CHAPITRE X
hériNITIOM DE LA VERTU.
vertu est le chef d’une famille immense dont les vertus sont les membres. Elle représente à l’imagination une mère que suit une nombreuse postérité. Le latin étant la source d’où le mot est dérivé, et ce mot étant du genre féminin, l'image qui s’offre naturellement â l’esprit est celle d'une mère entourée de ses filles. Une appellation entraîne une idée d'existence ; mais la vertu est un être de raison, une entité fictive *, née de rim;ierfeclion du langage créé longtemps avant que les phénomènes de Pâme fussent étudiés et compris.
Ce mot de vertu n’est pas susceptible d’admettre ce qu'on cntentl communément par définition , laquelle doit toujours se rapporter à quelque appellation générique qui l'embrasse. Par le moyen de scs dérives on peut néanmoins l'expliquer, et ces mots : Action vertueusej Habitude vertueuse. Disposition vertueuse, présentent à l’esprit une idée assez déterminée.
<^)uandun homme dit d'un tfete qu’il est vertueux^ il veut seulement exprimer son opinion que cet 1 acte mérite son approbation ; et alors arrive la I question ; Sur quelle liase se fonde celle opinion ? i
En y faisant attention, on se convaincra que cette X hase diffère et change d'un lieu à un autre, en sorte ^ qu'il serait bien difficile de foire une réponse satisfaisante. Si les réponses sont exactes , elles différeront; et pour, les réunir toutes, compliquées et innombrables qu'elles sont , il faudrait se livrer à* des recherches infinies dans le domaine de la géographie et de l’histoire. El c'est ainsi que, lorsqu’on demande pourquoi un acte est vertueux , ou ce qui constitue la vertu d’un acte, la seule réponse à une question aussi importante sera, si on rexaminc ,
blâmée, et rejetée; mais l’etprit ne peut te former aucune idée elâire et poxitive que lorsqu'il a séparé te réel du fictif. La fiction est un inilrumcot que l'état imparfait du langage oblige â emplojer pour exprimer des réalités. Les actions vertueuses, les inclinations vertueuse*, sont des choses existantes, et, pour toutes les nécessités pratiques , le résultat est le même. Deux |H*rsonoes peuvent employer une phraséologie bivu différente, et vouloir dire la méose chose.
DÉFINITION DE L\ VERTU. 380
I liien : Cft acte est ?ertueitx parce que je pense qu’il I l’est, et sa Terlit consiste en ce qu’îl a en sa faveur ma bonne opinion.
Ici nous entrons sur un nouTcau terrain. L’approbation sera déterminée par la tendance d'iine action à accroître le bonheur; la réprobation, par la tendance d’une action à diminuer le bonheur.
Essayons de donner à ce principe tous ses développements. Toutes les fois qu’il y aura une portion de bonheur, quelque petite qu’elle soit, sans aucun mélange de mal, il y aura lieu à approbation, quoiqu'il n'y ait pas nécessairement évidencede vertu. La vertu suppose un eiforl, la conquête d’un obstacle
(ayant une somme de bonheur pour résultat. Il peut y avoir, il y a , en effet , beaucoup de bien dans le monde qui n'est le résultat d’aucune vertu. Mais il n'y a pas de vertu là, où il n'y a pas un excédant définitif de bonheur.
L’aptitude à produire le bonheur étant le caractère de I.V vertu , et tout bonheur se composant de notre bonheur à nous et de celui d'autrui . la production de notre bonheur est de la prudence; la production du bonheur d’autrui est de la bienveillance effective. L’arbre de la vertu est ainsi ilivisé en deim grandes liges, sur Ifsquelles croissent toutes les autres branches de la vertu.
I Depuis le temps d’Aristote, fftialre rerlus, la Prudence, la ForliUide, la Tempérance cl la Justice, ont pris le nom de vertus cardinales, du mot latin cardOf gond ; cor c’est sur elles que toules les autres vertus s'appuyaient, comme les portes sur leurs gonds. Hais en est-il ainsi en réalité? Aucunement. On a oublié d’inscrire sur crlte liste la Bienveillance, la Bienvedlance effective, et , à sa I place, nous ne voyons que la Justice, qui n'est
é qu’une portion de la Bienveiliancc sous une autre dénomination.
