‹ Œuvres de Jérémie Bentham, Volume 2Chapitre 141 sur 443 · SIXIÈME RÈGLE POUR LES SALAIRES · texte numérisé non relu

SIXIÈME RÈGLE POUR LES SALAIRES

« dent pas mieux que d'être honnêtes , mais qu'il « faut toujours leur en laisser la possibilité. Que « Votre Majesté consente à faire l'essai que je lui « propose , et je lui garantis une recette plus forte « de plus d'un quart. » La maxime de morale avancée par M. de Launay parut au roi ce qu'elle était , juste et belle en elle-même , et d'autant plus admirable dans la bouche d'un financier, que les gens de cette robe ne sont pas réputés en connaître beaucoup de semblables. Il autorisa l'essai : les gages des employés furent augmentés de moitié, et les revenus de Sa Majesté de plus d'un tiers , sans nouvel impôt 4 .

Le salaire proportionnel au besoin est donc une espèce à' antiseptique moral ou de préservatif. II assure la probité de l'individu contre l'influence des motifs séducteurs , et la crainte de le perdre est plus qu'équivalente aux tentations ordinaires des profils illégitimes.

Mais , dans le calcul des besoins , il ne faut pas se borner au nécessaire absolu; il ne faut pas se régler sur les Fabricius et les Cincinnatus. Considérez l'état actuel de la société; prenez vos mesures sur la probité commune. Un fonctionnaire public possèdetil un certain rang , on exige de lui, n'importe par quelle raison , une dépense à peu près pareille à celle des personnes d'un rang égal. S'il est réduit à contrevenir â cette loi de l'opinion , il déroge , il s'expose au mépris ; peine d'autant plus affligeante que le rang est plus élevé. Ainsi , les besoins croissent avec la dignité. Dépourvue des ressources légitimes pour se soutenir , la dignité fournit un motif de malversation , et la puissance en fournit les moyens. Ouvrez l'histoire , et vous verrez les crimes qui en ont été le résultat.

Si on cherche une raison justificative du salaire extraordinaire que l'usage accorde aux magistrats suprêmes qu'on appelle rois, on la trouvera dans ce que nous venons de dire. Les Américains , en nommant le chef de leur État président, ont pu lui donner des appointements bien faibles , en comparaison de ce que la nation anglaise paye au sien. Pourquoi? Parce que la dignité présidentale se mesure par comparaison avec les autres offices de la république ; au lieu qu'en Europe la dignité d'un roi se mesure par une espèce de comparaison avec les autres rois. S'il ne pouvait soutenir une certaine pompe au milieu de l'opulence de ses courtisans, il se croirait avili. Charles II, trop gêné par l'économie du parlement, se vendit à un monarque étranger, qui offrit de fournir à ses profusions.

1 Thiébault , Mes Souvenirs de Berlin , tom. iv , p. 1*6.

* Je dois avertir que , n'ayant trouvé dans les manuscrits

L'espoir de sortir des embarras où il s'était plongé le jeta , comme un particulier perdu de dettes, dans des ressources criminelles. Cette misérable parcimonie valut aux Anglais deux guerres, et une paix plus funeste peut-être que ces guerres. On opprima un allié nécessaire , au lieu de contenir l'ambition d'uu rival qu'il fallut combattre ensuite avec moins d'avantage. Ainsi l'établissement de la liste civile, quoique la somme puisse paraître excessive , est une mesure de sûreté générale.

H est vrai qu'on ne peut pas trop savoir ce qu'il aurait fallu donner à un Charles II pour l'empêcher de se vendre. Il faudrait plus ou moins de cet antiseptique , selon qu'un fonctionnaire public serait plus ou moins accessible à la corruption. Tout ce qu'on peut faire â cet égard, c'est de calculer d'après les individus dont on a fait l'expérience.

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