LA MAXIMISATION DU BONHEUR
ne descendit jamais. 1^ docteur Priestley popularisa, jusqu'à un certain point, cet ouvrage d’Harlley dans une édition postérieure , qu'il dégagea de tout ce qui était étranger à la matière.
Helvétius écrivit en 1758 son livre de VEeprit, Ce livre fut une iin|>ortanle acquisition pour la science de la morale et de la législation; mais il serait bien difficile de donner dans quelques lignes, ou même dans quelques pages, une iilée exacte de tout ce que cet ouvrage a fait et de tout ce qu’il a laissé à faire. En effet , tantôt vous le voyez briller comme le soleil dans sa splendeur, versant des flots de lumière et de vérité sur tout le domaine de la pensée et de l'acTion, puis tout à coup la lumière est yoiléc par de sombres nuages, et le lecteur s'étonne de cette subite obscurité, Ce sont des éclairs d'éloquence, plutôt qu'unclumière égale et modérée; c'est l'éclair qui illumine pour un instant d'une clarté trop vive, et que l'oBil ébloui échangerait volontiers contre la luiuièrerégnlière cl paisible d'une lampe ordinaire.
C’est à ce livre néanmoins qu'on a souvent entendu M. Bentham attribuer une grande partie du zèle et de l'ardeur iju’il a mis à propager sa bienfaisante théorie. C’est là qu'il allait puiser des encouragements, se flattant que ses clforls ilans celte grande cause ne seraient pas sans fruit. C'est là qu'il apprit à persévérer, sûr qu'il verrait sa puissance d’action augmenter , et reculer les limites de son utilité. Non qu'il ne restât beaucoup à faire après Helvétius. Il n'avatt pas dénombré les peines et les plaisirs ; il ne les avait pas classés selon leur valeur ; mais il avait fortement fait ressortir l'influence de riolcrèt et de l'opinion , et c'clail là un point gros de conséquences incalculables. Il avait mis à nu plusieurs de ces motifs d'action dont la connaissance est d’une nécessité absolue pour faire une estimation quelque peu juste de la conduite et du caractère ; et en démontrant que* l'opioion est subordonnée à l’intérêt, il prouva cette subordination non-seulement dans les opinions publiquement avouées, mats encore dans celles dont la formation a été privée et même clandestine. l.a liste des causes düncooduile , spécialement dans les hommes publics, atteste autant de profondeur philosophique que de sagacité d'observation. Dans les intérêts hostiles , dans les préjugés ués de l’intérêt, dans ceux qu'engendre l'autorité, dans la faiblesse primitive ou acquise, il vit, comme tout homme doit voir , les sources des infirmités humaines.
Helvétius appliqua donc le principe derulililé à un usage pratique, à la direction de la conduite daus les choses de la vie. A cet être idéal qu'on appi-lait le bonheur, il conféra une existence sub-
SON ORIGINE ET SES DÉVELOPPEMENTS
stanlii’IIc en ridentiAant arec le plaisir, auquel U « donna un nom el assigna un siège local. »
Il Al de rmilité la mère du plaisir, et il en flt naître une foule d’idées, d'un caractère positif et intelligible , idées si habilement évoquées, exposées avec tant d’attrait, qu’elles ne pouvaient manquer d’étre présentes el fan)ilières aux esprits les moins attentifs , les moins observateurs et les plus super* ficiels.
Le docteur Priestley publia en 1768, son Essai sur le Gouvernement. C'est dans cct ouvrage qu'il désigna en italique, « ie p/us grand bonheur du plus grand nombre, » comme le seul but juste el raisonnable d’un bon gouvernement. C'était un grand pas en avant du mot utilité. Le but principal, l'ingrédient caraclcristique , se trouvait ainsi désigné. Dans une seule phrase se trouvait compris tout ce qui avait été fait Jusque-là. Cette formule laissait bien loin derrière elle tout ce qui l'avait précédée. Ce n’est |>a8'$eulement le bonheur qu'elle proclamait, mais encore sa diffusion ; elle l’associait à la majorité, au grand nombre. Du reste, le livre de Priestley était , comme la plupart de scs autres proiluclions, écrit à la hâte et avec négligence.
