‹ Œuvres de Jérémie Bentham, jurisconsulte anglais De l'organisation judiciaire et de la codificationChapitre 292 sur 329 · SELON HUME · texte numérisé non relu

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aussi gratuitement. L'Anglais qui répond : » Il n'y a personne, » bien qu’il soit chez lui, fait également tin mensonge gratuit. Dans ceqti'on nomme la politesse, le mensonge occupe une place importante.

Iva confusion d'idées entre la vérité et la véracité, a fait naître dans l'expression beaucoup d’ambiguïtés; c’est là ce qui a égaré Brissot. Il a écrit un livre sur la vérité ^ laquelle vérité lui a fait faire autant de chemin que s’il se fût mis à la poursuite d'un feu follet. I.a vérité, sous sa plume, c'est quel* qiiefois la connaissance des choses ; d'autres fois la véracité, l'exactitude du récit, la vérité; d’autres fois encore, c'est l'amour de la vérité par opposition à la tyrannie religieuse, par quoi il eotemiait celte connaissance qui est le résultat de révideoee, en opposition avec ces déclarations de foi qui sont appuyées non sur l'évidence, mais sur raulortté. (>uel<(iicfois ce mol lui sert à designer le fait substantiel del’t'xistence réelle de certains objets. Aussi il faut avouer que la vérité, prise dans son sens abstrait et avec les associations vagues qui s’y rattachent, est une entité étrange, fugitive, et qu’il est bien difficile de saisir.

La véracité est la disposition d’un homme à transmettre aux autres l'impression exacte de ce qu'il éprouve, c’est l'action d'éviter de dire ce qui n'est pas; elle est le produit de l'allention dont l'inleQsité se proportionne à l’imporlance du récit luimême.

La véracité étant entièrement subordonnée à la |>rudencf et à la bienveillance , son exercice est-il une vertu , lorsque ni l'une ni l’autre ne serait violée par son infraction? El celte infraction serait-elle un vice? Non , sans doute. Mais un cas semblable ne serait pas facile à découvrir. En effet, la véracité n’a de valeur que relativement aux circonstances qui raccompagnent. En fait, le mensonge nous fournit une preuve de l'impuissance de la sanction religieuse à corriger l'enfance. On dit a un enfant : H Si lu mens , tu iras en enfer. » Il ment ; le châtiment dont on l'a menacé ne l'atteint pas, et la menace perd bientôt son effet. Si l’enfant est croyant, il est naturel qu'il sc dise : «c Je puis tout aussi bien faire une centaine de mensonges, il n’en sera ni plus ni moins. »

sincérité a un sens plus étendu que la véracité. Ne pas mentionner un fait est un manque de sincérité, ce n'est pas un manque de véracité. On met bien moins de scrupule à ne ])as dire les choses qu’à les dire ^ussement; c’est le contraste entre ce qui est n^atif et ce qui est positif. Dire ce qui déplaît à un autre, lorsqu’il n’en peut résulter aucun plaisir ni aucune chance de plaisir équivalent, non plus qu'aucune exemption de peine, c’est tout le contraire d’un acte vertueux. Quand un appel solennel

. C'-«igU

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est fait à la vérité , il est peu üe cas où il ne soit du devoir de la dire.

L'importance de la véracité peut aussi être consitléréc sous le rapport du nombre des personnes qu'elle intéresse. Celui qui trompe deux personnes commet un crime plus grand que celui qui n'en trompe qu’une. Les mensonges sont susceptibles d'une ciassidcalion qui servira à montrer l'étendue du mal qu'ils produisent, et par conséquent de leur immoralité. Les mensonges de méchanceté sont horribles; il faut les éviter dans l’intérêt d’autrui. Les mensonges intéressés sont vils; nous devons les éviter dans notre propre intérêt. Il en est de même des mensonges qui ont pour objet d'exciter l'étonnement : ce sont. Jusqu'à un certain point, des mensonges intéressés, et qu'un homme doit éviter dans son propre intérêt.

