‹ Œuvres de Jérémie Bentham, jurisconsulte anglais De l'organisation judiciaire et de la codificationChapitre 317 sur 329 · BE5TNAB. — TOUR III · texte numérisé non relu

BE5TNAB. — TOUR III

morale ne saurait justifier, encore moins recommander.

Que le ton de votre conversation soit loigoiirs empreint <le bienveillance. Désapprouvez aans rudesse ; approuvez sans dogmatisme. Des paroles de bonté ne coûtent pas plus que des paroles dures ; elles proiluisent des actes de bonté non-seulement de la part de celui auquel elles sont adressées , mais de la part <le celui qui les emploie , et cela nonseulement accidenteileroent , mais habituellement, en vertu du principe de l’association des idées.

1) est une faiblesse à laquelle beaucoup d'hommes sont sujets , et qui ne peut que laisser une impression défavorable dans l’esprit de leurs auditeurs : c’est l'usage des expressions hyperboliques, soit d'éloge , soit de blâme , appliquées à des actes trop peu importants pour mériter des jugements aussi extrêmes. C’est dans cette phraséologie que la rhétorique va chercher les instruments avec lesquels elle égare les esprits ; et c’est à cette cause qu'il faut attribuer une grande partie des maux qui résultent des estimations morales erronées. C’est le fait d'un sophiste que d’associer des termes de fiélrissure à un acte que le sophiste désire flétrir. L’acte en luimême, désigné simplement et sans commentaire, n'exciterait peut-être que peu d’émotion ; mais si on peut y attacher quelque nom odieux , il est déjà à demi condamné dans l’esprit des gens irréfléchis. Parmi les avantages les plus imporlanlsque procure le contrôle de la pensée, il faut compter cette faculté qui dépouille les actions bonnes ou mauvaises des épithètes laudatives et condamnalives dont on les revêt si fréquemment , et qui ne servent qu’à égarer ou aveugler l'observateur. Au substantif qui exprime l’action est annexe'e quelque qualification adjectivale par laquelle l'action est transportée de la région qui lui convient dans celle que l'approbateur ou l'improbateur lui assigne. Les expressions d'éloge ou de blâme font sur l’esprit l’eflèt que les verres peints font sur la vue : elles donnent aux objets une couleur qui ne leur appartient pas. C'est surtout dans le monde politique qu'on voit fréquemment employer ce langage de décoration et de mensonge qui peut quelquefois servir les desseins de la malveillance ou de la flatterie , mais qui , à la longue, doit être funeste à la réputation morale et inlellecluelle de celui qui en fait usage.

Évitez tous les arguments que vous savez n'être que des sophismes. Ne pensez pas qu'eo fermant vous-même les yeux sur la faiblesse de vos raisons , vous aurez réussi à fermer les yeux de celui qui vous écoute. Vos sophismes ne feront qu’irriter; car le sophisme o'est pas seulement un manque de franchise, c’est un mensonge, c’est un filoutage qui s'adresse non à la bourse d’un homme, mais à sou

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juffrment. à son inlelUgence. 11 vous délestera d’autant )>)iis que vous ferez plus dVfTorts pour briller à ses <lé]>etis ,«el il vous méprisera pour avoir ru la folie de supposer le sucres possible. Mettez de la francliise dans toutes vos discussions; vous n’y êtes pas moins intéressé que votre interlocuteur.

l.e triomphe d’un argument dont on connaît, dont on sent la fausseté et le vide, est une déplorable manifestation de perversité. Son succès ne peut servir que des intérêts déshonnêtes; son insuccès entraîne les conséquences attachées à l’improbilé maladroite et prise sur le fait. Dans la société constituée comme elle l’est, avec ses erreurs et ses préjugés, scs intérêts étroits et ses passions intéressées, l’amour de la vérité impose assez de devoirs à la vertu courageuse; car celui qui s’avance d’un pas au delà du cercle tracé par nos misérables conventions sociales autour des questions morales et politiques, celui-là doit s’attendre à voir fulminer contre lui leurs censures et leurs anathèmes, tous ceux qui désirent ne passe brouiller avec le^arbitres de l'opinion. Qu'aucun ami de la vérité ne se laisse donc entraîner dans le labyrinthe du sophisme. 11 aura bien assez à faire de se maintenir un pas en avant du terrain battu par ceux qui dogmatisent sur ce qui est légitime, convenable, juste ou injuste.

Quand vous différez d'opinion avec quelqu'un, et que vous exprimez votre dissentiment, ayez soin d’éviter toute apparenced'attaque personnelle. Pour cela , on peut recourir à ces formes de langage ({ui empêchent qu'on ne vous soupçonne de prendre une position hostile. Par exemple, vous avez à exprimer votre désapprobation de certaines opinions professées par d'autres; il n’est pas nécessaire que vous provoipttrz contre vous cette hostilité personnelle que susciterait probablement une sortie directe et violente contre des opinions <|iii , vous devez du moins le supposer, sont aussi profondément enracinées dans l'esprit de vos adversaires que le sont, dans le vdlre, les opinions contraires. Au lieu donc d'une attaque de front , et en quelque sorte personnelle, il sera mieux de dire que vous êtes du nombre de ceux que n'ont pu convaincre les arguments de vos adversaires; qu’en effet, on peut à ces arguments opposer telles et telles objections , et ainsi de suite. Ou bien , vous pouvez placer vos opinions dans la imuche d’autrui, d’une classe d'hommes indéterminée, ou de telle ou telle classe d'hommes en |>artirulier, aHn d'éviter ces luttes de personnes qui sont si souvent une source d'inconvénients pour les deux parties belligérantes. Des locutions telles que celles-ci : « 11 en est qui prétendent, » ou •> Les adversaires de celte opinion disent ; » ces formules et d’autres encore émoussent la pointe de la controverse. Si le sujet intéresse certaines classes en

particulier, le dissentiment sera suffisamment ex> primé par des formules telles que celles-ci : u Certains légistes sont d'avis, » ou « Des théologiens soutiennent, •> scion la nature de la question controversée.

Celle précaution est utile sous plus d’un rapport. Elle met votre argumentation à l'abri de tout soupçon de |>ersonnaIité ; elle empêche qu'on ne rattache à votre (lersonne l’hostilité que pourraient exciter vos opinions.

Il est vrai qu’un temps viendra peut-être, et heureusement que nous marchons vers cet état de choses, où les opinions n’auroiit be.'ioin d'autre passe-)>orl que celui de la bonne foi. Néanmoins, indépendamment de la différence des opinions, il faut res|>ecter même les préjugés des autres ; il faut éviter de leur présenter une opinion contraire à la leur sous une forme i|ui les choque ou les offense. Il est des hommes qui ne jieuveot entendre traiter avec légèreté les sujets même les plus plaisants sans éprouver un sentiment de contrariété et de déplaisir, et d'autres à qui les raisonnements sérieux et logiques répugnent. I.a règle générale s’applique aux uns et aux autres, bien qu’une conduite distincte doive être adoptée dans chacun de ces cas en particulier. Dans la forme que nous donnons à la communication de nos opinions, aussi bien que dans ces opinions elles-mêmes , évitons tout ce qui peut créer une peine inutile.

fl est un iiislrumenl de tyrannie, et conséquenvnientune source de molestation dont il est désirable qu’un homme puisse se défendre : nous voulons parier des questions indiscrètes. Ce défaut se |irodiiil sous diverses formes, et le mal qu’il amène quelquefois ne laisse pas d’être considérable. Ce mal est en raison de la position de la personne qui interroge , comparée à celle de la personne interrogée ; en raison du sujet sur lequel porte la question, et des circonstances dans lesquelles celte question est fuite. Quand un supérieur adresse à un inférieur une question à laquelle H sait qu'il lui répugne de répondre , c'est un véritable despotisme ({u’exerce le questionneur. Pour la personne interrogée, c'est une cause de souffrance et de mensonge, de mensonge employé comme moyeu de protection et de défense. Quand un monarque demandait à un romancier célèbre, en présence de témoins, s'il avait composé certains ouvrages dont il savait que l'auteur voulait garder l’anonyme, le questionneur faisait un aclede tyrannie; il implosait despotiquement la nécessité du mensonge.

