CHAPITRE XV
ANALYSE DES VESTUB ET DES VICES
Le terrain est déblayé; les fondements de l'édifice moral sont jetés. Ce qui nous reste à faire , c’est
Dioitizi. c :: V CiOO^lc
ANALYSE DES VEKTÜS ET DES VICES
' de balayer le» débris d’alentour, ou de prendre , parmi ces fragments épars, ceux qui peuvent servir à Tarchitecle moral dans la construction du temple de la Vertu. Partout où la prudence , partout où b bienveillance effective s’offriront à nos regards, nous les retirerons des ruines qui ont jusqu’à ce Jour encombré le domaine de (a morale; là où nous ne trouverons ni Tune ni l'autre, adopte qui i vou<lra l’imposture pour la vertu : elle ne trouvera
• pas admission céans.
Il en sera de même du vice. Nous n’en voulons
• point à l’action qui ne nuit ni à l'individu qui agit, ni à tout autre , et qui ne diminue en rien la somme de bonheur; encore moins à l'action qui, qiiebiiie nom qu’on lui donne , laisse pour résultat déAnitif
i un surplus de jouissanee.
I ^ I^s vertus et les vices sont les habitudes volontaires; si elles ne sont pas volontaires, les parok^s du moraliste sont jetées aux vents. Aux deux branches de la vertu, imprudence et la bicnveilbncp, correspondent deux branches du vice : l’imprudence, par laquelle un homme se nuit priocipalemcnl à : lui-mème ; et l’improbilé qui nuit principalement à ‘ autrui.
Peu importe dans quel ordre ces vertus et ces I vices se présentent, on ne peut les discipliuer; ils j ne sont susceptibles d’aucune classiAcalion Axe : cVsl un corps rebelle dont les membres sont fréquemment en guerre l'un contre l'autre. La plupart se composent d'une portion de bien, d’une portion de mal , d'une portion de matière neutre; elles sont caractérisées par un certain vague quj peut convenir au moraliste poétique , mais que le moraliste |>ratique trouve inutile et dangereux.
Ici , les trois vertus appelées communément cardinale* se présentent naturellement d’abord à la |)en8ée.
A quels actes a-t-on coutume d’attacher la gloire du courage? A ceux par lesquels un homme s’expose volontairement à un péril qu’il aurait pu éviter, au danger, à des peines corporelles, à la mort.
La vertu du courage est proportionnée à la grandeur du danger, à l’intensité ou à la durée de la peine, ou à la probabilité de la mort.
Est-il désirable , dans l'intérêt définitif de la société, que l’homme s’expose ainsi? C’est là qu’est la I mesure de toute espèce de mérite. Avancera-t-il son bien-être ou celui des autres? Si les deux inté-
(rêts , le sien et celui d’autrui, sont incompatibles, auquel est-il désirable qu’il donne la préférence? Il est possible que ceci soit difficile, trop difficile peut-être à savoir; cependant il faut le savoir; et, si on le peut , la chose en vaut la peine.
L’objet qu’il s’agit de procurer est utile à l'iodi- Tklu lui-même ou aux autres. I<e danger auquel il
s’expose est le prix auquel l’objet est acheté. L’objet | vaut-il ce qu’il a coûté? Y a-t-il bénéfice dans le , marché? C’est là la question , la seule digne de nous f occuper. Quant à savoir si l’acte par lequel il s’expose au danger supposé, est ou n’est pas un acte de courage , c'est une (jurstion qui ne vaut pas les paroles employées à la formuler.
Et la question n'est pas seulement inutile, elle est positivement pernicieuse ; car de (elles questions nicUcnlde la confusion dans les idées, embarrassent 1 l’esprit dans des discussions inconvenantes , et les \ éloignent du sujet convenable d'investigation, savoir l’union des intérêts et des devoirs. |*
Or, sii{q>osons un acte nuisible à ces intérêts , et que cet acte soit regardé comme méritant l’appellation de courage. Quelles seront les conséquences pratiques? C’est que le courage étant une vertu, l’acte nuisible en question est un de ceux dont raccomplissemenl nous est commandé.
Supposons aussi que l’acte le plus propre à concourir au bonheur général , ne mérite pas l’appellation de Qu’en rcsuItera-l-iI?Si le courage
est une vertu , l'acte le plus propre à concourir au bonheur général doit nécessairement être un acte vicieux et insensé.
