette assurance, vous avez les motifs et les raisons sur lesquelles elle est basée, h Car , dit-il, la vertu qui lui sert de base (le soiiTcrain bien étant lui-même la vertu ) ne peut nous être enlevée malgré nous, et sa perle ne suit pas Immédiatement la perte des avantages du corps et de la fortune. En un mol , par la perle des avantages extérieurs , l’essence de la félicité ne nous est point ravie ; elle est seulement diminuée , et son intégrité mutilée, n

Mais il y avait une autre classe de philosophes, vrais pourceaux qui ne voyaient pas les visions et ne partageaient pas les jouissances des platoniciens et des académiciens avec leur divinité ou leurs divinités ; et qui, avec les stoïciens, ne venaient pas échouer sur leurs habitudes de vertu ; c'étaient les sensuels disciples d’l*!picure. Le souverain bien étant le but proposé, où le cherchèrent-ils? Qui l'eût cru? Tout pourceaux qu'ils étaient. Us le cherchèrent dans le plaisir : ainsi le dit le professeur. Oui, dans le ]daisir , et dans le plaisir corporel encore ! Ce(>endant il y a évidemment erreur là dedans. Que le plaisir fût pour eux le plaisir, c’est assez probable ; mais que , dans leur énumération des plaisirs, ils aient omis de faire entrer les plaisirs non corporels, c’est ce qui, à priori, est improbable, et ce qui , en fait, est faux.

H est des plaisirs qui ont leur siège dans le corps, d’autres dans l'esprit. Qui n'ignore un fait aussi évident? Qui ne l’a éprouvé? Ces philosophes pouvaient-ils ignorer ce que tout le monde sait?

Mais, après avoir mentionné les plaisirs du corps , le professeur nous dit que, dans tous les cas, ce n’est pas là qu’est le souverain bien ; et pourquoi ?

Parce que la |>artie du corps humain , à laquelle ils appartiennent, est la partie ignoble ; secondement , parce qu’ils ne durent pas , qu’ils sont courts ; et troisièmement , parce que, de temps à autre , lorsqu'ils sont passés, ils laissent des souvenirs désagréables, et qui nous font rougir.

Ils sont ignobles. La vie de A . est remplie par les plaisirs , tous ignobles , tous vifs , et sans alliage de peines. Dans la vie de B. les plaisirs sont de la noble es{>èce, mais tous entremêlés de |)eines par lesiiuellcs ils sont plus que contre-balances. Laquelle de ces deux destinées choisirait un homme de bon sens?

Cette partie du corps qu’on appelle ignoble , quelle qu’elle soit, et de quelque nom qu'on fa désigne, nous doit-elle être moins chère, et nous est-elle, après tout , moins utile et moins nécessaire que les autres ?

Tout ignoble qu'elle puisse être, l'auteur du pendium ne voudrait assurément pas, et pour beaucoup, en être privé. Le mot ignoble ainsi appliqué ne signifie pas ce qu'on veut lui faire signifier, et n'a d'ignoble que le son ; n'importe, admettons la signification que vous voulez lui donner. Voilà un homme dont la vie abonde en plaisirs, plaisirs ignobles , plaisirs purs, c'est-à-dire, sans alliage de peines. La vie de cet autre a des plaisirs aussi , des plaisirs nobles ; mais chaque plaisir est faible, et plus que contre-balancé par des peines. Dis*nous, philosophe, lequel de ces deux hommes tu voudrais être?

Hélas ! hélas ! erreur que tout cela. Ce n'est pas un organe particulier , c’est te corps , le corps tout entier qui est ignoble. L’organe peut être subordonné au plaisir; mais le plaisir lui-même est subordonné au corps. Très-bien , nous accordons que le mol ignoble signifie quelque chose, quoique, par le fait , il ne signifie rien, et que le corps soit aussi ignoble que le cœur peut le souhaiter; qu'eo conclure ? Que le plaisir soit ce qu'on voudra , son siège n'est-ii pas dans ràme?Quelqu’una-t-iIvuuncorps goûter le plaisir quand l'ànic s’en était séparée?

Et puis, la durée des plaisirs corporels est courte, dit-on. Fort bien. El après? Prenez chacun d’eux séparément , c’est peu de chose. Eh bien , qu’allezvous en conclure? Tirez de votre poche une pièce d’or, changez-Ia contre des francs et des centimes. Qui vaut le plus , de la pièce d’or ou de la moiiaie ? Qui pèse le plus, d'une livre de plomb ou d’une livre de plumes? Quand vous aurez répondu à ces questions, on vous dira , si vous voulez, si, dans l'objection relative à la durée, il y a autre chose que des mots.

3C() RÉFCTATION DES PROPOSITIONS ANTIDÊONTOLOGIQUES. SOU\ERAIN BIEN,

On (lit pncorc : T.e souvenir «les plaisirs corporels est désagréable et nous fait rougir. Que le souvenir des plaisirs goiltés illégilimemenl soit désagréable, si l’on veut, cela Ate-t-il de leur prix aux plaisirs légitimes? Que ceux-là qui ont été achetés avec une balance de peines nous rendent honteux , il ne sera pas necessaire de rougir de ceux qui ont laissé une jvalance de plaisir.

