‹ Œuvres de Jérémie Bentham, jurisconsulte anglais De l'organisation judiciaire et de la codificationChapitre 308 sur 329 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

PfliKCIPES GÉM^-RAllX.

I/olijcl Ou déonlologi&le est d’enseigoer à rhomme à diriger ses alfcclioDS , en sorte qu’elles soient le plus])ossibie subordomiécs à son bien-être. Chaque homme a ses peines et ses plaisirs qui lui sont propres , et avec lesquels le reste des hommes n'a aucun rapport; il a aussi des plaisirs et des peines qui dépendent de ses relations avec les autres hommes, et les enseignements du déontologiste ont pour but de lui apprendre, dans l’un comme dans l'aulre cas , à donner au plaisir une direction telle qu’il soit productif d'autres plaisirs; et une telle direction à la peine qu’elle devienne, s'il est possible, une source de plaisir, oudu moins qu’elle soit rendue aussi légère, aussi supportable, et aussi transitoire que possible.

Abstractivemenl parlant , tout peut se réduire à une seule question. Au prix de quelle peine future, de qu<d sacrifice de plaisir à venir, le plaisir actuel esUil acheté? Par quel plaisir futur peut-on espérer que la peine actuelle sera compensée ? La moralité doit sortir de cet examen. La tentation est le plaisir actuel ; le châtiment est la peine future ; le sacri-

fice est la peine actuelle; la jouissance est la récompense future. I<es questions de vice et de vertu se bornent, pour la plupart, à peser ce qui e$t contre ce qui êera.

L'homme vertueux amasse dans l'avenir un trésor de rélicité ; l'homme vicieux est un prodigue qui dépense sans calcul son revenu de bonheur. Aujourd'hui l’homme vicieux semble avoir une balance de plaisir en sa faveur ; le lendemain le niveau sera rétabli , et le jour suivant on verra que la balance est en faveur de l’homme vertueux. Le vice est an insensé prodiguant ce qui vaut beaucoup mieux que la richesse , la santé , la jeunesse et la beauté, c'est-à-dire, le bonheur; car tous ces biens sans \ le bonheur n'ont aucun prix. I.a vertu est un économe prudent , qui rentre dans ses avances et cumule les intérêts.

U est des moments plus propices que d’autres pour l’accomplissement des devoirs du déontologiste, c'est lorsque saisissant l’occasion où la pensée est |>aisible et calme , où les passions font silence, il recueille dans son esprit ou transmet à l'esprit des autres ces instructions qui plus tard , au milieu des tempêtes de l’âme , pourront être mises à profit.

Le temps le plus convenable pour planter l’arbre de la vérité, c'est lorsque l’atmosphère de l'âme est libre et calme. Les vérités ainsi déposées dans

PRINCIPES GÉNÉRAUX

r^me , peuvent , au moment de Torag^e , déployer leur aalulaire puissance. Il est des occasions où les affections se prêtent d'une manière toute s^téciale à rinfluenee des inspirations vertueuses.

Il est des heures de bien-être « des heures de soleil et de sérénité, qui nous disposent à accueillir 1rs impulsions de la prudence et de la générosité. Pans de pareils moments , un mot placé à propos peut laisser après lui d'beureux résultats ; la loi déontologique, piTsentée habilement, peut faire dans l'esprit une impression durable , et devenir un moniteur pratique et efficace, au moment où des impulsions imprudentes ou malfaisantes voudraient nous égarer ; car ramener la passion dans les régions de la vertu, en sorte que la vertu puisse régner d’une manière souveraine , ou conduire avec un égal succès la vertu dans le domaine de la passion , c'est U b* plus beau triomphe qu'il soit donné à la morale d'obtenir; triomphe qui ne peut être maintenu que par cette prudence prévoyante, qui , potirvoy.’inl aux besoins de l'avenir , amasse des trésors de préceptes utiles. Ce n'est pas au milieu de la tempête que les tentations soulèvent en nous, que nous pouvons chercher avec sécurité les motifs propres a réprimer ces mouvements de notre âme. Recueillons les règles , fixons en nous les motifs, dans l'absence des tentations , et c'est ainsi, et seulement ainsi, que, lorsque les tentations seront présentes , nous trouverons sous notre main des arguments à leur opposer.

Lorsque du cœur calmé lei oragei se isisent,

(jue de la pasacoa tes lumullet l'apaitenl,

Hommel de Is sagesse amasse les trésors!

Los passions plus tard redoubleront d'efforts ;

La sagesse opposant sa digue S cei orage,

Tu rerias sa fureur expirer sur la plage.

Page 1