Mais pour éviter les collisions, la prudence exige qu’au lieu de répondre à une question offensante d’une manière offensante, un l'élude par une réponse adroite , et sans se fâcher , telle que celle-ci :

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« Quelle question ! •• h Vous ne parlez pas sêrteu* semenl! n «Oh! cVst une longue histoire! » et il'aulres semblahics. Une citation plaisante, un air qu’on Fredonne, un reg.ird, un geste significatif, peurenl nous tirer d'crnharras , et empêcher le mal lie rimprutlenee. Il est difficile d'indiiiiier des formules applicaliles h tous les cas ; mais la ligne tracée par le principe déonlologiqueestfacileàdistingiier.

I/fs restrictions imposées au discours |Kir la prudence, s’étendent à toutes les occasions où la parole peut infliger une peine; et. en fait, h $ règles applicables aux paroles ne diffèrent de celles qui s'appliquent aux actes qu'en ce point, qu’il n'est {>as aussi facile de déterminer arec précision rinfliiencc immédiate du discours sur le l>onheur de l'homme. On peut éraluer sans beaucoup de difficulté la ix'ine qui résulte d’un dommage corporel. On peut aussi estimer, sans craindre de se tromper beaucoup, la valeur d'un plaisir proiliiil par une jouissance particulière. Mais il n’est pas aussi facile d'apprécier avec exactitude l'influence des |>aroles sur r(*spril de celui qui parle ou qui écoute. La même somme de mal de dents affecterait , d’une manière assez égale, dix personnes différentes; mais les mêmes paroles qui, adressées à un homme, lui infligeraient une douleur ]>oignante, un autre les entendrait peut-être avec une complète Indifférence.

Les calculs de la prudence sont d’une grande utilité, lorsqu’il s'agit de savoir quanti on peut donner des conseils à autrui, et quand on «loti s’en abstenir. Il est rare qu’un avis tlonné n’inflige pas tineiieinea celui qui le reçoit; car s'il n’y avait dans sa conduite quelque chose de répréhensible, il n'y aurait aucun motif de lui donner cet avis ; et il est naturel que celui que l'on veut servir en le conseillant. vuieavec chagrin qu'on lui montre ses défauts cl qu'on divulgue ses faiblesses. Y a-t-il certitude que l'avis sera donné en pure perte , que le conseilleur s’épargne à lui-même les peines du dpsap|K>tntement, et au conseillé l’infliction d’une peine inutile. Mais si , consultant tout à la fois et la prudence personnelle et la bienfoisance, vous avez lieu de croire que los leçons ne seront pas perdues, ce sera (lu temps bien employé. Evitez de revenir sur la conduite passée, à moins que par là vous ne donniez d’efficacité à vos paroles. Au lieu d’atlrisler vos conseils par des reproches sur un passé (|ui n’est plus, faites-y briller plutôt des encouragements pour l'avenir. En un mot, regardez en avant pinlôl qu'en arrière, et tâchez que celui qui vous écoule en fasse autant. En lui épargnant des souvenirs de douleur, en lui ouvrant une perspective de plaisir, vous n’en remplirez que mieux votre mission morale.

Réprimer ces saillies de l’esjiril qui pourraient déplaire à autrui est un des devoirs difficiles que

nous impose la prudence exlrapersonnelle. complaisance avec i.iqiielle nous aimons en général à déployer notre su{>ériorité intellectuelle, surtout en matière de ridicule, ne nous entraîne que trop souvent à dédaigner les sentiments que nous blessons. et leur réaction sur nous-mêmes. Heureux celui (|ui, tenté de dire un mot spirituel, mais malveillant, a donné au princi|>e de la bienveillance un tel empire sur son amour-propre, qu’il peut, en toute occasion, réprimer l'expression de ce qui pourrait affliger auti ui ! Et plus heureux purore l'homme qui sVsl accoutumé à sounirltre à l'influence de la bienfaisance le talent de h plaisanterie , de manière à ne jamais éprouver le besoin de dire ce qui pourrait causer à autrui une }Hine inutile! Il est des hommes qui ont imposé à leur esprit une discipline si elflcace, qu'ils se sont mis, par un tempérament qui leur est devenu habituel. à l’abri de l'influence, et même des tentations de cette ^iblrsse qui irrite ceux qui en sont victimes beaucoup plus qu’elle ne lyur fait de mal. et qui provoque souvent la réaction d'une malveillance d'autant plus intense que ses craintes ne lui pernu'ttent pas de donner â scs manifestations une expression modérée. La plaisanterie, la gaie et joyeus<‘ plaisanterie, qui naît du conlentemcnl de l'âme, et qui évite tous les sujets qui peuvent protbiire de la peine, est tout à la fuis un moyen de pl.iire et un mérite.

Gardez que vos paroles ne fassent naître des espérances sans que vous ayez la certitude de leur réalisation, et si vous .ivez cette certitude, que ralleiitc soit plutôt au-dessous qu’au dessus de ce que vous espérez. valeur du plaisir, quand il viendra, sera augmentée de toute ta quantité, l’intensité et la durée dont il aura excédé ce qu’on attendait. Le désappointement auquel vous auriez donné lieu vous ferait déchoir dans votre propre estime, et dans celle des autres. En {lerdanl de votre réputation , vous perdriez quelque chose de votre utilité. En faisant naître moins d'es|>érances que le cas en question ne vous y autorise, vous ne pouvez faire de mal ni avons, ni à la personne qui espère; car si l’événement arrive, le plaisir qu'il donnera sera d’autant plus grand qu’il aura plus dépassé l’attente . si, au contraire, il n’arrive pas, la peine sera diminuée en proportion que le désappointement sera moindre; et la loi qui veut que nous empêchions tout désappointement inulib*, n'est qu’une consé(|uence de celte autre loi qui veut que nous ne fassions naître aucune espérance mal fondée. Si l.i création du bonheur constitue la base fondamentale de toute saine morale, de toute lionue législation , le principe le plus important après celui-là, c’est le principe du non désappoinb-menl.

iSi

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Son applicalion au langage est évulente. La parole qui crée une eapérance qui ne doit pas se réa> liser. ou , en d'aiilres termes, qui jette les fondemenls d’un désappointement inévitaide, est aussi pernicieuse que toute autre action qui ne produit pas une plus grande somme de souffrance. I.e$pro* messes faites à la légère , c\ violées de même, sont une source fréqiieute de peines.

1.3 prétention d’assigner des motifs aux actions des autres est presque toujours futile et offensante; car si le motif est ce que nous le supposons, si c'est un motif louaMe, il se manifestera dans l’action elle-même ; si , au contraire . il est blâmalde , en le signalant vous ne faites que déplaire à celui auquel le motif est attribué. Après tout , noua n’avons rien à démêler avec les motifs. Si de mauvais motifs produisent de bonnes actions, tant mieux pour la société ; si de bons motifs produisent des actes mauvais, tant pis. C'est à l'action, non au motif, que nous avons affaire ; et quand l'action est deraul nous et que le motif nous est caché , c’est la chose du monde la plus oiseuse (|iie de s'enquérir de ce qui n'influe en rien sur notre condition, et d'oublier ce qui exerce sur nous la seule influence réelle et véritable. Quels actes si coupables et exlensivemeul pernicieux qui ne puissent s'excuser et se justifler , si on Juge de leur moralité par leurs motifs et lion par leurs conséquences I 11 n'a peutêtre jamais existe d'hommes plus consciencieux et mieux intentionnés que les premiers inquisiteurs. 11$ croyaient feimemeiil servir Dieu; ils étaient sous l’influence des motifs les plus religieux , les plus pieux , lorsi|u’ils versaient des torrents de sang et faisaient mourir dans les tortures les meilleurs et les plus sages des hommes. Des motifs! Comme si tous les motifs n'eiaîent pas les mêmes! Comme si tous n'avaient pas pour but de procurer à celui qui agit une récompense quelconque de son action, en lui évitant une peine ou en lui conférant un plaisir !

