‹ Œuvres de Jérémie Bentham, jurisconsulte anglais De l'organisation judiciaire et de la codificationChapitre 318 sur 329 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

BieXVriLLANCE EFfLCTIVe-NêCATIVE.

Le terme composé de « bienveillance effective » a été adoptéfaute d’un mol unique impliquant l’union de la bienveillance et de la bienfaisance. Ces dernières opèrent , soit en arrêtant , soit en excitant l’action. Leur nature est ou restrictive ou insligalive. I^ bienveillance effective qui exige l’abstinence d'action est la première qui réclame notre attention. Il est un grand nombre d’actes qui, lorsqu’ils sont interdits par la bienveillance effective, le sont évidemment par «les considérations de prudence. Et quand il y a alliance visible entre la prudence et la bienveillance, la ligne du devoir n'est pas douteuse; mais les faux calculs de l’intérêt personnel empiètent si fréquemment sur les droits de la bienveillance, il arrive si souvent que nous sacriflons le bonheur des autres dans la croyance erronée <|ue ce sacriflee est utile à notre bonheur , que la première cl la plus im|>ortante lâche du moraliste consiste à établir l'harmonie entre le principe égoïste et le principe bienveillant, et à démontrer qu'une

BIENVEILLANCE EFFECTIVE-NÉGATIVE

ju»le sollicitude pour la félicité (Paulrui est le meiN leur et le plus saçe moyen d'assurer la n^tre.

La bienveillance efTective-négative consiste uniquement à éviter de faire du mal à autrui.

Hais , du mal fait à autrui, une partie tombe sous la juridiction de la loi ; le reste est abandonné à Faction de l’opinion, avec ses sanctions diverses ou ses instrumeuls de peine et de plaisir.

Dans le mal qu’un homme fait à un autre , il y a molestation , et la molestation est passible ou non passible des peines légales.

11 est évident que cette division n’est pas naturelle, mais factice. La ligne de démarcation change avec les ttraps et les lieux. Dans differents pays, des lois dilférentes attachent aux mêmes actes des conséquences diverses. Ce que la législation d'un peuple sanctionne , la législation d’un autre le passe sous silence ou le prohibe. Dans le même pays, le même acte a été , à différentes époques , récom- )H;nsé, permis ou puni. La molestation dont la loi connaît s’appelle dommage , dommage personnel.

Nais le mal que nous nous proposons d’empécher est celui-ià et celui-là seul qu’un homme a le pouvoir de produire sans encourir aucun cbâlinieut légal.

Ce serait un important service rendu à rburoanité qu’un ouvrage spéciulement destiné à rectieiilir et à signaler les maux et les molestations auxquels les hommes sont exposés, et que la loi ne punît pas. Un manuel de ce genre fournirait une grande niasse d’instruction morale pratique dont on pourrait tirer bon profit dans les choses de chaque jour.

Si , des ouvrages qui nous olfrcnt le tableau des malheurs des hommes dans un but , soit de sympathie , soit de ridicule , on extrayait avec soin tous les faits de molestation et de souffrance produits par les actes d’autrui, cl qu'on eiU épargnés rien qu’en s’abstenant , un tel recueil pourrait devenir le manuel de la vertu d'abstinence.

Ces maux }>ourraienl comprendre deux divisions. L’une se composerait de ceux dont l’infliction ne produit ou n'est destinée à produire aucun avantage )>osilif à leur auteur. Ceux-là prennent leur source dans l’une ou l'autre de ces deux causes : 1* l’anlipalbic ou la méchanceté ; 2<* le plaisir de mal faire.

L’autre comprendrait des cas où l’auteur du mal trouve ou se promet dans sa production un avantage positif quelconque.

A celte classe peut s'en rattacher une autre, composée des cas où l’individu exerce ou est supposé exercer une supériorité quelconque à l’égard et aux dépens de sa victime.

De telles invesllgattons, conduites dans un esprit de bienveillance et d’instruction , feraient sans doute découvrir de vastes régions île peines où l’on

pourrait déraciner bien des maux et semer bien du bonheur.

A combien de petits plaisirs l’intervention inopportune des tiers n’est-elle pas funeste! Combien sont immoles à l’ascélicisme, au mauvais vouloir, à la moquerie, au mépris du premier venu ! Combien les qualités dissociales ou l’étourderie d’un témoin peuvent aggraver les contrariétés les plus légères ! A la fin de la journée, que de bonheur perdu par la négligence de ces éléments minimes qui le composent! Quel total considérable forme la réunion de toutes ces particules de {teines que la seule insouciance a produites !

t'n temps viendra peut-être où toutes ces sources de maux seront recherchées, groupées d'après leurs signes caractérislii|ues, démontrées par des exemples, et leur incompatibilité avec la vertu rendue si notoire que l'opinion se chargera de les extirper ; l’opinion-, dont le moraliste a principalement |K>ur mission d’augmenter les lumières et l'influence.