I Dans celte liste nous voyons trois vertus qui ne se réfèrent qu'à l'homme vertueux lui-même; et ' pour le reste du genre humain , on ne nous donne I qu’une vertu qui n’est elle-même qu’une très-petite I fraction de vertu.
I Quoi qu’il en soit , on se convaincra bientôt que I ce n’est que par réference aux peines et aux plaisirs I qu’on peut attacher une idée claire aux mots de vertu et de vice. Quelque familières que ces dénominations soient è notre oreille, tout ce qui, dans leur signification, ne peut être ramené sous la loi ik leur relation avec k bonheur et le malheur, con- , tinucra et doit continuer à rester indécis et confus. Un acte ne peut donc être qualifié de rei lueiix \ luu de vicieux, qu'en tant qu’il protluitdu bonheur \ *ou du malheur. I,a vertu et le vice sont des qualités I inutiles, à moins d’être estimées par leur influence V sur la création du plaisir et de la peine ; ce sont des
entités fictives dont on parle comme de choses réelles, afin de rendre le langage intelligible ; et , sans ces sortes de fictions , il n’y aurait pas possibilité de conduire une discussion sur ces matières. L’application du principe déontologique pourra seule nous mettre à même de découvrir si des impressions trompeuses sont communiquées par l'emploi de ces locutions ; et , après un examen approfondi, on trouvera que lu vertu et le vice ne sont comme nous l’avons établi , que les représenlalionsi de deux qualités 4 savoir : la prudence et la bienveillance effective, et leurs contraires, avec les' différentes modifications qui en découlent et qui se rapportent d'abord à nous , puis à tout ce qui n’est ' pas nous.
t'ar si l’effet de la vertu était d'empêcher ou de détruire plus de plaisir qu’elle n’en produit , ou de produire plus de mal qu’elle n'en em|>êcbe, les noms de méchanceté et de folie seraient les seuls qui lui conviendraient : méchanceté, en tant qu’elle \ affecterait autrui; folie, par rapport à celui qui la pratiquerait. De même, si l'influence du vice était de produire le plaisir et de diminuer la peine, il mériterait qu'on l'appelât bienfaisance et sagess«>.
I.a vertu est la préférence donnée à un plus grand j bien comparé à un moindre; mais elle est appelée ' à s’exercer quand le moindre bien est grossi par sa proximité, et que k plus grand est diminué par l’éloignement. Dans la partie personnelle du domaine de la conduite, c’est le sacrifice de rinclitialion présente à une récompense personnelle éloignée. Dans In partie sociale , c’est le sacrifice qu’un homme fait de son propre plaisir pour ol>tenir, en servant l'intérêt d'autrui , une plus grande somme de plaisir pour lui-même. Le sacrifice est ou positif ou négatif : | positif, quand on renonce à un plaisir, négatif, I quand on se soumet à une |>eine. ,
l,es termes sacrifice ou abnégation sont conve- ' nables , quand c'est à s’abstenir d’une jouissance . que la vertu consiste; ils ne sont pas .lussi bien appropriés quand le bien sacrifié est d’une es|K*ce négative, et que In vertu consiste k se soumetlre à une souffrance. Mais il sera évident que , bien que ridée de vertu puisse quelquefois être comprise dans l’idée de sacrifice, tyaùnegation , cependant ces mots ne sont pas synonymes de vertu, et ne sont pas nécessairement compris dans l'idée de vertu. 1 Sans doute que , dans un grand nombre de cas, le courage est indispensable à la vertu ; mais le courage, en tant qu'il consiste à s'exposer à la piine, à la peine physique, par exemple, non accompa- 1 gnéc *ie danger |>our la vie, ne peut convenablement s’appebT sacrifice : de même, on ne |>eut dire qu’il I y ait abnégation , quand il n'y a pas renoncement à | une chose qu’on aurait pu obtenir. ' \
DÉFINITION DE LA VERTU
I.a vertu a non-sculcmcnl à comhaUre i’incliDalion imliTiifuelic, cliva (|iirl4|iiofoi$ à tuUcr contre l'inclination générale «le Teapèce hiiniaine ; et c'eal lui-8(|ii'cllc triomphe de toutes «leux , qu elle sViève à sou plus haut degré de |>crfcction.
rroportionticlienienl au pouvoir qu'un homme a aci|uis de maîtriser k*s désirs, la résistance à leur impulsion devient «le moins en moins difficile, jus- (|U'à ce qiiVnfln. dans certaines constitutions, toute difficulté s'évanouit.