Le plus vicieux des hommes, comme le plus vertueux , ont des motifs absolument semblables; tous deux se proposent d’accroître leur somme de bonheur. L'bomiue qui lue, celui qui vole , croit que le meurtre et le vol lui seront avantageux, lui laisseront plus de bonheur après qu’avant le crime commis. Si on le juge par scs motifs , il ne lui sera pas difficile de se donner pour le plus moral des hommes. ).a seule manière sage de raisonner avec lui, sera de lui dire que ses motifs ont été mal dirigés vers leur objet. Mais lui dire que ses motifs n’avaient pas pour objet l’obtention pour lui-même de quelque avantage , c'est nier la relation entre la cause et l'effet, l.es hommes ne sont que trop disposés aux assertions dogmatiques, ils n'ont que

trop de penchant à «létourner leurs regards des conséquences d’un acte pour en rechercher la source. C'est une recherche qui doit être sans résultat , et ne le ftU-elle pas , elle serait encore inutile; car lors même que les motifs seraient autres, lors même qu'ils prouveraient exactement et convenablement le vice ou la vertu d'une action donnée , il n'en resterait pas moins vrai que l'opinion ne pourrait baser son jugement que sur les consévjuences de cette action. I..es motiN d'un homme , tant qu'ils ne font pas naître une action , n'importent à |>ersoiine ; et c’est aux actions , et non à leurs motifs , que les individus et les sociétés ont affaire. Évitons donc , dans nos discours , toute indication des motifs. Cela épargnera à l'esprit de celui qui parle une source d’erreurs et de faux jiigeibenls , et à l'esprit de ses auditeurs une source de malentendus.

En exprimant votre approbation de la conduite méritoire d'un autre, que votre expression soit chaleureuse et cordiale, que la récompense soit au niveau de ce que la circonstance autorise. La sincérité et la candeur sont , il est vrai , des modiflealions de la véracité, ou plutdl la véracité est une modifkalion de la sincérité; mais la véracité a des formes plus ou moins attrayantes; et quand elle {>eiil disposer de la matière du plaisir, que la manière dont elle le distribue soit aussi agréable que possible à celui qui le reçoit. C’est une vérité presque proverbiale que 1a grâce du refus peut donner à une faveur refusée presque autant de prix qu’à uo bienfait accordé ; et chacun a pu se convaincre par ses propres observations, que le langage de l'approbation |>eut perdre toute ou presque toute sa valeur par la forme de l’expression, ou par la manière dont il est prononcé. Quand donc vous avez à louer, que votre éloge soit accompagné de tout ce qui peut en relever le prix. L’exercice de l'approbation est des plus salutaires. Qu'elle soit l'expression de la vérité unie A la cordialité. Une phrase ainsi caractérisée en vaudra cent auxquelles celle qualité manquerait.

Et lorsque la prudence extrapersonnellc nous fait un devoir d’exprimer à i|uclqu’iin notre désapprobation, ayons soin de ne creer tout juste qu'autanl de peine qu’il en faut pour atteindre le but que nous avons en vue. Si vous créez trop peu de peine, celte peine est inutile , car vous manquez le but en vue duquel elle était produite; mais c'est habituellement dans le sens opposé qu’on se lrom)>e. L’animosité ne s’immisce que trop souvent dans les arrêts de la justice. l.a disposition qu’a le pouvoir à se manifester conduit habiUiellemeot à l’inflicttoo d’une plus grande somme de soulfrance que ne l’autorise la prudence ou la bienveillance. El ordinairement, l'expression de la désapprobation a lieu

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au moment où la passion nous ren<l moins capables lie juger de la quantité de souffrance rigoiimiseroent

nécrss;îire. Kn Ibèse generale, évitez d'exprimer votre désapprobation quand vous êtes en eolêre. Les expressions violentes que l'irrilalion suggère sont cell<*s qui sont le moins adaptées an but propose ; car ravcnglement de la eolère nous enipéehe de voir et de saisir les moyens les plus convenables à l’objel que nous avons en vue. Si un homme vous a fait du tort, évitez, s’il est possible, de dispenser vous-même le châtiment qu’il a mérité : attendez que d’antres prennent en main votre injure. I.a chose produira plus dVffct que si elle venait de vous . et vous n’en assumerez point l’üdiciix.

(iertaines personnes ont un défaut qui i*sl junir le» autre» une grande source de molestation, et dont elles portent la peine en reü*îant leur conversation moins agréalde , on même intolérable : nous voulons parler de l’habUndc d’insister pour avoir le dernier mot. Çii'ils aient tort on raison, qu'ils soient vaincus ou vainqueurs, il est des gens qui veulent absolument exercer ce des|H>tisme |h*IiI et vexatoire. Celle disposition est une manifestation de l'orgueil lous une forme extréintmenl offensante. C’est une usurpation par laquelle on prélenil dominer l’aniour-propre de» autres sur le terrain où cet amour-propre est ordinaimnciit le pliisim* table. Cest la résolution formelle d’humiiier celui avec qui nous parlons, de rhumtlier non par lu sujHîrioritc d'arguments irrésistible», nous parl'in- Ifrvmlion d’un pouvoir lyranniqur. Kvitoz donc ce défiinl, de |H;nr <)Vn contracter riiabilude; et si celte habitude existe, l.i prudence exlrajieisoii pelle exige que vous vous en corrigiez. Veillez atteiilivemcnt sirr vous-même. Informez-vous pre» d'un ami sur la sincérité duquel vous puissiez compter, informez-vous, si vous êtes sùr que sa l•éponse ne vous sera pas pénible, si vous avez manifesté, ou s’il a remarqué m vous celle faililessc ; s’il répond affirmativement, appliquez-vous à vous en di'faire.

Nous avons déjà fait sentir la nécessité de subordonner la vertu de la véracité à celles de la pni- «leticc et de la bienveillance. IvC vke du mensonge, qui est rop|K)sc de la vertu de la véracité , $i* snbdivise en plusieurs ramffications d'un caractère plus ou moins pernicieux , mais contre lesquelles la prudence exige que nous nous meUlotissur nos gardes. Le mensonge est un des modes nombreux dans lesquels la déception est pratiquée. L'artifice en est un nuire. Sa tendance toujours, et en général sou intention, est d’induire en erreur. Une autre forme du mensonge est la mauvaise foi. dont lu caractère pernicieux <loit être estime par retendue du mal qu'elle produit. Excepté les cas rares où les nécessités ()liis impérieuses de la prudence et de la bien-

veillance exigent le saeriflee de la véracité, la franchise et la bonne foi sont au nombre des vertus que la prudence exlrapersonnelle prend sous sa protection. Elles exercent singulièrement d’empire et de séiliiction. L’intérêt que tout individu ressent hahiluellcmcnt dans la communication de la vérité lui donne un mérite tout particulier, quand elle sc présente sous une forme aussi attrayante. Alors son charme est à la surface , perceptible è la vue , visible à rintelligencc.