« Il arriva , » et ici nous croyons devoir citer tes paroles mêmes de Bentham, telles que nous les avons recueillies de sa bouche lorsqu'il nous racontait ce qu’il ap|>elait plaisamment les aventures du principe de la maximisation du bonheur, à savoir, son origine , sa naissance , son éducation , ses voyages et son histoire ; — «il arriva , je ne sais « comment, que peu de temps après sa publication, « un exempbiirc de cet ouvrage parvint à la biblio- « Ihèquc circulante d'un petit café, ap|>elé café «( Jlarper, lequel était en quelque sorte annexé au U collège de la Reine {Queen's College) , à Oxford, t( dont l’achalandage le faisait subsister. La maison •• faisait le coin, donnant, d'un côté, sur la rue « Haute {High-Slreet)\i\e l’autre, sur une ruelle « qui , de cc côté, longe le collège de la Reine , et « aboutit à une rue qui mène à la porte du Nou- « veau-Collfge(/Tetr‘Co//c^e). Ons’abonnailàcelte « bibliothèque à raison d’un schelling par trimestre,
« ou, pour |varler le langage universitaire, un « schelling par terme. Le produit de celte souscrip- U lion se com{>osait de deux ou trois journaux , ■ d’un ou deux magazines, et, par-ci par-là, d’une M brochure nouvelle. Il était rare , pour ne pas « dire sans exemple, d’y voirun octavodemoyenne «• grosseur. Quelques douzaines de volumes, for- «< més partie de pamphlets, partie de magazines •> réunis ensemble par un cartonnage, composaient U donc toute la ricliessc de cette bibliothèque , qui U contrastait étrangement avec la bibliothèque •> Rodlek'nne el cellus des collèges du Christ et de
« Tous-les Sà\n\i(Christ*sChurchand AU-SouU).
« L’année 1768 est la dernière dans laquelle il M me (oit jamais arrivé de faire à Oxford un séjour « de plus d'un jour ou deux. J'étais venu pour « voter, en ma qualité de maître ès arts, pour l’u* ■ iiiversilé d'Oxford. à l'occasion d'une élection H parlementaire. Je n'avais pas alors complété ma U vingt et unième année, et cette circonstance K aurait pu élever dans la chambre des communes •> une discussion électorale, si un nombre suffisant V <ie votes non sujets à contestation n’avait mis la « majorité hors de doute. Cette année était la der- « nière dans laquelle cet ouvrage de Priestley pôt U me tomber sous la main. Quoi qu'il en soit , ce U fut la lecture de ce livre el de la phrase en quesu tion qui décida de mes principes en matière de U morale publique et privée ; c'est là que je pris la «< formule el le principe qui depuis ont fait le tour U du monde civilisé. A cette vue je m’écriai, trans* « porté «le joie , comme Archimètle lorsi}u’il décou- H vril le principe fondamental de rhydrostatiqiie : M Je l’ai trouve, » J'étais loin de penser
U alors au correctif que, plus lard, après un plus U môr examen, je me verrais forcé d’appliquer à ce • principe. »
Longtemps avant celte époque, le principe de rulililé avait pris possession de l’esprit de Bentham. Bien jeune encore, ce qu'il appelait alors « le galimatias cicéronien, excitait déjà son impatience et son dégoût.
« Je n'avais pas complété ma treizième année , » pour continuer à employer ses propres expressions, > qu’une autorité qui , pour ne pas être celle de « mes professeurs, n’en était pas moins irréaistible, M m’imposa la lâche de traduire en anglais l'ouvrage U de Cicéron connu sous le nom de Tusculanes. « Là j’appris que la douleur n'est |>as un mal. La « vertu suffit par elle-même pour conférer Icbonu heur à l'homme disposé à la posséder à ce prix. « Quelle utilité pouvait-il y avoir à charger la H mémoire de }>areillcs al>surüités? Quelle iiistruc* « tion à tirer d'une proposition coutrailictoirc, ou a d’un nombre quelconque de propositions sem- « biables? Quand un homme éprouve une douleur,
N soit dans la tète, soit dans roiieil ou dans l'une « des parties intermédiaires de son corps, que lui H servira de se dire à lui-même ou de dire aux « autres que la douleur n’est point un mal ? Cela K lui ôlera-t-il sa douleur? Cela la dimitiucra-t-il?
