CHAPITRE VIII
DES CAUSES D'lllVûnAl.rTÉ.
Nous avons , dans ce qui prêche , jeté un coup d'œil sur les causes d'immoralilé. Ou peut les comprendre sous les divisions suivantes: faux principes en morale , application erronée de la religion, préférence accordée à l’intérêt personnel sur l’intérêt social, et enfin préférence donnée à un plaisir moindre , mais présent , sur un plaisir plus grand , mais éloigné.
Les faux principes et) morale peuvent être compris dans l’une ou dans l'autre de ces deux divisions, i’ascélicisme et le sentimentalisme, qui , tous deux, demandent le sacrifice du plaisir sans utilité, et sans avoir en vue un plaisir plus graml. L’ascèticisme va plus loin que le sentimentalisme : et inflige une peine inutile. Tous deux évitent de produire des raisons, et agissent, en tant que possible, sur les affections : l'ascéticisme , généralement , sur tes antipathies par la crainle et la terreur; le sentimentalisme, sur les sympathies. Tous deux tendent à ^aire envisager les règles de morale comme inutiles, et :i cunfiriner les hommes tians ctdlc idée que la mauvaise morale est pour la pratique, la tonne j pour en faire parade et servir de texte au discours.
DES CAUSES D'IMMORALITÉ
ÎToiis <ieux éTÎtenl rnppîication du critérium de la moralité ; et là où leur exercice eat au plus haut ftoiot , la moralité est à son «l^ré le plus bas : Tascélisme s’allie alors étroitement à ta misaiilbropie, le sentimentalisme à l'impuissance. I^a fausse morale ne peut jamais être cultivée «fii’aux dépens de la morale véritable.
Ou principe ascétitpie ou de rantipalhie naît le désir de punir par vengeance, de faire servir la puni* tion d'instrument a l'aversion. Les hommes punissent parce qu’ils baissent, et ils s'imaginent que la loi elle-même n’est «pie le ministre des venge.inces de la loi. Plus intense est leur haine, plus ils sont disposés à remire rigoureux le châtiment qu’ils I infligent a ceux qui en sont les objets. On leur dit
> (jii'ils doivent haïr le crime : on leur en fait un
mérite. Punir le crime est un mérite plus encore peut-être qu’une nécessité. I^s hommes doivent le bnlr et le punir; c’est parce qu’ils hàlssenl qu'ils désirent punir. (lomment puiiiraû'iU-ilsdonc autremeti t «pi’ils ne baissent ? Plus ils sont disposés h haïr, plus iis le sont n punir. Comment s'en étonner? Il semble qu’il ne doive en résulter aucun mal. Il y a plus, très-souvent il n'en résulte aucun mal, parce qu’il est vrai que , dans beaucoup de cas , les causes de haine et la nécessité tic punir, les causes qui font naître la haine et les motifs qui rendent le châtiment nécessaire, aiignumlent simultanément.
Si, dans certains cas, la quantité de châtiment est plus grande «ju’il n'est nécessaire ; si la peine ^ dépasse la proportion de l’acte qu’elle est destinée à réprimer, c’est- par la raison ou qu'il y a trop de ehêtimenl là où jl en faudrait une moindre quantité . ou qu’il y en a dans une certaine proportion là où il n'en faudrait point du tout. Lorsqu'un homme fait un acte que je hais , quel mal y a-t-il à ce qu'il souffre? (,)uel mal y a-t-il à faire souffrir l'homme que je hais? Si l'bommeqiie jehais a mérité sa peine, qu'importe, lorsqu’il souffre, que ce soit iiii peu plus ou un peu moins?
! ^ Ainsi raisonne la foule.
^ Comment puniraient-ils si ce n'est comme ils I * haïssent? Quel autre guide pourraient-ils suivre . que leur haine? C’est le guide te plus sûr, du moins ^ au cas particulier auquel il s'applique, bien que scs • décisions soient sujettes à varier d'un cas à un autre.
' Quel guide plus sùr? Pour savoir s’ils haïssent une jé action, |M>ur savoir laquelle de deux actions ils & délestent le plus, qu’ont-ils à faire, si ce n'est de ( consulter leurs sentiments?
I Quel critérium adopteront-ils? Celui-ci ou rien.