Merveilleuse est l'absurdité, grand l’aveuglemenl, pal|)able l’inconséquence du disciple d’Aris- i tolc , du moraliste d’Oxford , au sujet du courage. Suivant lui, qu'est-ce qui constitue le courage?) Est-ce la grandeur de la (»eine qu'un homme continue d'endurer? Nullement. Est-ce la grandeur du ' danger , c'csl-à-ilire de la souffrance éventuelle à laquelle il s’expose volontairement? Non, sans' doute. Qu’cst-ce donc? C’est la nature de l’occasion dans laquelle la souffrance est endurée, ou le ^ danger encouru. Si l'occasion est approuvée par le moraliste , il y aura courage ; si l’occasion a le mal- ' heur de ne pas obtenir sa sanction , il n’y aura pas de courage.
pans une bataille , ou ailleurs, un homme expose sa vie , ou même la perd. Kst-cc un homme coura- « geux? Son action est-elle une action de courage? Allez le demander au professeur d'Oxford, et il ne ' vous le dira que lorsqu'il saura sous quel dra^ieau cet homme a combattu. Apprenez-moi quelle a^ été l'occasion de sa mort, dit-il ; si j’approuve l’occasion, alors c’est un acte de courage; sinon non.
Le professeur établit quatre exceptions évidentes et s{iéciales : les suicides, les duellistes, les voleurs, ^ enfin les hommes qui se dévouent aux dangers ou à la mort pour la défense de leur liberté; ce ne sont pas là, selon lui, des hommes de courage ; leurs < actes ne méritent pas qu’on leur applique cette qualification. *
ANALYSE DES VERTUS ET DBS VICES
r Un homme qui met fin à ses jours ne peut être un homme courageux. Savez-rous pourquoi? Parce t que le suicide n’est pas permis.
Un homme qui tue ou qui est tué en duel ne peut ’ être un homme de courage. Sarez-Tous pourquoi? ^ Parce qu'il ne derait pas se battre.
* Un homme qui meurt dans la défbnse de sa liberté doit être un lâche , il n’avait pas la justice de son côté.
^ Un brigand joue le héros. Est*ce un homme courageux? Non, car qu’avaitnl à Riire sur les grands chemins?
Si la logique était de rigueur, si dans les ^ croyances orthodoxes et reçues , l’absurdité poii- Tait être un empêchement à la foi , on demanderait 4 ces gens de vouloir bien fôire l’application de leur
* principe.
Dans toute la foule des conquérants , nous cher*
* cherions en vain un homme de courage. I.es , Alexandre , les César, les Gengis-Khan > les Napoléon , qu’étaient-ils? Rien moins que des hommes
* de courage.
' Quand la protection accordée à l’absurdité est ^ telle que personne n’ose desserrer ses dents contre elle, sa marche est hardie et imposante. Vous ^ pouvez , à votre choix , accorder ou refuser la palme ^ du courage à ceux qui afironlent volontairement les dangers ou la mort ; ces hommes seront coura- « geux ou lâches , comme vous l’entendrez.
I.a tempérance se rapporte aux plaisirs des sens. Elle désigne habituellement l’abstinence des jouissances d’un ou deux sens ; mais on ne voit pas pourquoi on lui donnerait une acception aussi restreinte. La question de vertu doit être décidée par l’influence des jouissances des sens sur nous-méme et sur autrui.
L’intempérance, quand elle est funeste à l’individu lui-même , est une infraction aux lois de la prudence.
Une jouissance est bonne ou mauvaise selon que le plaisir ou la peine y domine. L’abstinence qui ne laisse pas après elle un surplus de plaisir n’a pas le caractère de la vertu ; la jouissance qui ne laisse pas une balance de peine ne peut justement être flétrie du nom de vice.
Il existe dans le monile une grande répugnance à abandonner à l'homme le soin et la direction de ses plaisirs ; il se manifeste, au contraire , une violente disposition à décider de ce qui, dans l’idée de chaque homme, doit ou ne doit pas être consi- ; déré comme plaisir. Les épithètes A'impropreSf ài'illégHimeat etd'autres semblables, sont fulminées l contre certaines actions afin de Jeter de l’odieux sur 1 elles, comme si elles constituaient des preuves ' d’immoralité; cela fait parlie de cette phraséologie
commode , derrière laquelle le dogmatisme se re. tranche, contre l’analyse que pourraient lui appliquer les doctrines de l’utilité.
La prudence et la bienveillance effective, on ne saurait trop le répéter, étant les deux seules vertus intrinsèquement utiles, toutes les autres doivent tenir d'elles leur valeur, et leur être subordonnées.
Ainsi, la justice est-elle une vertu secondaire et inferieure? Et , dans ce cas , à quoi doit-elle être rattachée ? C’est avant que l’art de la logique ne fût compris, et surtout avant qu’on eût appris à mettre quelque ordre dans tes classifications , et 4 produire des résultats exacts et complets, qu’ont été introduites les idées relatives à la vertu , et les noms qui les désignent. Les rapports entre une vertu et une autre étaient obscurs et vagues ; leur description confuse , les points <le coïncidence ou de différence non précisés ou indéterminés. Logiquement parlant , elles étaient disparates ; mathématiquement, elles étaient incommensurables.