Il est des mensonges d'humanité, qui ont pour but d'éviter de blesser l'amour-propre de quelqu’un, ou d’exposer la |>ersonne ou la propriété il'aulrui. Ainsi , par exemple, un assassin poursuit sa victime; un mensonge le trompe sur la direction qu'a prise 1a personne ifu'îl poursuit. Ces mensonges peuvent être innocents et bienfaisants, en tant qu'ils ne laissent pas suspecter une indifférence générale pour la véracité. Si on les emploie sans discernement, c’est ce qui arrivera infeilliblement ; la prudence exige donc qu'on en fasse un usage rare et modéré.

Les mensonges nécessaires ; tels sont et doivent être ceux qu'on emploie à l’égard des personnes atteintes de folie;

Les mensonges employés comme défense personnelle contre la violence illégitime.

L'équivoque diffère du mensonge et lui est préférable en ce sens, qu’il y a chance que l’auteur de l’équivoque ne trouvera pas des termes suffisamment ambigus, et dira la vérité.

Une équivoque est un mensonge de pensée , non de paroles.

Un mensonge est une imposture en pensée et en paroles.

Employer une équivoque plutôt qu’un mensonge direct, c’est montrer un certain respect pour la rérilé. Car, bien qu’on préfère l'équivoque â la vérité, il est possible qu’on préfère la vérité au mensonge.

On peut tirer ta vérité d’une personne habituée à faire des équivoques; car on peut la surprendre quand elle n'est point sur ses gardes, avant qu’elle ail le temps de combiner son équivoque.

Lorsqu'un homme est connu pour un faiseur d’équivo(|ues , il y a un moyen connu d'agir avec lui,c'cst de le presser de distinctions sur les termes qu'il emploie dans ses réponses , jusqu’à ce que

vous en obteniez des termes qui ne soient |vas susceptibles d’ambiguïté. Vous l’obligez alors à se décider entre la vérité simple et le mensonge complet.

Un faiseur d’équivoques prouve dans l’individu une cerlaiue disposition à ne pas rompre avec la vérité.

Le parjure consiste à mentir dans les cas où la sanction religieuse est présentée d’une manière formelle comme garantie de la vérité et comme répression du mensonge. La force de la sanction religieuse dépend entièrement de l'état de l'esprit de l'indivjdu auquel elle s’applique. Elle n'ajoutera rien aux moyens d'obtenir la vérité dans les cas où la sanction populaire est en pleine activité. Dans les serments et les vœux la sanction est la même. I.a profanation d'un vœu diminue la force de la sanction appliquée aux promesses de la conduite à venir; elle diminue aussi la force de la même sanction appliquée aux relations de la conduite passée ou aux événements passés.

Il est des cas où un vœu, quoique relatif à la conduite future, est violé au moment même où on le Fait; lorsque, par exemple, on jure de croire à une proposition, à la vérité de laquelle on ue croit pas au moment où l'on jure.

Ceux-là seulssoDt coupables de celte profanation qui commandent ce sacrifice des principes aux préjugés, sous prétexte d’assurer la tran(|iii)lité inlé* rieure , qu'ou obtiendrait beaucoup plus facilement par la lil^rlé qui détruit les motifs du débat.

Comme moyen d’arriver à cette tranquillité, leur voix est en faveur de ces professions de foi forcées. Ils ont contre eux la voix de l’expcrience dans tous les pays qui jouissent d'une complète liberté «le conscience, et dans ceux où elle a été admise dans une proportion quelconque.

Chez les Romains, tant qu’on s'est borné à enjoindre sous la foi du serment le respect pour les choses à la fois utiles et praticables, telles que l’obéissance aux ordres d’un général , la force de celle sanction était merveilleuse.

1^ véracité et le mensonge ont moins de connexion que les autres vertus avec le plaisir et la peine. De là la difficulté d’assigner à ces modifications le caractère qui leur appartient en propre. La sincérité et la mauvaise foi, la franchise et la dissimulation, sont plus ou moins pernicieuses, plus ou moins vertueuses ou vicieuses, selon les occurrences où elles se manifestent. Le silence lui-même peut avoir tous les résultats funestes et toute la culpabilité du mensonge, lorsque, par exemple, la communication de certains faits est un devoir, lorsque la prudence et la bienveillance exigent que cette communication ait lieu. I>a véracité, dans cer-

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tains cas , doit être accompagnée du courage « et ce courage devient une vertu quand le but de cette alliance est conforme aux lois d’une morale saine.