Les règles générales de la btenveillance peuvent se résumer ainsi :

1<* Ne faites de mal à personne, sous quelque forme ou dans quelque quantité que ce soit , si ce ii’cst en vue de quelque bien plus grand , spécial et déterminé.

En moins de mois ,

Ne faites le mal qu’en vue d’un plus grand bien.

2** Ne faites jamais le mal par le seul motif qu’il est mérité.

Ces deux branchés de la morale correspoodenl à la classe «les délits positif et négatifs qui rentrent sons l’empire de la loi.

Il y a délit négatif, quand on s’abstient d'empêcher un acte qui , étant commis, constitue un délit positif. C’est un délit d’abstinence ; c’est laisser faire un mal que notre intervention cdt empêché.

Un délit positif est l’infliction directe d’un mal.

Dans les deux cas , le délit consiste dans la ligne de conduite qui laisse après elle un excédant de *mal.

Il y a en moi bienfaisance négative, quand je m'abstiens à dessein de faire ce qui causerait du mai à autrui.

Ha bienfaisance a pour cause , ou «lu moins pour compagne la bienveillance, lorsque j’apprécie le mal en qtiesliou, et qu’il y a en moi désir et effort efficace pour éviter de contribuer à la production de ce mal.

11 sera utile, pour pratiquer la bienfaisance et b bienveillance négative , d'avoir présentes à la pensée les diverses sources dont il |>eul résulter liu mal pour autrui. Ces sources ou motifs peuvent être classés de la manière suivante :

j 1. L’intérêt personnel en général , et plus S|»é-

BIENVEILLANCE ÉFFECTIVE-NÉCATIVE.

cialfinfnt riotérèt des sens et l'intérêt de domina* tion; le premier ayant pour inohile It s jouissances cor|H)relle8 , l'autre le poinoir.

2. L’intérêt de la paresse, «jui correspond à ramoiir du repos, à l’aversion pour les travaux de l'esprit et du corps. Dans ce cas, la cause du mal peut s'exprimer par un seul mot , tel que ceux de négligence , insouciance , inadvertance , indifférence . etc.

3. L'intérêt de faire parler de soi, qui correspond aux plaisirs et aux |>eines de la sanction populaire ou morale, et qui comprend rinterét affecté par les Idessurcs inâigécsà notre orgueil un à notre vanité.

4. L'intérêt de la malveillance, qui correspond au motif qu’on nomme mauvais vouloir ou antipathie.

Le mauvais vouloir ou rantipalhie, considéré sous le point de vue de sa source ou de sa cause , peut se suhdiviser ainsi :

1. Le mauvais vouloir ou l’antipathie de rivalité. Cest l'opposition des intérêts en ce qui concerne l’intérêt ]>ersonnel en general.

2. Le mauvais vouloir provenant du dérangement qu’on nous cause, du surcroît d'ocnipalion impose a notre esprit par l’individu objet du mauvais vouloir ainsi produit. On peut l'appeler affection antisociale.

3. Le mauvais vouloir provenant de l’orgueil ou delà vanité blessée; quand nous éprouvons les peines de la sanction morale ou populaire . et que nous les attribuons aux actes, aux habitudes, aux dispositions d’un autre.

4. Le mauvais vouloir ou l’antipathie ayant sa source, sa source immédiate, dans la sympathie, la sympathie |H>ur les sentiments d’une personne à qui nous croyons qu'une autre personne, devenue de notre part l'ohjet de celle affection antisociale, inflige ou infligera plus ou moins probablement un dommage quelconque.

3. Le mauvais vouloir excité par la différence d'opinions. Dans ce cas, l'inléi'êt «iffeclé se compose des intérêts qui correspondent resiM'Clivenunt à l'amour du pouvoir, ainsi qu’à l’amour des plaisirs et a l'aversion pour les pemes de la sanction populaire et morale. Dans l'homme dont les opinionssur un point , un principe ou un système important, sont diamétralement opposées aux miennes . je vois un humilie qui ne peut avoir pour mol l'estime ou t'affeclion que je puis trouver dans l'opinion contraire; je vois un homme dans lequel mon amour du pouvoir ne trouvera pas te concours et la satisfaction qu'il trouverait si je {Kuivais faire que cet homme abandonnât son opinion et adoptât la mienne; je vois un homme qui m’expose à éprouver

la peine résultant du seotimenl de ma pro^ire faiblesse intellectuelle ; car plus grand est le nombre des personnes qui professent une opinion contraire à la mienne, plus il est probable que U mienne est erronée.

