‹ Œuvres de Jérémie Bentham, jurisconsulte anglais De l'organisation judiciaire et de la codificationChapitre 290 sur 329 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

DBS VERT08 SELON HUME

Hais pour découvrir combien sont vagues les idées de vertu>, combien peu satisfaisantes co sont les

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d<^finitiotu, même lorsqu'elles émaneot des plus hautes capacités iotcllccluelles , quand le critérium de la rertu a été ou méconuu ou néglige , il ne sera pas hors de propos , même au prix de quelques redites, de revenir sur nos jtas, la liste des vertus de Hume à la main. Un examen attentif nous convaincra alors combien facilement d'une scène de confusion , de complications et d’embarras, on jieiit faire sortir l'ordre , l'barmonie , la beauté , lors<|u’on est muni des instruments que, sous le nom de prudence eldc^icnmV/a/ice, l’utilité a mis entre nos mains. Ceci est d'autant plus désirable qu'il n'y a pas longtemps que la Revue (tÉdimàourff , en appelant ratlention de scs lecteurs sur la classihcation que Hume a donnée des vertus , a semblé conclure qu'il avait fait tout ce qu'il était nécessaire de faire pour introduire un système parfait de morale.

Une objection fondamentale s’attache à sa classification des vertus, en qualités utiles cl agréables. Le mot uii'ie a plus d’un sens, il |>eut siguifier ce qui a pour but le plaisir , ou ce qui a pour but toute autre chose. L’utilité n’a de valeur qu’en tant qu’elle produit le plaisir, ou écarte la peine , laissant en définitive un surplus de plaisir, calculé sur le plaisir non-seulement immédiat, mais éloigné, non-seulement dans le présent, mais aussi dans l’avenir. C’est , en effet , une chose étrange , que cc mot de /7/a/dtfrelfaioucbeà un ld]K>iullesmoi*alistes;quaDt à la chose elle-méme, la jouissance, ic bonheur, ils déclarent que c’est le but de leurs recherches; mais qu’on vienne à prononcer son nom, son véritable nom, les voilà tous en fuite; ils n'en veulent plus. Point de confusion et de non-sens qu’ils ne préfèrent plutôt que d’appeler le plaisir par son nom.

On dira peut-être que Uume ne donne pas au mot rerlu une acception générale , cl que ce n’esi pas son discernement qu'il faut accuser, si, parmi les vertus qu'il énumère, il en est qui n’ont rien de commun avec la vertu.

Mais si par la vertu on n’entend pas ce qui est utile , ou productif <le ce qui est utile à l’aiigineDtation du bien-être, qu'enlcnd-on? Quelle est la valeur de ce mot 7

On doit reconnaître qu’il entre , dans U nature même de la vertu , quelque portion de mal, quelque . souffrance, quelque abnégation, quelque sacrifice de bien , et conséquemment quelque peine ; mais , à mesure que l’excrcicc de la vertu passe en habitude, la peine diminue graduellement, et finit par disparaître entièrement.

La vertu est une qualité morale , par opposition à une qualité inlellecluelle ; elle appartient à la volonté, aux affections, non à l’intelligence, excepté les cas où rinlelligencc agit sur la volonté.

Ceci une fois entendu , on peut sc former une

idée exacte des qualités désirables dont parle Hume , * en les répariissant et en les groupant sous les divisions suivantes :

1* Qualités appartenant non à la volonté, mais à l’intelligence , comme le discernement , l’ordre , la rapidité de conception ;

Les qualités de la volonté qui n’appartiennent exclusivement ni au vice ni à la vertu , mais qui sont quelquefois un vice, quelquefois une vertu, et d’autres fois ni l’un ni l’autre, selon l’objet vers lequel clics sont dirigées ; telles sont, la sociabilité , la discrétion , la constance, la clémence, la générosité ;

3<* Les qualités qui sont toujours des vertus, et qui, conséquemment, apparlienneot à l’une des deux grandes divisions de la prudence ou de la bienveillance ;

4* 1.CS qualités qui , étant toujours des vertus , sont des modifications des deux classes de vertus premières auxquelles elles sont surbordorinées , telles la probité , la justice.

