‹ Œuvres de Jérémie Bentham, Volume 2Chapitre 177 sur 443 · Augmentation de la masse des capitaux · texte numérisé non relu

Augmentation de la masse des capitaux

La masse des capitaux s'augmente par les productions du travail au delà des consommations.

L'addition à la masse de la richesse dans une année est la somme des économies faites par tous les individus dans la même année , c'est la différence entre les valeurs produites ou-importées , et les valeurs détruites ou exportées dans le cours de la même année.

L'addition faite à la richesse pécuniaire d'une communauté est de même la différence entre la somme produite ou importée , et la somme détruite ou exportée dans le période en question.

Dans le cas d'un individu, accroissement d'argent est accroissement de richesse. Si sa fortune consiste aujourd'hui en mille guinées , et qu'il en ait deux mille demain, il est deux fois aussi riche que le jour précédent. Il peut commander deux fois la même quantité du produit de tous les travaux.

11 n'en est pas de même pour une communauté.

Si son numéraire métallique était aujourd'hui un million de livres sterling , et qu'il fût demain de deux millions, sa richesse ne serait pas doublée comme celle de l'individu; la communauté ne serait pas même , pour l'intérieur, plus riche qu'auparavant. Au lieu d'avoir à son commandement une quantité double de produits , elle n'en a que la même quantité.

Il est vrai qu'en exportant chez d'autres nations celle masse soudainement acquise , la communauté en question obtiendrait une addition à la masse de sa richesse non pécuniaire ; mais à mesure que cet échange se fait, le cas que nous avons supposé n'est plu&le même. Elle cesse de posséder le million d'or additionnel.

Celte contradiction apparente entre les deux cas est facile à lever. Quand l'individu trouva sa quantité d'or subitement doublée, la valeur de l'or n'avait pas diminué par celte addition : la communauté n'en possédait pas plus qu'auparavant , supposé que la somme ne vint pas de l'étranger. La proportion erçtre le numéraire et les choses à vendre restait exactement la même.

La masse de toutes les choses qui sont vendues dans le cours de l'année est égale en valeur à la somme du numéraire donné en échange pour les obtenir , en multipliant la quantité actuelle du numéraire par le nombre de fois qu'il a servi aux échanges. Une de ces masses est égale en valeur à

1 Ce n'est pas sans défiance que je donne ici ce faible extrait d'un très-grand ouvrage MS.de M. Benlham sur les prix et sur les causes de la hausse des prix. Il cm*

l'autre; car, par la supposition, l'une a été échangée contre l'autre.

Celte égalité subsiste, quelle que soit la différence en quantité entre ces deux masses. Quand le million en or, circulant trois fois pendant l'année, a acheté toute la masse des choses qui étaient à vendre , il donne à tous ses possesseurs successifs la jouissance de cette masse. Lorsqu'en prenant le même cours , les deux millions en or ont produit le même effet, ils n'ont opéré que ce que le seul million avait produit auparavant, puisque, par la supposition, la masse des choses n'a point reçu d'accroissement.

Cela veut dire, en d'autres termes, que la nouvelle masse métallique s'absorbe dans la masse générale du numéraire , et qu'autant on ajoute à sa quantité , autant on diminue de sa valeur.

L'addition faite au numéraire de la communauté produit une augmentation proportionnelle dans le prix des choses vénales , dans le prix pécuniaire de toute la masse de la richesse non pécuniaire , et conséquemment, soit dans le prix de chaque article, soit dans celui du plus grand nombre.

Si une addition faite à la masse pécuniaire de la communauté est employée à créer une portion de richesse non pécuniaire qui n'aurait point été créée sans cela , si elle produit par le travail ou par des échanges une augmentation de richesses réelles, le résultat n'est plus le même. Dans la proportion où la richesse réelle est augmentée , l'addition faite au numéraire cesse d'opérer pour en diminuer la valeur relative.

Pour simplifier le cas et le rendre plus frappant, j'ai supposé une addition excessive et soudaine. Il est bien rare qu'une addition de cette nature ait eu lieu en métaux précieux, mais elle a souvent lieu en papier-monnaie.

Ainsi, l'augmentation des prix, toutes choses d'ailleurs égales, est une preuve d'une extra-addition au numéraire, et une mesure de sa quantité.

Cette défalcation de valeur équivaut à une taxe indirecte sur les revenus pécuniaires : taxe qui peut aller sans cesse en augmentant ; taxe qui porte un bénéfice pour ceux qui émettent le papier-monnaie, et dont le fardeau porte tout entier sur les possesseurs des revenus fixes. 11 y a une compensation de celte taxe pour les producteurs et les marchands qui élèvent le prix des denrées, pour tous ceux qui ont leur part de ce nouveau numéraire; mais ceux dont la fortune consiste dans un revenu pécuniaire qui n'augmente point en portent tout le poids *.

