‹ Œuvres de Jérémie Bentham, Volume 2Chapitre 157 sur 443 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Ce quatrième livre n'était pas entré dans le plan de Fauteur comme partie du Traité des récompenses. C'est toutefois l'application la plus importante des principes posés dans cet ouvrage, en particulier dans le chapitre xv , sur la liberté de la concurrence. Cet extrait est tiré d'un manuscrit de M. Bentham, intitulé Manuel d'économie politique, ouvrage qui , pour le fond et pour les résultats , est le même que celui de Smith sur la Richesse des nations, mais qui en diffère beaucoup pour le dessein et pour la forme.

Le philosophe écossais , ayant à traiter un sujet nouveau qui offrait à chaque pas une controverse , a senti qu'il devait commencer par l'exposition des faits. Son ouvrage est principalement historique. Il décrit , d'une manière admirable , les progrès de la société depuis son état de pauvreté primitive jusqu'à son opulence actuelle; il trace la marche de l'industrie dans son cours naturel, de l'agriculture aux manufactures, des manufactures au commerce, et du commerce intérieur au commerce étranger. Au milieu de ces grands et intéressants tableaux, la partie didactique n'est qu'incidente; il semble avoir craint de former trop lot un système : il a rassemblé les connaissances élémentaires, et il a laissé à la fermentation du temps le soin de mûrir et d'extraire les conséquences.

L'objet de Smith comportait une heureuse diversité : il a choisi la méthode la plus ornée et la plus facile; mais elle n'est ni la plus courte ni la plus favorable à l'enseignement. Son mouvement n'est point progressif: il revient souvent sur ses pas ; les. esprits vifs lui reprochent une argumentation diffuse, et prétendent que tous ses chapitres sont autant de traités séparés.

M. Bentham s'était fait une carrière plus difficile et plus étroite : il n'a considéré son sujet que sous le rapport de la législation , et s'est attaché unique-

ment à la partie pratique. — Ce que la loi doit être sur tel ou tel point, — ce qu'il fout faire et surtout ce qu'iï ne faut pas faire pour que la prospérité nationale atteigne au plus haut degré possible : — voilà son objet. La marche a toute la rigueur didactique. Il va toujours des définitions aux principes, et des principes aux conséquences.

Cette différence dans le but n'est pas la seule. M. Bentham a simplifié le sujet, en rapportant tout à un même principe, savoir , la limitation de /'mdustrie et du commerce par la limitation du capital : principe qui ramène tous les raisonnements dans un très-petit cercle, et qui sert à livr le faisceau des observations , sur lesquelles on a bien peu de prise quand elles sont éparses. Ce n'est point là une découverte. Ce principe est répandu , et, pour ainsi dire , infusé partout dans Smith ; mais on ne l'a énoncé nulle part comme principe dominant; il n'en a pas fait un emploi direct : s'il l'avait eu nettement sous les yeux, il en aurait fait le centre où tout aurait abouti , et il se serait épargné bien des répétitions et des détours.

Le Manuel de M. Bentham n'avait point pour objet de dispenser de la lecture de la Richesse des nations. La partie historique, en nous montrant l'origine des choses, en nous faisant réfléchir sur les phénomènes de la société , en décomposant la machine pour nous la montrer pièce à pièce , est la véritable base de la science. C'est ainsi qne la connaissance de l'anatomie et de la physiologie doit précéder la médecine proprement dite.

J'ai pris de ce Manuel ce qui appartenait à mon sujet, et que je n'aurais pu omettre sans y laisser en quelque façon une lacune. Mais ce n'est pas aux |forts et aux savants que cette partie est destinée : [ils sont au-dessus de ces éléments. L'étude de l'économie politique est devenue commune et familière , en comparaison de ce qu'elle était lorsque cet écrit fut composé. Cependant on y attaque des erreurs qui sont bien loin d'être détruites , et qui ont une tendance continuelle à se reproduire. Les

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