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BIENVEILLANCE EEFECTIVE-NÉCATIVE.
faulfs p»s»ërs, quand elle ne se rapporte point à des fautes aetnelles, et ne peut servir à erapèeber des foutes a Tenir, crée un mal sans but, ou dans lin but maiiTais.
Si TOUS croj'cz avoir à tous plaindre d'un homme, et de sa condiille à votre egard, et s’il vous parait utile de le lui faire connaître , faite» en sorte de lui rendre cette communication le moins pénible qu'il se pourra. Que votre expression ne lui donne pas à entendre que vous pensez mal de lui. Parlez-lui de manière qu’il puisse croire que vous attribuez sa conduite à une cause qui laisse peser sur lui peu ou point de blâme. Vous Tarez, par exemple, invité à venir vous voir ; il n'en a rien fait ; il n'a pas même répondu. Il aurait dû venir; ou du moins donner les motifo pour lesquels il n'a pas pu ou n’a pas voulu venir. Imputez sa négligence à des motifo valables. Peut-être que votre lettre ne lui est pas parvenue; ou si c'était un message verbal , peut* être le porteur Ta-t-il mal compris ou mal rendu, ou oublié : car, comme sa négligence peut être le résultat de Tune de ces causes , il a pas défaut de sincérité à les sup|>oser.
Quand la bienveillance effoctive exige que vous adressiez des reproches, prenez bien votre temps pour cela. Si quelqu’un a eu un tort à votre égard, évitez d'en parler dans le moment même; car tout ce que vous pourriez dire ne fera pas que ce qui a eu lieu n’ait pas eu lieu. Voa observations auraient pour effet naturel et nécessaire d’infliger à l'individu une souffrance, et de provoquer de sa part la mauvaise biimeur que la souffrance fait naître.
Si le fait menace de se reproduire plus tard , alors, et seulement alors, avant que la chose ait lieu, si vous croyez votre intervention utile, le moment est venu de lui rappeler ton premier tort. Vous aurez produit un effet salutaire en temps opportun, et toute la aouffrance intermédiaire aura été épargnée.
Mais rappelez-vous qu'un reproche inutile a pour conséquence un mal sans mélange; mal certain et considérable dans Thurniliation de la personne réprimandée; mal probable dans la perte de son amitié et la production de son inimitié.
Os leçons peuvent se résumer dans ce peu de mots : Ne blâmez personne, si ce n’est pour empêcher de nouvelles causes de blâme.
Interrompre celui qui parle , d'une manière directe et ouverte , c'est une manifestation de mépris et de mésestime dont il fout se garder soigneusement. C’est une offense intolérable qui change en peine le plaisir de la conversation , et qui protluit assez de molestation pour provoquer même la réaction du mauvais vouloir.
I/iulerniptioD indirecte et détournée, en cou-
vrant la voix de l’interlocuteur avant qiTH ait terminé ce qu'il avait à dire , est un autre mode de molestation ; la tentative seule est une offense ; si elle réussit , c’est de l’oppression.
Quand, par une semblable interruption, lè fil du discours a été une fois rompu , il n’est souvent pitis possible de le renouer. Celui qui a une vota forte peut ainsi rendre virtuellement muet celui dont la voix est plus faible ; ce dernier est tenu «lans un véritable étal d’oppression , et l’autre se trouve par là privé de Ions les avantages qu'il aurait pu retirer de sa conversation.
Quitter votre interlocuteur avant qu’il ait achevé ce qu’il avait à dire , est une des infractions aux lois du savoir-vivre qui rentrent dans le domaine de la prudence d'abstinence. Il faut que la présence de Tauditeiir soit ailleurs bien urgente, pour qu’il soit autorisé à quitter celle de son interlocuteur. On doit aussi blâmer, qiiotqu’à un moindre degré , les manifestations d’impatience , par (Kiroles ou par gestes , pendant une conversation que la morale usuelle prohibe , en exceptant toujours les cas où il y a un bien prépondérant à opposer à la molestation ainsi produite.
Affecter le dédain tandis qu’une autre personne parle , c’est encore une manifestation de mépris.
Entendre ce que quelqu’un vous dit , et n’en tenir aucun compte, c’est une infraction aux lois du savoir-vivre, que pardonne difficilement Topinion publique ; celte inattention est plus offensante encore, quand quelqu’un vous demande de ne pas foire telle ou telle chose , et que , sans vous occuper du VŒU qu’il exprime, vous continuez à la faire. C’est de la malveillance , non négative , mais positive; la bienveillance vous porterait à vous abstenir.