Or ce ii’csl que dans la troisième et la quatrième division que se trouvent les vertus non douteuses ; les première et deuxième divisions ne comprennent que des qualités qui , associées à la prudence cl à la bienveillance, peuvent être de très-importants auxiliaires. Par exemple, le tact habile à saisir les rapports qui unissent les actes à leurs conséquences, . et qu’on appelle discernement , combien sa coopération n’est-cllc pas précieuse dans le domaine de la morale ! De même, l’esprit de sociabilité, uni à la prudence et à la bienveillance , donne naturellement à chacune d’elles un attrait qui doit ajouter à leur influence bienfaisante; mais, en même temps, qui ne voit que la qualité appelée discernement dépend beaucoup de l’organisation iutcUccluelLe , qii'aucuD effort ne réussira à eu introduire dans un esprit inférieur une quantité égale à celle qui dirige • iiD esprit supérieur * ? D'autre part , la qualité qu’on nomme sociabilité ^ loin de servir la vertu , peut être, et n’esi que trop souvent, la compagne du vice , et quelquefois même l’instrumeol au moyen duquel le vice accomplit ses triomphes les plus funestes.

Quoique Hume ail classé ses vertus d'une manière étrangcmcDl confuse et disparate, il est à propos de les prendre dans le désordre où il les a laissées ; aucune classification ne pourra faire une vertu de ce qui, parmi elles, n’en est pas une, et les vertus qu’elles contiennent se trouveront rangées dans la division à kK|uelle chacune d’elles appartient.

I M. Owea a professé celle opinion , que l'éiluciUoii éxalenveol réparlie à tous, donnerait ce résultat. H. Jaeutot est arrivé à la inétnc conclusion, {.fiole du trwlucUurJ

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La sociabUUé. Cesl une disposition à rechercher la société lUi autres; elle est l>onne ou mauvaise, vertueuse ou vicieuse , selon le Iml et la cotiiliiilc de rhommc socialde. Elle contient tout juste autant de vertu i|uVlle contient de hieuveillance ; combinée avec la bienveillance, elle constitue roblijji'atice , qui, dans la liste de Hume, est comptée comme vertu distincte. Une disposition à éviter la malfaisance ftiit, en général, partie du caractère sociable, et en cela il est d’accord avec la bienveillance effectivc-négalire. Mais la sociabilité peut être ac- ! compagnée de tyrannie et de malfaisance; et c'est ! ce qui arrive fréquemment , surtout lorsqu'elle s'exerce à l'égard de personnes d'une cumiition différente. L'un de ses instruments est l'esprit, l'esprit productif de peines et destructif du plaisir. La sociabilité peut être employée dans un but «l'insolence ; nous en voyons plus d’un exemple dans les écrits de Cicéron *. Elle peut s’allier au mépris , comme dans Riirke; en sorte qu'il est très-possible qu’en cherchant la morale et le bonheur dans la sociabilité, on n’y trouve ni l'un ni l'autre. Ainsi la sociabilité seule ri'esl ni un bien ni un mal ; elle n'est rien. Elle |muI n'ètre que de l'égoismc sous une forme nuisible , et servir à couvrir d’un voile favorable des qualités malfaisantes ; elle (>cu( s’associer à la fraude et à la rapine, et prêter les fascinations de sa présence à des projets insensés , vicieux ou pervers.

I.e bon naturel. Il se lie étroitement à la sociabilité; mais dans ses rapports avec le vice et la vertu, il présente un sens ambigu. Ce qui dans lui est naturel et fait partie du caractère distinctif de l'individu, ne peut être considéré comme vertu. portion acquise, résultat de la réflexion, en sup- |K)sant qu’on puisse la distinguer du reste, peut être vertueuse. Associé à la bienveillance, il est, comme la sociabilité, presque synonyme d'obligeance ; il joint , plus que la sociabilité , le caractère naturel au caractère moral. S’il fait entièrement partie de la constitution individuelle , il n'est pas plus une vertu que la force et la beauté ne sont «les vertus ; il ajoute de l’agrément aux communications sociales, que la conduite soit ou ne soit pas vertueuse. Cette {larliedii bon naturel, qui, indépendante des propensions physiques , est devenue de la bienveillance elfective, cela , et cela seul , est vertu; mais ce n'est pas le l>on naturel qui est vertu, c'est la bienveillance eifectivc. De même , le bon naturel }>eut se prêter à servir l'imprudence ou l'improbilé. La dis)K>silioQ à plaire à f)uelqu'un a été fréqueio-

I H Je n'avait pai ireite ans, n Uttait un jonr B<‘niham k celui qui écrit cet liijiiet. • que tié)^ lee ahommaliont de Cicéroo me révoiuicol. »

ment une cause de mauvaise conduite. Dans le langage ordinaire, on dit que ((uelqu'iin a été égaré par son bon naturel. Ce peut n’ètre que de la faiblesse sur laquelle agit la tentation ; et le plaisir de satisfaire In personne qui s’adresse à nous i>eul fermer DOS yeux aux conséquences des maux qui vont suivre.