Par exemple, «ians sa jeunesse, un homme peut Savoir contracté le goût du vin, ou d’une espèce particiiiicre d’aliments. S'il trouve «pie ces choses ' ne conviennent pas à sa constitution , peu à p«‘u le malaise qui accom}»agnc la satisfaction «le son ap|>étit devient si frtN{uent , et se présent* si constamment à son souvenir, (|ue ranticqiation d'une peine future certaine , acipiiert assex de force pour lui faire sur- , monter l’impression du plaisir présent. L’idée d’une souffrance plus gramie, quoique éloignée, a éteint «‘clltMl’unc jouissance moimire, mais actuelle. Et 1 c’est ainsi que, par la puissance d'association, des choses qui avaient été d’ahord des objets de désir, ^ «leviennent «les objets d'aversion, et que, d'autre part, des choses autrefois ohjelsd’avcrsion, comme, par exemple, les médicaments, deviennent «les olijets de désir. Dans l’exemple que nous avons cité I plus haut, le plaisir n'étant pas en la possession de I individu , n'a pu , par conséquent, être sacrifié; 1 il n'exislail pas. Il n’y avait pas non plus abnéga' tion; car, comme le désir qui demandait autrefois ^ è être satisfait n’existait plus, il n’y avait plus de liesoin auquel l'abnégation pût être opposée. Quand les choses en sont à ce point , la vertu , bien loin
* d'avoir «lisparu , est arrivée au contraire à son plus f haut point d’excellence, et brille de son plus beau
lustre. Elle serait bien défectueuse, en effet, la définition de la vertu , qui n’admettrait pas dans le
• cercle de ses limites ce qui en constitue la perfection.
l/elfort est , sans coniredit , une des conditions nécessaires à la vertu ; quand il s'agit de prudence, c’est dans rintelligencc qu'est le siège de cet effort.
I Pour la bienveillance effective, c'est princi|K3lemenl ' dans la volonté et les affections qu’il réside.
Je rencontre un adversaire dans mon chemin. Il essaye de me frapper d’un bâton ; je fais un mouvement de côté, et j’évite le coup. Il y a là utilité,
I instinct de conservation ; mais il n’est pas là ques- I lion de prudence.
' J’apprends (]u'un ennemi m’attend dans un cer-
itain endroit; j’évite «le prendre le chemin qui y conduit , et je me remis à ma destination en faisant un circuit. Il y a là utilité produite par l'instinct de 1.1 conservation; mais il y a aussi exercice de l'in-
telligence , et il peut y avoir emploi de la prudence.
De même, lorsque l'effort réside dans la volonté. J’achète chez un boulanger un pain pour mon dîner; il y a là double utilité : utilité pour moi, dans rintcrèl de mon existence; utilité pour le boulanger, dans le bénéfice qu'il relire de la vente de son pain.
Un mendiant affamé m’aborde. Il a plus besoin de ce pain que moi : je le lui donne , et perds mon dîner. Là aussi il y a utilité , mais il y a également vertu ; car me soumelire à une )>eine , à celle de la faim, demandait un effort, et cet effort je l'ai fait.
Mais bien que le caractère de la vertu soit Tulilité, ou, en d’autres termes, la production du bonheur; la vertu étant, comme nous l'avons vu, ce qui est bienfaisant , et le vice ce qui est nuisible à la société , il n'y a cependant pas identité entre la vertu et rulilité , car il est beaucoup d’actions bienfaisantes qui n’ont pas le caractère de vertu : la veTtti demande un effort. De toutes les actions de l'homme , celles qui ont pour but de conserver l’indivhlu et l’espèce sont assurément les plus bienNisantes à la communauté; mais elles n'ont rien de vertueux. Quant à l’effort , quoiqu’il soit nécessaire à la vertu et à la production de la vertu , il n’est pas indispensable que' le moment où l’effort a lieu soit précisément celui-là même où la vertu est pratiquée. Tout ce qui est nécessaire, c'est que Pacte vertueux soit de la nature de ceux dont la production exige un effort dans la conduite de la plupart des. hommes : car l'habitude dont la formation ne s'obtient qu’au prix d’un effort , agit à la fin , sans | que celte impulsion lui soit nécessaire. Tel est , par | exemple, le cas où la colère est contenue dans les I limites prescrites par la prudence et la bienveil- X lance. S’il n’y avait pas de vertu sans effort acliiel^V et simultané, dès lors la vertu , arrivée à son apogée, cesserait d’être vertu.