Un mode de molestation qui n’implique pasnëerssairemenl usurpation de supériorité , est Tacte direct ou virtuel de s’enquérir des affaires privées de la personne à qui Ton parle. Des questions de celte nature créeront certainement une peine. Dans les cas ordinaires, s’il y avait utilité déHnitive à faire connaître la chose , cette communication serait spontanée. A tout événement , le droit de juger «le son utilité appartient à la personne interrogée, non à celle qui interroge. La question crée une peine pour le questionneur, si Tinformalion qu’il demande lui est refusée; une peine pour son inlerlociileiir, s’il la donne avec répugnance ; et la plupart du temps , une peine pour tous deux. Kl lorsque le résultat probable doit être une peine pour l’un ou pour l’autre, il y a motif de s'abstenir de faire la question.
Évitez d'affliger par la communication d'informations désagréables, pénibles ou inutiles.
L'exception générale s’applique, lorsque la peine
Ajuÿlc
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ainsi causée doit être excédée par le bien que l’information produira. î^s personnes à qui ce bien doit revenir sont : 1* celle à qui l’informalion est transmise ; 2° celle par qui elle est transmise \ ô*des tiers, quels qu’ils soient.
Si l’on a lieu de penser que l’information ne peut faire de bien à aucune des personnes de l'une de ces trois classes , c'est évidemment le cas d'appliquer la règle d'une manière absolue. Cette communication serait contraire à la bienreillance et à la bienfoisance. Mais si des cas se présentent dans lesquels le mal résultant de l’information doit être contre-balancé, d’autre part, par un bien quelconque ; par exemple , lorsque la commtinicalion d’une nourelle désagréable est nécessaire k l’adoption de certaines mesures d’une importance prépondérante; lorsque la peine causée par la communication empêche une peine plus grande ; lorsque celui qui fait la communication a pour but l'accomplissement <lc quelque objet important, ou quelques services importants à rendre à des individus ou à la sociélé en général ; dans ces occasions la peine doit être infligée, car son infliction préviendra une peine plus grande, ou assurera un plaisir plus que suffisant pour contre-balaocer la |>rine.
Ne rappelez jamais des malheurs trrëparabies , surtout dans la conversation ou en la présence de ceux qui, dans votre opinion ou dans celle d’autrui, peuvent avoir contribué k ces malheurs, ou à d’autres semblables. Ce que vous en «lirez ne fera )>as qu’ils ne soient pas arrivés ; n’ajoutez donc pas à la souffrance qu’ils ont causée celle que peut amener leur souvenir.
Évitez les paroles de condoléance aux personnes en deuil de la mort de leurs amis. I.es condoléances, aussi bien que le deuil , sont des choses funestes. Les hommes , et surtout les femmes, ne font qu’accroître leur douleur en se faisant un devoir ou un mérite de la manifester. Si on renonçait à l’usage du deuil, on épargnerait au monde une grande somme de souffrance. Des nations sauvages ou barbares se réjouissent aux funérailles de leurs proches; sous ce rapport, elles sont plus sages que les nations policées.
Au lieu d'offrir à votre ami vos sentiments de condoléance , si vous ne pouvez le résoudre à se livrer à quelque amusement , faites en sorte que , de manière ou d'autre , ses affaires absorbent toute son allenlion.
Abstenez-vous de relever dans un individu des imperfections qu'il n’est pas en son pouvoir de corriger ou de Faire disparaître. IMus votre position sera supérieure â la sienne , plus celle abstinence de votre part aura de mérite. Si vous êtes tellement indépendant de lui, que son mauvais vouloir ne
puisse vous faire de mal , la bienveillance effective exige que vous ne lui causiez pas de souffrance inutile.
Cette abstinence est un devoir; que rinflrmtlé soit intellectuelle, morale ou corporelle, elle eet un devoir, même en l’absence de témoins ; à plus forte raison en leur présence.
I.e résultat infaillihledece genre de malveillance, est une peine d’humiliation.
Cette peine sera plus ou moins grande , selon ta nature des relations qui existent entre la personne ainsi molestée et les autres personnes présentes; et quelles que soient ces relations, plus les témoins seront nombrtnix , plus la }>eiae sera grande.