Parmi les souffrances qu'ëprourent les autres par suite de notre conduite à leur égard , la plus grande partie ne nous rapporte aucun profil , de quelque espèce que ce soit. l.es intérêts personnels ne g.igoent rien qui puisse former conlre-poKh à la peine que nous avons fait naître. I.a seule justiflealion des molestations infligées à autrui serait l’obtention de quelque avantage pour nous-mêmes; et (a jusliflcaliun ne peut être complète qu'aiilant que l'avantage obtenu est manifestement plus grand que fa peine infligée.

De l.î celte règle d'application générale : Ne faites rien qui, dans votre opinion, puisse, de quelque manière que ce soit, faire éprouver la moindre peine à un individu quelconque, à moins que quelque avantage évident, spécial et prépondérant, soit |K)iir vous , soit pour un autre ou d'autres individus, ne doive être le résiliât certain de votre action.

Cette question de savoir si les peines ou les plaisirs d'autrui sont compromis, demande la plus stricte investigation; car, ôtez à un individu les pi'ines et les plaisirs qu'il )>ossède , qu’il se rappelle ou qu'il espère ; dlez-iui ces éléments dont se compose sa vie , et celte vie n'a plus aucune valeur à ses yeux.

Même en plaisantant, ne faites ni ne dites rien qui puisse causer une peine à autrui ; c’est puiser sa gaieté à une triste et indigne source.

Kl lorsque ce motif même n’existe pas, lorsque l’action qui produit la peine n'est que le produit de la roechancelc, est-il rien au monde de plus intolérable ?

Quoique la sensibilité des hommes soit plus ou moins vive, et que les mêmes actes qui ne causer raient que peu de souffrance h certains individus, puissent en causer plus et même beaucoup à certains autres , le meilleur moyeu d'évaluer conrenablemenl la somme de souffrance infligée, c'est de se mettre à la place de la victime. Figurez-vous dans sa ]>osilion . supposez que c’est à vous que les peines sont infligées, et évaluez -en l’iiUcnsité et la somme.

Plus vous aurez accoutumé votre pensée à peser les differentes classes de peines eide plaisirs, mieux vous connaîtrez leur valeur, plus votre jugement acquerra de justesse dans toutes les questions de morale où leur intervention est inévitable.

Mais la bienveillance, soit négative, soit positive, admet des e.rceptionM dans certains cas qu’une

BIENVEILLANCE EFFECTI VE-NÉGATIVE

prépondérance , soU de bien , soit de mal , foil sortir des occurrences ordinaires.

Afin donc d’érilcr de pro<liiire. par ignorance, un mal prépondérant , la circonspection est nécessaire.

Deux guides aideront la circonspection ü éviter une conduite pernicieuse.

Un guide direct est dans Tindication ou la création de la peine.

L'indication ou la création du plaisir est un guide indirect.

Le guide indirect , quand il est possible , est préférable; car il confère du plaisir aux deux parties, et a plus de chances d'efficacité.

Les modes de satisfaction et de molestation sont au nombre de deux :

L'un physique, agissant sur les organes du corps;

L'autre mental, agissant sur l'esprit, par les impressions.

Les occasions d'action et d'abstinence bienveillante , sont :

Accidentelles ou permanentes.

Les occasions permanentes sont :

Domestiques ou exlradomt-Nliqucs.

Lesocciisions domestiques se subdivisent en celles de la parenté, qui commencent à l'origine des relations sociales, et ne se dissolvent que lorsque la mort met un4ermeà ces relations; celles qui existent entre les maîtres et les serviteurs, ou entre le maître d'une maison et ses hOtes, lesquelles commencent «l finissent à la volonté soit de Tune ou de l'autre des parties, soit de toutes deux.

Les instruments par lesquels la bienveillance effective manifeste son existence , sont les paroles et les actes; les paroles dans le discours parlé ou écrit; les actes qui influent sur les }>eines ou les plaisirs d'autrui.

l.es motifs que nous avons développés au sujet des prescriptions de la jirudence exlrapersorinelle se rt produisent à notre examen pour la bienveillance effective. Leurs nécessités soûl en beaucoup d'occasions les mêmes; leuis intérêts, heureusement identiques.

Cependant il est un sujet que nous avons déjà traite, et sur lequel il nous reste peu de chose à dire. Dans la région de la pensée, de la pensée improductive d'actions et considérée isolément des actes, la prudence a bien des lois à prescrire ; car les pensées exercent une grande influence sur les actes.

Jllais tant que les pensées ne deviennent pas des )>aroles ou des actes, elles ne concernent point autrui ; elles ne rentrent pas dans le domaiue de la bienveillance effective. Toute invasion dans leur sanctuaire est une usur]»a(ioii. Si des pensées ne

font de mal ni à vous , ni à autrui , de quel droit vous en occuperiez-vous? Si elles font du mal, elles doivent se manifester sous quelque forme nuisible. H faut qu'elles trouvent une expression , qu'elles deviennent des actes.

