CHAPITRE XI
DR l'iXTÉRÊT PIUVÉ, OU rRUDC.VCE l*RESOX!<CLLe.
I.a nature naïve et sans art porte l’homme à rechercher le plaisir immédiat, à éviter la peine ^ immédiate. Ce que peut Faire la raison, c’csl d’empèrlier le sacrifice d'un plaisir éloigné plus grand, ’ ou l'infliction d’une peine éloignée plus grande en ^ échange de la peine et du plaisir présents ;eii un mot, d’empècher une erreur de calcul dans (a somme du • bonheur. C'est aussi en cela que consiste toute la vertu, qui u'est que le sacrifice d'une moindre
sdtisfaction actuelle qui s'offre sous forme de tentation , à une salisFaction plus grande, mais plus éloignée, qui, en fait, constitue une récompense. ^ Ce qu'on peut faire pour la morale, dans le domaine de l'intérèi privé , c'est de montrer combien le bonheur d'un homme dépend de lui-méme , et des effets que produit sa eomliiile dans l'esprit de ceux auxquels il est uni par les liens d'une sympathie mutuelle ; combien l'intérêt que les autres hommes prennent à son bonheur, et leur désir d'y conlrihuer, dépendent de ses propres actes. Siip(K>sons un homme enclin à rivrognerie. On devra lui apprendre à examiner et à peser la somme de plaisir et de |>eine qui résulte de sa conduite. Il verra d'un r6lé , rinleiisité et la durée du plaisir de l'ivresse. C'est ce qui constituera, dans son budget moral , la colonne des profils. Par contre , il lui faudra faire entrer en ligne de compte, 1° les imlispositions et autres effets préjudiciables à la santé; 2** des peines contingentes à venir, résultat probable des maladies et de l'affai* blissement de sa constitution ; 3** la perte de temps et d'argent proportionnée à la valeur de ces deux choses, dans sa situation individuelle ; 4** la peine produite dans l'esprit de ceux qui lui sont chers, tels que, par exemple, une mère, uneé|K>use, un enfant; 3** la défaveur attachée au vice de l'ivrognerie; le discrédit notoire qui en résulte aux yeux d'autrui; 6** le risque d'un châtiment légal et la honte qui l’accompagne ; comme , par exemple , lorsque les lois punissent la manifestation publique de l'iusanic temporaire produite par Tivresse;
7° le ^i^que des cbâtimeiils attachés aux crimes qu'un homme ivre est exposé à commettre; le tourment produit par la crainte des peines d'une j vie future.
Tout cela conduira probablement cet homme h f
découvrir qu’il achète trop cher le plaisir de Tivresse.
11 verra que la morale , qui est la vertu , et le bonheur, qui est l'ifitérél personnel, lui conscilleut f d'eviter cet excès, il a, à irioiupher de son inteml»érance , le même intérêt qu’a un homme qui , dans f l'acquisition de la richesse , peut choisir entre gagner beaucoup et gagner peu. La «leontologic ne f demande pas de sacrifice definitif. Dans ses leçons elle pro|K)se à l’homme , avec lequel elle raisonne , . un surplus de jouissances. Il cherche le plaisir, \ elle l'encourage dans cette recherche; elle la re- , connaît pour sage, houorabie et vertueuse; mais \ elle le conjure de ne point se tromper <laiis ses ' calculs. Elle lui représente l'avenir, un avenir qui n’est probablement pas éloigné , avec ses plaisirs et ^ ses peines. Elle demande si, {tour la jouissance goùlee aujourd’hui , il ne faudra ;>oiiit payer driuaiu > un intérêt usuraire et iutolerable. Elle supplie que )