DES CAS QU LA RÉCOMPENSE ET LES PEINES SE COMBINENT
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corporelle, excepté le cas de haute trahison. Ce genre de distinction, qui ne pouvait guère être imaginé que dans un État à peine sorti de la barbarie, avait sans doute pour but de les relever à leurs propres yeux , et de leur donner une dignité personnelle, au delà même du temps de leurs fonctions.
Les exemptions d'un fardeau civil sont des dispenses de quelque service réputé onéreux.
Se découvrir en présence du souverain est un service de respect établi par l'usage dans toute l'Europe. En Espagne , certaines familles , parmi la noblesse, jouissent du privilège de se couvrir devant le roi. En Irlande , le chef de la famille de Courcy * jouit d'une pareille exemption , accordée anciennement en récompense d'un service.
Par un statut britannique, celui qui saisit et poursuit jusqu'à conviction un criminel d'une certaine classe reçoit , entre autres récompenses, une exemption des offices paroissiaux , avec le pouvoir de transférer cette exemption à un autre.
Plus les lois sont dures, plus le fonds des récompenses par exemption est abondant. On peut en faire avec des restitutions , avec des actes de justice ; on peut donner aux uns ce qu'on devrait laisser à tous ; on peut donner , sous condition , ce qu'on devrait donner gratuitement. Plus on a été injuste en gros, plus on peut être généreux en détail. Le gouverne* ment oppressif d'un prince devient une mine d'or pour son successeur. Dans l'Église, ce sont les bonnes œuvres des devanciers ; dans l'État , ce sont leurs mauvaises œuvres qui grossissent les trésors de leurs héritiers. En Russie , en Pologne, le simple don de la liberté est une récompense très-distinguée. Un tyran peut récompenser en faisant moins de mal. Ce n'est pas une pure plaisanterie que la fable du Loup et de la Cigogne.
Disons un mot du dernier article des récompenses , les plaisirs. On peut appliquer la peine en nature à qui l'on veut, et presque en tout genre : mais, pour le plaisir , le législateur n'en dispose pas si aisément; il ne peut donner le plaisir qu'en donnant les moyens qui le procurent , c'est-à-dire la matière de la richesse , que chacun convertit à son gré.
Chez quelques nations barbares ou demi-policées , la politique a imaginé de payer les services des guerriers par les faveurs des femmes. Helvétius parait sourire avec approbation à ce moyen d'exciter le courage. Montesquieu l'avait peut-être entraîné dans cette erreur : en parlant des Samnites , chez qui le jeune homme déclaré le meilleur de tous pre-
i Baron de Kinsale.
1 naos le Corao , Mahomet permet a tes sectateurs d'ajouter au nombre de leurs concubines toutes les captives
naît pour femme la fille qu'il voulait, cette coutume, ajoute-t-il , devait produire d'admirables effets. Philosophes pleins d'humanité, tous deux bons époux et bons pères, tous deux éloquents contre l'esclavage , comment ont-ils pu applaudir à une loi qui suppose l'asservissement de la meilleure moitié de l'espèce humaine ? Comment ont-ils oublié que des faveurs qui n'étaient pas dues à un choix libre , et que le cœur repoussait peut-être , offraient l'idée d'une femme avilie , plutôt que d'un héros récompensé ? Le guerrier couvert des palmes de la gloire pouvait-il descendre au rôle de ravisseur? Et s'il dédaignait ce droit barbare , sa générosité ne faisait-elle pas la satire de la loi * ?
Voltaire raconte naïvement qu'à la première représentation d'une de ses tragédies, l'audience , qui vit l'auteur dans la loge d'une jeune duchesse extrêmement belle , exigea qu'elle lui donnât un baiser ,- comme pour acquitter la reconnaissance publique. La victime apparemment ne répugnait pas au sacrifice ; elle partageait l'admiration générale; et je crois que, sans délibération de magistrats, on peut s'en fier à l'enthousiasme du sexe, à sa passion de la gloire , pour les préférences qui peuvent animer le courage et le génie dans la carrière des hasards et des talents.