• Quant au bonheur, si on avait fait voir en U combien de manières diverses, ou , s’il n'y en a •c «ju'une seule, en quelle manière clic contribue, H comme elle le fait réellement , au botiheur de K l'homme, cela aurait pu être de «pielque usage ,
«• el une grande utilité aurait pu s'y attacher; mais
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« dire que la vertu doit par elle-même produire et H maintenir le bonheur, quelle que soit d'ailleurs U la condition d'un homme sous d'autres rapports,
« c'est purement énoncer une profHisition en conu tradiction directe avec rexpériencc constante et « universelle. Donner la déhnition du mol rer/u, « c’eût été faire quelque chose , et c'est ce que tout « homme pourra faire avec le principe de la maxi- « misalion du bonheur ; mais lorsqu'un homme H soulfre d'un accès de goutte, ou de la pierre, « ou du tic douloureux, lui direz-vous qu'il est M heureux, ou que, s'il ne l'est pas, c'est faute de «< vertu ? Serait-ce le moyen de le soulager ? Ne « serait-ce pas . au contraire, une moquerie cruelle « et insultante?
U C'était là le galimatias dont s'amusaient cer- « tains philosophes de l’antlquilé lorsqu'ils cauu salent entre eux en se promenant de long en large U sous des colonnades appelées portiques : ce qui « les avait fait nommer stoïques , d'un mot grec , K ffnet , qui signifie portique.
•I L’opinion commune, à leur égard, est que, U comparés à nos contemjiorains de la même classe, « cVlaient en général de bonnes gens ; ctassuré- •t ment , dans tous les temps , il n'a jamais manqué « de CCS bonnes gens passant leur vie à dire des H absurdités sous mille formes diverses ; mais il ne « s'ensuit pas qu'eux ou leurs successeurs en aient H mieux valu pour cela. ■
L'ouvrage de Bentham intitulé : Fraffment sur te Gouvernement f fut publié en 1776. Il fil dans le public une grande sensation. La réputation des Commentaires de Blackstone était à son apogée, et c'était la première fois qu'on tentait avec succès de rabaisser la renommée et de réduire l'influeDce de cet éloquent adulateur de tous les abus anglais, de cet apologiste indiffèrent du bien et du mal. Le docteur Johnson attribua l'ouvrage à Dunning, et Bentham avoue qu'il s’était en grande partie proposé d'imiter le style de Dunning , qui l'avait frappé par sa précision, sa correction , sa justesse d'expression, et sa rigueur d'argumentation. L’objet immédiat du fragment était de détruire la fable du • Contrat primitif, » sur lequel les légistes étaient depuis longtemps dans l'habitude d'élever l'édifice gouverneroenlai, l'utilité fut l iustrii ment qu’employa l’auteur |KHir renverser cette prétention sans base , et ce principe en main , il ruina de fond en comble la théorie du commentateur célèbre. Néanmoins, dans le » Fragment » l'expression de bonheur n'est pas substituée à celle iVutilitc; toutes deux sont employées indifféremment l'une pour l’autre, et comme SC traduisant mutuellement. Le » Fragment» n'alla pas au delà de ce premier pas. Dans cet ouvrage, le mol HtUité , non plus que le mol bonheur^ ne