L’^ole d’Aristote a introduit sur les vertus , les définitions et les classifications que nous avons vues. Plusieurs ont été divisées en espèces : mais, 4 l’examen , on voit qu’on a classé sous les mêmes noms génériquès, des vertus qui n’ont entre elles aucune relation assignable ; et quelques-unes dans lesquelles le caractère du genre sous lequel elles sont rangées n’est pas discernable. 11 arrive fréquemment qtie les modifications rapportées à une vertu appartiennent 4 une autre ; le tout présente un ensemlde complique et confus. L'histoire naturelle a eu son l.inné qui a l'établi dans le chaos Tordre et l’harmonie; le Linné de la morale est encore à venir.
La justice, dans le système de Futilité, est une modification de la bienveillance. Elle rentre dans l’objet de cet ouvrage , toutes les fois que la sanction politique ou la puissance de la loi n’est pas applicable , dans tous les cas où la sanction de l’obligation morale n’est pas appuyée de dispositions pénales.
L’insuflisance et l'imperfection de la sanction politique ou légale se manifestent dans une portion considérable du domaine de la morale; et il y a nécessité de recourir aux lois de la sanction morale , guidées par Futilité , dans les cas suivants : "
Lorsque la sanction légale se tait, ou, en d’autres termes, n’a pas prévu le cas en question ;
].orsque la sanction légale est opposée au principe de ta maximisation du bonheur, ou lui est incompatible ;
Lorsque les prescriptions de la sanction légale sont confuses ou inintelligibles ;
lorsqu’elles sont impraticables.
ANALYSE DES VERTUS ET DES VICES
^ Dans tout ces cas , les prescHptions de U Justice seroot celles de la hieoveiUance. et les prescripi lions de la bienTeiliance celles de Piilililé.
Il serait lo^que de compren<lre le mot âeproàité dans celui ilejuttfcef car ces mots sont évidem- . ment synonymes ; sHl existe entre eux une diifé*
^ rence, elle est plus grammaticale que morale. En effet, quoiqu'on dise : Rendre la justice, on ne dit pas : Rendre la probité, bien que tout acte d’injustice soit en fait un acte d’improbité , et tout acte de justice un acte de probité.
• Le mot juiiice est chargé d’exprimer d’autres significations qui, comme terme moral, lui dtent de son efficacité.
• 11 peut, par exemple, s’employer comme syoo> nyme ûrjudiciairet d'autoritd Judiciaire. On dit de celui qui exerce les )>ouvoirs judiciaires qu’il atiroinislre la justice ; mais on ne dit pas qu’il administre la probité, et on n’atlacbe pas à cette expression le Kns de probité.
De U un grand mal et une source d’erreurs; car f si, daus l’cxercicc de sa charge, ce fonctionnaire se rend manifestement coupable d’improbité, on ^ n'en continuera pas moins «le dire de lui qu’il admi* uistre la justice; Pimprobilé prendra le vêtement de la justice. Il dira, et ses amis diront de lui,
* « qu’il administre la justice; et ceux qui auront de
lui une opinion défavorable, seront fort embart rassés pour trouver une phraséologie différente qui lui soit applicable. t>pcndanl personne ne dira de lui qu'il administre la probité. C’est là l’un des milliers de cas où des expressions vagues et indéfi-
* nies servent à abriter la mauvaise foi et rimmoralilé. *« Les plaisirs et les peines de l’amitié sont, en petit,
les plaisirs et les {leines de la sanction populaire ou morale. Dans le premier cas, leur source est dans un individu spécial ; dans le second , elle est dans une multitude indéfinie.
Quand les plaisirs de l’amitié sont-ils désirables ? Quand on peut se les procurer sans la production d’un mal plus qu’équivalent, sans l’infraction des lois de la prudence personnelle. Jusqu’à quel point leur recherche doit-elle être poussée? Jusqu’à la limite précise de leur conformité avec les vertus cardinales de la prudence et de la bienveillance; et on se convaincra qu’entre ces vertus et les plaisirs et les peines de l’amitié , ü y a rarement concurrencc.
Pour obtenir la faveur,ramitié d'unaulre, le moyen le plus naturel est de lui rendre des services , ces services n'ayant de limites que celles de la bienveillance et de la prudence. Les limites que la bienveillance effective met à l’exercice de l’amitié sont V celles i|ui s'appliquent à.la recherche des richesses. I Si les services que vous obtenez de celui dont vous
recherches l'amitié consistent à vous conférer des ] richesses, en |>oursuivant l’amitié c’est la fortune que vous poursuives ; et la poursuite de cette amitié serait contraire à la bienveillance, en tant que la poursuite de la fortune avec les jouissances et ' les exemptions qu’elle amène, lui serait elle-même contraire. |
Les plaisirs que procure l’amitié ont ce caractère distinct et intéressant que leur production est , dans une proportion presque égale , l'oeuvre de la prudence et de la bienveillance réunies.
