‹ Œuvres de Jérémie Bentham, jurisconsulte anglais De l'organisation judiciaire et de la codificationChapitre 285 sur 329 · DE LA PRUDENCE RELATIVE A AUTRUI, ETC · texte numérisé non relu

DE LA PRUDENCE RELATIVE A AUTRUI, ETC

\ ÏAi loleil de la déonlologte éclaire de ses rayons, , les régions conligues de la prudence et de la bien* reillance. Par elle la lumière est substituée aux ^ ténèbres, l’ordre au cbaos. Elle résout tous les ( problèmes difficiles; toutes les difficultés embar- ^ rassantes s'évanouîssem dcrant elle. Elle seule peut faire distinguer les affinités; d’elle seule peuvent se % déduire les rapports entre les diverses classes de ^ qualités morales; par elle seule peut se découvrir la limite qui sépare le vice de la vertu ; par elle % seule toutes les anomalies se changent en harmonie et en régularité; par elle seule une multitude de

* qualités, présentées jusqu'à ce jour sous des Formes ^ inintelligibles et isolées, peuvent être réunies ou s contrastées. C’est la lance d'Ilhuriel, par laquelle ^ le bien et le mal se dévoilaient et se présentaient

* sous leur véritable forme.

Il s’est manifesté parmi les moralistes une disposition violente à exclure de Pâme humaine rinfliienee du principe personnel. Pourquoi celte répugnance à admettre, comme motif, ce qui est et doit être le plus fort de tous les moii^, l’amour de l'hüinme pour lui-mème? Pourquoi repousser le sentiment personnel? Cest par une sorte de pudeur, une disposition à considérer le principe d’où découlent tous les actes, toutes les passions de l'homme, comme la partie honteuse de notre nature.

Mais quand on a admis une fois ce principe, qu'une attention éclairée pour l’intérèl personnel est la meilleure garantie d’une bonne conduite, dès lors on ne sauraTl douter que la connaissance et la pratique de la morale n'aient l^it de considérables progrès, et c'est alors un délicieux spectacle que de suivre du regard la marche lente mais visible de la vertu.

T/a base de l'intérêt ne lui fait rien perdre de sa stabilité et de sa puissance. Il est des hommes qui ne veulent pas voir cet intérêt ; d’autres en détournent la vue avec indignation. Des déclamateurs demanderont si, dans iin siècle comme le nôtre, qu’ils appellent dégénéré, il se trouvera un homme qui consente â sacriAer sa vie i l’intérêt de son pays. Oui!

Oui , il est des hommes, et en grand nombre , qui , obéissant à l'appel auquel , dans le passé , d'autres I ont répondu, feraient avec plaisir à leur pays le sacriAce de leur existence. S'ensuit-il qu’en celle circonstance , comme en toute autre , ces hommes agiraient sans intérêt? Non, certes; il n’est pas dans la nature humaine qu’il en soit ainsi. Le même raisonnement s’applique aux observations de la ligne du devoir. C’est un calcul erroné de l’intérêt I personnel.

l •• Nul ne fait mal pour mal faire , mais pour se ^ procurer par là du proHl ou du plaisir. » Cette

grande vérité n’était pas ignorée de lord Bacon. Ce grand homme était de ceux qui , partout où la vérité s'offre à leur regard , savent reconnaître sa beauté; mais il vivait dans un temps où il n’était ni praticable ni sùr de la suivre jusqu’au bout.

Néanmoins il a été amené à tirer cette conclusion que si le vice, tout compte fait , était proAtable, ce seraitdès lors l'homme vertueux qui serait coupable.

Le sacriAce de l'intérêt se présente , en abstraction , comme quelque chose <le grand et de vertueux, parce qu'il est convenu que le plaisir qu'un homme rejette loin de lui est nécessairement recueilli |>ar un autre. En supposant que dans ce transfert il n'y ait de plaisir ni gagné ni perdu , il est évident que bien que transféré un million de fois «l'un possesseur à un autre, il ne resterait après comme avant que tout juste la même somme de bonheur.

Mais, dans l'échange du bonheur comme de la richesse , la grande question est de faire que la production s’accroisse par la circulation.

Il n’est donc pus plus convenable, en économie morale, de Aiire du désiuléressement une vertu, que de faire en économie politique un mérite de la dé{>eo8e.

].e désintéressement peut se trouver dans les hommes légers et insouciants ; mais un homme désintéressé avec réflexion, c’est ce qui, heureusement , est rare.

Monlrez-moi l'homme qui rejette plus d’éléments de félicité qu'il n’en crée, et je vous montrerai uu sol et un prodigue. Monlrcz-moi l'homme cpii se prive d'une plus grande somme de bien qu'il n’en communique à autrui , et je vous montrerai un homme qui ignore jusqu'aux premiers éléments de l’arithmétique morale.

De la prudence personnelle , considérée comme vertu première , découlent , comme vertus secondaires, la tempérance et la continence. Leur violation introduit le coupable dans la région de la {HMiie; leur violation babiluelle amène un résultat de malheur, sur lequel il est impossible que la prudence porte ses regards, sans discerner le surplus de souffrance que ce faux calcul laisse après lui.

Page 1