C’est chose curieuse que , dans l'école d’Aristote, un arrêt d’exclusion est mis sur la vertu, quand elle est exercée au plus haut degré. Lorsqu’il reste quelque vestige d'iaclinalion à dompter, quelque parfaite <]ue soit la soumission obtenue , cela suffit à celte école pour refuser le litre de vertu ; et c’est précisément au mérite le plus grand qu’elle o’al tribue que le titre inférieur de semi-vertu.
« Semi-virlules > , dit le Compen«liuro d'Oxford , que nous avons déjà cité, « sunl virtulum quasi rudimenta cl bonæ disposithnes ad virlulis habiliiro;se«ltament>t/e^ram virlulisformamitom/étm.
U Semi virtus igitur est, •* continue l’auteur, «t quæ mcdiocrilatem * serval , sed ciim aliquâ difficultate,
1 Ceci <e rapporte k une antre maxime d'Aristote , qu’en f
DÉFINITION DE LA VERTU
SUl
affectibut raliooU im|ierio reluctaotibua , et mgri IMireotibus.
« Alque tn hoc à virlute perfecià dUUoguitiir quam tune se sciât aliqiiis asseculum esse , cùm et ratio præscribat quod rectum est , et affectus sine ulld t*€iuclatUià ralionis diclamina sequuntur
D'après cela , la vertu consiste à faire , sans qu'il en coûte aucun sacriKce , ce qu'il est juste de faire ; et pour chaque vertu entière , U faut conséquemment compter une semi-vertu; et, sauf une restriction qu'il n'est pas facile de s'expliquer, les semi-vertus sont accolées aux vertus entières.
U Hanim lot /eré généra statui possunt quot sunt virtutes perfectæ «
Pourquoi />re? pourquoi cette restriction? Personne ne peut le dire.
L’auteur s’occupe alors de classer ses vertus sous deux divisions, continentia et toierantia, continence et tolérance , qui correspondent , dit-il , aux appétits de la concupiscence et de l’irascibilité ; la concupiscence étant combattue par la continence, l'irascibilité par la tolérance. Or, toute la différence entre les vertus entières et les semr-vertus consistant dans la présence ou l’absence de la répugnance, il semble qu’il n’y a pas de raison pour que la même division ne s’applique pas à chacune des parties du domaine de la vertu; mais plus l’auteur avance , plus ils s’enfonce dans les ténèbres qui l’entourent, et plus l’imperfection de sa classification devient palpable. Entend-il par tolerantia l'action de se soumettre à une peine corporelle? C’est ainsi qu’il l’entend, si nous en croyons scs paroles : Semivirtutes versantur primo circa voluptatee, ut continentia ; secundo circa dolores , ut toieraniia.
Tolerantia (conlinue-l-il un peu plus bas) est virtus imperfecta , quà res adversas et laboriotas cum quodam dotore cunjunctas , honestatis gratià , mogno anima perferre conamur»
Objectum ejus sunt rcs adpcrsœ sive dolores , non vero quivia , sed in præserlim quibus plerique succumbunt ex imbeciliitate animi
L’appétit irascible est celui qui cherche à atteindre.
toute occaiion la vertu coniiilc, toute eipèce de vertu consiste daos la médiocrité ( sans doute la modération , lo jiulc miiteii).
* U Les «emi-vertus sont comme les rudiments do la vertu, de bonnes diipositions à Tbabllude de la vertu; cependaut, elles n'ooi pas encore la forme complète de I vertus. La semi-vertu est celle qui se reoferme dans la médiocrité, nuis avec quelque difficulté, les alTcctious I lépuÿiiaiit à l'empire de la raison, et ne lui obéissant ' qu'avec jieine.