J,a circonspection s’allie de très-près au <liscernemeot; mais elle a plus de timidité, et s'applique aux cas d’où peuvent naître des dangers plus grands que ceux qui appellent les lumières du discernement. Quand elle contient de la vertu, cette vertu est de la prudence.

\a faculté entreprenante est l’activiië combinée avec une certaine portion d’audace relativement aux mauvais résiillats; cVst l’une des formes sous lesquelles se manifeste l’activité; elle f>eut être regardée comme une espèce de courage intellpctuel qui fait face au (langer (c’est-à-dire, au mal probable), ou qui s’en détourné. Ce |»eut être ou le résultat de la volonté, ou la non-application de la volonté à l’objet. 1/attention est l’application de la volonté, quand quelque chose agit sur elle avec un degré considérable de force.

Vassiduité est l’action de la faciillé entreprenante continuée, et appliquée pendant un long intervalle au même objet, sans interruption de quelque durée.

Véconomie est la frugalité combinée avec l’art d’administrer, qui est un attribut intellectuel. Le mot frugalité s’emploie quelquefois sans relation avec l’économie, et implique une abnégation qui n'est pas nécessaire à l’économie. Chaque homme est entouré des tentations à la dissipation; et ici, comme dans les autres parties du domaine de la morale, la pratique continuelle de l’abnégation est une habitude de vertu.

Vient ensuite une liste de qualités au nombre de quatorze, auxquelles, si nous en croyons Hume, )H^rsonne ne peut un seul moment refuser le tribut de sçs éloges et de son approbation. Hans ce nombre la tempérance , h sobriété et la patience, ne sont que des émanations de la prudence personnelle. La constance, la persévérance, la prévoyance, la réflexion , quand ce sont des vertus, sont des modifications de la prudence; mais ce ne sont pas nécessairement des vertus; ce peuvent <((iel(|iiefu(s èlre des vices. La discrétion, quand c'est une vertu, appartient à la prudence ou à la bienveillance eHrclive; tandis que Vordre, ['insinuation ou Vart de plaire, les bonnes manières, la présence d'esprit, la rapidité de conception et la facilité d'expression sont pour li plupart des attributs intellectuels qui ne doivent être rangés ni parmi les vertus, ni au rang des vices, excepté eu tant qu'ils sont réglés par la volonté.

La sobriété est la tempérance appliquée à tout ce qui peut produire Tivresse.

La patience peut être rap|K>i lée, soit à la sen-

MlioD.soit à l’action. C’est la non -indication d’une souffrance égale à la souffrance présente; et plus un homme est patient , moins la durée ajoute à sa souffrance.

constance a plusieurs acceptions. La constance, dans une mauvaise cause, est un vice; dans une bonne cause elle est une vertu : c’est la persévérance dans une cause bonne ou mauvaise; c’est la |>erscvérance en dépit de la tentation. Elle est ou vicieuse, ou vertueuse, ou neutre. Un homme mange, boit et dort mais

ces actes ne constituent ni vices, ni vertus.

La persévérance comporte continuité d’action. Comme la constance, elle peut être ou n’être pas une vertu; elle provoque l’exercice de l’auention.

I.a prévoyance est l’imagination appliquée aux fulursconliugents. Elle est nécessaire à l’exercice conveuable de la prudence persotmelle. Son action dé(>end de l’éloignement ou de la complexité des olijets vers le$<|uels elle est dirigée.

La réflexion consiste à réunir ensemble toutes les idées qui se ratlacheni à un sujet donné, considérées dans leurs rapports arec le but proposé, ce but consliUianl le mérite ou le démérite de la <|ualilé appelée réflexion.