\,'/iumnniié. Cest de la bienveillance elfective , ou une disposition à la bienveillance effective spécialement dirigée vers une es|>èce particulière de

! souffrance. Son objet est d’éloigner quehfue mal

I positif et grave. Elle ressemble beaucoup au bon naturel lorsqu’il est placé sous l’empire de quelque motif excitant. Elle implique dans l’homme humain l’exercice d'une assex grande puissance de secours , et suppose généralement que, sans cet exercice d'humanité, la personne secourue serait exposée à des maux plus grands que ceux auxquels il s'agit de mettre un terme ; mais il est à cela quelques exceptions. L’humanité d’un roi pourrait le porter à par dotmer aux dépens de la justice pénale, ce qui aurait pour conséquence un j>elil bien et un grand mal ; il y aurait, en déflniltve , une |»crte publique considérable pour la société ; <lès lors cet exercice de rhiiinanité serait non une vertu, mais un vice. L'humanité peut donc être ou n’être pas digne d’éloges. Scs droits au nom de vertu ne peuvent être appréciés qu’après avoir pesé les peines qu’elle écarte contre les peines qu'elle crée. SousPinfluencc des impulsions du moment , elle est apte à commettre des erreurs , par exemple lorsque la discipline ou la punition attachée à l’imprudence doit avoir pour résultat probablcde corriger cette imprudence, et que l'huroanité intervient pour lui épargner celte punition, en sorte que l'imprudence sera répétée en conséquence de l'impunité : alors riiumanité, loin d’être une vertu est réellement un vice ; et ces cas arrivent fréquemment. Plusieurs de nos établissements d'humanité et de charité, qui ont pour objet de protéger rinconiluilc contre les conséquences qu'elle entraîne, conlribiienl |»ar le fait au malheur de rhiimanilé. Des aumônes répandues sans discernement peuvent servir de prime à la paresse et au désordre. L’humanité est pernicieuse lorsqu'elle affoiblit la sanction morale au point de produire, |)ar la détérioration de la moralité , une quantité de peine future plus grande que celle dont elle effectue la cessation immédiate.

l/humanilé, pour être vertueuse, doit apprendre à calculer. Elle est toujours disposée à éloigner une peine et à oublier l'influence salutaire de cette peiue dans l'avenir. Ce n'est donc ((u'autant qti’ulle s’allie i la prudence et à la bienveillance que l’humanité mérité notre approbation.

( l.a clémence. C'est encore de l'humanité , mais

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qui suppose dans celui qui en est ToUjet une dépen* «lance plus directe de celui qui lexerce. Ici la personne qui reçoit est au pouvoir de celle qui accorde; la faiblesse de Tune contraste avec la puissance de l'autre. L'exacte appréciation des cas où la clémence peut s'exercer dans les limites du principe de la maximisation du bonheur, dopeud des facultés intellectuelles de rindiridii ; la disposition à l'exercer, de ses facultés morales. Il s'y rattache une idée de puissance, liée à une idée vague de tyrannie, en raison de la distance qui sépare le dispensateur de la clémence de celui qui en est l’objet. Ici s’applique, dans le domaine |Hjlilique, la règle que nous avons posée au sujet de l'humanité. I>a clémence, c’est-à-dire le bien fait à un individu, doit être pesée contre le mal fait à la société. L'appel à la clémence est généralement plus fré«{uent que l'appel à rbumaoité. Aux yeux de la vertu, sa valeur doit être estimée par ses effets. Cette portion de la clémence qui contient de la vertu se rattache à la bienveillance effective.

La reconnaissance est de la bienveillance effective, soit en action, soit en disposition, en considération de services reçus par la personne reconnaissante ou quelque personne attachée à celte dernière |>ar des liens de sympathie. Son efficacité n’est pas une conséquence nécessaire de son existence; ce peut être un étal de l'âme demeurant inactive faute d'occasion. Elle est , dans l'âme de la personne reconnaissante, le résultat des bienfaits qui lui ont été conférés. Mais elle n'est pas nécessairement vertueuse; car une vertu faisant peu de bien peut être accompagnée d'iin vice faisant beaucoup de mal. Un homme m'a rendu service : il est en prison pour un crime horrible. délivrer, ce serait de la reconnaissance; ce ne serait pas de la vertu.