Quant à l’influence générale de nos actions sur les autres, en tant qu’elles se réfléchissent sur nousmêmes . et seulement en vue de notre propre bonheur, c’est-à-dire en supposant que le bonheur des autres n’entre pour rien dans nos calculs , il est certain qu’un égoïsme éclairé nous prescriraitd’agir amicalement à leur égard. En effet, prenez le premier objet de désir venu, le pouvoir, par exemple, le pouvoir considéré comme source de plaisir, et il Test indubitablement; et voyez quels sont les meilleurs moyens de l’obtenir, en ce qui concerne les autres hommes. Deux voies à suivre se présentent, leur faire du bien ou leur faire du mal; car toute action doit produire des résultats quelconques. En leur faisant du mal, vous vous créez des ennemis ; en leur faisant du bien , ce sont des amis que vous vous conciliez : lequel des deux, dans votre intérêt, est préférable ?

L’homme solitaire et isolé ne dispose que d’une bien faible portion de plaisir. Seul, lous ses efforts suffiront à peine à lui procurer la nourriture et le vêtement, et à le protéger contre les cléments. Même dans les premiers temps de la civilisation, où ses moyens d'association sonl en |»elit nombre, l’absence fréquente des nécessités de la vie lui inflige une somme considérable de souffrances , et sa destinée est souvent de périr |>ar le manque de coopération. Le but de la science sociale est de faire que les hommes se soient mutuellement plus utiles ; de donner à chacun un intérêt dans les ressources de tous ; d’assigner à chaque homme en particulier une part dans les jouissances dont les autres disposent, supérieure à celle qu’il edt pu autrement se procurer.

Bien que les définitions de l'école d’Arblote soulèvent mille objections irrésistibles ; bien que sa classiflcalion morale, sous la double division des vertus et des semt-veriiis , soit tout à fait insoutenable , néanmoins on doit reconnaître que les vertus peuvent très-convenablement se diviser en deux sections, l’une coastituant la morale supérieure et l’aiilre la morale usuelle , ou de chaque Jour. f>a première se rapporte aux intérêts les plus importanls, mais qui ne sont que rarement en cause ; la seconde, à des intérêts comparativement moins

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PHL’DENCE EXTftAPEHSONNELLE.

grands, mai$ (jiii sont (^ontinuellemenl en question.

1^8 mêmes règless’appliquent aux deux sections; mais par eda même que la quantité de bien et de mal attachée à des actes qui se rapportent à la morale usuelle, est comparativrrnent |>etite, il est quelque* fois (liffirile de tracer arec précision la ligne de conduite que prescrivent, dans ces occasions, la | prudence et la bienveillance. Mais la sanction popu* laire a pris sous sa juridiction une grande partie tle la morale usuelle, et les lois du savoir vivre sont presque toujours conformes au principe déontologique. Il est rare qu'il y ait hostilité contre ces lois de la |)art de la |K>rtion aristocratique de la société. Comme le reste des hommes, la minorité des gouvernants voit son propre bonheur dépendre en grande partie de leur observance, et, en consé- •pience, elle concourt à leur imprimer Taction et refficacilé. Tout insoucieuses que soient les classes riches et privilégiées des prescriptions de la morale, dans ses objets les plus élevés et les plus importants, elles ont cependant grand soin de ne pas enfreindre ses lois dans cette partie plus rétrécie de son domaine, où l’opinion aristocratique a tracé la ligne de conduite à suivre. Leur prudence extrapersonnelle a mis un frein positif aux alfeclions dissociales. En mille circonstances la disposition à infliger une peine à autrui est désarmée par les lois établies et reconnues de la courtoisie. I.a civilité tolère déjà les différences d’opinion en religion, en politique, en matière de goût. Les licences qu'on aurait pu laisser prendre à l’intolérance, il n'y a pas longtemps encore, sont aujourd’hui réprimées par les prescriptions impérieuses de la politesse, lin .système de morale, BU|>érieur à celui qui a si longtemps gouverné la société, commence à s'introduire et à donner aux jugements des hommes une règle morale plus juste et plus Adèle. C’est là un sujet de consolation; il y a tendance vers un étal de choses où les récompenses et les punitions de la sanction sociale et populaire suflironl pour réprimer ou encourager un grand nombre d’actes laissés aujourd'hui à l’intervention des pouvoirs législatif, administratif ou judiciaire, à l’aulorilé de la religion ou aux terreurs de la loi. Le critérium déontologique en main , qu’on lise , soit les Lelirea t(e lord Chesterfieldf soit tout autre livre consacré à renseignement de la morale usuelle, et on trouvera facile de séparer dans ces ouvrages l'ivraie du bon grain, d’en extraire et réduire en pratique tout ce qu’ils contiennent de sage et de vertueux, et d'en arracher et rejeter comme inutile toutes les instructions qui violent les grands principes fondamentaux. Ce Serait là un exercice délicieux, et pour l'intelligence , et pour les affections : pour l'intelligence , chargée spécialement d’apprécier les demandes de l’intérêt

personnel ;pour les affections, occupées à peser les inspirations de la bienveillance effective.

Si l'on soumet raccomplisscmenl de l’objet qu*un homme se propose, quel que soit d'ailleurs cet objet, à toute autre règle des actions que celle que nous avons {>osée. celte autre règle lui donnera- 1-elb* plus de chances de succès, ou rendra-t-elle son succès aussi complet et aussi économii|iie que le fera la règle déontologique, i|ui peut se résumer dans ers deux préce|ttes si simples : « Maximiser le bien, minimiser le mal ? * Prenex un cas quelconque. Vous avez, par exemple, été longtemps dans l'babiliide de fréquenter quelqu'un; sa société a cessé de vous convenir ; vous désirez ne plus le voir. Or, pour mettre un terme, soit temporaire, soit déflnilif, à ses visites, quel meilleur conseil que celui qui recommande que , tout en vous délivrant du déplaisir que vous donne sa société, vous ayez soin de lui causer aussi peu de chagrin que |K>ssible. D^une peine excitée dans son esprit ou dans le vôtre, ne peut résulter aucun bien. I.a prudence seule vous ferait un devoir de ne pas vous affliger inutilement. La bienveillance vous empêchera de lui infliger une peine inutile. En partant de celte loi générale, vous aurez soin de lui donner, dans son application , le plus d’efficacité possible. Si la personne en question a quelque susceptibilité particulière,vous ferez en sorte de ne la pas blesser. A moins qu'il n’y ail nécessité à une rupture iroméiiiate , vous ne mettrez fin à votre liaison que graduellement. Dans le cas où il serait nécessaire de cesser immédiatement toute relation , vous prendrez soin d’en donner la raison la moins offensante qu'il se pourra.

Lorsqu'un homme désire se concilier l’affection d'un autre, objet légitime et convenable , lorsqu'on n'emploie, pour l’obtenir, quedes moyens approuvés par la prudence et la bienveillance, que lui faudrat-il faire pour réussir? Comment appliquera-t-il la règle déontologique?

Pour vous concilier l’affection d'un autre , il faut lui donner une bonne opinion de vous, soit daus une occasion particulière , soit dans toutes les occasions. Celle bonne opinion produira en lui le désir de vous obliger par tels ou tels services en particulier, ou par des services d'une nature plus générale.

Vous désirez qu'il ne vous considère pas comme tout le moude ou comme ceux qui lui sont inconnus, mais qu'il vous porte des seolimenls d'affection : vous avez pour cela deux moyens à employer. St vous avez le |K>uvoir de manifester votre dis|K>siliun à rendre des services effectifs à la personne dont vous recherchez la bonne opinion, et si vous avez en outre le pouvoir de lui rendre de tels services ; si

PBÜDEiNCE EXTKAPERSONNECXE.