I.a discrétion est une qualité négative. C’est de la bienveillance effeclive-négalive appliquée aux cas où la révélation de certains faits serait préjudiciable à autrui; c'est de la prudence |>ersoiinelle , quand la révélation doit être préjudiciable à l’individu lui-même. Quand un secret vous est conAc, et que la divulgation serait nuisible â vous ou aux autres, le divulguer c'est violer un engagement.

['ordre est une modîAcation de la méthode; il consiste à classer chaque chose, de niantère à obtenir un but donné par cet arrangement. L'ordpt est un mot abstrait dont nous ne pouvons pas plus nous passer que du mot temps. 11 exprime l’action de placer des objets sur une ligne. C’est une nonentité complexe résultant de l’idée d’es|>ace et de temps.

[.'insinuation est l'art de se faire bien venir de quelqu’un par des actes ou des discours , accompagnée du désir de cacher l’exercice de celte faculté. C’est l'art de se rendre agréable, de se rendre un objet de sympathie en cachant (|uc c'est là le but qu'on SC [iropose.

Les bonnes manières sont un instrument d’insinuation ; c’est t'insinnation dans une sphère plus vaste de pensée cl d'action.

La présence d'esprit est la puissance qu’un homme exerce sur son esj>rit. C’est la faculté de faire sur le-cbamp jaillir tontes les considérations nécessaires à une décision juste; c’est la facyllé

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qui a()opte des mesures promptes pour empêcher le mal.

I>â rapidité de conception aurait dù précéder la présence d'esprit. C'est une idée simple , com> prise dans l’idée de présence d'esprit.

\.B facilité d'expression ne peut pas être une ▼erlu ; c'est la rapidité de conception donnant un langage à la pensée.

l>es qualités agréables à nous-mêmes sont, selon Hume , la gaieté y la dignité ou la magnanimité, le courage et la tranquillité.

La gaieté y si c'est une disposition naturelle , n'est pas une ?erlu; si elle est acquise, c'est de la prudence. Être gai, c'est éprouver du contentement et donner expression au sentiment du plaisir. C'est . en grande partie , le don d’un tempérament spécial, d'une constitution particulière. I.a vertu est une chose que des efforts peuvent susciter , qui obéit à notre volonté; mais notre volonté ne peut commander une disposition à la tristesse ou à la joie. En s'y appliquant, on peut diminuer l’une et augmenter l'autre ; et, en agissant ainsi, nous donnons lieu à l'exercice de la prudence persoimeile. La gaieté est , en grande partie , inhérente à la nature de l'individu , bien que la Jouissance y contribue et tende beaucoup à l’augmenter. L'exercice de la bienveillance est le meilleur moyen d'apprendre à se créer des instruments de joie. L'acquisition d'un ami est une source nouvelle de plaisirs futurs et d'exemption de peines à venir.

La dignité , quand elle est vertu, est de la prudence exlrapersonnellc, elle peut se manifester dans la conduite, on ne comprendre que la seule manifestation des instruments de dignité.

hecourage }>eul être une vertu ou un vice ; c'est, en grande partie, une qualilénaturelle ; il n'impliifue pas toujours abnégation , et ne s’allie pas toujours à la bienveillance. Il est peut-être plus exact dedire que le courage n'est ni une vertu ni un vice, mais sert d'instrument à l'im ou à l'autre, sa nature dépendant entièrement de son application.

Se vanter de son courage, abstraction faite des occasions où il est exercé , c'est se vanter d’une qualité (|u'nn rhien possède à un bien plus haut degré que l'homme, surtout si ce chien est enragé.

\.etranquillitéei\. l'insensibilité aux causes extérieures de souffrances , et si>écialement <le souffrances éloignées. Chacun désire fixer sa vue sur des objets agréables, et l’éloigner d’objets désagréables.

Les qualités que Hume présente comme étant agréables à autrui sont la politesse, Vesprit, la dé~ cence cl la propreté.