En effet , quelque empreints d’égoïsme que puissent être les désirs formés , ne fussent-ils même pas relevés par la sympathie sociale, les effets n'en sont pas moins purement bienfaisants. I.es intérêts de celui qui recherche l'amitié d’un autre peuvent être servis ou ne l’être pas , il n’en est pas moins ^ vrai que la personne «lont l’aniitié est recherchée j voit ses intérêts servis dans une proportion presque . égale à ce qu’elle aurait obtenu pour elle-même, si | elle avait recherché elle-même le plaisir qui lui a i été conféré. Et, bien que ce plaisir ne soit pas le | produit de la sympathie ou de la bienveillance , il n’en est pas moins produit ; et le bien qui en ré- l suite , quoique n’émanant pas d'une vertu pre- [ mière, a autant de prix que s'il en émanait. Tout ^ le mérite de la bienveillance elle-même consiste dans sa tendance et son aptitude à produire la bien- 1 faisance; cl il ne peut naître aucun mal de l'excès j des actions de ramiué, excepté lorsqu’elles sont! en opposition avec les vertus premières. '
Proportionné à la valeunies servicesqu'un homnve , est réputé avoir le pouvoir et la volonté de conférer,est le nombre des compétiteurs à l’obtention de ^ ces services. Ici , comme en tout autre cas , la con- < currencc produira la jalousie; et tout concurrenl ^ qui sera réputé avoir obtenu une plus grande part qu’un autre, sera pour cet autre un objet d'envie. Cette envie s’efforcera de produire une réaction de ‘ mauvais vouloir sur la personne qui en est l'objet ; et le but de ses efforts immédiats sera de ravaler le , mérite de l’individu favorisé , aux yeux de celui par qui les faveurs sont conférées.
Néanmoins , il est un tribunal qui prononce sur , ces prétentions rivales, c’est celui qui adjuge ta bonne renommée et l’estime générale. Tout homme qui veut prendre part au jugement fait partie de * ce tribunal. A sa barre, l’homme qui se constitue le détracteur du mérite d'un autre joue le rôle de dénonciateur, et sa conduite est communément attribuée à des motifs peu honorables. Quels que soient ces motifs, des qualifications sévères et dés- ( honorantes pourront flétrir sa conduite, et c’est ainsi que la sanction populaire est appelée à réagir « sur l'impulsion personocUe.
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Le mol servilité est un de ceux qu*oo applique 'd’ordinaire dans ces occasions. Ses synonymes et
* quasi-synonymes sont très-nombreux , et sa signi- . fication est d’un caractère extrêmement vague et f indéterminé.
Tant pis ; aucune idée précise n’y étant attachée,
* l’arcusation n’en devient que {dus redoutable.
' £n y regardant, on verra que le mot serrititë , désigne l’habitude de rendre à un supérieur des servicesqui, d’après les idées reçues de convenance, ne doivent pus être rendus. Comme règle de con- . duite, le principe, tant de fois rappelé, de la balance des plaisirs et des peines, trouvera ici, comme partout, son application.
* Rendre à chacun tous les services possibles , là où la prudence ni la bienveillance n’ont rien à
* objecter, c’est évidemment le précepte et le devoir , de la bienfaisance; et dans le cas dont nous nous
occupons, les prescriptions de la bienveillance ont toute leur force , sans que la prudence leur oppose une force contraire.
^ Mais ici, comme presque toujours, deux forces
* contraires sont en présence , celles du mouvement « et de la résistance , la légitime influence de la pre- , rotère de ces forces n’étant limitée que par celle de . la seconde.
. I#a vertu de la bienfaisance, bien qu’elle embrasse le monde entier, peut s’exercer dans des limites très-restreintes ; et plus limitée encore est la sphère de son action lorsqu’elle ne s’applique qu’à un ! individu. Et il est bien qu’il en soit ainsi ; car si . chaque homme était disposé à sacrifler ses propres I jouissances aux jouissances des autres, il est évi- • dent que la somme totale des jouissances , serait diminuée, et même détruite. Le résultat serait non le bonheur, mais bien le malheur général. C’est pourquoi la prudence impose des limites à la bienveillance, et ces limites n’embrassent pas un large espace.
Dans le cas dont il est ici question , la prudence I non-seulement n’interdit pas, mais prescrit même l’obligation de rendre des services à ses su|>érieurs ,
I services devant être rendus dans la plus grande quantité compatible avec l'assurance que la valeur des services reçus en retour ne sera pas inférieure j à celle de la souffrance, de l’abnégation ou du sacrifice encourus afin de les obtenir, La prudence , fait une sorte de marché du genre de ceux qui ^ servent de base à toute transaction commerciale, i On compte que la somme dépensée rapportera un I peu plus que sa valeur. Aucune dépense n’est désavantageuse lorsqu’elle produit un équivalent. Toute dépense est avantageuse lorsqu’elle proiluil un équi- \ valent et quelque chose en sus.
