SOS
lorsqu'il est a<»umulé dans ce passage, en certaine quantité, devient, de diverses manières , productif de sensations dësagrcahlesqui ne peuvent cesser que par son expulsion. portion qui garnit les poumons, le larynx et rintérieur de la bouche peut être expulsée par deux voies : par la bouche, et tlans ce cas il est entièrement et dans sa forme actuelle rejeté hors du corps ; ou par le gosier, et alors il est envoyé dans Testomac , où il se mêle aux aliments, et, après avoir subi les mêmes altérations, est finalement expulsé par les mêmes {tassages. La portion de ce liquide qui garnit le nex , du moins dans sa partie supérieure, peut se dégager par trois orifices , par les narines , par la bouche , comme nous l'atons vu plus haut , ou |>ar la voie de l'estomac. Dans le premier cas, il est chassé hors du nez à l'aide d'une grande quantité d’air assurée à cet effet. C'est ce qu'on appelle se moucher. Son expulsion par la bouche s’elfectue en partie par le moyen d’un courant d'air aspiré dans ce but, en partie par la force musculaire de 1a langue et des lèvres. Si , au lieu d'être rejeté par la bouche ou le nez, ce mucus est avale, il est des personnes que cela peut indisposer, ce qui provient tant de la qualité de la matière, qui est de difficile digestion , que de sa ténacité , qui la retient eontiniielleraent dans uii état filandreux, en sorte qu'elle s'étend jusqu'à la gorge, qu'elle excite de manière é produire une sorte de convulsion appelée bâillement.
Lorsqu'un homme sujet à être ainsi affecté , s*aj>erçojt , par le sens de l'ouïe, qu'une autre personne, incommodée par l’accuoiulaiion d'une trop grande quantité de mucus, afin de se soulager, l’avale ou se prépare à l'avaler, au lieu dercxpulscr par la bouche ou par le nez , c’est pour lui une cause considérable de molestation , laquelle a sa source dans l'affection sympathique. Son expérience personnelle fait qu'il associe à l’idée de cet état de choses, un idée de souffrance.
Et elle est très-grande en effet la souffrance produite i>ar une cause en apparence si légère et dont la nature ne parait pas généralement comprise.
Il faut établir une distinction entre les cas où i’orgaoe corporel, l'organe des sens, est lui-même le siège de la souffrance endurée , et ceux où il sert seulement de véhicule à rimpressiou faite sur quelque autre partie du corps ou sur l'esprit.
C'est ainsi, par exemple, i{ue les organes de b vue et de l'ouTe sont exposés à des modes particuliers de moleslalion dont ils sont respectivement le siège, liais, pris ensemble , ils servent de véhicule à une infinitc de molestations aussi bien que «le jouissances, dont le siège n’est pas dans ces organes respectifs, mais dans rcspiil , en un root , de moles-
tations et de Jouissaoces capables d'être produHes l»ar le moyen de la parole.
Les sruis modes de molestation dont il soit ici convenable de parler, sont ceux qu'un homme peut éviter d'infliger à un autre, sans qu'il lui soit pour cela nécessaire de s’iolerdire sa présence. Il est des gens qui ne peuvent voir une |>ersonne dont les yeux sont le siège d’une certaine affection morbide, sans l'éprouver eux-mêmes. Comme le seul moyen d’épargner à autrui cette molestation est de s'interdire la présence de la personne affectée de cette susceptibilité morbide, c'est là un cas dont nous ne saurions nous occuper. Toutefois, sans iiii'il soit nécessaire de recourir à ce moyen extrême, la personne sujette à être ainsi affectée peut s’épargner cette molestation en évitant de porter ses regards sur les yeux dont l’état nioihide l'affecte elle-même.
Ces exemples , que nous avons présentés à dessein avec quelque détail, suffiront |M)ur éveiller l'attention sur d’autres points dans lesquels les sens peuvent être affectés, faute d'une attention suffisante aux causes d'où ces molestations leur proviennent; chacun pourra dès lors remarquer les occasions où la bienveillance ordonne de s'abstenir de ce qui pourrait être désagréable à autrui. Le sujet est par liii-mème si peu aUnyant , que peutêtre croirions-nous en avoir trop dit à cet égard , sans la conviction on nous sommes qu’une immense quantité de sensations pénibles prennent là leur source, et que 1a nécessité de protéger les hommes contre l’infliction de ces sortes de molestations n'est pas suffisamment ou généralement comprise.