J Car, si nous en exceptons quelques phrases par-ci ^ar-là , lomb«‘es comme par hasard , aucun autre n'a été présente' jusqu’à ce jour. On en a mis en
BESTIAM. — VOIR Ml.
avant ici un , là un autre ; mais ceux-là mêmes oti ^ ne les a pas éprouvés à la pierre de louche «le l’uli* f lité; ils nes'afiapteiit pas solidement. Personne n'a ' essayé de leur tracer leurs limites respectives, et ^ d’en composer un tout homogène.
Comment alors s’étonner «pie l'ignorance du seul vrai«'riterium du bien et dumal produise l’iminora- i lité? ('orameiil s'étonner que des hoiium-s esclaves de leurs préjugés et de leurs passions en fassent la règle de leur combiile? El tandis que , d'un c6lé, ranti|)albie inflige «llnjusles châtiments , il est naluid <|ue, d'autre part, la sympathie épargne au . coupable le blâme mérité. ,
Cette tendance à faire «te nos antipathies et de nos prédilections la règle de la morale . est facilement * encouragée en écartant la règle «{ue fouruil l'utilité.
Ek là , ceux qui redoutent la lumière que ses rayons , proJeUent sur les actions humaines, ne manquent pas lie lancer leurs disciples à la poursuite «le cet *{ être de raison, insaisissable, fugitif, qu’ils appel- V IcQlmoii/'î ab»traclion ténébreuse, inabordable, / et qui , si l'ou pouvait lu saisir et la produire au I grand jour, ne pourrait être d’aucuu usage.
La reclierclie des motifs est une des causes qui ] contribuent le plus à égarer les hommes dans l'Iavestigalion des «jueslions de morale. C«‘lle recherche, ou la fonde sur une notion vague, que c'est dans l'origine de l'action , plutôt «pie «laiis l’action elle-même, que sc trouve la quantité et la qualité véritable du vice cl «le la vertu. Mais tout le lem|vs employé à cette recherche est «lu temps perdu. Tous , les motifs sont bons, abstractivement parlant; tous ont pour but de rechercher le plaisir et «l’éviter la peine. Les hommes n'en ont, ne peuvent et ne pourront jamais en avoir d'autres. Le motif qui ne produit aucun acte est immatériel et purement spéeu- \ lalif ; il n’offre matière ni d'éloge ni «le blâme. Mais quels que soient les motifs, et ils seront toujours ] identiques , savoir, la recherche du plaisir et l'éloi- ' I gnemenl «le la peine, ce n’esi pas eux que le moraliste est appelé à juger; c'est à la conduite seule qu’il s’adresse, la conduite quan«l ses conséquences ; • alteigoeot les régions «le la souffrance et de la jouis- 1 sance ; partout ailleurs , son intervention serait du ■ despotisme.
Après l'application erronée des faux principes de morale , l'application fausse de la religion doit être rangée parmi les causes d’immoralité. On recon- t j naîtra cette fausse application toutes les fois qu’on verra ses sanctions appliquées à la «liminutiun de la somme de plaisir ou à la production d’une somme de peine. El il ne saurait y avoir de plus forte preuve de la vérité ou de la fausseté d'une religion , que la I mesure dans laquelle elle est favorable ou hostile j au Imnlicur des hommes. Comprendre la religion, I
V lou^k
DES CAUSES D'IMMORALITÉ
^c'nt comprendre la Tolontd de Dien. An nombre I des attributs de Dieu est la bienveillance , non imparfaite, limitée, mais Infinie. Et il ne peut être bienveillant qu*en proportion île la quantité de bonheur dont il veut voir jouir les hommes soumis à sa puissance. Et , si ce bonheur n’est pas un vain mot, de quoi peut-il se composer , si ce n’est de plaisir ? Quel que soit ce plaisir, le supprimer sans le rem- 'i l^acer par un plaisir plus grand ou le conlre-ba- \ lancer par une peine plus qu'équivalente, ce ne ‘ Murait être là un acte de bienveillaocc. Dire d'un f être qu’il est bienveillant, et le représenter produt- I sant ou tendant à produire une summn de mal, eVst emj>loyer des termes rorilrailictoires ; car il n‘y a pas 1 de phraséologie <]ui puisse changer la nature <ies I choses. On ne change la nature ni des actions ni des I personnes en employant des termes qui les désignent ^ faussement. Appelez un coup de poignard un baiser, vous n’en ferez pas pour cela un acte affectueux.