Tous ces poursuivants du souverain bien ont leurs noms respectifs. Il en est trois espèces, néanmoins, qui n'ont point de noms, (.es uns et les autres sont dans l’erreur. En vérité , tous sont dans l'erreur, si le professeur d’Oxford a raison ; ils sont gran<lement dans l'erreur, même en observant cc^qu'ils désirent, s'ils vont supposer qu'ils ont obtenu le souverain bien; et si , ayant obtenu la possession de ce qu'ils estiment, ils vont l’cstimcr à sa valeur.

Vient d’abord le vulgaire ou la foute. Ceux-là placent le souverain bien dans les richesses , les richesses en grande quantité, lis sont tous dans l'erreur, si grand que soit leur nombre , et par une bonne raison ; car ces richesses, dont le vulgaire est si épris, ne sont que de peu de valeur, quelle qu’en soit la quantité. En premier lieu , leur possession est glissante et instable; ensuite, ce n’est pas pour elles-mêmes qu'on les aime, mais pour d'autres choses contre lesquelles on les échange; et, en troisième lieu, à qui appartiennenlelles? «I Non au propriétaire , mais à la fortune. •

Leur possession est glissante et instable, c'est-.àdire, en d'autres termes, et pour parler sans rhétorique, qu'on est exposé à les perdre. Mais la question est de savoir ce qu'elles valent, non pour celui qui ne les a pas, mais pour celui qui les a. Et, comme l'a fort bien observé Adam Smith, en France ou en Angleterre, pour un homme qui a perdu ce qu'il avait , vous en avez mille autres qui , non-seulement l'ont conservé, mais encore l'ont augmenté. Mais ces aveugles voyageurs sur la route des lieux communs , sont peu soucieux de l'histoire de l'homme, peu soucieux des changements que le temps a amenés dans la valeur cl la sécurité des richesses. Le même trésor qui, dans les anciens jours, comportait justement des idées d'incertitude et de mutabilité, |>eut aujourd'hui représenter à nos yeux la possession dans son maximum de sécurité. Au cœur de la Grèce, à Athènes où Aristote écrivait , une terre était achetée au prix de deux années de produit ; elle vaut en Angleterre trente fois son revenu annuel.

I.a richesse n'est pas désirée pour elle-même, mais seulement parce qu'on peut l'échanger contre d'autres objets de nos désirs. Si, par son moyen , et avec elle , un homme se procure ce qu'il désire , en

quoi est-elle moins précieuse ? Si un homme obtient l'objet de ses désirs, que lui faut-il de plus? Et , s'il n'a pas le souverain bien lui-même, n'a-t-ii pas quelque chose d'aussi bon que pourrait l'ètre le souverain bien?

Mais le pis est qu'elle ne nous appartient pas, mais qu'elle est soumise aux caprices de la Fortune. f(on in nostrà poteslate, sed in fortunes temsritaie. Dans cette brillante réunion de la rhétorique et de la poésie, réside toute la force de l'argument ; force qui, pour le dire en passant , si vous la transvasez du latin en français, aussilùt s'évapore. El que reste-t-il ? Il reste ce qu’on nous a déjà dit , savoir, que la richesse est choie glissante, qu’elle échappe des mains qui la tiennent, qu'elle peut échapper des nôtres. Il semble que, pour la rareté de telles nouvelles , il suffisait de les dire une fois.

Il y a peut-être quelque chose encore. Oui, nous apprenons que la Fortune est une femme, et que celte femme est capricieuse. Oci est bon pour la rhétorique ; mais c’est ici un livre de morale philosophique. Bon pour la rhétorique? Non , pas même bon à ccl usage ; car là où il n'y a pas de but proposé , il ne saurait y avoir de caprice.

Ensuite , viennent les politiques et les esclaves de l'ambition ; ers hommes ne trouvent rien de mieux que de placer leur souverain bien dans rhonneur et dans le pouvoir, dans l'un ou dans l'autre.

Ce raisonnement , si raisonnement cela peut s'appeler, est assez semblable à celui qui précède. Les mots seuls ont un peu changé; car il fallait dire quelque chose de nouveau, et l'insignifiance, comme toute autre chose, sait varier ses formes. Les richesses étaient choses glissantes et instables ; l'honneur et le pouvoir sont incertains, périssables, subordonnés à la Fausse faveur et au souffle populaire. C'est Horace qui l'a dit ; écoulez Horace : Admodùm incerta et caduca uipotè quœ ex arbitrio poputaris aurw , aut simulato hominum facore pierumqùé pendent.

Quand notre moraliste avait à parler de la richesse, il nous disait qu'on la recherchait , non pour ellemême, mais pour se procurer d'autres choses. Mais ni dans l’honneur, ni même dans le pouvoir . il n'y a de dignité intrinsèviue, quoique ceux qui les ambitionnent puissent prétendre ; ou s'ils ont une dignité intrinsèque, elle n'est pas de nature à être désirée ni louée.

Quant à l'épiihèle de périssable , on a répondu à cette objection quand on a réfuté le reproche d'instabilité. Mais cette objection a-l-elle un sens ? Si elle en a un , ce n'est pas le professeur d'Oxford qui l'a trouvé.

Honore ? Que signifie honore ? honneur oti

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