TOUS pouvez foire en sorte qu’elle vous considère comme probablement ou réellement capable d'ajouter quelque chose à ses jouissances ; en un mot, si vous êtes à même d’exercer à son égard les vertus de la bienveillance et de la bienfaisance, foiles-lc ; c’est là le premier moyen de vous foire aimer; on {»eut appeler cela faire sa cour.

Mais si ce moyen ne réussit pas , vous en avez un autre. Obtenez l’estime des hommes en général. Efforcez-vous de paraître à ses regards comme un objet digne d’affection sociale , comme digne d’affection ou d’estime , ou de toutes deux. C'est ce qu’on peut appeler se recommander, se foire valoir.

Auprès de quelques personnes, ce système de recommandation est celui qui réussit le mieux ; avec d’autres, il vaut mieux foire sa cour ; en d’autres termes, les qualités qui vous recommandent à l'affection particulière peuvent se manifester avec plus de succès et moins de réserve à certaines personnes qu’à d'autres.

Quand le désir de plaire se montre avec prudence et sagesse, il manque rarement de réussir; car il n'est personne qui ue dépende plus ou moins du bon vouloir des autres , et il est peu d’hommes qui, dans le calcul évident de leur intérêt personnel , ne soient disposés à payer de quelque retour les services utiles qu’on leur offre. Mais le système de recommanda' lion ne peut s’employer sans courir plus ou moins de chances. C’est , en (|ue Ique sorte , s’efforcer d’occujier dans l’estime de la personne à qui nous voulons plaire, une place plus élevée que celle que nous y occupons. Si nous n’y réussissons pas , nous perdons dans son opinion, nous sommes humiliés à nos propres yeux. Néanmoins c’est le moyen qui nous plaît le plus, celui qui flatte le plus l’amourpropre ; c'est celui qu’on met le plus fréquemment en usage pour se concilier les affections sympathiques des autres ; et le zèle que nous mettons à l’employer empêrhe souvent son sucers. II séduit et trompe fréquemment la jeunesse. Elle est naturellement portée à s’assigner à elle-même une place plus élevée que celle que le monde est disposé à lui accorder; une place habituellement au-dessus du niveau ordinaire dans l'échelle de l’estimation publique. Elle ne se prêle que difRcilemcnt à foire sa cour, dans la crainte qu'un ne l'accuse de flatterie déshunuranle, et préfère s’appuyer sur son propre mérite.

Mais quand la bonne opinion d’autrui peut être achetée au prix de services rendus, et si ces services peuvent l’être au moyen de sacrifices personnels qui seront récompensés par un plus grand résultat de bien , nous devons saisir toutes les occasions qui nous mettent à même de nous concilier Tafféclion des hommes en général , ou de tout indi-

vidu en particulier dont l'approbation peut augmenter la somme de notre boiilieur ou du bonheur général.

On a souvent donné bien des règles diverses pour réprimer la colère. La plupart consistent à laisser à l’irritation le temps de se calmer, avant qu’elle n'éclate en paroles ou en actions offensantes. Toutes ces règles se réduisent à en appeler des emportements de la passion au calme du Jugement. Répéter les lettres de l’alpbabet, faire un lourde promenade si c’est au logis qu'est le siège de l'excitation , en un mot tout moyen qui aura pour but de distraire l’esprit de sa tendance irascible, peut être employé avec succès. Mais au lieu de s’en rapporter au hasard du soin de trouver, le cas échéant , le moyen d’apai . ser l’irritation , ne vaudrait-il pas mieux acquérir la puissance de dompter celle irascibilité par l’exercice habituel d'influences correctives et réformatrices ? Quand vous êtes calme , quand rien ne trouble la tranquillité 'de votre âme , pénétrez-vous de Tulilité et de l’applicabilité de ces règles dont vous pourrez avoir besoin dans des moments d’irritation. Mettez • les, flxez-les fortement dans la mémoire, pensez-y fréquemment, et, lorsque plus tard quelque cause accidentelle provmjuera votre colère, le souvenir de ces règles (lourra servir à la réjirimer. C’est ainsi que vous parviendrez aux moindres frais, et avec le plus de certitude possible, à briser le joug de l’esclavage auquel la passion vous avait assujetti.

La manie de thésauriser est au nombre des erreurs produites par l’imprudence et un faux calcul. Ru ce qui nous concerne, entasser des trésors improductifs est évidemment une fausse estimation de l’intérêt. Comme moyen de jouissance, transporter les affections de la réalité à ce qui n’est que l’instrument propre à la faire obtenir, c’est une manie qui , dans ses conséquences , arrive à réduire tous les plaisirs à un seul , lequel est lui-même distinct des plaisirs des autres, et souvent leur est Opposé. La sensibilité pour le plaisir étant amortie en lui par le défaut d’exercice , l’avare s’exagère l'anticipation vague et indéfinie des biens que l'argent peut procurer. Les plaisirs individuels s’évanouissent successivement, et en même temps le plaisir de posséder la source de tant de plaisirs s'en . racine plus fortement dans les affections. Ce plaisir devient lui mëine un objet de désir, indcpeiidant des autres , qui tes domine tous , cl qui finit par les exclure tous.

Voilà donc un homme qui a séparé le principe personnel du principe social, et qui s’est efforcé d’obtenir pour lui-même une portion additionnelle de bien, en éloignanl les autres de toute coopération à son propre bonheur; et les consé<|uence$ sont telles (|ue la Déontologie et la philanthropie

üigiiized by Guugle

PRUDENCE EXTRAPERSONNELLE.

peiiTcnl le <1é«irer. Cet homme a, dans ton propre intérêt, fait un mauvais marché. Il a perdu beaucoup de bien pour en obtenir peu ; et ce peu est, pour lui , devenu presque un mal jtar les aniiétés qui accompa^ent sa seule , son unique source de plaisir. Indifférent à l'opinion des autres , cette opinion i son tour réagit contre lui )Kir un sentiment qui n'est pas celui de riodiffercnce. Car, quelque désir qu'on ait d’échapper au jugement des hommes, cela est impossible. Le tribunal de l’opinion , sévère. inexorable, nous traduit tous indistinctement à sa barre.

Les règles de la prudence extrapersonoelle, quoique simples dans leurs prescriptions , nous imposent différents devoirs en raison de la différence des positions dans lesquelles un homme }>eut se trouver à l'égard des autres. La loi, néanmoins , est la même dans toutes les occasions, et la question SC réduit aux moyens de donner à cette loi le plus d’efficacité. Diverses règles s'appliquentaux diverses positions sociales. C’est sur la moyenne de ces situations qu'est fondé le principe général. Hais il ne sera point inutile d'indiquer quelques-unes de ces diversités de position qui réclament l’aUenlion du déoiilologisle.

Les occurrences qui ne présentent le conflit d’aucun intérêt seront d'une décision facile. Lorsqu'en faisant ce qui nous est agréable nous faisons également ce qui est agréable à aulrni , et lorsqu'en agissant comme il nous plaît, nous nous trouvons plaire aussi aux autres , notre lâche n'a rien de difficile. Lorsque sans sacrifice de prudence, d'une part , ou de bienveillance de l’autre , vous poorrex faire acconler vos désirs arec les désirs des autres, vos intérêts avec les leurs, vous servirez la cause de la vertu et du bonheur qui en est la conséquence.