Voilà donc la prudence agissant dans deux direc-
tions, prescrivant la dépense eo tant qu’elle promet un retour profltabie, la prohibant au contraire là où un retour profltabie ne peut être raisonnablement prévu. Mais ici, comme ailleurs, pendant que la prudence cherche à réaliser le bénéfice en question , aucune des lois de la bienveillance ne doit être violée.
Et comment s’assurer des prescriptions de la prudence personnelle? Par quoi sont-elles déterminées? Par la l>alance d’un compte qui doit embrasser les différentes divisions dans lesquelles les plaisirs et les peines |>euvcnl être classées. La prudence, en toute occasion, suppose et prescrit le sacrifice de certains plaisirs et de certaines exemptions à d’autres exemptions et à d’autres plaisirs. Il faut se prononcer pour l’une des deux sommes rivales, et il y a sagesse à se décider pour la somme la plus forte.
Dans le cas dont il s’agit ici, l’alternative est entre les plaisirs de l'amitié et les peines de la sanction populaire, 11 est certains services qu’un homme ne peut rendre sans s’exposer à la perle de sa répulasion ; et cela est vrai de services qui ne sont point du tout iocom)>alibtes avec les vertus premières. La coutume et les bienséances ont établi à cet egard une multitude d’interdictions que confirme difficilement une intelligence exacte de ce qu’exigent la prudence cl la bienveillance.
Dans les divers degrés de la civilisation, cesiolerdiclions ont subi des modifications nombreuses. Plus réchelic des dignités est élevée, plus la distance est grande entre le premier et le dernier échelon , moins la coutume a introduit de restrictions à cet égard. Plus l’égalité sociale est grande , moins on laisse de latitude à de tels services, plus on y apporte de restrictions. Si nous remontons aux temps anciens , nous voyons dans la conduite et le langage un caractère obséquieux qu'on ne tolérerait point aujourd'hui. Alors des habitudes de soumission et des expressions d’humilité étaient considérées comme convenables , prudentes , et disaient même partie du savoir-vivre, qui seraient regardées aujourd'hui comme des preuves de servilité, de bassesse et d’avilissement, et attireraient sur leur auteur tout le mépris public. Ce même contraste, nous le retrouvons dans l'Orient. Dans ces contrées lointaines , sous ces gouvernements absolus , la distance entre le plus haut et le plus bas degré est presque infinie ; d’un degré à un autre la distance est énorme; en sorte que là il n’est point d'olvséquiosilé déplacée, point que l’opinion réprouve. Dans les individus de la classe inférieure, i'avilissemeDt individuel est un moyen de conservation , et la servilité la plus basse est exigée par la prudence.
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Le même homme qu’on toU se courber et ramper devant un supérieur, est hautain et même insolent < arec son inferieur. Cela arrire chaque jour, et rien n’est plus simple. Il est naturel que l’homme servile ' cherche i s'indemniser de ce qu'il souffre par des ^ jouissances de la même nature. Mais en contentant ainsi son orgueil, il provoque rinimilié, par l'inimilié les mauvais offices, et {>ar les mauvais offices * la souffrance sous toutes les formes imaginables. » En se procurant ce plaisir a-t-il gagné quelque chose 7 Cela dépend de ses goûts individuels , quel* .* quefois aussi du hasard.
L’orgueil et la vanité sont des dispositions de l’esprit qui ne se manifestent pas némsairemeiit , et même hahituellenicnt par des actes isolés. II y a entre l’orgueil et la vanité une relation intime, et leur examen sioiultané est le moyen de se former des idées Justes de l'un et de l’autre. 11$ consistent tous deux dans le désir de l’estime , prenant lians chacun une direction différente, et employant des moyens divers pour se satisfaire. L’homme orgueil* leux et l'homme vain ont tous deux en vue l’eslinie de ceux dont ils croient que leur bien-être dépend.
Dans les deux cas, l’importante «pieslion est celle-ci : Cet orgueil, celte vanité, ont-ils le carac* 1ère de vertu ou de vice? Si de vertu , de quelle vertu ? Si de vice , de quel vice?
Dans l'homme orgueilleux le désir de l'estime est accompagné de mépris ou de mésestime pour ceux dont il cherche à obtenir l’eslime. Il n'en est pas de même de l’homme vain.
].a valeur de l’estime étant moindre aux yeux de Diontme orgueilleux qu’à ceux de l’homme vain , il faudra une plus grande portion d'estime pour procurer à l’homme orgueilleux une satisfaction égale à cellequ'uuc moindre portion procurera à l’homme vain. C’est pourquoi le mécontentement est la disposition d’esprit habituelle de l’orgueilleux , et ce mécontentement se manifeste extérieurement.