Nous voyons dans le journal rSxamhter, un exemple de la manière dont ces principes peuvent s'appliquer aux autres branches de la morale usuelle : ^
H Manières de manger qui déplaisent aux péril sonnes bien élevées : faire du bruit avec la four- « cfaette et le couteau ; frire claquer ses lèvres •> l'une contre l'autre; faire entendre le bruit des « liquides en les avalant; mâcher bruyamment; N manger avec précipitation. Il est des gens â qui » ces choses ne paraîtront point importantes ; elles U le sont cependant , car iion-seulenient elles indi- U quent dans ceux qui se les permettent des sen- K liments grossiers , mais elles contribuent encore « à rendre leur compagnie désagréable aux pertf sonnes bien nées , et doivent |»ar conséquent leur « causer un grave préjudice dans leur commerce M avec la société. »
Nous avons déjà dit que la dureté d'expression à l'égard des inflrraités d’aulriti est une violation du principe de la maximisation du bonheur. I^es actes ' de dureté en sont encore une violation plus i>al-
by CiOOgle
BIENVEILLANCE EPFECTIVE-NÊGATIVE.
pable el plu< d«ci«ire. Quand vous vous trouvez avec une personne affligée de défectuosités corporelles ou mentales, que votre attention soit aussitôt éveillée d'une manière toute spéciale. Ayez grand soin Je ne rien dire et de ne rien faire qui puisse blesser la personne atnsi affligée. Si rinflrmité réside dans le caractère, ne vous croyez pas autorisé à manifester votive désapprobation par des parolesou des actions désobligeantes. Beaucoup de défauts de caractère tiennent à la constitution de l'individu, et ne sont pas susceptibles de reforme. 11 est extrêmement rare qu'on puisse dans ce cas produire le plus léger bien par une manifestation d'hostilité ou même de censure. Ayez l'air de ne pas vous apercevoir du défaut, ou, si vous en parlez, que ce soit de manière à causer le moins de peine |>ossible.
Quant aux défauts corporels, qu'il n'en soit jamais question. K y a danger à en parler, même pour les plaindre ou les soulager , car votre sympathie aura pour effet de mettre le défaut sous les yeux de la personne affligée; el il est possible que la fteine que voire attention aura ainsi éveillée dépasse le plaisir conféré par votre sympathie, si toutefois elle en confère, ce qui n'a pas toujours lieu.
Il en est autrement quaml le défaut est remédiable, quand votre bonté peut le guérir, ou votre sympathie l’alléger. Celte hypothèse réclame l'une el l'autre.
Si les paroles ou les actes d’un autre vous font de la |>eine , et qu’en conséquence vous désiriez les voir discontinuer, faites en sorte d'obtenir que cette molestation cesse, en donnant le moins de peine possible à l'individu en question.
N’exprimez donc |>as brusquement votre désir de voir la molestation cesser ; ne laissez pas voir la peine qu’elle vous donne , mais parlez d'autre chose ; donnez à la conversation ou à la conduite une direction telle, que la cause qui vous afflige soit écartée.
11 j>eut se foire que, dans rinterventioo des autres en votre faveur, il y ait eu de l'imprudence, que cette intervention n'ait )tas été telle que vous puissiez l'approuver , el que votre mécontentement soit fondé. Avant de vous plaindre, assurez-vous que, dans l'intérêt de l’avenir, il est nécessaire de foire connaître votre déplaisir. Dans tous les cas, ce n’est qu'en vue de l’avenir que vous êtes autorisé à ex|>rimer votre mécontentement.
Car cette expression ne saurait changer le passé, ni foire qu'un mal qui a eu lieu n’ait |>as eu lieu. 8i vous craignez qu’on ne renouvelle une intervention inopportune, alors, avant que la chose ait lieu, avertissez avec douceur la personne officieuse,
que dans une première occasion elle toits a nui sans le vouloir ; dans le cas contraire, ne lui laissez pas voir et ne lui dites pas que vous avez remarqué les conséquences de son intervention maladroite.