C’est donc dans les paroles et dans les actes qu'il faut se renfermer, en recherchant les prescriptions de la bienveillance effective; et d’abord il convient d'examiner ce qu'exige dans le discours la bienveib lance effeclive-négalive.

1^ règle générale qui veut que nous nous abstenions de l'infliction de toute peine inutile, inutile à l'éloignement d’une peine plus grande, ou à la production d'nn excétlant de plaisir, doit être adaptée aux différents cas , selon la manière dont ils se présentent. La grande loi morale est péremptoire : sauf les exceptions, n'infligez |>oint de peine. La mission du législateur et du moraliste est de rechercher, de produire et de justifier les exceptions.

Les instructions suivantes ont pour objet d’empécher le déplaisir produit par le discours , lorsque ce déplaisir, dans ses résultats généraux, serait inutile ou pernicieux. Et avant tout, comme précepte fondamental ;

Considérez s'il y a probabilité que les paroles dont vous allez faire usage causeront du déplaisir à ceux à qui vous les adresserez, ou à qui elles pourront être rapportées.

Le discours est transmis par des signes fugitifs ou permanents; quand fiigitifii, cummiiuément par la parole ; quand ;>trmaneuts, d'ordinaire par récriture ou la presse.

Le discours p.irlé étant le plus simple , et le seul mode originairement en usage , commençons par celui-là. El d'abord supposons que les idées ainsi exprimées ne soient communiquées qu'à une seule personne. Cette personne peut être ou présente quand le discours est prononcé, ou absente.

Si , parmi ses effets probables, est celui de produire du déplaisir, examinez ensuite si, dans la balance du bien et du mal, eu coiu|»eusation du déplaisir ainsi produit, U ne peut |>as arriver que du bien soit produit sous une forme ou sous une autre, lequel excéderait en valeur le déplaisir eu question.

Ou , pour parler avec plus «le (irécisiou , si le discours doit avoir le déplaisir pour «rifet probable, voyez si ce déplaisir ne peut être compensé par un ' bien plus grand et plus qu'cqiiivalcnt. En ce cas, vient l’examen des causes juslificotoires , autorisant la pro«liiction du déplaisir (var la voie du discours.

De même lorsque le déplaisir d’autrui doit être le résultat probable du discours, vous devrez compter

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parmi les cffris qui accompagneront ce déplaisir , la colère dont vous seriez Tobjet, et que vous (koiirriez exciter contre vous.

C'est faute de faire suffisamment attention aux causes particulières qui peuvent foire du discours une source de peines» qu'il arrive souvent qu'une quantité indéfinie de souffrance est produite par la parole, lors même que celui qui parle n'en retire qu'une bien foii>le somme de plaisir. Des paroles inconsidérées peuvent souvent causer des souffrances plus grandes que la malveillance elle-même ue serait disposée à en infliger. L'inattention peut créer des peines plus intenses que ue le ferait la baine ; cl la légèreté être plus funeste que l'immoralité.

Dans tous les cas cependant , pour qu’un homme cause de ta peine à un autre, il faut qu'il y soit porté par un motif de plaisir , quelque faible qu'il soit.

Quant au mal gratuit , il est impossible ; car il ne se fait, il ne peut se faire aucun mal, si ce n'est en vue d’un bien. Ce bien est à son minimum quand vous faites du mal à un homme par mauvais vouloir, sans en retirer d'autre bien que la satisfaction de votre mauvais vouloir. Si vous avez éprouvé un dommage de la part de l'individu en question , et si c'est en vue de ce dommage que vous agissez , celte satisfaction s'ap(>elle vengeance.

Mais quelque immense que puisse être le mai ainsi produit par vous, quelque faible que soit la satisfaction que vous en relirez , ce|>endaDt le but qui a motivé votre action n'csl pas un mal, mais un bien.

Pour faire du bien à un homme, le mal que vous dites ne doit pas se dire de lui , mais bien è lui, à moins que, dans ce que vous dites de lui, votre intention ne soit d'attirer sur lui . pour son bien , les châtiments des sanctions politique ou populaire.

supposant toujours que le mal en question ne puisse être produit à moindres frais, les causes justificaloires, c'est-à-dire celles qui justifient la production du mal , sous quelque forme que ce soit , et , par conséquent , sous celle-là , sont les suivantes :

1* 1^ production d'un bien prépondérant pour celui qui prononce les paroles d’où doit naître le mal ;

La production d'un bien pré|>ondéraDt pour la personne h qui l'un parle, ou de qui l'on parle, et à qui on fait ainsi du mal ;

Un bien prépondérant pour tout autre , ou toutes autres personnes quelconques ;

4” Un bien prépondérant pour la société en général.

Oite dernière hypothèse se préaenle lorsque, dans l'infliction d’un déplaisir, celui qui l'inflige agit en

sa qualité de membre du tribunal de l'opinion publique , appliquant la force de la sanction morale et populaire.