I.a reconnaissance est le sujet de grands éloges. Chacun aime la reconnaissance, parce que quiconque accorde une faveur, aime à en recevoir une autre en retour. Cejtendant la bienveillance effective peut être plus efficace ü où il n'y a pas lieu à reconnaissance.

La reconnaissance est une vertu on ne peut plus populaire ; elle a pour base l'amour de nous-mêmes, et ringratitiide est représentée comme un vice hideux. Tous les hommes sont intéressés à obtenir le remboursement des bienfaits avancés; et le tribunal de l’opinion publique a attaché une infamie spéciale à celui qui , dans l'occasion, ne rend pas les services qu’il a reçus. Celui qui confère un bienfait est autorisé, par la société, à attendre un résolut de reconnaissance, ou un retour de bienfaits. On attend plus de bienfaits de l'individu qu'on connaît ou avec qui on est lié, que d'un étranger. Un refus de services venant d’une personne qu'on

connaît , surtout si oo l'a obligée, produit plus de peine que le refus d'une personne qui nous est inconnue.

Enfin, la reconnaissance, en tant qu’elle prend i'iililité pour guide, peut être rangée parmi les vertus ; mais elle peut être tellement contre-balancée de mal, qu'elle appartienne à la région du vice.

L’opposé «le la reconnaissance est ringratitiide , qui prend quelquefois les formes du ressentiromt. La reconnaissance a en vue le bien; le resienliment, le mal. Le mot ressentiment pourrait s'employer «lans un double sens; on peut ressentir un bien^it aussi bien «{u'une injure. Le ressentiment en action constitue la malveillance.

C'était le signe d'un certain progrès en morale, que de penser à faire de l'ingratitude un crime; mais c'était l'iniitcalion d’une sagesse bien arriérée, que de nê pas voir que c’était chose impraticable. .

Comme elle doit être longue et compliquée l’appuration des comptes entre deux individus qui ont beaucoup vécu ensemble, avant de pouvoir constater, en fait de l>ous offices, lequel est débiteur de l'autre!

Il faut connaître la fortune et les besoins de chacun. Le plus rusé, le moins sincère est sûr de gagner sa cause. Le plus généreux, le plus estimable, aurait toujours la plus mauvaise chance. Tout ce que chacun d’eux donnerait, serait toujours donné devant témoins. Oc qu’il recevrait, serait reçu en secrel. Bientût, il n'y aurait plus, ni générosité d’une part, ni gratitude de l'autre.

Vcbligeance est la bienveillance effective sur une échelle restreinte. Comme le bon naturel, c’est une disposition à rendre service; mais cette disposilion se porte principalement sur ceux avec qui la personne obligeante a eu des rapports. Elle est prèle à agir toutes les fois que l’occasion s’en présente. Elle comporte quelque chose de plus qu'une disposition à des actes de bonté, et est accom|«agnée de la sympathie à un étal d’activité considérable. L’idée d'obligeance comprend celle de sympathie, au moins dans les relations ordinaires de la vie. Dans la société, spécialement dans la sphère politique, bien que l'obligeance se trouve dans le langage, il ne faut pas toujours la sup^toscr dans la conduite. Elle a, comme nous l'avons dit, une connexion intime avec la bienveillance effective; elle est aussi «{iiclquefois le produit «tes affections personnelles. Toui ce qu’il y a en elle de vertu doit être rapporté aux deux branches constitutives de la vertu. Ce qu'elle a de bon et de mauvais, peut être considérablement modifié en appliquant à ses opérations les véritables principes; et c'est à celle condition seule qu’elle est admise «lans le «iomainc des investigations morales. La morale n'est pas faite

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pour être appliquée à ce qui est immuable . mais à ce qu'uD examen plus atteoUf peut motlifter ou changer.

Aristote a établi une sorte de parenté entre l’amitié et les vertus. Cest un état ou une condition de la vie constituée ))ar une sorte de relation analogue à la condition de mari, d'épouse, de père, de mère, de fUs, de fille. C'est une sorte de mariage, sans avoir la communion des sexes pour lien , ou la propagation de l’espèce |>our conséquence; ce qui fait (|ue sa durée n’est pas pour la vie, ou pour un ternie spécifié.

i.a générosité , quand elle est une vertu , est de la bienveillance effective. C’est l’obligeance sur une plus grande échelle. C’est l’obligeance non limitée dans le cercle des relations privées , mais s'étendant aux hommes en général. L’obligeance implique préférence; la générosité a un caractère plus universel.