Hais la difficulté commence là où commence le conflit d'intérêts contraires, ou , ce qui est pire, d’intérêts irréconciliables ; là où la conduite qui vous convient le mieux est repoussée par les autres, comme leur étant une cause de vexation et de peine. 11 se pourrait que ce fût pour un homme une grande jouissance que de fumer, n’était l’inconvénieiit qu’il occasionnerait à d'autres en les enveloppant dans la fumée de son tabac. Si nous écartons ici la question de bienveillance , n’esl-il pas évident que la prudence exlrapersonnelle lui demandera le sacrifice de sa jouissance, afin de mettre son propre bien-être à l’abri de la réaction du mauvais vouloir de ceux qu'il pourrait incommoder? Il réfléchira que la quautilé de plaisirs que lut dooncrait l’acUon de fumer n’égalerait pas ceux que lui ferait IHrrdre la perle de la bonne opinion d'autrui , ou ne compenserait pas les peines que les autres auraient

le pouvoir, et peut-être aussi la volonté , de lui infliger.

De même, les lois de la prudence extrapersonnelle s'appliquent avec plus de facilité lorsqu’il y a égalité de condition entre l'individu et celui auquel il a affaire. Des actes qui , considérés d’une manière générale , paraissent subortlonnésau principe déontologique , peuvent avoir avec lui plus ou moins de conformité, quand on pèse attentivement la position des p.irtias respectives. La même conduite qui pourrait être à la fois prudente et bienveillante, tenue par un homme opulent à l’égard d’un voisin indigent , par un homme sa^^e envers un individu moins éclairé, par un père envers son enfant, par un vieillard envers un jeune homme , {>eut changer de caractère , si elle est adoptée i>ar des individus placés , sous le rapport de la fortune , de la science , de la paternité ou de l’âge, dans une situation diamé- Iralement opposée. Quand les positions sont égales, l’esprit est affranchi de la nécessité de faire entrer dans son eslimalion plusieurs i>oinl8 de différence, qui, s'ils existent véritablement , méritent une mûre considération. Comme les peines souffertes ou les plaisirs goûtés ]>ar des personnes de la même condition, ont entre eux plus de ressemblance <(uc lorsque les hommes sont séparés par les gradations de rang , l'assimilation de (>osition rendra plus focile l'évaluation exacte du plaisir et de la peine; car les plaisirs et les peines ne méritent d’être évités ou recherchés qu'autaiit qu'ils agissent sur l’individu , et lui sont spécialement applicables.

Les relations domestiques et sociales imposent , dans leurs caractères divers , des devoirs différents pour l’exercice tle la prudence exlrapersonnelle. Plus les rapports sont intimes , plus notre bonheur y est attaché , plus se trouve fortifiée l’influcDce du principe prudentiel , en nous meltaol plus immédiatement en présence de ceux qui , dans des communications habituelles et fréquentes, ont en leurs mains le pouvoir de nous dispenser nos plaisirs et nos peines. Les liens du sang sont ordinairement les plus forts de tous; après eux viennent ceux de la |varenié , puis ceux qui résulieol de conventions domestiques, par exemple entre le maître et le serviteur; puis ceux qui proviennent de relations sociales accidentelles , puis enfin ceux de voisinage. 11 n’est presque personne qui ne fasse partie de quelque cercle domestique. Chacun des membres de ce cercle dépend de tous les autres pour sa part habituelle de bonheur. Immédiatement eu dehors ou au-dessous de ces rapports de famille, viennent les relations accideotelles résultant des communications qui amènent quelquefois d’autres individus dans notre cercle domestique , ou qui nous trans- |H>rtent dans le leur. I^es relations amicales, mais

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PRUDENCE EXTAAPERSONNELLE.

moii» iolinm , de ToUinn^e peuvent être couf idérées comme formant le dernier degré auquel s’Applique la sanction sociale : au delà , Taclion de la sanction populaire cominmce.

Une Emilie est une petite communauté dont les chefs remplissent des fonctions analogues à celles des gouvernants dans un État. Cest un gouvernement en petit, un gouvernement armé de tous les pouvoirs nécessaires pour régler ses affaires intérieures, et spécialement celles qui rentrent dans le domaiue de la Déontologie. Des récompenses ap> propriées pour rémunérer les actes qui ajoutent au bonheur domestique , et des châtiments appropriés pour punir les actes qui le diminuent , sont aux mains de ceux qui exercent les fonctions de l’autorité; et à eux s'appliquent les règles de la prudence extrapersonnelle; car leur autorité doit être plus ou moins influente , selon quelle est exercée avec plus ou moins de sollicitude pour le bien être de ceux qui leur sont soumis.

Il n’est point d’être humain qui ne dépende d'autrui en quelque chose. Du sommet de la pyramide sociale, les influences descendeut sur les degrés inférieurs; et à leur tour, ceux qui forment la base <le la pyramide exercent une influence réelle sur ceux qui sont au-dessus d'eux, appelés qu'ils sont à rendre des services nécessaires aux jouissances des classes privilégiées, l^es lois de la Déontologie s'appliquent à tout individu, protecteur ou prot^é , gouvernant ou gouverné. Si sa vue ne s’étend pas au delà de son intérêt personnel , s’il est indifférent à tout , si ce n'est au moyen de tirer de ses semblables le plus de services utiles et agréables, les prescriptions de la sagesse lui apprendront à chercher dans l’instrument du bonheur l'accomplissement de l’objet qu’il se propose. Qu’on examine Tune après l’autre les diverses conditions de l'homme. Comment le maître pourra-t-il obtenir de son domestique un service zélé et assidu ? Comment, si ce n’est en associant les intérêts du domestique à ses devoirs, en les lui rendant agréables? Comment le domestique se conciliera-t-il la bonne opinion de son maître, laquelle doit alléger ses travaux et en faire une source de jouissances ? Il n'y parviendra certainement qu’en donnant à son maître la conviction que ses services influent d’une manière bienfaisante sur sa félicité.

En nous occupant des différents devoirs qu’îm- |H>se à l’bomme la diversité des conditions, nous avons signalé la supériorité, l'infériorité ou l'égalité de position, comme devant être l’objet de considérations distinctes.

l'ar supériorité, on peut entendre la qualité d’exceller en général ou d'exceller dans quelque branche particulière et spéciale. C'est sur la stqié-

riorilé de pouvoir, quelle qu'en soit l’origine, qu’est basé ordinairement le droit à une supériorité de services, et ce droit est évident ; car quels que soient les motifs de prudence et de bienveillance qui vous engagent à faire des actes de bienfaisance envers vos inférieurs ou vos égaux , ces motifs vous les avez. Joints à d’autres encore, pour exercer ces mêmes vertus à l'^ard de vos su)>érieur8. Les prescriptions de la prudence personnelle viennent ajouter le poids de leur autorité à celles de la bienfaisance. I«a supériorité de celui à qui vous rendez service augmente les moyens qu’il a de vous récompenser; et celte récompense, votre intérêt personnel suffit pour que votis vous efforciez de l’obtenir.

I.a supériorité de pouvoir, lorsqu’elle est due à la fortune, neutralise jusqu'à un certain point, sous ce rapport spécial , l'influence de l’inférieur. Un homme peu aisé perd plus dans le sacrifice d’une petite somme que l’homme riche ne gagne dans l’acquisition d’une somme plus considérable. La valeur qu'a l’argent dans des mains differentes est une considération importante, quand il doit être employé comme moyen d'influence.

Dans la jeunesse, rinexpéricncc nous ^ît commettre de grandes erreurs. L'indifférence ou même la hauteur envers nos supérieurs est prise pour de l'indépendance , et comme une preuve de grandeur d’âme ; et cependant de telles manifestations ne changent rien a la situation respective de chacun. La hiérarchie des rangs existe en dépit de tout ce que la bienveillance peut espérer, de tout ce que peut dire la philosophie. Que quelqu'un dise ce qu’il a gagné à mépriser ou dédaigner ceux qui sont au-dessus de lui. Le mauvais vouloir de ceux qui sont plus puissants que lui ne peut lui être d’aucune utilité. Quand même la bienfaisance ne l'engagerait pas à éviter l’infiiclion d’une peine inutile , une sollicitude prudente pour son propre bien-être lui recommanderait de s'abstenir.