Nous avons parlé de la règle par laquelle vous pouvez juger des peines et des plaisirs d'un autre , c'est-à-dire en changeant de position avec lui. Afin donc de ne pas offenser ou affliger inutilement, avant de dire ou de foire quoi que ce soit de relatif à un individu , commencez par vous demander comment vous seriez affecté vous-même si on en disait , ou si on en faisait autant à votre égard. Si vous pensez que la chose vous serait indifférente, examinez bien si, entre votre situation el la sienne, il n’y a pas quelque différence, laquelle aurait pour effet de loi rendre pénible ce qui ne le serait pas pour vous.
Ce qu’il y a de mieux , c’est de prendre l’égalité pour règle. Néanmoins tout en faisant de l'égalité la loi d'application générale , il fout admettre des variations exceptionnelles qui, résultant des différences de positions, doivent être appliquées aux cas |>arliculiers , au fur el à mesure qu’ils se présentent. Il peut se trouver des cas où le caractère de l'individu qu’on est obligé de contrarier, le rend moins susceptible que d’autres d'impressions pénibles ; mais il est plus sûr de s'abstenir.
Ce que vous faites, foiles-le promptement, surtout s'il s’agit d’obliger. La bienveillance négative exige donc de ne point perdre un temps inutile dans raccompMssemenl des acles à l'exercice desquels une portion quelconque du bonheur d’autrui est intéressée.
C’est ainsi que d’inutiles délais à répondre aux leltresque nous recevons, sont incompatibles avec la prudence et la bienfaisance. Il en résulte pour uous un préjudice dans notre répulatioa , el une cause de molestation pour les autres. La firomptitude ajoute au prix d'un service, l^e délai est une peine imposée par le despotisme indolent.
tu service rendu avec promptitude est souvent d’une plus grande valeur qu'un service plus important , mais différé. If/s dat qui cito dut; donne deux fois qui donne prompten>ent ; c’est là un aphorisme qui, lorsque le don est bienveillant, peut être admis dans le code déontologique; car la promptitude d'une action bienfaisante, non-seulement rend le service plus efficace, mais encore témoigne d'une plus grande vivacité dans les affections généreuses.
1.CS demandes de services ne sont que trop souvent traitées avec inatleulion. Il est possible, à peu de frais, d'épai^ner au solliciteur les peines du délai. Ün dit que le duc de Wellington a pour routume invariable de réfvondre promptement à
BIENVEILLANCE EFFECTI VE-NÉGATIVE
toutes les commuDictlioos «le cette nature *. plus sûr moyen de plaire au pétitionnaire , après la concession «le ce qu'il désire « c'est de faire attention à sa dcmaude. Par là on lui épargne toutes les sotitfrances (|ui résultent de Pesperance dilTerée.
Nous avons eu occasion d'in<ii«)iier quelques eiemplcs de désaccord entre les lois de l<*i politesse et le code déontologique, c'est-à-dire, le défaut de coïncidence entre la sunclion populaire et le principe de la Déontologie.
Cest ainsi qu'on a quelquefois regardé comme M des hommes accomplis, » des gens dont la morale était détestable . et dont les manières ne valaient fÇiiére mieux. 11 est probable qu'on ne les eût jamais «lonnés comme modèles, sans réminence de leur position sociale ; à tout événement . on eût pu proposer |M)ur objet d'imitation une politesse «l'un caractère plus élevé , une perfection fashionable plus soigneuse des |>eines et des plaisirs d’autrui.
Loin qu'elles soient incompatibles arec la véritable moralité , les lois de la vraie politesse harmonisent avec celles de la bienfaisance bienveillante. Elle évitera de créer des peines , ou de réveiller des idées pénibles , aussi soigneusement que si elle avait nom vertu.
Mais |>our que les habitudes du bon Ion soient véritableilieiU (mites, il ^ul qu’elles subissent bien des changements. Ces habitudes sont aujourd'hui un, véritable chaos de coutradictions que sanctionnent les usages aristocratiques, et <|ue l'influence d’aucune loi générale ne (>eul alleinüre. Tel homme dont la conduite en société sera la courtoisie même, qui ne se permettra pas une parole qui puisse causer la plus légère peine , ne se fera aucun scrupule «le manquer un rendea vous d'affaires ; de faire luire antichambre à celui qui le visite ; de laisser sans réponse des lettres d'un intérêt vital pour celui qui les a écrites ; d'égarer ou de (>er<ire des manuscrits précieux ; en un mot d'iufliger une peine extrême et gratuite , sans aucun avantage pour luimême.