Kt si l’on recherche les conséquences «le celte malveillance , on verra que toutes les parties ont à en souffrir. Il en résulte : 1" un mal pour la personne ainsi molestée , par l'humiliation qu’on lui frit subir; â* un mal pour la personne présente , par l’infliclion de la |>eine de sympathie que produit dans son esprit l'idée de (a souffrance de cet individu; 3* un mal par la peine d'antipathie , de l’antipathie produite par cette sympathie, et dont vous êtes l'objel ; 4** un mal pour vous-même , par le danger des représailles de la |>art de la personne molestée par vous ; ou de la part de ceux en qui votre conduite aura soulevé des sentiments d’antipathie : à ces maux , quelle qu’en soit la somme , il ne peut y avoir de compensation , sous quelque forme et en quelque quantité que ce soit. Oui, peut-être , s’il y avait possibilité de corriger les imperfections ainsi signalées ; mais nous avons supposé le contraire.
Si les lois de la bienveillance défén«kut ainsi toute allusion à des infirmités irremétliables, â plus forte raison celle prohibition est-elle décisive et de rigueur quand l'allusion revêt la forme du ridicule I.a dérision appliquée aux défauts naturels est une des formes les plus cruelles que puisse revêtir la malveillance. Des imperfections peuvent être ou ne pas être reroédiables ; mais quand c'est dans la constitution même de rinüivûlu que l’infirmilé réside , la bienfaisance fait un devoir rigoureux de s’abstenir.
A celte classe de maux appartiennent un grand nombre de ces actes de malveillance qu'on appelle tours d'écoliers. Quelque difformité, quelque infirmité physique, sert fréquemment de prétexte et de but à l'infliction de peines journalières. Que celte tendance malfaisante soit réprimée dès ses premières manifestations. H faut surtout apprendre aux enfants que le plaisir qui trouve son aliment tlans la |>eine d’autrui, dans la peine inutile et sans com|iensaUon , contient le germe de toute immoralité.
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Quand U s*agit de défauts réparables , quoique la règle qui défend d'y faire allusion ne soit pas rigoureusement applicable, cependant, avant d'en parler devant témoins , assurez-vous que l'objet que TOUS avez en vue ne [>eut s’accomplir sans les peines d’humiliation que votre langage devra nécessairement amener. Assurez-vous que ce bien ne peut être obtenu au prix d'un moindre mal. Assurez-vous que vous êtes la personne la plus propre à obtenir ce résultat.
Dans vos rapports avec un enfant , un domestique ou quelque autre subordonné, en ce qui regarde les défauts et les im}>erfections que ses efforts peuvent arriver à corriger , rappelez-les-lui toutes les fois que vous avez l'occasion de les voir, tant qu’il y aura es|>oir d'amendement. Quand cri espoir n’existe plus, cessez de lui en parler; et ne lui laissez plus ap»ercevoir que vous les remarquez.
Dans le choix des sujets de conversation , la bienveillance d’abstinence trouvera de fréquentes occasions de s’exercer. Telle est l’organisation de chacun de nous, tel est le pli que lui ont fait prendre l'habitude et l’usage , que certains sujets nous agréent moins que d'autres. Évitez ceux qui sont les moins agréables , et que votre soUicilude A les éloigner soit en raison de leur déplaisance. La présence d’intérêts importants peut nécessiter l'introduelion de sujets sur lesquels il y a dissentiment certain. Cette introduction ne peut se jiisliHer que par la nécessité , ou une utilité prépondérante
Évitez en toute occasion de blesser l’amour-propre d’autrui. Si un homme ne comprend pas , ou comprend mal votre conversation, attribuez-le, non à son défaut d’intelligence, mais à ce que vous vous êtes mal exprimé. Car la méprise dans l'expression a pu en produire une dans la conception , et il n’est pas besoin d'aller chercher une explication pénible, quand vous en avez une inofFensive sous la main.
Ne donnez point expression, et, autant que possible, ne donnez point place dans votre esprit au ressentiment inutile ; pas même quand vous vous sentez calomnié. Si vous êtes accusé d'avoir tenu ou de méditer une conduite immorale , et qu’il soit possible de réfuter l’accusation, ne vous mettez point en colère, mais présentez votre réfutation. L’em- |K>rtement est la ressource unique et conséquemment naturelle de l'bomme coupable. Une réfutation
1 Jt me rappelle è ce iiijet nn Fait Inléretsant. PeodaDt tea deux oa trois dernièrei aaoées de moa ioUmilé avec Bentbam, nous eûmei de fréquealei diacusiions sur des poioU de controverse religieuse. Assurément son affection pour moi, mon respect pour lui, n’éiaienl en rien diminués, bien qu’après des débats si longs et si Fréquents, chacun de noos eêt gardé son opinion. Un jour il me dit : «i Je vois
est le seul moyen que vous ayez de ne point être confondu avec lui.