I.a générosité que ne guident point la prmlence ou la bienveillance, est vice et folie. Celui qui donne tout ce qu’il a à un autre qui en a moins besoin que lui, et qui confère ainsi moins de plaisir qu’il n'en sacrifie, fait un acte fort généreux, mais fort insensé. De même celui qui prodigue l’argent, ou son équivalent, dans un but pernicieux, quelque généreuse que soit la dépense, n’en commet pas moins une action vicieuse.

La bienveillance doit se juger en raison du sacrifice fait. Une petite somme d'argent , donnée par un homme pauvre , sera une plus grande preuve de générosité que ne le sera une somme considérable donnée par un homme très-opulent. La générosité du pauvre se manifeste généralement par des services |)ersonnels, par le sacrifice de son temps ; il s'expose au péril , il paye de sa jtersonne. F>a générosité des classes privilégiées est un mélange de services pesonncis et ;>écuniaires. Plus diminue la valeur attachée à Pargent, plus s’élève la position de l’homme généreux , plus Pargent devient instrument habituel de générosité. A tous les degrés de l’échelle , la même règle s'applique.

I.a âfen/aisance , comme nous l’avons déjà observé, n’rsl pas nécessairement une vertu. Rendre service, faire du bien à autrui, n'est pas toujours un acte vertueux. Tout homme qui dépense de Pargent est bienfaisant en ce sens qu’il fait du bien , mais il n'y a là aucune vertu. C’est chose bienfaisante que l’accomplissement des fonctions naturelles, telles que boire, manger, dormir, se vêtir, en un mot de tous les actes desquels il résulte du bien. Là où la bienfaisance diffère de la bienveillance effective , bien qu'elle soit un bien, elle n’est {tas une vertu. Nous avons si souvent établi cette distinction dans cet ouvrage, qu’il est inutile d’y revenir.

La /us/tcê est de la bienveillance effective. Nous avons déjà eu l'occasion d’en parler plut haut. C’est l’action de rendre des services là où on a droit d’en d’attendre. C'est faire le bien lorsque son nonaccomplissement créerait le désappointement, et que l'opinion publique autorise à attendre que ce bien sera fait.

En matière civile et pénale, la justice est chose bien différente. Dans le domaine social, la justice est ce qui assure un homme contre le désappointement qui le priverait d'objets auxquels il a un droit reconnu par la société. C’est l’application du principe de non-désappointement. St ce n'est pas cela, c’est ce qu’il plaira à chacun d'appeler justice. La maxime : m Faites à autrui ce que vous voudriez qui vous Fût fait, » n'est pas de mise ki, et ne peut servir de définition; car personne ne s’infligerait volontairement à soi-même un châtiment.

I«a justice, en matière pénale, est l'application des remèdes que fournit la pénalité légale; la meilleure justice consiste dans la meilleure application des remèties contre les maux produits par la malfaisance. Elle a attire aux actes, non aux dispositions. Les dis|>ositi(>ns sont du domaine moral; les actes, du domaine politique.

Dans la classe des onze qualités utiles à nousmêmes, il y a une confusion de qualités presque identiques, bien que désignées par des noms différents.Il serait difficile de distinguer en qiioi, comme vertus, le discernement et la circonspection diffèrent de la prudence; la probité et la fidélité y de la justice ; comment Xéconomie et la frugalité peiiveut être sé;>arée8 de la prudence; pourquoi on sépare l’industrie de l’assiduité: mais quelques mots sur chacune de ces qualités pourront servir à écarter les nuages dont on a entouré le temple de la morale.

I<e discernement est un jugement sain , formé en vue d’une action, dans des circonstances plus on moins difficiles. C’est cette qualité de l’esprit qui se fait à elle même une évaluation exacte des résultats probables. C’est la prévision qui trace la ligne de conduite la plus convenable dans une occasion donnée. C’est l'aptitude intellectuelle appliquée à la conduite. Mais ce n’est pas plus une vertu, que la puissance de résoudre un problème mathématique n’est une vertu, ou que la possession de la force n’est une vertu ; c’est rbabtielé, fruit de la naissance ou de l’éducation.

Vindustrie est un mol à double entente. Si elle suppose le travail appliqué à un but qui n’a rien d’illégitime, elle comprend l'activité en vue d'un profit. Ce peut être un instrument aux mains des autres vertus; elle n’est pas une vertu elle-même. En français, ce mot s’emploie quelquefois dans un

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