En général, il faut par w/>^riei«rs entendre les supérieurs en pouvoir; et conséquemment, de la part des personnes qui sont considérées comme leurs inférieurs, il existe à leur égard un degré correspondant de dépendance. Relativement à la conduite que les inférieurs doivent tenir à l’égard de leurs supérieurs, les uns et les autres envisagés sous le point de vue de leurs situations respectives, l’erreur dont nous avons parlé est fréquemment commi.<te. Elle n’est pas moins préjudiciable à la bienfaisance qu'à la prudence ; et U est à craindre qu’elle ne s’arrête pas à l’infraction de ces vertus négatives, mais qu’elle passe à la violation des vertus positives qui leur correspondent. 11 est des hommes qui attachent une sorte du mérite à refuser

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PRUDENCE EXTRAPERSONNELLE.

à leurs supérieurs des marques de considération qu'ils ne refuseraient pas à leurs égaux ou à leurs inférieurs. A ce mérite prélendii se rattache plus ou moins de vanité personnelle ; on se félicite de sa fierté* de son indépendance; mais s’il n’y a aucun mérite à enfreindre les lois d’une seule vertu * il y en a moins encore à ajouter à celte infraction celle des lois de la prudence personnelle.

Sous ce rapport* la présence ou l'absence des tiers, dans l’occasion dont il s’agit, peut modifier beaucoup la question.

Cest lorsque des tiers sont présents, que cette esf>èce de fierté est plus apte à se produire.

Cependant, cela dépendra de la dis(K>silion d’esprit des personnes présentes. 11 |>eu( arriver que l’individu en question gagne dans leur opinion , ou dans l'opinion de quelques-unes d’enire elles, et que cette manifestation «l’indépendance leur donne une haute idée de son caractère. S’il en est ainsi, ce qu’il t>erd dans l’affection et dans l’estime de son supérieur, il le regagne , peut-être même avec bénéfice, dans l’estime des individus présents. Dans ce cas, il y a entre (es deux vertus une sorte de conflit. Les prescriptions de la bienfaisance sont négligées; celles de la prudence, de la prudence personnelle sont consultées et obéies, et le sacrifice qu’une vertu fait à l'autre profite au bonheur de l'individu.

Dans le second cas , dans le cas où il n’y a personne de présent à celte manifestation de fierté, l’acte d'imprudence ainsi commis prendra hsbiluellement sa source dans la mauvaise humeur et (a colère. passion antisociale étouffe la voix des affections {>ersonnetle et sociale réunies : un acte de folie devient à nos yeux un acte méritoire : nous nous imaginons faire preuve de force, lorsque, en réalité, nous ne disons preuve que de faiblesse.

Un autre cas, qui n'est pas absolument Impossible et sans exemple, c’est lorsque, par cette manifestation d'hostilité dans une occasion où la déférence est plus opportune et plus générale , l'inférieur espère gagner dans l’opinion de son supérieur; et il est même possible que celte espérance ne soit pas déçue. Mais l'expérience est hasardeuse , et pour réussir elle exige une habileté et une attention peu communes.

On conçoit l'idée d’égalité aussi facilement que celle de supériorité et d’infériorité ; elle est la négation de CfS deux dernières.

Mais son existence entre deux personnes quelconques ne peut être démontrée ou constatée avec précision.

Supposons, par exemple, qu’elle soit constatée entre vous et un autre individu «pielconque. La

préférence personnelle fera que vous vous estimerez plus que lui ; lui , plus que vous.

Cette différence, donc, il importe que vous ne la penlicz jamais de vue , pas plus en ce qui regarde la iuenfiiisdnce , qu’en ce qui concerne la prudence personnelle.

Néanmoins, celte différence est moins grande dans les classes qui ont moins de motifs d’émulation que dans celles qui en ont de puissants ; dans la classe des artisans, par exemple, que dans les professions libérales.

La supériorité et l'infériorilé se supposent mutuellement. L’une n’aurait pas lieu sans l'autre.

Mais pour que la su[>ériorilé ou l'infériorité présentent à l’esprit une idée positive, il faut les associer à quelque objet , bon en lui-même , ou réputé bon , et capable d'éveiller le désir. La quantité différente dans laquelle ce bien sera possédé par différentes ;>ersonnes, constituera les divers degrés de l’échelle de supériorité ou d’infériorité , relativement au bien en question.

Nous avons indiqué l'une des formes sous lesquelles la supériorité se présente le plus manifestement à l’esprit, c’est celle du pouvoir. Cette supériorité est facilement comprise , bientêl établie, et élend au loin son influence.

Prenons pour exemple la dépendance où est l’enfant à l’égard de sa mère, et le pouvoir qu'elle exerce sur lui. Ce pouvoir commence avec la vie de l'enfant ; U est absolu , sans limites , il a même précédé son existence; tout dans l’enfant, jusqu’è son être, dépend de sa mère.

Le pouvoir qu’elle exerce ne peut appartenir qu'Â elle. Nul en^nt ne fieut naître sans une mère ; l’existence d'une mère implique l'existence d’un enfant déterminé; la position de la mère est celle d'une supériorité extrême, et d'un pouvoir absolu sur l’enfant ; la position de l'enfant , celle d’une infériorité extrême, et d'une dépendance absolue de la mère.

Le rapport de la mère à l'égard de son enfant, quoique moins fréi|uemmcnt cité que celui du |>ère à l'égard de son fils, est néanmoins un exemple beaucoup plus complet de la supériorité primitive, nécessaire . absolue. On ne peut assigner avec une certitude positive, irrécusable, à tel homme, la paternité de tel enfant déterminé. Il est dans la nature «les choses que les rapports du ;>ère avec son enfant réel et supposé, soient moins intimes que ceux de la mère.

Sir Robert Filmer , dont le nom ne nous est connu que parce qu'il eut l.ocke pour antagoniste dons la partie politique du domaine de la murale , Filmer présenta la puissance nécessaire et absolue du père sur ses enfants , comme le fondemeol ,

DIgilized I / vjougic

PRUDENCE EXTRAPERSONNELLE.

l'origine et la cause justiflcalive du pouvoir monar» chique dans letat polilique. Il aurait pu, avec plus (le raison, considérer le pouvoir absolu de la ft-mme comme la seule Forme légilime de gouvernement.

Dans le royaume africain des Asbantes, le roi a pour successeur l'alné des enfants mâles de sa soeur aince. Si la certitude que rhéritk-r üe la couronne est le plus proche parent du monarque décédé constitue un droit de succession convenatde et efficace, il Faut avouer qu’en Afrique les conseillers de la monarchie noire se sont montrés et se montrent encore plus sages que ne le sont en Europe les conseillers de nos Majestés blanches.

L’échelle de comparaison par laquelle on peut mesurer la supériorité , légalité et rinfériorité, embrasse nécessairement une grande variété d'objets, et peut se diviser en raison des qualités qui distinguent la situation d'un homme de celle d'un autre , on en raison de ces qualités elles-mêmes ; qualités utiles è nous-mêmes, ou utiles aux autres; (pialités naturelles ou acquises , ces dernières subdivisées en celles qu'un homme peut se procurer par lui-même , et celles qu'il ne peut obtenir que par le concours d’autrui ; enfin , qualités du corps*, et qualités de l'esprit. Dans la possession de ces qualités, de chacune ou de toutes, il n'est presque pas d'homme qui, sous quelque rajiport , ne diffère des autres. Différentes personnes p<'uvcnt posséder ces qualités dans la même quantité; mais leur distribution n’est jamais égale : et l'un des principaux charmes du commerce social provient de la variété infinie dans laquelle ces éléments divers sont répartis entre différents individus. Un homme peut se distinguer par sa sagesse en matières générales , par un jugement sain en toute chose , ou par une sagesse spécialement appliquée à certains objets déterminés. Un homme peut se faire remarquer , quoique le cas soit rare , par runiversalilé de ses connaissances ; mais d.ins plus de neuf cents cas sur mille , ce seront ses travaux ou ses connaissances dans quelque branche particulière d'études, qui manifesteront sa supériorité sur un autre homme, ou sur les hommes en general. Ainsi, un inférieur placé à l’égard de son su|>érieur dans celte vague dé(>cndâncc que donne l'anticipation d’une utilité à venir, peut fonder cette utilité sur l’une des qualités dont nous venons de parler, ou sur l’une des diverses branches dans lesquelles elles se divisent.