Quand vous croyez remarquer de la stupidité dans quelqu'un, ne mettez point de rudesse dans vos observations. Elles ne seront utiles qu'autaol que ce défaut aurait sa source dans la négligence. Dans le cas contraire, la rudesse aura pour effet dinfliger une peine complètement inutile et d’exciter contre vous le ressentiment que provo<iueot l’injustice et la cruauté.
La patience contre les injures est une leçon difficile à apprendre et plus difficile à pratiquer, mais digne assurément qu’on l’apprenne et qu’on la pratique.
Si , en votre présence , une attaque est dirigée contre vous, quelque insultante qu’elle soit, surtout si c’est devant témoins, trailez-la, si vous pouvez, avec une indifférence manifeste , ou en riant, ou en plaisantant , selon l’occasion. Plut l'attaque est insultante, plus elle est honteuse pour celui qui se la permet , plus efficacement elle sera écartée ; il sera désappointé, humilié, mais non irrité; son hostilité contre vous n'en sera pas accrue , il peut même se faire qu'elle soit désarmée. Quanta son désappointement, il est immanquable ; du moins, s'il n’y avait personne de présent. Car, dans ce cas, quel pouvait être le but de son attaque ? Nul autre assurément que de vous faire souffrir ; et plus grande sera voire tranquillité, plus il échouera dans son projet.
C’est sans doute là une de ces règles qu'il est plus foeile de donner que de suivre. En effet , il est |»eu de leçons de la prudence personnelle , ou de la bienveillance effective, dont la pratique soit plus difficile.
Néanmoins , dans ce cas, comme dans beaucoup d’autres , lorsque des motifs suffisants l'exigent , on peut, par des exercices préparatoires , acquérir la force de se maîtriser. On a inventé la gymnastique pour fortifier le corps, et on en a fait l'application avec un succès merveilleux. Le moyen dont nous parlons est basé sur les mêmes principes, et peut faire acquérir à l'esprit la force passive de la patience.
Quand vous ne pouvez accorder ce qu’on vous demande , que votre refus cause aussi ]>eu de peiue que |K>ssible à la personne qui en est l’objet.
Quelque inopportune et peu rai$oonal>le que vous
que je ne changerai pat toi idées : je saii que vous no cbnogerez pat let mienoet. Si août coaiinuoni, je vous ferai de la |>eiDe ; vuut m'en ferez. Le rétiiliat tera de ta peine |H>ur tout deux. Laiitont li celle matière, n'eo rcparloni plut. » El noua n'en aront plut reparié depuis. El cependant, ai jamais homme révéla ton cœur k un autre , Seniham m’a rérélé le tien.
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paraisse ta deroande , ce n’ett pat une raison pour <]ue vous iiil laitties voir la répugnance que vout ares à l’obliger et à la servir. S'il est nécessaire de la convaincre que sa demande n’est )>as raisonnable, Faites-le avec douceur, aulremeol ce serait rbumilier ou l’irriter, ou même I’ud et l’autre à la fois : vous lui feriez de la peine sans nécessité ni utilité; vous pourriez même vous en faire un ennemi, et quel avantage pouvez-vous retirer de ses souffrances, quel bien de son inimitié?
Au cas où il y aurait impossibilité de réprimer son importunité, c'est-â-dire , si la bonté et un langage affectueux n’ont pu réussir à vous délivrer de sa présence , ayez recours à la métbo<le rétributive.
Âltsienez-Tous de toute expression qui aurait l»our objet de manifester voire opposition è la volonté ou au jugement d’un autre , dans les occasions même les moins importantes.
Ne contestez pas un point qui n'a aucune importance pratique, par cela seul que vous avez raison et qu’un autre a tort. De ces contestations proviennent les dissensions et l’inimitié.
Si, à propos de quelque chose qu’un homme a fait, vous êtes dans la nécessité de parler de lui d'une manière dé^vortble, mentionnez le tait particulier, mais n’exprimez pas l’opinion générale que vous avez formée à propos de ce fait. I«e bit |veut prouver l’équité de votre condamnation. Les termes de cette condamnation ne prouveront aux yeux de la personne à laquelle vous parlez, que l'état de vos affections relativement à l’individu en question.