sont point analysés dans leurs éléments constitutifs. Les peines et les plaisirs ne sont point rois sons les yeux du lecteur, moins encore divisés dans leurs differentes espèces, ou classés en raison de leur valeur distincte et com|>aralirc. Bentham a souvent dit que les idées d’uliÜlc et de bonheur étaient si intimement réunies dans son esprit , qu'il nc|>ouvait s'imaginer leur sé|>araUon dans la pensée d'un homme quelconque. (^)ucllesquc fussent les lacunes que laissât encore le u Fragment, » cependant il réussit à anéantir le système du u Contrat primitif. » L'hostilité de Bentham contre ce dogme vient de ce qu'il s'aperçut de rusage qu'on en faisait pour justifier les abus de la loi , et )>our résister aux réformes les plus nécessaires dans l'administration de la justice. Ce dogme avait été produit sous la sanction du grand nom de Locke , mais Bentham n’avait pas . encore seize ans , que déjà il se sentait révolté lorsqu’il assistait aux leçons de Blackstone , de l'usage qu'en faisait cet adroit sophiste pour la justification des monstruosités d'uii mauvais gouvernement. « Je résolus de lutter contre ce faux principe, » dit-il dans un de ses mémoramla , m je résolus de le jeter à terre. Je le fis , et nul depuis n'a osé le relever et le soutenir. »
Bentham a infligé à la philosophie ascétique une blessure mortelle , dans l'examen qu'il en a Fait dans son H Introiluclion à la morale et à la législation. » Peut-être ne se trouverait-il personne aujourd’hui qui osât soutenir que la douleur est le grand objet que doit se proposer l’existence , quelque méritoire et vertueuse que puisse lui paraître rinfliction de certaines peines sur lui-même. Nul ne peut nier qu’il soit des occasions où le plaisir |>eut raisonnablement et moralement être recherché pour luimême , et où le devoir et rinlérêt nous prescrivent également d’éviter la douleur; mais celui qui soutient que la recherche d’une somme additionnelle de plaisir est un crime dans certains cas, celui-là est tenu de produire ces cas, et de montrer sur quoi il base ceVfe exception à la règle générale. L'obligation d'administrer la preuve retombe sur lui tout entière. Dans les siècles de la domination monacale, le démon de rascélicismc tenait tout enchaîné sous son sceptre ensanglanté. Ce démon était une source |>ermanente de mal et d'imposture. Advienne que voudra du principe de la maximisation du bonheur, son antagoniste avoué est pour jamais réduit au silence.
Ce qui, en effet, caractérise l’ascétisme, c'est qu'il est funeste, absurde, inconséquent et contradictoire dans la mesure exacte dans laquelle le principe ascétique est mis en action. Qu'y a-t-il de funeste au monde, si ce qui crée le malheur ne l'est pas? Quoi de plus absurde qu'une doctrine qui conduit
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•es zélateurs à sc biiser U (èle contre un mur , sous le prétexte que le but définitif des actions hiimntius, c’est la souffrance? Huoi de plus incoiisôquenl qu’une croyance à la<}ticlie reX|>érieiicc de la vie bum.iinc donne à chaque [cis mi démenti? Kl que saur.tU-il y avoir de plus contradictoire que riiiconM'qitence et rahbiirdilê mantfcslées sous leurs formes les plus flajjranlcs, et poussées à tous les irxirémcs de la folie et de IVgarement ?
Mais il nVst pas aussi facile d'en finir avec les adversaires indirects" du prinfiiiiC qui a la maximisation du lionheur pour base. //?,re dixi^Je l ui dit, cet ori^ucillcux Prolee, qui preml toutes le# formes que riinaginalion ou le caprice |M‘iiveut suggérer, a pour père le de8|mtisme., et tlunnc lui-méme le jour à toutes les absurdités.