Mais il y a une distinction à faire entre le cas où il n'y a d’autres personnes présentes que celle à qui le déplaisir est infligé, et celui où d'aiiires individus sont présents à celte infliction. Abstraction faite de toute relation particulière entre les personnes présentes et l'une des deux parties, plus grand sera le nombre des témoins, plus grand sera le déplaisir produit.

Ne perdez donc jamais de vue la nécessité de minimiser la souffrance ; et si le langage que la bienveillance vous impose peut remplir le but désiré, adressé à l'individu en l'absence de toute autre personne, c'est en leur absence que vous devrez le lui adresser. Si la présence de tiers est indispensable à l'effet que vous vous proposez, que le nombre des personnes présentes soit celui qui est strictement nécessaire pour produire cet effet.

Dans l'exercice de l'autorité domestique, comme aussi de l’autorité publique officiellement exercée , c'est-à-dire comme dépositaire de la sanction poli- I tique , il peut se présenter des motifs légitimes et ; convenables pour l'infliction de peines par la )»arole, les<|uels étant isolés de cette autorité ne seraient ' plus justifiables ; et comme membres du tribunal de ' l’opinion publique, coromedispensaleursdelasaoclion populaire, ta bienveillance dans la réprobation ' des délits nous impose fréquemment un langage quelle n’auloriserail pas s'il était atiressé directement aux délinquants eux-mémes.

Mais, dans les cas ordinaires, U est rare que les peines infligées par la parole soient justifiables. Il ne suffit pas , à beaucoup près, de dire que l'assertion est vraie; que la personne à qui la peine est infligée l’a méritée ; i(u'elie est cou|»able, incorrigible, et que la charité vous fait un devoir de punir son inconduite : jusqu’à ce que vous prouviez qu'il doit résulter de la peiue que vous créez un bien prépondérant, tous les reproches que vous faites à votre victime, tous les éloges que vous vous donnez i vous-même, sont autant de paroles en pure perle.

Notre langage peut blesser les sentiments d'autrui : de bien des manières; |utr exemple :

, Par des réprimandes directes, soit «que nous imj pillions à ceux à qui nous parlons une fouie po«live, ou que nous nous arrogions le droit de nous constituer leurs juges.

I.e droit de réprimande est, en lui-même, une prélenlioD positive de supériorité, prétention qui doit natureilement blesser l'orgueil et ta vanité de ceux sur qui elle s'exerce. I.a réprimande est l'in- ! fliction d'une peine, et plus sera douteux le droit I d'arbitrage et de condamnation que s'arroge celui

BIENVEILLANCE EFFECTIVE-NÉCATIVE.

qui ft€ conttiliie arhitre et Juge, i^iis son intérêt personnel aura ê craindre de l’ininiUié de celui qu'il punit. Ce ura là aussi la mesure de ta makeiH.inre, et retendue de l'usurpation sera en raison de l'inutile sévérité de la réprimande.

Donner aux arguments l’appui d'une autorité clesp4ilique , c'est de l'arrogance. 11 est des hommes qui. non contents d'avoir raison , semblent prendre plaisir à mettre les autres dans leur tort. Il fjut que leur tlogmalisme triomphe non moins que leur raison. Vaincre ne leur suffit pas , il faut encore qu'ds humilient. Ils sont gens à vous jeter par terre , bien que votre chute ne soit pas essentielle à leur succès. Non-seulement ils exigent que leur antagoniste ait tort, ils veulent encore le lui faire avouer. Ils le condamnent, les autres le condamnent ; leur tfronnle n’est pas satisfaite s’il ne se condamne lui-mëme.

Insister pour avoir le dernier mot est encore l'une des formes sous lesquelles se manifeste cette disposition impérieuse, triomphe petit et misérable qui ne sert qu'à prolonger la peine de notre adver* saire , et qui l’exaspère en l’humiliant.

Elle prend aussi quelquefois la forme d’une affirmation positive et absolue, rendue encore plus offensante quand elle contredit l'opinion opposée qu'un autre a exprimée ; et l’arrogance est à son comble quanti l'asserlion est de nature à ne pouvoir être appuyée de preuves. Un homme peut affirmer (|ii'il a TU telle ou telle action ; mais la question de savoir si celte action est un crime ou une vertu (teut être une matière d’opinion , et si la question est douteuse, une affirmation péremptoire sur le caractère de l’action ne peut manquer de blesser celui qui aura exprimé une opinion conlrairc.

il en est de même des assertions positives à propos de faits dont on n’a pas été témoin , et ilont la preuve ne peut s'appuyer que sur des témoignages; des assertions qui. faisant abstraction de ces lemoignagrs, ne donnent |K>iir motif à la croyance qu'elles imposent que l'assertion ellemême. Blais nous en reparlerons.