I N Rt elle se distioi;ue de la vertu parfaite en cela qn'ou I recoaoail qu'on |K>isède cette deroière, lonque la raisoo ^ prescrit ce qui est juste, et que les affecUoos sui-
de son mauvais vouloir, l’objet de son ressentiment; A le moyen qu'il emploie pour sc satisfaire consiste . à produire de la peine dans Tâme de celui dont il veut se venger. Mais le siège réel de la peine produite par la colère est le cœur même de la personne / irritée. Cela le rend-il vertueux? Et pourtant cela «i doit être, d'après la définition d’Ârislole. |
Cependant, si nous en croyons le moraliste d’Ox- « ford , cette question , qu’il a laissée plongée dans une obscurité si profonde, est de la pitis haute ' importance; c'est de sa solution que dépend la * redoutable différence entre le salut et la damnation. * Cependant , ces qualités mêmes , cette continence , , cette tolérance, qu’Aiistole traite sans façon de « vertus imparfaites, sont, sous le point de vue théologique , du moins à ce que dit le moraliste ' d’Oxford , au nombre des vertus non-seulement les * plus parfaites , mais encore les plus difficiles à « pratiquer.
Selon la morale d’Àrislote, une moitié n'est en définitive qu’une moitié; une moitié de vertu n’est < qu'une moitié de vertu. Selon la théologie d'Oxford, . la moitié est égale au tout, si elle n’est môme plus grande. Mais en ceci, on fait mystère de tout, et l môme de rien ; et plus profond est le mystère , plus* * grand est le mérite. ^
L’auteur eût bien fait d’ajouter aux appétits dont ^ parle Aristote l’appétit du mystère , cet appétit qui , 1 • dans le domaine de ce qu'il a plu d'appeler la reli- ■ * gion , chercheur infatigable d’absurdités et de non- * sens , ne trouve , pour se satisfaire , aucun aliment f * trop grossier. <
Avant de réclamer pour une action le litre de T vertu , il faut commencer par prouver qu’elle a le V bonheur pour objet. Selon Aristote et son disciple * d’Oxford , la vertu consiste dans la médiocrité y si le mot latin est littéralement traduit ; car on pour- > rait |>en8er que ce mol mcdiocritas serait plus con- ^ venabiemrnl rendu par celui de modération : mats, enfin , le mot est mcdiocritas. Et ici , nous remarquerons en passant que si on avait vu dans la morale * quelque chose de pratique, si on l’avaUjugce bonne à l’usage des choses de la vie , on aurait employé •
veot, ijQs aucune répusnance, les ordrei de la raison. »
I B On {>eul en compter presque autant d'espèces qu'il y ^ a d'espèces de vertus parfaites, n ^
s ■ Les semi-vertus sont mises en action , premièremeat par les voluptés, comme la cootmonce ; secondement par * les douleurs, comme la loléraoce.
M La lolérauce est une verlu imparfaite, par laquelle nous nous cfFor^ims, |i.ir amour de l'honnéte et avec beaucoup de courage, de supporter des cboseï adverMS et t>éaibles, auxquelles le joint une certaine douleur.
« Elle a |K>ur objet les choses adverses ou les ilovleurs sous lesquelles, smon tous les hommes, du moms U plupart, succombent par faiblesse d'esprit, i»
DÉFINITION DE LA VERTU
ÔUâ
* pour 8on fngrignemfnl dans l« universités, une langue vivante . cl non une langue morte; le lan* gage (lu grand nombre, et non celui du petit nom*
* bre. Or, à quoi sert une définilion ? à connaître la chose définie. Kl une descrijition? à reconnaître la
% chose décrite. Voyons si ce luit est atteint ici.
On nomme la v(*rlii ; on la place entre deux i]ua-
* lités du même caractère, tpii ne sont }ias des vertus. Dans rune manquent les qualités qui constituent
* la vertu ; dans Tautre , elles sont portées à l'excès.
* Cest ainsi que . pour toute la s«‘i*te des vertus, on
* en donne la désignation et l'exemple. La seule
* chose nécessaire, dès lors, est de régler ce qui, ^ dans rhaipie occurrence , constitue la quantité
exacte dont se compose la vertu ; de le produire
* tout pré|»aré ]>our l'usage du public, avec le poids
* exact , ni trop , ni trop peu : car si vous n'avez pas
* la quantité exacte, quoi que vous puissiez avoir, ^ vous n'avez pas lu vertu.
.Mais, dans une matière si importante, notre mo- I ralisle ne vous sera d'aucun secours, Voilà , vous dit-il , trois doses de In médecine morale; voilà la
* , dose exacte, la dose trop forte, la dose insiiflisante.