Dans vos paroles , comme dans votre conduite , ne faites pas naître des espérances dont la réalisation n’est pas probable ; et en tant que rinleosité de l’attente dépend de vous, ayez soin qu’elle soit moindre que la somme probable de satisfaction; car, bien que les (daisirs de l'allenle occu]>eDl une place considérable dans le domaine du bonheur, ils seront contre*balancés |iar les (leiiies du désappointement, en tant que ce désappointement doit les suivre. El celle portion de plaisir qui n'était (ms
i.rtoui simoni à coDildiercelle couvelle |>renve d’imparlialité de notre auteur; car Beniham et WellioKlen ont
attendue, et qui aura été réellement obtenue, la sur|>rise lui donnera un nouveau prix.
En exagérant vos moyens d'utilité, non-seulement vous augmenterez les appels faits à votre obligeance, mais encore vous dimiuutTez l'affection dont vous êtes l'objet , lorsque l'insuccès de vos efforts pour être utile aura rendu cette exagération manifeste. La découverte de voire impuissance soulèvera contre votre amour • propre plus de méconlenlement que l'allenle de votre influence n’aura causé de satisf.icUon. Les autres éprouveront la peine de l’attente déçue sans aucun de ces dé«lommagenients que vous aura procurés le plaisir de faire de belles promesses.
S'intrcHluire dans la compagnie d’un autre sans être attendu ou invité , est un mode de molestation que la l>ienveillance effective nous ordonne d'éviter. C'est la substitution de votre volonté à celle d’un autre , et conséquemment , c’est une usiir|>alion de despotisme. 11 (>eul se faire qu’en cela vous ayez en vue un objet important: l’intrusion peut se justifier (lar un bien |»répondérant ; mais c'est là un cas exceptionnel. A moins qu’oo ne vous ait donné a entendre que votre présence sera bien venue en tout temps, ou à certaines époques s(>éciflée$, vous devez supposer que si votre présence était désirée, >ous en auriez reçu avis ou auriez été invité. En tout cas , votre intrusion ne laisse pas à la (>ersoone qui en souffre le choix des moyens; il faut, ou qu’elle se soumette à une molestation qu’elle n’a (>as demandée , ou qu’elle vous inflige le châtiment de rex|>ulsion. Si vous désirez voir quelqu’un pour une affaire qui n’a pas une importance grave , hiiles-lui (>art de votre désir de manière à ce qu’il puisse refuser , sans peine (>our lui ni offense pour vous.
Que la timidité d'un individu ne soit pas une raison pour que vous le traitiez avec intolérance. Si, dans les cas ordinaires, un homme bienveillant évite de causer une peine , il l'évitera arec plus de soins encore à l’égard d’un homme affecte d’une susceptibilité |>arliculière.
De même, en cas de stupidité. Quelque stupide que soit un individu, ne lui donnez pas raison de croire que sa stu|>idilé vous contr.irie ; qu'il ne s’aperçoive pas que vous l’avez remarquée. Tout ce que vous pouvez faire ou dire ne le rendra pas moins stupide que la nature ne l'a fait ; et en lui en faisant un sujet de reproche, vous ne ferez que pro«luire des conséquences funestes à tous deux : à lui , par la (>eine que vous ne pouvez manquer de lui causer; à vous, par le mauvais vouloir qu'au-
«iturêment été )«« dciis bommei les plut antipalhiiiues de Doire é|xxiiie. [ffole du traducteur.)
BIENVEILLANCE EFFECTIVE-NÉGATIVE
cune stupMlité oe peut Tempèchcr de concevoir coDire TOUS dans une proportion plus ou moins grande.
l/habitude de la bienveillance effective a une conséquence éloignée , mais qui n*est fias sans importance; c'est qu'en cas de rupture entre vous et l'un de vos amis , antérieurement à toute investigation particulière « <Ians l’opinion de ceui qui vous connaissent « les présomptions seront en votre faveur. Cette habitude qui , par cela seul qu'elle est une habitude, s'est manifestée en présence d'autrui, TOUS a amassé dans l’esprit des autres hommes un fonds de considération qui influencera leur opinion Blême à votre insu.
