‹ Œuvres de Jérémie Bentham, jurisconsulte anglais De l'organisation judiciaire et de la codificationChapitre 298 sur 329 · I.a marche des principes utilitaires a été visible · texte numérisé non relu

I.a marche des principes utilitaires a été visible

Ils se sont frayé une voie par la force et rexccllence qui leur est propre. Quelle occupation préférable

AU

CONCLUSION

' pour l’homme, à celle de rechercher les consé- I qtiences des actions? L'obserTalioti a amen^ avec elle des rêsiillals correspondants.

Les hommes se sont aperçus que telles et telles ^ actions rtairnt utiles, que telles et telles autres I étaient nuisibles. Ils ont pris une action particulière, de Tespèce nuisible, par exemple ; en en relran- I chant les circonstances spéciales de temps , de lieu, de parties, ils ont formé une idée générale. A celte idee générale ils ont donné un nom ; ce nom a constitué un genre auquel ont été rapportés généralement les actes de la même nature. I.orsque, prenaut en considération ce genre ou cette espèce d’action (peu importe le nom que nous lui donnerons), il est venu à ritlécde quelqu'un de qiialiher de nuisible ce genre ou celle espece, la proposition ainsi énoncée, la proposition exprimant ainsi la nature nuisible d'une sorte d'actions , a constitué une maxime d’utilité.

Mais il n'est pas prol)able qu’à l'époque éloignée dont nous parlons, et qui a précédé la formation des lois, les hommes aient qualifié d'une manière aussi claire les actes qui les ont affectés. En général, tes hommes n'en sont point encore arrivés li, même de nos jours. Il est probable qu’ils ont exprimé leur sentiment dans des termes vagues et obscurs , tels que ceux de>i/a/e, de conrertab/e , qui faisaient connaître leur désapprobation, mais non ses motifs. Quelque étrange que la chose paraisse, il n’en est pas moins vrai que, pour la plupart des hommes, il y a une grande différence entre la faculté qui ressent de la peine d'un acte et le flétrit d’un sentiment de réprobation , et celle qui considère cette peine comme la cause de la désapprobation.

Rien de plus oiseux que d'en appeler à l’antiquité comme à une autorité. Au milieu de quelques vérités , on y trouve des milliers de mensonges. La lumière n'y brille que par le contraste des ténèbres environnantes. Parmi les instruments d’erreur, l’énidilion a souvent mis en usage les plus funestes. 11 est vrai que de soi-disant philosophes ont tenu tel langage, ont professé telles opinions. Qu'en conclure? Car si de leurs paroles on ne peut tirer aucune conclusion pratique, si de leurs opinions ne peut résulter aticim bien, quelle en est l’utilité? Il est des hommes dont on peut résumer ainsi les paroles :

U Lisez peu les livres modernes, et beaucoup ceux des anciens. Pour la science morale adressezvous à Aristote et à Platon ; pour la métaphysique , non à Locke , mais à Aristote ; pour la botanique , non à Linné, mais à Théophraste et à Ælien. »

C'est précisément là le moyen de parler de tout cl de ne rien savoir; de mettre entre soi cl la science, dans toutes les branches des connaissances

humaines, la distance qu’il y a entre un eofent qui ne sait pas scs lettres et le professeur le plus éclairé.

Lors même que l'on ne présenterait que des propositions vraies, et qu’on les revêtirait de la phraséologie la plus simple, la vie d’un homme ne serait pas assez longue |M>ur qu'il pflt meubler son esprit du !>agage des diverses sciences. Et pourtant il est bon nombre de gens qui voudraient nous envoyer pâlir sur des livres dans lesquels, sur dix propositions évidemment fausses , sur dix fois autant d'inintelligibles , vous en trouverez à peine une de vraie, et encore celle-là on vous la sert dans les compilations les plus misérables sur la matière; vous pourrez parcourir des volumes entiers des écrivains de l’antiquité, sans que la découverte d’une seule vérité vienne vous dédommager de vos peines.