^ Établir une ilisliiielion entre les attributs de Dieu ' et les attributs de l’homme ; dire que la bienveillance ^de Dieu, bien que différant de celle de l'homme, . n’en est pas moins bienveillance , c’est se moquer. ' D’où le terme bienveillance a-t-il tiré sa significaf lion, St ce n’est de son application à la conduite et aux sentiments de l’humanité ? Quel qu'il soit , un I effet est toujours le même ; il est toujours lui , quel qu’en soit l’auteur ou la cause. Imputer à Dieu , ^ sous le nom de bienveillance, ce qui , dans l’homme, [ neseraitpasde la bienveillance, ce n’est autre chose I qu’une fraude dans celui que la cruauté ou les préf jugés n’aveuglent pas. C'est vendre un serpent pour J un poisson. Est-ce qu'un scorpion serait iooRénsif ' parce qu’on l'appellerait ver à soie?
I El ce qui est vrai d’un attribut ne peut être que vrai de tout autre. Tout autre être que l'borome peut-il être juste autrement que ji’est l’homme? Il en est de même de la science, de la véracité , de la I puissance. D’où est venue l'idée de justice, l’idée ^ pour laquelle le mot justice a été trouvé , sinon de ' l’observation de la conduite et des senUments des ( hommes?
Notre objet n’est pas d’explorer ici celte portion ' du domaine de la pensée qu’occupe la religion , I en tant que séparée de la morale. I^a morale, ^ non la religion , forme le snjet de cet ouvrage. La discussion religieuse serait ici superflue et dé- \ placée.
C’est, en grande partie , la tâche des gouvememeots d’empêcher, comme cause d’immoralité, rinlérèt privé de prévaloir sur l’intérêt social. Une Mge législation doit tendre à n’en faire qu’un intérêt unique , et à faii^ accorder les sanctions populaire \ et politique. Cet accord est fortifié par toute bonue \loi, affiibli par toute loi mauvaise. Par exemple ,
une pénalité légale attachée à raceomplissement ' d’un acte dans lequel l’intérêt d'un homme marche d’accoi'il avec l’intérèl public, comme lorsqu’on prohibe la circulation de ee qui est un instrument de jouissance ou un objet de désir légitime, une telle pénalité non-seulement offre une prime à l’immoralité, mais encore détruit la puisMnee de la sanction politique, en la séparant de rinlérèt populaire. Néanmoins ce sujet appartient plutôt à la ' Déontologie publique qu’à la Ihmntologie privée , et c’est de cette dernière seuleque nous nous occupons dans cet ouvrage.
Il n’est pas inutile cependant de remarquer qne celle np|m»Uion entre rintérèt public et desintérêls fuDcstes que la législation ne protège que trop souvent , produit fréquemment la misère et l’immoralité à un degré et dans une étendue véritablement effrayante. Dans plusieurs pays , il résulte souvent des règlements fiscaux et des monopoles établis par la loi, que le violateur de la lettre de la loi peut être considéré comme un bienfaiteur public. Il est des cas où la sanction populaire est blessée par la sanction politique, et la Mnetion populaire, en coosé<iuence , prend sous m protection des actes que la sanction politique considère comme des délits ou des crimes passibles de peines plus ou moins sévères. La victoire obtenue sur le despotisme par le grand nombre contre le petit nombre ou contre un seul , est la victoire de la sanction populaire sur la sanction politique. Chaque pas fait dans la voie du I perfectionnement social, par les gouvernés contre le vœu des gouvernements, constitue un trîompbe | du même genre. En un mot, ce qui constitue un bon gouvernement , c’est l'harmonie établie entre 1 la législation et l’opinion éclairée ; mais cette matière est trop vaste pour que nous la discutioDS ici. *
1«8 dernière cause d'immoralité dont il omis reste à parler est la disposition qui fait qu’on préfère un bien moindre , mais présent , à un plus grand , mats * éloigné ; qu'on évite un mal moindre dans le pré-^ sent , au risque ou avec la certitude d’un mal plus grand dans l'avenir. Ce sujet réclame une attention' toute particulière.
Il faut rapporter la source de cette erreur à une éducation défèclueuse sous le point de vue mtellectuel et moral. On peut définir le vice , un faux calcul des probabilités, une estimation erronée de la valeur des plaisirs et des peines. Cest une » arithmétique morale fautive , et nous avons la con- < solation de savoir que, par l’application d’un juste ’ critérium, il est lieu de questions morales qui ne I puissent être résolues avec une exactitude et une I. certitude qui approchent beaucoup de la rigueui^J d’une démonstration mathématique.