La politesse est une qualité plus négative que positive. Elle consiste à éviter les actes ou la con- ■Mvnii. •- VOIE m.

duite qui penvent déplaire à la personne à laquelle OD a affaire. Sa partie positive consiste à faire |>oiii' les autres tout ce qu’il leur est agréable que nous fassions. Dans tous les cas où les lois de la prudence et de la bienveillance ne s'opposent pas aux usages de la société , rintérèt personnel demande qu'on s'y conforme. La politesse de l'ordre le plus élevé, est l’application des règles reconnues dans la haute société; mais ici, il s'y mêle tant de mensonges inutiles et souvent même évidemment |ktnicieux, qu'avant de déterminer son caractère, la politesse doit être analysée d'une manière complète. Elle dégénère facilement en suffisance, et au lieu d'être un instrument de plaisir, clic devient alors une occasion de déplaisance. Il t‘st des hommes qui cherchent à se rendre agréables, suit en contant des histoires, soit par des alteiUiousexcessives, cl tous ces efforts n'aboutissent qu'à fatiguer ceux auxquels ils veulent plaire. Le bon ton recherehe l'admiration, pour laquelle il crée ainsi une concurrence, et ses vices commencent là où il $e reml déplaisant dans un but d’égoTsme. Dans certains cas, par exemple dans les cours où l'éliqiieUe est poussée à scs dernières limites, le sacrifice de la majorité à uq seul , des conforts ile tous à l’orgueil d'un homme, se manifeste d'une manière frappant^ Sous les Bourbons de la branche aînée, l'éliqiieUe , aux Tuileries, voulait que, jusqu'à cc que le roi s'assit pour jouer aux cartes, tout le monde restât debout, quelque fatigué i|u'ou fût. Ce {vouvait être conforme a la politesse et à l'étiquelle, m<*iis ce n'en était pas moins une sottise et une absurdité.

Vesprit est une vertu fort éijuivoqiie. Locke dit que l’esprit consiste à découvrir les ressemblances ; le jugement, à découvrir les dilfcrences. L'esprit est une puissance, cl conséquemment un objet de désir. C'est le pouvoir de donner du plaisir aux uns, mais souvent aux dépens d'tiiie peine infligée aux autres. Si l'objet d'une spirituelle malvpillaiico est présent , la peine est immédiate; s'il est absent, il souffre par la perte d’une partie de la bonne opinion des autres, et on ne peut estimer la quanlilc de sa souffrance.

Un des mérites de l'esprit, c'est d'être inattendu. Il CD est une espèce qu'il suffit de nommer pour lu faire suffisamment apprécier : c'est le quolibet, qui, comme son nom rindiqiic, s'exerce sur tout indifféremment , et à qui toute pâture est bonne.

L'esprit ne se manifeste que lors<|ue l’analogie saisie est produite aux reg.irds ; c'est quelquefois un contraste ; mais l’analogie ou le contraste doit apparaître d'une manière subite.

La décence est un mut vague et insuffisant. Dans son acception générale, elle consiste à éviter de pru-

UH

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tluire exlérieuremenl ce i|iiiest désagréable à autrui : c’est une vertu négative. Oiiand elle s’ofFre sous une forme jmsitjvc, ce n’cst fréquemment qu’une vertu d'église , employant I.i richesse à produire l’illusion. C’est la décence qui étend la pourpre sur les marches du trône, qui courre de sculptures la chaire du pontife , qui fournit le lin de scs vêtements. Cest cllequifail tout ce que les gouvernants veulent qui soit fait. I.a délicatesse est une des branches de !a décence; mais elle s’applique plus communément à éviter ce qui est physiquement désagréable. Il n’est pas rare de voir des hommes qui se font un mérite de leur répugnance pour des choses auxquclh^ personne rierépiignr. et qui s’imaginent prouver, p<ir cette sensibilité aifecléé, qu'ils appartiennent h la partie aristocratique de la société, La bienséance constitue une autredes formes de la décence; elle consiste , en grande partie , à éviter des choses de peu d’importance, qui, si on ne les évitait |)as, exposeraient au mépris d’autrui.