N'excitez dans l'esprit des autres aucune espérance exagérée , en leur offrant une perspective à la réalisation de laquelle il peut y avoir des doutes raisonnables. Que votre langage, en parlant de plaisirs attendus, soit tel, qu’il laisse la plus ^ible somme de désappointement , au cas où ces plaisirs oc se réaliseraient pas. Vous ne perdrez que peu à abaisser l’échelle de vos espérances ; vous pouvez perdrq beaucoup à l’élever trop haut.
Nous avons déjà dit que la passion de la colère n’était jamais utile, et presque toujours pernicieuse et pénible. Il faut donc éviter toutes les habitudes qui peuvent y conduire. Parmi ces habitudes, l’une lies plus sottes et des plus funestes, est celle des jurements. Heureusement que la sanction populaire dirige avec succès sa réprobation contre de telles manifestations. La motle les avait prises autrefois sous sa protection ; aujourd'hui, elle les répudie. Outre la peine produite par la colère qui les provoque, une autre peine sera produite par l’expression de la colère sous une forme aussi offensante. Dans l'esprit des uns , elle choquera les affections
religieuses ; dans l’esprit des autres , elle produira des sensations que la bienveillance doit éviter de faire naître.
L’irréflexion et l’insouciance des consécpiences du langage, sont la source de la plus grande partie des maux infligés par la parole. Les hommes ne sont que trop sujets à parler, sans considérer l’effet que leurs paroles peuvent produire sur ceux avec qui ils conversent ou qui les entendent.
On a dit que toute vérité n'est pas bonne à dire. Mais il y a dans cet aphorisme un ambiguïté dangereuse, qui fait qu’on l’emploie souvent dans un but pernicieux. H a deux sens ; l’un mauvais, l’autre bon : H II est quelquefois bon de mentir ; » c’est là le sens dangereux. «Il est des occasions où la vérité ne doit pas être dite. » Que faut-il dire alors? Un mensonge? Non ! rien du tout. C’est là le sens véritable, et ce n’est que dans ce sens que la moralité doit l'employer comme aphorisme.
Les maximes que nous avons présentées comme règles de conduite en matière de langage seront également applicables aux actions. En effet, dans le cours de nos investigations, on a vu que nous avons quelquefois associé les actions comme conséquence des paroles, leur liaison étant si intime, qu'en les passant en revue , il serait difficile de les séparer.
Néanmoins , un plus grand nombre d'actions que de paroles rentrent sous la Juridiction de l’autorité judiciaire. Les actions contrôlées par la loi peuvent être considérées comme obiigatoires. On peut regarder comme iiàres celles dont les lois ne connaissent pas ; ee sont celles qui ne rentrent pas dans le domaine de la justice pénale.
Les actes déplaisants à autrui peuvent l'être de deux manières : ils peuvent offenser les sens physiques ou les sentiments intellectuels.
Parmi les cinq sens, il ne saurait être ici question du toucher et du goût. Le mal infligé à ces deux sens se présente sous la forme d'un délit légalement punissable. La molestation par la voie du loucher constitue ce qu'en terme légal on appelle voie de ^it. Ia molestation du goût présente l’idée de poison ; et , à moins qu’il ne s’y mêle de la fraude ou de riiilimidation , c’est encore un délit corporel.
En un root , les seuls sens ex{H>sés aux molestations, qui sont de la compétence de la Déontologie, sont les trois sens sur lesquels on {>eul agir sans contact immédiat , c'est-à-dire l’odurat , l’oule et la vue.
1. L'odorat. Les molestations dont ce sens est susceptible sont , pour le plus grand nombre des cas, suffisamment évidentes. A ce sujet, quelques recommandations ne sont pas hors de propos.
Quelque peu importants que puissent paraître , à la première vue , ces modes nombreux de moles-
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uUoD qui opèrent par rintemièdiaire des sens , tb peuvent néannioios avoir pour effet de bannir un ami de la présence <ic son ami , et même de le rendre un objet d’aversion permanente pour toute une compagnie, de quelque nombre qu’elle se compose. Toute futile que la chose paraisse, ce qui , dans ce cas, aggrave le mal, c’est que, par iin mélange de honte , de crainte et de sympathie , la personne à qui cette molestation est infligée n'ose point faire connaître à celle qui en est l'aiileiir, l'impression qu'elle éprouve. Voilà donc un acte qui , ayant un effet malfaisant , est évidemment interdit par les lois de la bienliiisancc négative , et conséquemment de la prudence personnelle. C'en est un assurément bien trivial, et néanmoins il (>eut infliger une molestation plus grave que ne le ferait un délit punissable. Ajoutez qu'il résulte de la circonstance spéciale que nous avons menlionnée, qu'il n'y a pas possiiiilité de le pardonner.