ANALYSE DE CERTAINES LOCUTIONS PAR LE.PRINCtPE DÉONTOLOGIQUE. 587
CILAPITRE IX.
AMALTSe DE CERTAt!<ES lOCETIONS TAR LE PRINCIPE DÉONTOLOCIQUE.
II est des termes fréquemment employés par le législateur et le moraliste , qui paraissent demander quelques mots d’explication. Lorsqu’ils sont subor- • donnés au principe déontologique . le principal inconvénient qui résulte de leur emploi est celui-ci , qu’on pourrait trouver des expressions plus parfaites et plus convenables ; en sorte que c’est une perte inutile de mots et un détour que l’on luit pour arri< ver à la vérité. Cependant quelques-uns de ces termes ont pris possession si complète du domaine de l’expression ordinaire , qu'il serait presque inutile d’essayer de les déplacer. En fait, l’iroperfection générale du langage est l'nn des plus grands'ohstades aux progrès de la philosophie. C’est avec une extrême difficulté qu’on trouve des termes convenables pour exprimer des idées justes. Le langage reste en arrière de la science, et trop souvent lui refuse son aide. Les innovations , introduites par la philosophie dans le langage, sont lentes et difficiles.
La philologie ne se fait faute de refuser le secours des autres sciences. Elle s’enorgueillit de sa pauvreté; et cela est d’autant plus à regretter , que toutes les langues ont pris naissance à une époipie la culture morale et intellectuelle n’était encore que dans son enf^née. Un temps viendra, il faut l'espérer, où la morale, comme la chimie, créera son vocabulaire,
Rien de plus fatal que l’emploi erroné ou pliilèl l’abus du langage. Il arrive fréquemment que la même phraséologie sert à exprimer les qualités les plus opposées. Si l’innocence avait un langage qui lui fût propre , elle ne le garderait qu'un moment: le moment d'après , le vice l’aurait usurpé.
I/e mot principe est fréquemment employé pour exprimer les qualités morales. On dit un homme à f principes, un homme sans principes, un homme à I mauvais principes. Qu’eotend-on par là 7 Sur quoi 4 se base l’estime qu’on ^it d’un homme qui a la ré- \ piilation d’agir par principes ? C’est qu’on suppose qu’il s’est tracé de certaines règles de conduite, en i conformité desquelles il agit constamment. Cela | serait bien , si cés règles de conduite étaient bonnes, si elles avaient pour objet et pour but le bien-être général.
Mais supposons-les mauvaises et n’ayant pas pour objet le bien-être général ; sans doute , cct homme | ne mérite pas notre approbation. On dit qu’un ' homme agit par principes , lorsqu’il suit avec per- '
sérérance une ligne de conduite qui lui est propre , sans se laisser détourner de sa voie par des attractions quelconques ; ces attractions sont des tentations présentées sous forme de plaisirs à goûter immédiatement . ou de peines immédiates à éviter, et nul doiilequ’il ne sachesiirmonter ces attractions en proportion de sa force à renoncer à ces plaisirs et à endurer ces peines. Mais si l’elfet de sa résistance est de diminuer la somme de bonheur, si ses règles de conduite ne sont pas conformes aux prescriptions de l’ulililc, ses princi|>es, ou, en d'autres termes. son obstination, seront inutiles ou nuisibles en proportion «le leur éloignement «le la loi déontologique. C’est en faisant contraste avec l’homme sans princi|ies que l’homme à principes obtient l’approbation. I/homme sans princi|ves est celui qui, sans égard aux conséquences, laisse diriger sa conduite aux impulsions du plaisir présent ou à la crainte de la peine présimte; tandis que l’homme à mauvais princi|>c8 est celui (|iii s’est ^it une loi de ne jamais prendre en considération le bien-être d’autrui ; comme, par exemple , lorsqu’il se décide à faire du mal à tout homme «lont l’opinion , en certaines matières, diffère de la sienne. Dans ce cas , ceux qui ne l'imilcnt pas dans l'observance de eelte règle qu’il s’est faite , s’accordent à lui donner le titre d’homme à mauvais princi|>es; il est possible que rhomme à mauvais principes soit moins dangereux que l'homme sans princf{>es. L’un n’admettra de règles de conduite «|uc stiltordonuées aux fins qu’il se propose : il n’a pas de principe qui l'en empêche ; l’autre peut avoir quelque bon prin cipe dont l'opération corrige ou contre-balance tes mauvais. En outre, il se peut que le mauvais principe demeure inerte, faute d’excitation ou d’occasion de s'exercer , tandis «pie l’homme sans principes est ouvert à toutes les Impressions.
