‹ Œuvres de Jérémie Bentham, jurisconsulte anglais De l'organisation judiciaire et de la codificationChapitre 277 sur 329 · BUT DES ACTIONS · texte numérisé non relu

BUT DES ACTIONS

Si l’acqiiisilion du plaisir est réellement intense, constant et unique de nos elforts constitution même de notre nature exige qu'il en soit toujours ainsi , s'il en est ainsi dans toutes les occasions , on peut demander quelle ulililé il y a à parler encore de morale, et quel but nous nous proposons dans cet ouvrage? Pourquoi exciter un homme à faire ce «]ui est l'objet constant de ses efforts?

.Mais on nie la poposttion ; car, si celle proposition est vraie , s’écrie un faiseur d’objections, où est la sympathie? Où est la btenvcillauce ? Où est la bienfaisance? On |>eul répondre quelles sont où elles étaient.

Nier l’existence des affections sociales, ce serait nier le témoignage de l'expérience de tous les jours.

Il n'est {>as de sauvage abruti chez qui on n’en retrouve quelques vestiges.

Mais le pl.ùsir que j'éprouve à faire plaisir à mon . ami , ce plaisir u'est-il pas à moi?i.a peine que j’éprouve lorsque je suis leiiioin de la |>eine de mon ami» celle peine n’esl-eile pas la mieune?El. si je ne ressentais ni plaisir ni peine, où serait ma synipalliie ?

Pourquoi donc, répèlc-l-on encore, perdre le temps à prescrire une conduite que chacun , eu toute occasion, adopte pour lui-même» à savoir» la recherche du bien-être?

Parce que la réflexion mettra l’homme à même d'estimer avec plus d'exactitude la conduite qui doit laisser après elle les plus grands résultats de bien.

II SC pourra que , cédant à des impressions immédiates, il soit disposé à suivre une ligne de conduite donnée» dans la vue d’assurer son bien être ; mais un examen plus calme et plus large lui montrera que» somme toute» celle conduite nu serait ni la meilleure ni la plus sage, parce qu’il lui arrivera

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quelquefois de découvrir que le bien le plus proche sérail surpassé par un mal plus éloigné, mais qui s*y rattache ; ou que, pour un moindre plaisir abandonné maintenant , il obtiendrait dans l'avenir un plaisir plus grand.

Parce qu'il pourrait arriver que Pacte , qui nous promet un plaisir actuel , fût préjudiciable à ceux qui font partie de la société à laquelle nous appartenons ; et ceux-ci , ayant éprouvé un dommage de notre part, se trouveraient portés, par le sentiment seul de la conservation personnelle, à chercher les moyens de se venger de nous , en nous infligeant une somme de peine égale ou supérieure à la somme de plaisir que nous aurions goûté.

En outre, Pacte en question pourrait produire du déplaisir dans la société générale , et il est possible que la perte de la bonne opinion de nos semblables , résultant de Pacte proposé , dépasse en valeur le plaisir produit.

Mais, peut-on dire encore, le bien-être d'un . homme ne doH pas être Pobjet de ses efforts. Ce I prétendu devoir^ comme beaucoup d'autres, ne sert qu’à couvrir une assertion despotique et sans (base, et qui ne prouve qu'une chose, c'est que \ Pohjecteur pense que le bien-être d'un homme ne doit pas occuper son attention. Notre argument n’en reste pas moins ce qu'il était, et il sera d'autant plus fort que, pour Palta(|uer, on n'emploiera que des assertions dogmatiques. I/ohjection ét|iiivaut, au plus, à la déclaration d'une opinion, et une déclaration sans raisons à Pappui laisse les choses à peu près où elle les a trouvées.

Éclairé par le principe déontologique, le domaine de l'action va prendre un nouvel aspect. La sagesse de parade, les mots sacramentels, les distinctions subtiles, les raisonnements fallacieux , les dogmes hautains de l'intolérance et de l'ignorance, vont s'évanouir en fumée. Dépouillée des mystères et des complications dont les casuistes et les hommes d'Égiise Pavaient entourée, la règle du devoir dej viendra d'un facile usage et la source du bien-être journalier. Les généralités vagues perdront leur puissance , et paraîtront ce qu’elles sont en effet , c'est-à-dire, ridicules et déplorables; ridicules, considérées en elles-mêmes ; déplorables , considérées , ,^an$ leurs conséquences.

L’intelligence et la volonté concourent également au but de l'action. La volonté ou l’intention de chaque homme est dirigée vers l'obtention de ' son bien-être. La Déontologie est appelée à éclairer l'intelligence , en sorte qu'elle puisse guider la volonté dans la recherche du bonheur, en mettant à sa disposition les moyens les plus elflcaccs. La volonté a toujours le but en vue. C'est à Piutelligenrc a corriger les al»erralions de la volonté lu où la

volonté emploie des insirtiments autres que les plus convenables. La répétition d’actes, soit positif, soit négatifs, c’est-à-dire d'actes de commission ou d'abstention, ayant pour objet la production de la plus grande balance accessible de plaisir, et étant ' Judicieusement dirigés vers ce but, constitue la • vertu habituelle.

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