DES MOYENS DE PL’BUCITÉ
acquièrent par rhabUuite une connaUsance de la procédure. C’eat comme un parterre exercé, qui jitt'e mieux d*une pièce que des auditeurs neufs et sans expérience.
On peut user de divers moyens pour instruire le public de l’état des causes : un tableau , placé en divers endroits, annonçant les jours de leur prc> sentalion , pourra rivaliser avec des affiches qui annoncent des spectacles moins instructifs et moins utiles.
Nous n’avons encore que des s[>eclatcurs libres et volontaires; cette importante publicité serait donc encore un hasard. N’y aurait-il pas moyen de s'assurer de quelques témoins respectables, par exemple , entre ceux qui ont des Fonctions publiques. à qui elles laissent du loisir? Les ecclésiastiques me paraissent propres à ce service. Dans les cours de district , les curés du voisinage pourraient être tenus de remplir ce devoir à tour de rôle ; et tant qu’on juge à propos de conserver ces serments , contre lesquels il y a des objections si fortes l’office de les administrer ne saurait être placé en des mains plus convenables.
L'obligation de suivre quelque tribunal pendant un certain temps pourrait être imposées la jeunesse comme une qualiRcaiion nécessaire pour aspirer aux emplois ; et qui peut douter que celle branche d’é<iucalion ne leur fût très-utile? Quel séminaire est aussi bien adapté qu’un tribunal à Former des citoyens expérimentés, accoutumés à réfléchir sur les lois, et à peser les actions humaines dans les balances de la justice? La plus illustre Jeunesse de Rome, en entrant dans le monde, s'attachait à des oiagislrats distingués , o des jurisconsultes blanchis dans les fonctions de la loi , el s’instruisait d'exempte auprès de ces grands modèles.
Hais un tribunal n’est qu'un lieu borné; les citoyens qui peuvent y assister oc sont comparativement qn'un bien petit nombre. N’oublions pas que le principe de la publicité demande la liberté de la presse pour tout ce qui sc passe dans les cours de Justice. Je ne dis pas que le juge doive ordonner l’impression «les pièces dans tous les procès, dépense qui serait énorme el inutile; car le public ne daignerait pas jeter les yeux sur la millième partie de ce fatras : il suffit d'accorder la faculté de transcrira les registres , el l'on peut s’en fier, soit à l’intérêt des journalistes, soit aux parties elles-mêmes, pour distinguer ce qui peut exciter la curiosité générale.
Depuis longtemps, en Angleterre, et «lepiirs quelques années en France, l’industrie des lachy-
> Voyez Traité des pveuve$ JudldalrfM, tir. n. ch. III.
graphes fournit au public un amusement et une instruction que peu d'autres peuples ont le bonheur de posséder. La nation a les yeux ouverts sur les procédés de la justice , et l’on ne peut pas oublier que les luis sont toujours en action.
Doit-on permettre aux parties d'imprimer des faclums même avant le jugement? Cela est toléré en France et défendu en Angleterre; on a craint qu’il n’en résultât des préventions dans l’esprit des jurés; objection qui serait péremptoire si celte public.'iliun n'avait pas lieu pour les deux parties. Mais ce qu’on jiourrait alléguer «le plus fort contre ce privilège, c’est qu’il serait trop souvent favorable aux riches et nuisible à ceux qui n’en pourraient pas soutenir les frais. Reste à juger si cel inconvénient accidentel doit l’emporter sur l’avantage d'intéresser le public à une cause, pendant que iVspërance , la crainte el la curiosité sont à leur plus haut terme, et assurent h ces publications un plus grand nombre de lecteurs.
La publicité se lie naturellement à l’appareil extérieur de la justice , à ce cérémonial qui ajoute à l’autorité par son influence sur l'opinion. Chacun sait combien les marques de dignité, les décorations , les gardes , les costumes , la pompe du lieu, agissent sur l'tmaginalron des hommes ; et ceux qui se croient le plus au-dessus du peuple, les philosophes mêmes , ont bien de la peine à se défendre de cette im|>ression. L’appareil convertit un théâtre en palais et un histrion en roi. Qu’on explique ou non ce préjugé si univei*scl, le fait est incontestable : on ne s’en est que trop servi pour tromper les hommes : il faut en faire usage pour leur bien. Sans doute un juge, pour être entoure de pourpre, n'en sera pas plus infaillible, mais la multitude en sera plus disposée à l’écouter avec soumission ; luimême se respectera davantage, et n’ouldiera pas qu’en lui l’orgueil de son état est vertu : plus il parait au-dessus d’un homme ordinaire, plus les témoins craindront «le mentir en sa présence. I.eurconscience est, pour ainsi dire , réveillée et avertie par la majesté du lieu et de la personne.
Voilà une partie des raisons séduisantes qti’on pourrait alléguer pour donner soit aux juges, soit à tout ce qui les entoure, un appareil exléritrur de dignité, une solennité imposante par des moyens empruntés de tous les arts; particulièrement de celui qui a le plus étudié les passions et les impressions d«‘s hommes rassemblés en grand nombre.
Mais «les réflexions plus môres tendent à écarter des cours de justice et des juges eux-mêmes toute pompe extérieure, toute dignité factice , tout ce qui va au delà des graves bienséances d'une fonction qui a trop pour elle la puissance de la réalité pour I avoir besoin des secours de rimaginalton et de