I/C droit est , en général , la reconnaissance par la loi de quelque titre réclamé par un ou plusieurs individus ; c’est une chose à l’exécution de latpielle la puissance légale prête l’appui de sa sanction. Il n’entre que peu dans le domaine déontologique, où l’on s'occupe princi(>alcment d’une répartition convenable des oldigations. La Déontologie s'efforce de donner à l’obligation refficacilé de l’action ; et là où différentes obligations se contredisent . elle détermine laquelle doit prépondérer. Il est vrai «pi’à la sanction légale est attachée l’obligation . obligation dans la forme la plus parfaite, obligation coexistante avec le droit; mais il arrive quelquefois que l’obligation produite par la sanction légale est détruite par la sanction déontologique ; dans le cas, par exemple, où l’infraction d’une loi produirait plus de bien que sou observance.
Les réclamations de droits peuvent quelquefois
DÉFI>*lTION DE LA VERTU.
SC rang^vr parmi les plus cxlensirement funestes de toifles les sources d’action \ c’est ainsi que le droit de commander a été la base de crimes et de malheurs sans hn, a servi de prétexte au meurtre et au brigandage sur la plus vaste échrile. Ce peut être une convoitise du caractère le plus coupable et le plus horrible; et cependant des hommes, comme le prince de Condé, l'ont regardé comme propre à servir d'exemple et de sanction à toutes les iniquités.
Ce droit, abandonné à Itii-mèmc, déchaîné sur le monde sans être retenu par la puissance déontologique dans ses limites naturelles, est une des prétentions les plus funestes à la race humaine. Kn politique, il sert de base au despotisme avec toutes ses horreurs; en religion , â la persécution ; dans le domaine populaire, à l'injustice ; sous le toit domestique, à la tyrannie |taternellc et maritale.
Subordonné à l’utilité, point d’objection au mot ou à la chose. Ce qui est utile est de droit; le droit résulte de rapplicalion du principe de l«i maximisation du bonheur. Point d'argumentation qui puisse ébranler un tel droit; mais il ne faut le présupposer dans aucun cas donné. Pesez les peines, pesez les plaisirs ; et selon que les bassins de la balance inclineront d'un ou d'antre côté, la question du tort et du droit devra être décidée.
La conscience est une chose fictive dont on suppose que le siège est dans l'âme : une personne consciencieuse est celle qui , s’etant fait une règle de conduite, s'y conforme exactement. Dans le langage ordinaire, on entend que cette règle de conduite est la bonne ; mais ce n’cstqu'aiitanlque cette règle est conforme aiix-firincipcs de l'utililé qu’on peut qualifier une conviction de vertueuse. Toutes les fois que celte conviction prend une direction opposée au bien-être général , elle est nuisible en proportion de l’influence qu’elle exerce.
On entend quelquefois |>ar bonne et mauvaise conscience, ce tribunal intérieur auquel un homme soumet le mérite de ses actions , et la récompense ou le châtiment qu’il y attaché. Une bonne conscience , c’est l'opinion favorable qu'un homme conçoit de sa propre conduite; une mauvaise conscience , c’est le jugement défavorable qu’il porte sur lui-même. Mais la valeur de ce jugement doit
I Quoi ! dira-l-OD peut-être, nier Peiistence de ta vertu ! I.a vertu etl ua vain moll La vertu n'esi rien! Quel blaipbèoie! Quelle opinion cel homme doit avoir de (a nature humaine! Quel bien, quelle inttruclion utile en olleodre , sinon de la plus pernicieuse espèce? Si la vertu e«t un être imaginaire, il doit en êire de même du vice ; ainsi tous dciis seront placés au même niveau, tous deux produits de Timagination , tous deux objets d'indifférence 1 C'est ainsi souvent qu'une nouvelle formule est traitée.
dépendre entièrement de sa conformité , ou plotêt de son applicaiion au principe de la maximisation du bonheur.