Une decision péremptoire avant d'avoir donné aux attires l’occasion d'exprimer leurs convictions est une usurp>ation qui clël toute discussion ; une décision péremptoire l'expression de l’opinion

d'atitrtii est une molestation et une offense.

Une contradiction inutile constitue une autre infraction à la bienveillance ; c’est aussi une manifestation insensée ; car tout en trahissant l'impuissance, elle blesse le pouvoir.

Il est une autre forme d'arrogance an f>eii moins molestante , mais qu'il ne faut pas moins réprimer et réprouver ; on peut l'appeler prè$omption. Elle se manifeste généralement dans l'asserlion pure et simple d’une prétendue vérité , sans l'appuyer d'au-

•csrHAS. — lust III. ..

cune raison. Elle a la préteulion d’exiger une croyance implicite.

Or si , en exprimant son opinion , celui qui parle indiquait les preuves sur lesquelles elle se fonde, il ne perdrait rien dans l'estime de ses auditeurs, et il leur épargnerait le déplaisir de l’appel inconvenant et gratuit fait à leur crédulité.

Une autre manière de montrer de la présomption , c’est d'affiriiier d’une manière péremptoire les chose» à venir, d’assurer positivement que telle circonstance aura lieu. Si celui qui parle a des infornialions qui lui permettent de prédire l'avenir, il peut, sans blesser l’amour-propre des autres, te servir de formulei telles que celles-ci : « J'ai lieu de croire (}ue telle chose arrivera ; » « Je m'étonnerais , ■ ou «i Je ne m’étonnerais pas que tel événement eiU lieu. »

Que l’huiiieiir impérieuse se montre en dépréciant le mérite «le votre interlocuteur ou en exagérant le vôtre, sous quelque forme arrogante et hautaine que son penchant se manifeste, soyez sûr que l’esprit de tyrannie et d’aristocratie est là.

Elle aura |»our conséquence le ressentiment déclaré ou secret : si «léclarc , des querelles s’ensuivront contre vous ; si secret , des complots {>our vous nuire.

La bienveillance nous l'interdit formellement; ses ctforls sont malfaisants pour tout le monde : exercée avec un inferieur, c’est «le la lâcheté; â l'éganl d'un supérieur, «le l'imprudence.

Si vous avez reotlu service à quelqu’un, D'alicz pas croire que voire Inenfaisance vous donne le «Iroit «le te tyranniser. Ne détruisez pas le bien d'une action par le mal d’une autre.

langage (»eul blesser en conseillant , lorsque le conseil ressemble à une réprimande , ou se produit sous une forme qui imp)i«]iie la |K>ssession d’une autorité que l’auditeur ne reconnaît ;»as. Donner un conseil , même utile, c’est s’arroger une autorité de sagesse.

Un homme peut être dans l’erreur ; mais quelque manifeste que suit son erreur, ne croyez pas que ce soit pour vous un devoir absolu de l'éclairer.

Si vous Jugez un conseil utile, s’il y a nécessité de le donner, faites en sorte de ménager le plus possible, en le donnant, ramour-pro|»re et la vanité de la personne conseillée.

Parlez-lui plutôt seul qu'en compagnie , plutôt devant peu que devant beaucoup de témoins.

Si un homme s’est engagé dans une entreprise qui ne peut réussir, et dont les frais lui causeraient un grave préjudice, conseillez-liii d’y renoncer.

Sinon, évitez de lui dire «{uoi que ce soit qui puisse contribuer à le décourager.

BIENVEILLANCE EFFECTtVE-NËGATlVE.

Au contraire, dites-lui tout ce qui, compatible arec la rërité, tous parait propre à l’encourager.

Offrez à êa rue les con9i<léralions qui tendent à rendre le succès probable, en évitant de prmluire de vous-mème les considérations d'une tendance contraire; et surtout si, dans votre opinion, le succès doit être, somme toute, avantageux à lui* même et à la société en général.

Si , dans ce cas, vous présentez le succès comme improbable , vous froissez ses sentiments sans utilité possible. Si , de son cdlé, il croit à la probabilité du succès, il verra en vous un homme qui prétend à une supériorité de sagesse , et qui le mé* prise comme du|>e de ses propres idées; tandis que le défaut de jugement peut se manifester aussi bien en regardant comme improbable un succès probable , qu’en le considérant comme probable lorsqu’il pe l’est pas.

On s’expose à blesser en communiquant des informations ; (l’abord , lorsqu’elles supposent , dans la personne informée, une ignorance générale, ou une infériorité générale de connaissances , ou une ignorance relative en ce qui concerne certains objets que, pour des raisons 8{>éciales, celte personne devrait connaître; et, secondement, lorsqu’elles impliquent une prétention de supériorité de celui qui parle à l'égard de celui auquel il s'adresse.