Les erreurs de John l.ockesurla fin cl l’objet du goiivci iiemenl #f manifestaient nun seiilenicnt datrs sa théorie du Contrat primitif, mais encore dans le point de vue étroit sous lequel il avait envisagé les peines et les jdaiKÎrs , cl dans l’opinion ou il était que la inor.ilc et la politique peuvent s'expliquer par la production seule des rapports (pie ces mots ont l’un avec laiitre. On peut en dire autant de sacloctrine du malahCf considérée comme cause de raelion, comme si un homme jouissant de certains plaisirs ne )>oiiv.iil l•c^lle^clJe^ d’autres ]daisirs encore. Celle erreur prouve combien le# idées de plaisir se présentaient vagues à son esprit. Hans sa théorie du Contrat primitif, au but que doit se proposer tout gouvernement, ct(]iii n’csl autre (pie le bunl>eiirde la communauté, 011 oppose un but tout dilfi-rent «pi’uri lui préfère. tl ce luit, fût-il vrai au lieu de n'étre qu'une faldc, une fiction, un mensonge, serait tout à fait indigne d'élrc mis en regard du priiicîfic de la maximisation du Imnhcur. Kl en effet , quoi(pic ce principe exige dans le plu# grand nombre des ras rcxcciilion fidèle des stipulations et contrats. ce|Kfidant il est des cas où ladi'Hlniriiondii contrat lui-ménit: serait la con- 8<‘quence de son exécution. Siip|>oson8, par exemple, qu'un liumine se soit engagé à coiiirneltre un crime, ccl engagement sera-t-il considéré commi* sacré? Kl que dirons-nous d’un princi(>e qui enchatnerait luut le monde à l'exécution d'un contrat devant avoir pour conséipiencc la destruction des plaisirs I ci une conliinialimi de piûnes, cl cela après ipie
l'cxpéi icure .aurait démonlr»* <pic le non-accomplissement du contrat conserverait les plaisirs et ccartemit les peines?
C'est en substituant .ainsîiine fin partielle et secondaire au seul but large et légitime du goiivcrncirtciil. «ju'on a fourni à rarbilraire de redoutable.# inslniinenls de puissance. C'est en invoquant ainsi rexêciitîon des promesses ou des cotilr.its . (pie de# l'rincipes et des actes du eariiclère le plus funeste cl
le plus malfaisant ont trouvé des adhérents et des défenseurs.
Fardes promesses ou des menaces, par les moyens de corruption de toute espèce , mis en pratique par les gouvernants , on arrache aux citoyens des déclarations auxquelles on donne fréquemment la sanction du serment, et par lesquelles Ils s'engagem à tenir telle ligne de conduite en toute circonstance ei à tout événeiAent. Ces engagements sont un des plus forts liens qu’emploie le despotisme pour tenir ses partisans enchaînés à sa cause q et c’est aussi sous ce rapport <pie le dissentiment le plus complet existe entre le despotisme cl le principe de la maximisation du bonheur. L'histoire nous apprend que de tels engagements sont rares entre les gouvernants et les nations ; et , en supposant même leur existence, ils sont nuis de pleindroit ; ils n’cngagenl pas plus la postérité que ne le feraient les promesses d'un homme ivre. De deux choses l'une : ou l’engagement est conforme au principe de la maximisation du bonheur , et la reconnaissance de ce principe doit suffire , et vaut infiniment mieux que rengagement lui-mème ; ou il lui est opposé , et sa mise à exécution ne peut produire que le crime, le malheur et la souffrance humaine ; et si de tels résultats ne |>euvenl être usités que par la résiliation du contrat, qui osera demander son exécution ?
S’il est ici-bas une chose déplorable , c’est que des hommes que distinguent un beau talent, une haute intelligence, des affections généreuses, s'obs- Ünent pour eux-mêmes et pour les sulres à fermer les yeux à la lumière de la raison et de l'expérience.
El) ne donnant à la justice qu’une seule base, Is propriété , Locke a perdu de vue beaucoup d'autres objets sur lesquels la roalveillaneedes individus peut s'exercer , et que les gouverneoients doivent conséquemment proléger. U passe sous silence le pouvoir, la réputation , la position sociale, l'exemption de peines et d'autres objets de possession ( car la langue ne nous fournit pas de terme plus convenable ) ; toutes choses qui réclament la protection des lois civiles et pénales.
C’était une chose douloureuse , imprudente , cl on ne peut plus malheureuse que celte définition irréfléchie , que cette tentative de jeter avec de si faibles matériaux les fondements de la félicité humaine, en les essayant uniquement sur la justice et le droit de propriété. Funeste victoire que celle qu’un adversaire habite et de mauvaise foi eût pu , en celle occasion . remporter sur un esprit probe, eandide,etqiietantde motifs recommandeotà notre affection ! Quoi f la propriété seule aurait droit à la sollicitude du gouvernement ! 1^ propriétaires seraient les seuls qui eussent droit de réclamer sa possession ! Le propriétaire seul aurait le privilège
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