11 suit de là que la tristesse et la malveillance, l’une ou l’antre , ou toutes deux , sont les compagnes habituelles de l’orgueil , agissant quelquefois comme causes, quelquefois comme effets, quelquefois dansces deux caractères. Iji gaieté, au contraire, est l’apanage accoutumé de la vauité; la gaieté, et souvent la bienveillance. Une légère manifestation d'estime cause à la vanité une grande satisfaction. Plus elle est légère, plus elle est de facile acquisition , plus elle est fréquente , et plus fréiiueotcs conséc^uemment les causes de salisfac- \ lion.
I L'orgueil est naturellement taciturne ; la vanité
Icst bavarde. I/orgueilleiix attend immobile les démonstrations d’estime qu’il désire obtenir; c’est leur sponlanéilé qui , à ses yeux , en fait tout le prix. Il
ne les demandera pas, ou , du moins , ne paraîtra * pas les demander. Il attendra qu’elles viennent ; et, pour être capable d’en agir ainsi , il faut f^u’il possède la faculté de se commander. Il se nourrit d’estime, U lui en faut une pleine ration ; mais il sait jeûner.
Autre est l’homme vain : son appétit est encore plus aiguisé que celui de rorgueiilcux. 11 n'est pas d'abondance qui puisse le rassasier, mais peu de chose lui fera plaisir ; et pendant quelque temps , il s’en contentera. Il va donc de porte en porte, mendiant le pain nécessaire à sa faim insatiable.
Considéré en lui-même, l’orgueil est presque tou- • jours pris en mauvaise part, et dans l’acceplion • de vice; avec un qualificatif, on peut l’employer * dans un sens favorable, et il devient une vertu. ^ C’est ainsi qu’on dit un honnête, un juste, uu rei- ^ pecUib/e orgueil; mais quelque chose nous dit que cette phraséulogien’estpasstricteroent convenable, i et il s’y rattache une idée de métaphore et de rhé- f torique. ^
Mais quant à Véi»ihéieâ[orgueil/eux appliquée à un homme , elle entraîne toujours une idée défavo- • rable. Lorsque |>ar ce mot oo désigne la nature de l’esprit d’un homme, on fait entendre par là que ( cette nature est vicieuse.
On dit un jour digne (f orgueil, une situation ^ digne d’orgueil, pour exprimer un jour, une situation dont on peut s’enorgueillir; dans ce cas, on * rattache indirectement un homme à un événement, ' et on fait abstraction de tout orgueil vicieux.
La vanité est plus maltraitée encore : on ne peut . l’aUribuer à un homme sans en faire un juste objet de mépris et de <1érision. Il serait difficile de {larler, rt impossible de parler avec convenance d’une hon- ' luHe, «{'une juste, d'une respectable vanité. Vous pouvezavoir eu un jour digne d’orgueil, et reporter vers lui un regard satisfit ; mais il n’en pourrait être ainsi d’un jour de vanité.
Mais, dans la pratique , ce qui importe avant tout 1 c’est de distinguer ce qu’il y a de vertu et de vice dans ces qualités d’orgueil et de vanité. S’il y a de la vertu « ce doit être de la prudence , de la bienveillance ou de la bienfaisance ; s’il y a du vice , ce doit être de l’imprudeuce ou de la malvuillance. Et c’est ainsi que , pour la première fois peut-être , on aura attaché des idées claires à des appellaiiom qui sont , chaque jour, dans la bouche de tout le monde.
Si les principes de la morale étaient pleinement compris et obéis; en d’autres termes, si la sanction |K>puIaire était, sous tous les rapports, ce que, dans l’inlérêl du genre humain, il est désirable qu’elle devienne, tout ce qui resterait d’orgueil, dans le cœur de l’homme, ne participerait pas de
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' la nnluri; du vice. Mais « eA Tëlat actuel des choses,
(uù ropinion puliliqiie n'a pas Tutililé pour hasct l'orgueil *loit 6(rc fréquemment rangé parmi les> vices.
La quantité de vertu ou de vice qui résulte de rorgueil eide la vanité, semble déjtendre, en grande partie, de la position qu’occupe dans réchelle sociale l'homme orgueilleux ou vain. Dans la position du petit nombre de ceux qui gouvernent, l’orgueil est plus apte à disposer l'esprit au vice <[u’à la vertu; |innts il en est autrement de la vanité.