Dans tous ces cas, nous supposons toujours que, relativement à la personne qui parle , celle à qui Ton parle possède , en général , une supériorité ; ou , si elle lui est inférieure , que celte infériorilé n’est pas telle qu'elle autorise cette roanifeslation de supériorité.

£n deherrs de cet cas, la communication d'informalions utiles ne saurait être une faute; car nul n'est assez éclairé pour n'avoir pas quelquefois besoin des lumières d’autrui , même de celles des ignorants.

Si vous avez à communiquer une information quelconque , évitez l'arrogauce.

Spécialisez vos assertions, plutêt que de les généraliser; mentionnez , si vous le pouvez , l'autorité ou les autorités, la personne ou les personnes qui constituent vos témoignages.

assertions générales ne sont que des conclusions , des conclusions que le jugement tire de foits particuliers , réels ou supposés. L'assentiment donneà une assertion générale suppose deux choses : une confiance illimitée dans l'aptitude suffisante de tous les témoins supposés, par l’esprit, la langue ou la plume desquels le fait a passé ou est censé avoir passé ; et une confiance pareille dans la rectitude de leurs conclusions ; par conséquent, dans la reelilude générale des facultés tntellccliielles de

ceux de qui on tient la communication dont il s'agit.

Si vous faites celle communication à un ami particulier, c'est lui témoigner un manque de confiance que de ne pas lui indiquer la personne , ou toute autre source de témoignage , dont vous tenez votre conviction. Si les convenances ne vous permettent pas de faire cette révélation , l'aveu que vous en ferez sera moins blessant que l'arrogance qui exige une créance implicite : cela prouvera (]uel(]ue confiance , et non l'absence de toute confiance.

Si vous êtes séparé de votre amt par une absence permanente, ne lui faites point part de ceux de vos chagrins qu'il n'est pas en son pouvoir de soulager. Épargnez celte souffrance à sa s)'mpalhie.

I.a parole peut blesser par l’expression du mépris pour les opinions religieuses d'autrui. Le méprit déversé sur ceux qui diffèrent avec nous en matière de religion , n'est pas loin de la haine. I.e dogmatisme des religions d’Êlat, la foi intolérante d'Églises usurpatrices , aiguisent l'arme du mépris à l'aide de la malfaisance : «Pourquoi cpargnerais-je mes anathèmes à ceux que Dieu a maudits? » Pourquoi? Parce que je ne puis balr sans souffrir, et que cette souffrance augmente avec la haine, en sorte que mon intérêt personnel m'ordonne de réprimer eo moi le sentiment de la haine. Pourquoi? Farce que je ne puis hatr sans désirer punir ceux que je bais , les punir en proportion de ma haine; et, comme les manifestations de la haine doivent être nécessairement malfaisantes, ma sollicitude pour autrui m'ordonne de prohiber cette manifestation. Et ce qui est vrai de la haine, est, dans un moindre degré, également vrai du mépris. Le mépris a aussi tes peines ; et , bien qu'elles soient quelquefois excédées par les plaisirs de celui qui méprise , ces dernières ne peuvent conlre-balancer les souffrances produites (ians l'âme de la personne méprisée.

La parole peut blesser en exprimant le mépris ou le mauvais vouioir contre la classe ou le pays auquel l'auditeur appartient. C'est de la malveillance au premier chef, et il n'arrive que trop souvent qu'elle trouve sympathie dans ceux qu'une communauté de condition unit à la personne malveillante. C'est eu qu'on appelle ordinairement esprit de corps, nationalité, ce qu’on décore quelquefois du litre pompeux de patriotisme; et en tant que ces sentiments impliquent le désir et l'action de faire du bien à ceux à qui des liens spéciaux nous lient , il n'jr a rien à dire : c’est la diffusion du princt|)e de la bienveillance et de la bienfaisance. Mais, du moment où leur exercice, exclusivement dirigé dansrintérêt du corps, de la classe , de la nation dont nous faisons partie , est refusé aux autres ; du moment où ils se produisent en actes et en paroles d'aotipalbic ;

BIENVEILLANCE EFFECTIVE-NÉGATIVE

<1u momnit où, par cela seul qu’un homme parle une autre langue que ta nôtre, vil sous un autre gouvernement, il devient un objet de mépris, de haine et d'actes hostiles : dès lors ces sentimenis sont malfaisants. Tel est le caractère du toast suivant, porté aux États-Unis: «> A noire patrie, qu’elle ait raison ou tort , n lequel équivaut à une proclamation de malfaisance universelle , et, appliqué à la lettre , pourrait ouvrir au crime et à la folie une carrière illimitée, et amener le pillage, le meurtre, et toutes les conséquences d'une guerre injuste. Elle n’était pas moins blâmable , cette déclaration d’un premier ministre anglais ; •• Que sa sollicitude avait |K)»r objet l’Angleterre , et rien que l’Angleterre. » Une philanthropie éclairée eût pu donner à ces deux expressions une signification déontologique, puisque les vrais intérêts des nations comme des individus, sont également des intérêts de prudence et de bienveillance ; mais ces paroles n’avaient pour but que de justifier l’injustice, lorsqu’elle est commise per le pays que nous appelons le nôtre.