Pour faire que ce préjugé ne soit pas le fdtis absurde, comme l’un des plus pernicieux, il fout renverser tout l’ordre tie la iialûre. Il faut soutenir que le gland est plus grand que le chêne qu’il doit produire uii jour ; que l'enfant , dans le ventre de sa mère , est plus sage que l'homme dans la vigueur de la maturité. Il faut supposer que toute chose marche à reculons, et que de nouvelles expériences ajoutées à la masse des acquisitions existantes, doivent en diminuer le nombre.

Il est difficile de supposer qu’un homme s’attache de bonne foi à un système aussi évidemment |>ernicieux. S’il en existe, plaignez-le ; mais traitezle comme l'ennemi de toutes lumières et de tout bonheur fondé sur elles. Il y va de l'intérêt public que de telles idées ne puissent prévaloir.

Un homme ne se fait pas de Platon une assez haute idée. Qu’en résulte-t-il? Rien. Un homme se foit de Platon une trop haute idée. Qu'en advient-il? Il lit Platon. Il se met l'esprit au supplice pour trouver un sens à ce qui n’en a pas. 11 remue ciel et terre pour comprendre un écrivain qui ne se comprenait pas lui-roème, et ne relire de cette masse indigeste qu’un sentiment profond de désappointement et d'humiliation. II a appris que le mensonge est la vérité , et que le sublime est dans l’absurde.

De tous les livres imaginables, il n'en serait pas de plus utile iju’un imlex bien fait de tous les livres qui ont contribué à tromper et à égarer le genre humain. Mais l'auteur devrait avoir assez d’autorité pour pouvoir sc constituer juge <lcs opinions des ^ hommes.

Si la théorie morale que nous avons développée dans cet ouvrage est de quelque valeur, cette faleur se trouvera dans sa simplicité, sa clarté et son application universelle. Mais de ce que le critérium a été découvert, qui |K*ut servir à mesurer et à résoudre les innombrables qiiestious du juble et de l’injuste,

Digilii! " Gi . .-^It

CONCLUSION

qu’on n’.itlle pas conclure que h tlccou?erle de ce erilefinni, et de son effic.icilc universelle, n élc oblrnne sans rechorelies j>ëniblcs. sans modilations bhorîrnst'S. Ce qui fatl le merile trime pensée profomle, cVsl tpic le lecteur n'est ji.is olrHj^é de descendre dans le puits de la vérité, et tie puiser lüiméme à son onde salutaire et rafiaîehissanfe j c’est l'écrivain qui se charge de ce soin, el qui met ce bicnfaisanl breiivagé à la portée de tous. On a peu trohligation à l’honnnc qui eu envoie un autre eu quête de quelque vérité inconnue; mais celui-là a im droit incontcslalde à Testinjc des hommes , qui , après être allé à la recherche du tréfor, le rapporte cl en fait part à tous ceux q«i veulent bien le recevoir de sa main.

Afin de juger du mérite d’un ouvrage qui a la vérité pour but, afin de l’apprécier cimvenablcment, il faut connaître quelque peu les erretirs contre lesqiieiUs il est dirigé, et qu’il a pour objet

de délréner. Il est henucuiip de gens près de qui le mérite apparent d’un tel ouvrage sera en proportion inverse de son mérilc réel. Plus il remplira son bul du simplifier les questions les plus compliquées, pins il est à craindre qu’un ne lui reproche de ne rien contenir d’extraordinaire.

Utic seule observation qui parait ne illrc que ce ipie tout le monde savait déjà, sutfu quelquefois pour rendre inutiles des volumes de sopliismes 8{>écieiix el formidables.