Si , comme cela doit être , vous êtes connu pour vous abstenir de toutes les causes d'offense , qui , dans ropioion générale, justifient les représailles, une distinction si honorable vous vaudra l'avantage, dans tous les cas douteux , d'ètre absous de tout blâme ; et , en toute occasion , il se manifestera de ta répugnance é accueillir les témoignages qui tendraient à ébranler votre réputation acquise.
Plus la fpbère de l’acUon pernicieuse s’élargit , plus l'abstinence bienfaisante devient nécessaire. Si les prescriptions de la bienveillance sont impé’ ralivet, là où il s’agit du bonheur ou «lu malheur de quelques-uns, elles le sont plus encore quand c’est le bonheur ou le malheur d’un grand nombre qui est en question. El inaiheureusement il arrive queaur l’une des principales sources des misères humaines, la sanction |K>pulaire est déplorablemeot immorale. On ne peut rien trouver de plus douloureux que l’opioion générale au sujet de h guerre. L’Église, l’État, la minorité dca gouvernants, la majorité des gouvernés , tous s’accordent à prendre sous leur protection le vice et le crime , là précisément où la sphère de leur action est le plus calamiteuse. Donnez à un homme un costume particulier, appelez -le d’un nom spécial, cela suffit pour 'autoriser, en certaines occasions prévues, à commettre tous les genres de crimes , à voler , à tuer , à détruire le bonheur des hommes , à maximiser leurs souffrances : et, après s’èlre souillé de tous ces forfaits, des récompenses l’attemlent encore.
Aien de plus funeste au monde que l'admiration qu’on prodigue aux héros. Comment les hommes en sont-ils venus au point d'admirer ce que la vertu doit nous apprendre à haïr et à mépriser? c’est là, il faut l'avouer, l'un des plus affligeants témoignages de rinftrmité et de la folie humaine, fl semble que les crimes des héros soient absous par leur étendue même. Grâce aux illusions dont Tirréflexion cl le mensonge ont entouré leur nom et leurs actes, on ue se fait pas une idée juste de tout
le mal qu’ila font, de tontes les calaiDités qulb produisent. Serait-ce que le mal est si grand qu'il passe toute estimation? Nous lisons que vingt mille hommes ont été tués dans une bataille; nous nous contentons de dire : ■ Voilà une vrcloire bien glorieuse. » Vingt mille hommes , dix mille hommes , qu'importe? Que nous font leurs souffrances? Plus il a péri de monde, plus le triomphe est complet. Et c'est sur la grandeur du triomphe que s'estiineot le mérite et la gloire du vainqueur. Nos proFes- •eurt, et les livres immoraux (|u’ilg nous mettent entre les mains , nous ont inspiré pour l'héroïsme une affection singulière ; et le béroa est d’autant plus héros qu’il a fait mourir plus «l’hommes. Ajoutez un zéro au total, cela n'ajoutera rien à notre désapprobation. Quatre chiffres, deux chiffres, ne nous donnent |ui$ un sentimeDt plus pénible que ne le ferait un chiffre seul . et ils ajoutent merveilleiisemenl à la grandeur et à la gloire du vainqueur. Dans ces milliers, ers dizaines de mille, prenons un individu isolément. Sa jaml>e a été fracassée par un boulet , as mâchoire brisée par un autre; il gU baigné dans son sang et dans cHui de ses camarades; et cependant il respire encore, et la soif, l'épuisement, la bira, te disputent scs derniers soupirs. Il n’rst qu’une des unités dont sc compose le nombre des vingt mille. 11 n’est que l’un des acteurs, que l’une des victimes , dans ce drame glorieux ; et parmi cet vingt mille infortunés, il n’en est pas un dont les souffrances ou la mort ne soient le centre «l’un cercle semblable de maux et de cala mités. Admirateurs des héros , reganlez et voyrt I Eal-ce «le la douleur? Parce quelle est multipliée par cent, |»ar mille, par dix mille, o'est-ee «ionc plus de la douleur ?