Parmi les diverses formes que revêt b supériorité, lorsque par la parole elle inflige à autrui ses nioles> tâtions , il n'en est point de plus vexatoire que l'arrogance du commandement, soit pour ordonner, soit pour défendre.

Soiivenex-vous en toute occasion que des paroles de bonté ne coûtent pas plus que des paroles dures.

r.a bonté dans le langage ne coûte rien. dureté coûte toujours quelque chose, plus ou moins ; quelquefois plus à celui qui l’emploie qu’à ceux à qui elle s'adresse. Mais chacun est tenu de prévoir qu'un langage dur doit produire les fruits de la (lureté, c’est-à-dire créer la souifrance dans l’esprit d’autrui.

Le commandement qui enjoint l'obéissance peut perdre le caractère des^mliqiie que lui donne la rudesse; il peut même devenir agréable lorsqu’il est transmis dans des termes et avec des formes de bonté. Ils est des hommes qui, par la délicatesse et les égards dont ils accompagnent leurs ordres, font de l'obéissance un plaisir.

L’iuterrogation est souvent offensante quand elle n’a pas une demande pour objet. Il y a une manière d’interroger empreinte de tout le dogmatisme du commandement. On fait une question , et on lui donne une forme impérative. On demande une information d'un ton d’aulorilé. C’est une des manifestnlions de la hauteur, fille est principalement exercée par les supérieurs à l'égard de leurs inférieurs; elle est d’autant plus vexatoire qu'il y a moins de distance entre l'interrogateur et l’interrogé. Une question ayant pour objet d'obtenir une réponse, la moralité nous fait un devoir de ne point associer à celte réponse une peine inutile.

La parole peut blesser par la censure prenant la forme, soit de la désapprobation directe, soit de l'éloge donné à une conduite semblable à ta nôtre, et opposée à celle de la personne censurée. A la censure joindre la réprimande , c’est assumer les fonctions de juge et de bourreau ; b diffamation , quand il n’y a de présent que la personne diflàmée, est la réprimande spécialisée.

Si vous avex l’occasion de parler d’une faute commise par quelqu'un; si, pour empêcher qu’il ne la renouvelle, ou dans quelque autre but incontestable de bienveillance, il est désirable que vous lui CD parliez, fournissez-lui un moyen de se disculper; supposez, si b chose est possible, qu'il n’a fait mal que par ignorance , accidentellement et sans qu’il y eût de sa faute; supposez aussi que ce n’est qu’accidenlelleraent qu’il vous est donné d’en savoir plus que lui à cet égard.

Évitez également d’accompagner votre censure d'expressions de mépris. Que rien dans votre langage n’annonce le désir de le dégrader ou de le rabaisser dans l'échelle sociale.

Abstenez-vous de toute parole de réprimande quand des paroles neutres pourront vous suffire. Au lieu <le dire qu'un tel a voulu vous faire tort de ce qu’il vous devait, dites qu'il a paru désirer d'en éviter le payement.

Si vous pensez qu’un homme sVst mal conduit à votre ^ard, ne l'accablez pas de reproches, ne lui faites même pas connaître votre pensée à cet égard, à moins que cette communication ne soit nécessaire pour éviter la ré;>élilion de l’action blâmable. Presque toujours le reproche aura meilleure grâce dans b bouche d’un tiers ; car le jugement d’un tiers sera moins sujet à être influencé par l’intérêt, ou exaspéré par la passion.

Si vous êtes appelé à émettre une opinion défavorable sur des tUseours ou des actes que voua dés.'ipprouvez , ne vous empressez {)a8 d’exprimer votre désapprobation par le seul motif que votre amour-propre est flatté de l’appel faH à votre jugement. Si l’influence de ce que vous désapprouvez est pernicieuse à b société , en faisant part de votre opinion aux autres, dans la vue d'un bien prépondérant, n’employez tout juste que le langage nécessaire pour exprimer b somme île votre désapprobation , ayant soin qu’aucun motif de malveillance ne se mêle au jugement que vous portes.

Évitez de rappeler des fautes oubliées, à moins que ce ne soit dans un but évident de bien à venir : garder dans votre mémoire le souvenir des fautes d’autrui, c’est enfreindre les lois de la prudence et de la bienveillance ;• c’est faire de votre âme un arsenal de douleurs pour les autres et pour vousmême. L’expression du mécontentement pour les

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