(I |>eut arriver que cet ouvrage soit exposé à riiostilité de différentes e8|>èces de gens , et par des raisons opposéits; par cela seul ipt’il ne contient rim d’extraordinaire, rigiiorant, qui n'entend rien à la matière, pourra le croire sujN’rficiel ; les faux savants, qui ont des préjugés qu’ils n'atment pas à voir nii'tlre tu question, {KMirront le condamner comme paradoxal, parce qu’il ne cadre pas avec ces prtqugés.

COUP irOEÎL

Sun LE PniNCIPE

DE Lk MAXIMISATIOiS DU BONHEUU,

SON ORIGINE ET SES DÉVELOPPEMENTS

Si les intentions de l’auteur et de réditcur de cet ouvraj'e ont été remplies, on doit voir qu'il ne contient que rapplicalion du principe de la oiaxi' mUalion du Uonheur au domaine de la morale. Quand ce principe se présenta pour la première Fois à l'esprit de Bentham , il principe de

rM//7/4é; mais il ne larda- pas à découvrir que ce mot o'ofFrait pas immédiatement à la pensée des autres l’idée qu'il y attachait lui-mème , à savoir qu'une chose n’est utile qu’en proportion qu'elle au(pncnte le bonheur de l’homme. bonheur étant le but et l’objet qui doivent être constamment en vue , le mot ^'utilité ne renfermait pas nécessai* rement celui i\t félicité. Il n'est pas sans intérêt de retracer l’influence du principe de la maximisation du bonheur sur la philosophie de Bentham, depuis l’époque où il a commencé à occuper sa pensée , jusqu’à celle où il est devenu , entre ses mains, la clef qui lui a servi à ouvrir tous les secrets de la science morale et politique.

C'était, en effet, le drapeau auquel il se ralliait dans toutes les circonstances de sa vie publique et privée; l'oracle à la voix duquel il obéissait sans hésiter, soit dans sa capacité individuelle, lorsqu’il cherchait pour lui-même des règles de conduite; soit en sa qualité de membre de la patrie commune, lorsqu'il s’efforçait de montrer à ses concitoyens le sentier de la sagesse et de la vertu publique. Dans toutes les {>arties du domaine de la pensée et de l'action il invoquait son aide et son conseil : il l'interrogeait sur ses lois et sur leurs motifs , et il enregistrait ses réponses [>our l'usage et la direction de ses semblables.

t^ctail le principe qu'il se proposait à lui-même

et qu'il recommandait aux autres , non-seulement comme le but où il faut tendre, mais encore comme moyen de l'atteindre, et comme motif pour le rechercher. C'était pour lui comme un vaste magasin qui le fournissait d’arguments, d'objets , d'instruments et de récompenses.

Il n’ensevelit point son idée dans les nuages d'une phraséologie vague et obscure ; mais il puisa, dans la région de la félicité et de la misère humaine , tous les plaisirs et toutes les peines dont le bonheur et le malheur se composaient , et dont la nature de l’homme est susceptible. C’est dans les plaisirs dont l'humanité peut jouir, dans les peines dont elle peut être exemptée , qu’il trouva les éléments de la science qu’il enseignait. Il s'occupait continuellement à calculer leur nombre , à peser leur valeur, à estimer leurs résultats; et la grande affaire de sa vie était de procurer à chacun des membres de la famille humaine la plus grande quantité possible de Félicité, soit par l’allégement des souffrances, soit par l'accroissement des jouissances.

Ces peines et ces plaisirs appliqués aux choses du gouvernement, soit législatif, soit administratif, sont autant de parties élémentaires du capital dont les gouvernants peuvent disposer |>our la production du bonheur des hommes.

I/histoire du princi{)e de l’utilité est l'histoire des sommes ajoutées au capital de la félicité humaine ; c’est l'histoire de ce qui a été fait, à diverses époques, pour améliorer et perfectionner les opérations dont l'ésullent les jouissances. I/œuvre définitive ainsi produite est le bouheur ; et tous ceux qui ont travadlé à sa production, ou qui ont contribué à lui donner une forme plus complète et plus durable ,

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