Un temps viendra sansdoiiteoiï il biidra toute Tautorité des témoignages de Thistoire pour faire croire à des générations mieux instruites , qu'à une é^KM^ue qu’on a appelée éclairée, il s'est trouvé des hommes que l'approbation publique a honorés en raison du Bulbeur qu’ila ont produit et des ftH’faiU qu’ils ont commis. Il ne budra pas moins que les preuves les plus authentiques pour leur persuader que , dans les temps pass^, des hommes se sont rencontrés, et des hommes eocorejiigés «lignes de récompenses nationales, qui, pour un modique salaire, s'engageaient à commettre tous les actes de pillage , de dévaalattOQ et d'homicide qu’on voudrait leur commander, lia s’indigneront plus encore d'apprendre que cet mercenaires, ces tueurs d'bommra, ont été réputés éminents et illustres, qu'on leur a tressé des couronnes , élevé des statues , et que l’éloquence et la poésie se sont épuisées à les célébrer. Djns ces temps meilleurs et plus heureux, les hommes sages et bons s’empresseront de vouer à l’oubli ou de Ae-
a hy Cîo<\i^lc
BIENVEILLANCE EFFECTIVE-POSITIVE
Irir «Fiine Î0[noiiiiiiie unirerselle, un çrami nombre des actes qualifiés par nous d'héroïques, tandis qu'ils entoureront (Tune auréole de véritable gloire les créateurs et les propagateurs du bonheur des bommes.
L'intolérance du langage, en matières d'opinions religieuses, est plus excusable que rintolérance dans les actes. C’r*t par la persécution active que se manifeste ce mode déplorable de malfaisance. Kl après les maux cati<és par la guerre viennent les maux produits par la fureur des haines religieuses. Sans parler de rimmoralité qu'il y a à punir des hommes parce qu'ils professent des opinions diffé> rentes des nôtres, examinons tont ce qu'une telle prétention a d'absurde. l*ourquoi les punir? Parce qu'ils ne se rendent pas à rautorité de votre parole, parce qu'ils refusent de se soumettre aveuglément à la foi que vous voulez leur imposer.
Or, une foi aveugle ne peut opérer qu’en supprimant les preuves. Elle ne peut changer la sensation ; elle ne peut changer le sentiment du vrai et du faux.
Attacher des récompenses à la foi, des ebâtiinenis à son absence, c'est, dans un juge, récompenser la présence et punir l’absence des préjugés et de la partialité.
Dire : « Croyez à cette proposition plutôt qu'à la proposition contraire, » c'est dire : « Faites tout votre possible pour y croire. » Or tout ce qu’un homme peut faire pour croire à une pro{>osilion , c'est d'écarter et de repousser les preuves qui lui sont contraires. Car, quand toutes les preuves sont également présentes à son esprit , et sont de sa part l'objet d'une allenlion égale, il n'est plus en sa puissance de croire ou de ne croire )>as. C'est le résultat nécessaire de la prépondérance des preuves d’un côté de la question sur les preuves contraires.
Les sources auxquelles doivent être attribuées les inflictions de peine que la bienveillance efleclivenégative a pour objet d'éviter ou de réprimer, se trouvent dans l'arrogance , la hauteur, le mépris , la suffisance , la froideur, la réserve , l’orgueil et l'affectation. Chacun de ces vices peut produire un résultat uniforme. Peu importe à la «ictimeque sa souffrance émane de telle mauvaise qualité ou de telle autre. La loi de l'abstinence s’applique à toutes indistinctement. Dans quelques esprits, certaines d'entre elles dominent; dans d’autres, certaines autres. Elles doivent être mesurées dans l'échelle des déféctuosités morales , par la quantité de peines qu'elles causent. Le mépris de tel homme peut être moins offensant que la h^ideurde tel autre, et conséquem* ment moins malfaisant. L'arrogance d'un homme de haut rang peut être plus tolérable que la froideur d’un inferieur ou même d’un égal. Nous avons
donné des exemples de chacun de ces vices ; mais chacun d’eux est susceptible de tant de modifications, et peut se manifester dans une si grande variété de tmroles et d'actes, que nous avons dô abandonner à chaque homme le soin d'emprunter à sa propre ex|>érience de quoi remplir les vides que nous avons laissés. Déraciner de l’esprit ces vices, c'est en ex(ir|>er les fruits. Us participent tous plus ou moins des deux vices fondamentaux, l’imprudence et la malfaisance, et on ne saurait conséquemment les garder sans qu’il en résulte dommage et souffrance.