Quand cette diminution graduelle de revenu se

brasse un si grand nombre de questions, qu'il n'est pas possible d'en donner une idée exacte dans un si court abrégé.

DES MOYENS D'ACCROISSEMENT DE LA RICHESSE

fait lentement, quoiqu'elle soit un mal , ce mal peut résulter de la prospérité générale et être compensé par un plus grand bien. Des pertes qui naissent du cours ordinaire des choses sont prévues et à peine senties : on y pourvoit d'avance. Mais quand le gouvernement lui-même intervient par des opérations dont les effets sont aussi grands que soudains pour donner un accroissement subit à la masse du capital pécuniaire, métallique ou monnayé, il confond tous les calculs de la prudence , il altère la valeur de tous les contrats existants, il ruine une partie de ses sujets , et sa richesse imaginaire devient l'instrument de sa destruction. Voilà ce qu'on a vu en France sous le système de Law, et plus encore sous le règne des assignats (g).

S. Emploi le plus avantagent des capitaux.

Nous avons déjà vu que , sous la conduite de l'intérêt individuel , les capitaux prendront une direction plus avantageuse que sous la conduite du gouvernement.

De tous les emplois des capitaux , le plus avantageux à la nation , c'est la culture des terres : il est à la fois , comme l'a démontré Smith , plus grand en lui-même et plus inhérent à l'État. Plus grand : car le capitaliste ne s'y vouerait pas s'il ne le trouvait à peu près aussi avantageux qu'un autre , et cela, après avoir déduit la rente qu'il paye au. propriétaire, montant ordinairement au tiers du produit. Voilà ce que l'État gagne à cet emploi , par delà ce qu'il peut gagner à tout autre. De plus, c'est une richesse moins amovible : l'artisan peut emporter son industrie , le marchand ses magasins, le rentier ses capitaux ; le fermier ne peut pas emporter la terre (h).

Pour concourir à cet objet , que doit faire le gouvernement ? Rien ; c'est-à-dire , rien comme encouragement positif ; car il ne saurait trop ôter les entraves , trop écarter les obstacles mis à l'aliénation des biens-fonds * , ni trop favoriser la conversion des biens communaux en propriétés individuelles *•

La condition la plus favorable à la prospérité de l'agriculture existe quand il n'y a point de substitutions , point de fondations inaliénables , point d'impôt sur les ventes ou les échanges, point de terres communales, point de droit de retrait, point de dîmes , ou de taille , ou de redevances qui mettent l'industrie à l'amende , et lèvent sur le cultivateur une contribution d'autant plus forte qu'il a fait plus d'avances et donné plus de soin à la culture.

1 Voyez, tur cet objet, Traités de législation , 1. 1.

A parler en général , les grands terriens s'appliquent peu à l'amélioration de leurs domaines. Les uns laissent en friche pour le plaisir de la chasse une étendue de pays qui nourrirait des centaines de familles; les autres , prodigues à proportion de leur opulence , donnent tout aux jouissances actuelles, et s'occupent peu de l'avenir. Là où le système des baux et des fermes est sur un bon pied , le mal n'est pas grand ; mais il en est tout autrement quand la régie est entre les mains d'un intendant, encore moins intéressé que les seigneurs à l'amélioration du revenu. Que la grande propriété soit divisée en trois ou quatre parties , les propriétaires seront animés d'un tout autre esprit. L'aiguillon du besoin les rend intelligents et industrieux. Le seigneur employait vingt jardiniers à produire des ananas, à soigner des boulingrins : cinq fabricants emploieront vingt cultivateurs à produire du blé pour eux et pour cent artisans. Mais qu'on n'imagine pas que je recommande des lois agraires et des divisions forcées : ce serait couper un bras pour le sauver d'une égratignure.

Dans l'échelle de l'utilité publique, en tant qu'elle dépend de la richesse générale, après l'agriculture, viennent les manufactures dont les produits se vendent dans le pays; après celles-ci, les manufactures dont les produits s'exportent, et en dernier lieu vient le commerce de fret. Smith l'a démontré. Voilà pour la théorie ; mais il ne s'ensuit pas que , dans la pratique , on doive favoriser une branche d'industrie plus haute dans l'échelle aux dépens d'une autre qui se trouve plus bas. Elles exercent toutes les unes sur les autres une influence réciproque , et les bénéfices se partagent entre elles assez également; car si pour un moment une branche devient plus avantageuse que les autres, un plus grand nombre se porte aussitôt vers ce côté-là , et l'équilibre ne tarde pas à se rétablir. Si tel genre d'industrie est plus constamment utile à l'État , c'est parce que le bénéfice lui reste plus sûrement , parce que la richesse qui en provient est plus stable.

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