La propreté agit par l'intermédiaire de l’imagination. C'est une vertu négative. Elle consiste à éviter ce qui produit les maux physiques ou les fait .ippréhender. 1/absence des soins que réclame la )>ergonne est immédiatement associée à l'idée de inaladivité. Cest ainsi que la malpropreté du corps donne l'idée de mauvaise santé. malpropreté est en quelque sorte un déplacement de la matière par petites particules. I^es soins «le la propreté sont exigés par la prudence, en ce que leur négligence pourrait avoir de funeste pour nous ; par la bienveillance , en ce que cette négligence aurait de désagréable pour autrui. L'impression qui résulte de l’absence de ces soins peut être produite lors même que les substances déplacées n’ont en ellesmêmes rien de désagréable. De la poudre d’or sur la figure d'un homme , indiquerait autant que toute autre substance le manque de propreté; de même que la farine «le la plus belle blancheur, sur un ]>anier de charbon , donne une idée «l’impureté.

Hume termine sa liste par l'introduction de deux vertus, qu’il classe parmi les bonnesqualités sociales: c'est la c/iasteié et Vatiéffiance.

La cAasteté est l’action de s’abstenir des jouissances sensuelles lorsque leur usage n’est pas permis, lorsqu’en s'y livrant on produirait plus de peines à aiitriit que de plaisir à soi-même. La modestie n’est pas une partie nécessaire de la chasteté.

Il peut y avoir violation constante de la chasteté sans immodestie. Un langage grossier et immodeste au plus haut point peut cependant n’être accom-

* Les lervicei «le Hume, daot plusieurs parties du doreaine de la pbiVoaophie morale et loteileetuelle, oui été immeDies. Il étahlH le premier nm distinction nette entre

: |vagné d’aucun acte contraire à la chasteté; et «le

e tels actes peuvent se commettre, sans qu'il soit [i prononcé un mot immodeste.

. Maïi'giancc est ce qu’il y a au monde de plus vague, à moins qu’on n’indique positivement l’objet e d’allégiance; et si cet objet est conforme au prin- . cipe de la maximisation du bonheur, dès lors l’allél gi.mce ilevient de la bienveillance effective sur b e plus vaste échelle. Tout «lépend de la nature du gouvernement au profit duquel l’allégiance est réclamée. Elle peut être une vertu évidente ou un crime funeste. Un bon gouverncroiml est celui dans lequel l'influence est placée aux mains de ceux qui sont intéressés à l'exercice d'un pouvoir bienveillant. Le mot A'aUégiance s'emploie pour obéissance. L’ol>éissance est bonne quand le gouvernemeot est bon, mauvaise quand il est mauvais. Plus des institutions sont favorables au bonheur de l’humanité, plus l’opposition dont elles sont l'objet est vicieuse; plus ces inslilulions sont funestes, plus il y a de vertu dans rop;>osilion qui les combat. C’est là du moins ce qu’enseigne la bienveillance eflècüve. Mais si le sacrifice fait pour renverser un mauvais gouvernement excè«le les chances de bien que ce renversement doit produire, alors la vertu demande qu’on s’abstienne. On ne peut concevoir le cas où la vertu autoriserait i’inlérél personnel à tenter le renversement de bonnes institutions; c^ar la somme de mat qui en résulterait pour autrui absorberait de beaucoup la somme de bien que l'individu obtiendrait pour lui-même.

Dans la plupart des exemples donnés par Hume le moraliste assume , de sa propre autorité, un droit de décision absolue sur tous les cas qui se préseotent à lui. Du haut de la chaire qu’il s'est érigée, il débileà loisir ses dogmes de morale. Il parle comme s’il était le représentant de vertus plus hautes que l'homme auquel il s’a«iresse. Quand il s’abstient de donner des exemples , tout ce qu’il dit n’est qu’un vain bruit de phrases sonores, de trompettes retentissantes. 11 n’établit aucune distinction intelligible entre le plaisir, la passion et la peine; il distingue là où il n’y a rien à distinguer ; il essaye de résoudre des points de morale par des formules telles que celles-ci: m II convient, il est convenable; n ce qui est le iic tolo, sic iubeo du despotisme pédagogique. Le plaisir et la peine sont les seuls flis propres à nous guider dans le labyrinthe des mystères de la morale. Faites comme vous voudrez, vous ne trouverez pas d’autre clef pour ouvrir toutes les portes qui conduisent au temple de la Vérité

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