Mans la dose exacte est la saute et le salut; dans les autres, le |>éril et la mort. A-t-il pris note de la
* quantité prescrite? Non. N'y a-t-il dans son ordunuance ni ebilfres, ni nioyiuis d'évaluq^iun? Aucun.
* <1uand un médecin écrit sur les maladies, il ne
* St'conienle pas de transcrire leur nomenclature; il
* juge utile, il trouve nécessaire, de noter leurs \ symptômes. II eo est autrement de notre moraliste : y ses vertus, à lui , sont des noms sans symptômes. ^ Il parle de vertu; mai.s pour ce qui est de savoir
* comment on peut disiloguer entre ce qui est vertu
* et ce qui ne l'est pas , c'est un soin qui ne le regarde *1 pas.
^ Il n'est pas jusqu'à la phraséologie habituelle, 9 l'usage ordinaire des termes de Juste et d'injuste, de bien et de mal , qui ne soient , dans leur emploi I journalier, d'une application plus positive au bien-
t* être social (iiie ne le sont les vertus de la morale d'Oxford. Tous les hommes ont une idée plus ou moins distincte que le gouvernement et la législation, la religion ou la morale, exercent ou doivent exercer une influence bienfaisante sur le bonheur public. Sans quoi , de quelle valeur seraient ces choses? Mais ce n'est pas sur ce terrain que se place le moraliste d'Oxford.
Néanmoins, le Compendium offre sur la vertu un projet de définitions où chacun pourra prendre ce qui lui conviendra.
1 . 1.a vertu est une habitude élective qui consiste, eu ce qui nous concerne, dans la médiocrité (ou le ] juste milieu), telle qu'un homme prudent aura soin I de se la prescrire.
Comprenne qui pourra. St cela signifie quelque ) chose , cela signifie qu'il y a deux vertus : la médio- . enté et la prudence, et que les deux n'en forment I qu'une. \
i. La vertu consiste dans la conformité de nos actes avec la volonté divine.
Fort bien ; mais la diffieulié est de connaître la volonté dhine en toute occasion. Le langage de la Bihle est général, et sans acception particulière; queh|iiefois .lussi, le seiis |>eut en être douteux , et * sujet à contestation..
Kt quelle est la volonté divine , telle que la Dible nous l'enseigne? (^)ue veut-elle , que doit-elle vou» loir, sinon la production du bonheur? Quel antre motif, quel autre but a-l-ello proposé à notre obéissance? La volonté divine est clémente, bienveillante, bienfaisante. Qu'impliquent ces expressions , sinou un but de bonheur, une production de bonheur?
En sorte i|ue, si ce que dit le moraliste d'Oxford a un sens , si scs paroles n'ont pas pour objet de nous . induire en erreur, son sens doit être le nôtre ; il ne veut dire que ce que nous disons; et en ce cas , U aurait pu nous épargner toute ambiguïté d'expression.
3. 1.4I vertu consiste dans la conformité de nos actes avec la saine raison.
La saine raison ’f Veut-on parler de cette raison que les docteurs d'Oxford déclarent si sôuvcnt en opposition avec la voioaté divine? Est-ce la raison humaine? C’est là la pierre de touche. La saine raison Est-ce la mienneou celle de l'homme
qui |>eD8e autrement que moi? C'est la mienne comme de juste; car je ne puis reconnaître pour bonne l'opinion d’uii homme , lorsque je crois qu'elle est mauvaise. El je crois qu'elle est mauvaise , parce qu'elle diffère de la mienne. Est-ce 4 la mienne , ou celle du docteur d'Oxford? l.a mienne. La question est décidée. Je puis maintenant dugm.-iliser tout comme un autre.
4. La vertu consiste, la volonté divine et la saine raison consistent dans la médiocrité.
Enfin nous possédons un instrument avec lequel notis pouvons mesurer la volonté divine, et la saine i raison aussi, et la vertu comme procédant de toutes ih’iix. Et maintenant que tous les doutes , toutes les dillicultés sont évanouies, nous avons sous la main un principe moral avec le<piel nous pouvons faire des prodiges. Ainsi dit Aristote. Ainsi on le prétend à Oxford.
Blais que dit riilililé? Quelles sont les vertus véritablement importantes? Qiietlcs sont les vertus secondaires qui proccdenl des premières? En admettant comme preuve et signe caractéristique de la vertu , sa tendance à la pruduclion du bien-être , nous croyons , comme nous l’avons dit plus haut , <