L*urgiii‘il, lorsqu'il dégénère en vice, est le vire - caractéristique de la classe des gouvernants, parce que leur situation les rem) moins dépendants que d’autres des services spontanés. Pour un homme . placé si haut, les services s)Kmtanés des autres deviennent comparativement des objets d'indilference ; et en conséquence, il n'éprouve aucune disposition é obtenir ces services au prix d’autres services rendus ]>ar lui, ne fAl-ce même que les services gratuits de l'urbanité. 1/orgueil , dans ces i positions élevées . éloigne les hommes de la hien>
J veîllance et de la bienfaisance, et présente ces vertus comme des rivales de l'intérêt (versonnel.
i,a vanité suggère une autre marche ; son appétit inextinguible demande des services continuels, des services où se manifeste l’estime ; et en cela , sa tendance est vers la bienveillance. C’est ainsi que des actes bienveillants en apparence , des actes qui portent un caractère extérieur de sympathie sociale, soit réfléchie . soit sentimentale , peuvent avoir leur I source dans l’affection personnelle de la vanité. Les I actes étant produits, c'est autant de gagné pour le j bonheur générn). Alors la vanité ne remplira t elle \ )vas le but de l’utilité , en produisant le bien que
1 TuliKlé se propose? Non , tant que l'opinion , tant
I que la sanction populaire ne sera pas d'accord , sur tous les points, avec les enseignements de l'utilité. Mais l’exercice de la vanité, sur quelques titres I d'estime qu'elle se fonde , produit la concurrence,
! qui augmente avec l’accroissement de l'estime dont ! on fait parade, et celte concurrence produit le mécontentement. vanité d’un homme suscite et met en action les émotions , les affections , les passions de beaucoup d’autres.
Dans une haute sphère, plus la position d’un ^ homme est élevée, moins il y a de chances qu'elle éveille l'envie ou la jalousie des classes inférieures, ' car l’envie et la jalousie ne peuvent exister que'lè où il y a concurrence; et plus il y a de distance d'im rang à un autre, moins il y a lieu à concur- . rence.
En même temps , plus un homme est dans une position élevée , plus vaste est la carrière où peut s’exercer sa bienfaisance, et pour autant que sa vanité cherche à se satisfaire par des actes de bienfaisance, l'estime qu'il obtient sert à contre-balancer, sinon à dominer les peines et le danger produits ' par l'envie et la jalousie d'autrui, agissant sur lut ou sur ceux dans l'âme desquels l'envie et la jalousie ont lieu.
L'effet sera différent pour le reste des hommes; car le pouvoir de bienfaisance étant moindre, l'envie et la jalousie seront plus grandes. Ici l'affectation de la su|)ériorilé , sous l’influence de la vanité, sera plus odieuse; dans la lice sociale, le meilleur lutteur peut exciter des sentiments d’envie et de jalousie dans l'âme de tous les autres lutteurs, et il ne peut produire aucun plaisir équivalent. 11 peut faire naître la peine, cela est évident; mais quelle somme sensible de bonheur lui est-il possible d’ajouter au bonheurdes individus qui ne sont pas compris dans le cercle de ses affections domestiques •?
L’orgueil est accompagné d'uii sentiment d'indépendance, non la vanité. L'oigiirilleux est convaincu qu'il recevra des autres autant de respects qu’il lui en faut ; il ne prendra donc pas la peine de les rechercher, c’est-à-dire qu’il ne se donnera pas la peine de se rendre agréable à autrui. Il ne produira pas les titres qu’il croit avoir à leur estime; il se dit qu’ils sont évidents, et ne peuvent être méconnus par personne. En proportion des succès qu’il obtient, il donne aux autres une haute idée de son importance; il veut qu'ils croient que, de manière ou d’autre , leur bien-être dépend de sa faveur, et que cette faveur est difficile à obtenir. Il existe donc de leur part une sorte de crainte à son égard, la crainte de ne ]H>UToir conquérir sa foveur. Or celte crainte est nécessairement accompagnée
** 1 L'homrae vaio t’exasère ta valeur do «ervicei dea
autre» , cl le donne plu» de i>eine qu*il ne faut pour le lei procurer. L'orgueilleux rabaiiie, à »o propre» yeux , la valeur de» lervicei d’autrui, et meaure ton droit à lea exiger en raiaon inverac du be»oio qu'il en a, ou du caa qu'il en fait. L'activité cal la compagno de la vanité ; rim- ODoliililé, de l'orgueil. Toiile addition à l'affecliuo de la vanité ajoute quelque cho*e au pouvoir de la »ympaihie enveri autrui. Toute addition i l'affection de Torgued enlève quelque chose à la aytnpatbie vert autrui.
I Ce|iendaat, le refua de» aervices demaadéa éveillera
rhoitilité, et de rorgiieilleux el de l’homme vain. L’boatilité de l'homme orgueilleux sera oiircrlc, franche ei visible. Il vou» donne â entendre qu'il se soucie peu que vos dispositions lui soient amicales ou hasiiles. Il s'aitrllme une telle im(K>rlaDce que, par respect ou par crainte, les autres s'occupent à lui rendre des serricet en plus grand nombre que vous ne pouvez lui en offrir, (juant à i’bainme vain.il ne parait exercer sur vous aucun despotisme pour obtenir votre bon vouloir. Plus grande est sa vanité, plus grand sera son désir, plus vifs les efforts qu’il fera |>our se le concilier.
