CHAPITRE V
BIE7I-ÊTRE ET MAL-tTBE.
Il est désirable, nécessaire même, de trouver un mot qui représente la balance des plaisirs cl des peines, en tant que réparties sur uue partie considérable de l'existence de l'homme.
Le mot bien-étr9 désignera la balance en faveur des plaisirs;
Mal-étrey la balance en fevetir des peines.
Le mot bonheur n’est pas toujours le mot propre : il représente le plaisir k un degré trop élevé; il parait se confondre avec l'idée de la joutiaance au plus haut degré.
Com|)aralivpment parlant, tl est peu d'hommes qui ne conviennent avoir joui, dans le cours de leur existence, d’une |>orlîon plus ou moins consitlérable de bien-être. I) en est peu au contraire, aucun peut-être, qui convienne avoir goûté le bonheur.
quantité de bien-être dépend de la sensilulilé générale, sa qualité de la sensibilité particulière, en ce sens , que certaines sources de plaisir et de peine nous alFeclenl d'une manière plus sensible que d’autres.
Mais, avec une somme convenable d’attention et d'ol>$crvation, chacun de nous pourra connaître le caractère de la sensibilité individuelle. Elle se manifeste à autrui par la contenance, le geste, les manières, la conduite actuelle ou subséquente; mais aucun indice ne sera aussi complet, aucun témoignage aussi direct que celui de nos propres sentiments. Chaque homme est plus compétent que tout autre à juger de ce qui convient à son propre bienêtre :il serait donc absurde de prescrire l’observation de la même ligne de conduite invariablement dans les mêmes occasions , sans tenir compte de la sensibilité particulière de chaque individu.
En prenant l’espèce humaine en général, de quel côté la balance incltne-t'dle? Sans contredit, du côté du bien-être. L'existence est à elle seule une preuve concluante de bien-être; car il ne faut qu'une bien faible quantité de peine pour terminer l'existence.
Il est vrai , et c'est une vérité douloureuse, que le nom de la religion n'a que trop souvent servi k annoncer aux hommes un Être tout-puissant, prenant un affreux plaisir au malheur de riiumanité. Des hommes sc sont rencontrés, qui, fermant les yeux à l'évidence qui les entourait, aux preuves sans nombre de la bonté et de la puissance de Dieu, ont proclamé le malheur final, le malheur sans es{>ojr, sans limite et sans terme, comme la consommation de ses dispensations terribles. Ce dogme redoutable ne se trouve point dans le christianisme. C’est une imposture pernicieuse et que rien ne justifie. Tous les yeux peuvent lire dans le livre des saintes Écritures; on n'y trouvera nulle part l’indication d’une telle sentence.
La rareté du suicide prouve, tl'tinc manière irrésistible, que, somme toute, c'est un bien que la vie; et i{iioique la sanction populaire et sym|vathique soit d'un grand poids dans cette question , on ne peut