Nous allons donc lâcher de présenter au lecteur quelques circonstances qui , bien que prodnetives d’un mal réel , de l'es|>èce dont il s’agit , n’ont pas été assez observées, comme l’expérience en fait fui.
Occupons-nous d'abord de la molestation dont le siège est dans l’odorat.
La plus évidente est celle que produit l’émission de gaz par le canal alimentaire.
Celte émission , en tant qu’elle provient de la partie inférieure de ce canal , est presque toujours volontaire, en sorte qu’en thèse générale, l’infliction de celte espèce de molestation est prémétlilée. L’individu qui l’inflige peut s'abstenir. Dans la production de celle sorte de molestation , bien que le sens en soit le siège immédiat , l’imaginalioa joue le réle principal : la même odeur qui, émanée de notre propre corps , ne nous aurait causé aucune molestation, nous devient insupportable lorsqu’elle émane du corps d’un autre; et la molestation peut être mitigée ou aggravée par une variété de circonstances relatives à la personnede l'individu dont le corf>$ en est la source.
Comme dans ce mode de molestation , l’imagination a une très-grande part , U peut avoir lieu sans une impression actuelle sur Torgane qui en est le siège naturel. Tel est le dégoût que cette impression produit , qu'en vertu du principe de l’association des idées et des sensations, un dégoût de la même nature, quoiqu'à un degré inférieur, est habituellement produit en nous par des actes qui cependant n’affecteol réellement que le sens de l’ouïe.
L’éducation a beaucoup bit pour la suppression des molestations provenant de celle source. Le savoir-vivre , qui a pénétré jusque dans les couches inférieures du toi social, a réussi à rendre rares
des actes regardés comme des preuves de grosstfrelé et de mauvais ton , au point de remire leur exercice périlleux pour la réputation du délinquant.
Le pouvoir d’empècber les émanations désagréables de la bouche ne peut être possédé dans la même étendue ; mais on a la faculté absolue de les régler de manière à les rendre inoffensives pour autrui. L’éructation , qu’il n’est pas toujours possible de réprimer, peut être rendue moins déplaisante aux autres, si l’on donne aux miasmes une direction telle, qu'ils ne puissent atteindre personne; faites en sorte que l’air s’échappe dans cette direction, du coin de la bouche, et par la plus petite ouverture possible, en sorte que personne ne s*en aperçoive.
Si vous êtes entouré de manière à ce qu’il vous soit impossible d*em|>êcher que cette émanation n'arrive à quelqu’un , couvrez-vous la bouche de la main ou de votre mouchoir ; le gaz d’acide carbonique descendra de son propre poids.
Si vous êtes à table, et qu'il y ail quelqu'un visà-vis de vous , il vaut mieux vous couvrir la bouche que de laisser visiblement échapper les miasmes ; car St la distance est assez grande pour que vous n'affectiez pas désagréabiemenl l’odorat de la personne en question, vous pouvez lui épai^ner le dégoût de se l'imaginer ; ce qui ne manquerait pas d'arriver si elle était témoin de l’acte d'énictation.
3. L’ouïe. Ce sens peut être affecté désagréablement , d'une manière directe ou indirecte , par le moyen de l'association des idées.
Il peut être affecté directement par la qualité du son ou par m quantité.
Il n'est guère possible d'affecter ainsi par des sons d’une qualité offensive , indépendamment de leur quantité, sans que la production de cet effet ne soit le résultat d’une intention. Si cette intention existe , l’acte peut être considéré comme légalement punissable ; en tout cas , il serait superflu et inutile d'insiiter sur la nécessité de s'en abstenir.
En vertu du principe de l'association des idées , tout son qui a pour eflel de rappeler l'idée d’une sensation désagréable à un autre sens , au sens de l'odorat par exemple , ne saurait manquer de nous répugner par cela seul.
En raison de la faculté sympathique, la bouche et le nez peuvent être affectés désagréablement par rinlcrmétiiaire de l'ouïe.
Par le moyen des glandes disposées dans le nez , l'intérieur de la bouche, et le passage appelé Iai7nx, qui conduit dans les poumons, un liquide visqueux est sécrété, lequel a diverses destinations, mais qui , tant par sa contexliire originale que par suite (le l'évaporation, se rapproche de l’état solide. Ce
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