DES VERTUS SELON HUME
(le souffrance. Lui mème, il a la perception de cette souffrance; cependant, il ne reut pas faire ce qui dépend de lui pour l'écarter ou la diminuer. 11 pourrait la diminuer , en tempérant son orgueil de quelque condescendance. 11 pourrait la faire entière^ ment disparaître , en déposant son orgueil , et en traitant avec les autres hommes sur le pied d’égalité .
Somme toute , la vanité tient de plus près à la bienveillance; l’orgueil) au sentiment personnel et à la malveillance.
L'homme vain , se sentant comparativement |>eu assuré de l’estime qu’il ambitionne, est proportionnellement désireux de faire de son mieux pour l’obtenir ; il s’efforce de déployer les qualités qui peuvent Ia lui acquérir; et, comme il veut recueillir le bon vouloir des autres, il faut qu'il sème ce qui |>eut le priKluire. Et d'ordinaire, l’objet de ses efforts sera. Jusqu’à un certain point, réalisé. Il excitera quelque admiration; l'admiration amène la surprise ; la surprise éveille la curiosité dont la satisfaction est un plaisir.
Cependant, il est deux causes par lesquelles cet effet peut être non-seulement neutralisé et diminué, mais encore détruit; d'abord quand la su ()ériorité déployée est telle qu’elle pr<Mluise rhumiliation, ou un sentiment pénible d'infériorité dans l’esprit de ceux qui en sont témoins ; en second lieu, si le genre de mérite déployé est celui-là même dans lequel il y a concurrence entre la personne qui le déploie, et celle devant qui il est déployé.
Lorsqu'il en est ainsi, la prudence et la bienveillance s’accordent à nous recommander de nous abstenir de celte manifestation ; la prudence, parce que les passions de i'envie et de la jalousie éveilleront contre nous un mauvais vouloir, tendant à nous faire du mal , ou à s’abstenir de nous faire du bien; et la bienveillance, parce que cette manifestation sera pénible à autrui.
Il est plusieurs termes associés à l'idée d’orgueil, dont on ne peut déterminer la valeur et le sens que par l'application des grands principes auxquels nous nous sommes si constamment référés dans cct ouvrage. La bassesseapour contraire, non tant l'orgueil que l'appellation complexe à'élévation d'esprit y de grandeur d'âme; mais il y a , et il doit y avoir, beaucoup de vague dans ces qualités. Orgueil, pris séparément, est une appellation critique ;^randeur d'âme est un éloge. De même, rbumililé est un titre à l’estime; la bassesse, au mépris. Celle obscurité est encore accrue par le sens que les écrivains religieux ont attaché à ces termes. Indépendance d'esprit est une expression susceptible de recevoir bien des interprétations diverses. Le critérium à adopter consiste dans la tendance de ces qualités à |>ro<hiirc, dans tous les cas particuliers,
le bonheur de l'individu et celui de la société générale. Tout le reste n’est qu'une vaine querelle de mots, sans importance prati<|ue ni réelle; une question de phraséologie , dont le sens est soumis à des modifications perpétuelles, et dont la discussion , à moins qu'elle ne se réfère à quelque règle de moralité, n'est qu’une inutile perte de temps et de peine.
Soit qu’on ait en vue à'exposer ou d'instruire , le seul mode efficace est de s'assurer de l'association des expressions morales avec les termes de peine et de plaisir. Appliquez à la vanité et à l'orgueil toute autre pierre de louche, et vous vous convaincrez que c'est bien là la clef de leur signtheation et de leur valeur. Et ce qui est vrai ici , est vrai dans toutes les autres parties de la morale.
I/envie et la jalousie ne sont ni des vertus , ni des vices.
Ce sont des peines.
L’envie est une peine qui naît de la contemplation du plaisir possédé par un autre, surtout lorsque ce plaisir provient d'une source d'où l’envieux désirait l'obtenir pour lui-même; si ce désir a été accompagné de Vatiente que ce plaisir serait obtenu, la peine devient encore plus forte : elle est portée à son plus haut degré quand l'individu attribue son exclusion de ce plaisir à sa possession par un autre.
I.a jalousie est une peine, celle de l’appréhensloo provenant de la même cause, ou d’une cause semblable.
l.a prudence et la bienveillance concourent également à détruire et l’envie et la jalousie ; la prudence, afin de nous délivrer des peines qu'elles nous causent; la bienveillance, parce que l'envie et la jalousie se lient au désir de nous affranchir des peines qu’elles créent , en faisant du mal â autrui. L'envie et la jalousie s’associent de très près aux dispositions malfaisantes, et par suite aux actions malfaisantes qu’elles contribuent beaucoup à créer. l.a disposition , sans l'action , n’est ;>as un vice, il est vrai, mais une inffrinité ; mais rinHrmilé est un sol où le vice prend facilement racine, et où il ne tarde pas d'ac«|uérir une formidable croissance.