Parmi les sources déterminables de supériorité ou d’infériorité de position, on peut placer avant tout , i’âge , la fortune , le rang et la puissance politique.

Les différences d’âge peuvent facilement se constater , et, dans certains cas, elles dominent toute

autre distinction. Par exemple , la puissance de la nourrice sur l’enfant , quelque illustre que soit sa naissance, quelque riche que soit sa famille, est presque illimitée. En général , on peut remarquer que la supériorité conférée par l'âge est fréquemment exagérée , ou plutôt , qu’on ne prend pa» assez en considération les parties morales dans lesquelles l’avantage appartient évidemment à la jeunesse. Le temps , par les enseignements qu’il donne, perfectionne d’ordinaire les facultés intellectuelles , ilu moins jusqu'à une certaine période de l'existence ; mais on ne pourrait en dire autant des inclinations bienveillantes.

Si le temps amène à sa suite l’expérience, donne au jugement plus de calme et de maturité, s’il augmente nos forces intellectuelles, la jeunesse de son côté présente des qualités vertueuses d'un haut prix , que de longs jours ne tendent malheureusement pas à fortifier; car la jeunesse est le temps des affections généreuses, des sympathies chaleureuses et ardentes, <lu zèle et de l'activité. Des difficultés contre lesquelles une intelligence plus môre eôt conseillé de ne pas lutter, il arrive quelquefois à la jeunesse de les vaincre, parce qu'elle n’a pas aperçu toute la gramieur de l'obstacle. El puis, la jeunesse a devant elle un plus long avenir de récompenses et de châtiments ; ses calculs sur la «Tproduclton des peines et des plaisirs s’étendent dans un champ plus vaste; sa sensibilité est plus vive, ses es|>érances plus brillantes ; elle a plus à gagner et à perdre; ses destinées ne sont pas fixées, mais dépendent en grande partie de la direclion qu’elle-même leur imprimera.

Cest des hommes nouveaux que les progrès importants doivent venir. I.es honneurs ne les ont

point blasés; quelques grains de gloire sont pour eux un festin exquis.

Les distinctions de fortune peuvent se mesurer facilement dans l’echeiie de la supériorité et de l'inférîorité. Une pièce d'oraux mains d'un insensé n'est pas un instrument de la même valeur que si elle est aux mains d’un sage, mais dans l’applicalion du critérium de la richessi^ le fouet le sage sont sur la même ligne. Néanmoins, la richesse, considérée du point de vue de rutililé, n'est que l'un des nombreux

moyens de puissance, le moyen de possétler ce qui est un objet de «lésir; et de sa distribution plus que de son application dépend la quantité de plaisir ou de peine qu’elle nous Fait acheter ou éviter.

Il règne au sujet de la richesse un grand nombre d'erreurs, dont plusieurs laissent dans l’esprit des impressions Liusses en ce ipii concerne sa valeur et son usage. La richesse n’a de valeur qu'aulnnt qu’elle est un instrument de puissance; et la possession ilu pouvoir, tant qu’il n’est pas exercé.

BIENVEILLANCE EFKECTIVE-NÉGATIVE.

compte |M>iir peu «le cbote dans le budget des peines et des plaisirs : sa râleur dé|>end de son eiercice. 11 n est pas plus vrai de «lire que l’argent est la source «le tout m:d, que de dire qu’il est la source de tout bien. C'est vouloir donner à une rérité mêlée «le beaucoup d’erreurs toute l'autorité d’un axiome incontestable. Sans doute que toute conduite coupable prend sa source dans quelque désir , et que l'argent est le moyen de satisfaire une grande portion de nos désirs. Hais de même qu’il est beaucoup de peines que la présence ou l’absence de l’argent ne peut ni créer, ni éloigner, ni même affecter ; de même il y a des plaisirs auxquels ne peut allcindrc la richesse la plus illi* mitée.

I<G rang, indice «le la prospérité, doit , comme la richesse , être évalué en raison de son degré d’inBttencc , la différence des titres constituant différents degrés dans la position sociale. Mais pour apprécier la supériorité d’influence qu’un homme possède, les qualités morales et intellectuelles doivent entrer en ligne de compte. Comme règle de coiuluite, la prudence extrapersonnelle exige, dans presijuc tous les cas , que nous nous conformions à ces habitudes de déférence qu’on a coutume d’accorder au rang. Il est des cas exceptionnels où la prudence personnelle s’unit â la bienveillance pour empêcher cette prostration pénible à celui qui l’accorde , et pernicieuse à celui qui la permet ou l’exige.

I.C pouvoir politique implique des moyens d’action dans une sphère d’influence plus vaste. Il met l’homme i même de disposer d'une plus grande l»orlion de bien et de mal qu’il ne le pourrait avec toute autre nature de pouvoir. Et la prudence ordonne que la conduite soit dirigée en vue de cette quantité additionnelle de bonheur et de malheur dont le pouvoir politique dispose.

Dans nos rapports avec nos supérieurs, la prudence nous recommande une attention particulière à ces menus témoignages de respect que , dans un rang élevé, on a coutume d'attendre. On est quelquefois indulgent pour les grandes fautes, rarement pourles petites. Il est beaucoup d’hommes puissants qui pardonneront volontiers une erreur; il en est |ieu qui pardonneront une inattention. Dans le monde , la }>ensée des hommes est beaucoup moins occu;iée des choses importantes que des choses futiles. Pour quiconque habite les régions sociales privilégiéeSfl’observalionel l’appréciation des usages de la bonne société , de la morale usuelle , est familière et facile. Aussi est-il rare que leur violation reste cachée et impunie.

Parmi les enseignements de la prudence extra personnelle, celui qui nous apprend à supporter

l'insolence des hommes du pouvoir, n’est pas le moins important. Comment Àter à celte insolence ce qu’elle a de déplaisant et de pénible?

Supposez que vous avez affaire à un soliveau, ou à un quartier de granit; assurément l’expresstoQ (le votre ressentiment dans ce dernier cas ne vous servirait pas à grand’chose ; elle ne vous servirait pas plus dans l'autre. Seulement,' dans le dernier cas , aucun mal ne peut résulter pour vous de cette manifestation irascible ; dans l'autre, au contraire, il peut en résulter un mal indéflni.

Si votre position sociale vous permet de résister avec succès à la tendance qu’ont les hommes du pouvoir de nous importuner de l’étalage de leur autorité, il peut résulter de cette résistance à leurs prétentions (]ueb|ue chose d'utile. Hais si, par celte manifestation courageuse, vous ne pouvez servir ni vous même , ni les autres , il vaut mieux ne point entamer une lutte sans but. Épargnez-vous des tourments, en empêchant que vos passions irascibles ne poussent votre susceptibilité à se manifester ouvertement par des marques extérieures de méconleutement. Songez que la possession du pouvoir dans les mains «les autres est un moyen de plus devons nuire, et ayez soin de ne pas leur en donner l’occasion.

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