PREMIÈRE SOURCE D'ANALOGIE
Même instrument dans le délit et dans la peine.
L'incendiât, l'inondation, l'empoisonnement, ces délits dans lesquels le moyen employé pour les commettre est la première circonstance qui frappe l'imagination, sont du nombre de ceux où Ton peut appliquer à la peine l'instrument qui a servi au crime.
Observons , sur l'incendiât , que ce délit doit se restreindre aux cas où quelque individu périt par le feu. N'y a-t-il point de vie perdue, point d'injure personnelle irréparable, le délit doit être traité sur le pied d'un dégât ordinaire. Qu'un article de propriété soit détruit par le feu ou par quelque autre agent , cela ne fait point de différence. La valeur du dommage doit être la mesure du délit. Un homme met-il le feu à une maison isolée et inhabitée , c'est un acte de destruction , et son délit ne se range pas sous la définition de l'incendiai*.
Si le supplice du feu eût été réservé pour les incendiaires, la loi aurait eu en sa faveur la raison de l'analogie. Mais, dans la législation des temps barbares, on l'a employé assez généralement en Europe pour trois espèces de délits : la magie, délit purement imaginaire ; l'hérésie , simple différence d'opinion religieuse, parfaitement innocente, souvent salutaire, et où tout l'effet des peines se réduit à produire des actes de fausseté; le troisième délit, résultat d'une dépravation sans méchanceté, suffisamment réprimé par la honte 8 .
Le feu pourrait être employé comme instrument de supplice, sans aller jusqu'à la mort. La peine est variable dans sa nature entre tous les degrés de sévérité dont on peut avoir besoin. Il faudrait soi-
vieillesse ** devraient être rangées parmi les crimes capitaux.
2<> Si Dieu eût voulu que ce délit fût puni par le feu , il aurait commencé par son peuple ; mais la loi judaïque ordonne la peine de mort en termes généraux ; et même la peine du feu parait exclue, puisque dans le verset suivant , pour une espèce d'inceste, elle est positivement prescrite. (£év/*.,xx,13,14.
3° Il n'est point dit que cette offense fût la seule pour laquelle ces villes furent détruites : le texte leur impute en général toutes sortes d'iniquités et de méchancetés.
4° Ce n'était pas même le simple délit d'impureté qui était le crime des Cananéens : ils étaient coupables d'une violation d'hospitalité et d'une violence personnelle ; deux aggravations si fortes qu'elles changent tout à fait la nature du délit.
•• Le délit pour lequel quarante-deux enfants furent déchirés par des ours â la prière d'Elisée — Rois, llv. II, ctup. u.
DE L'ANALOGIE ENTRE LES PEINES ET LES DÉLITS
gneusement déterminer, dans le texte de la loi, la partie du corps qui doit être exposée à l'action du feu, le mode de l'opération par une lampe, le nombre des minutes , et l'appareil nécessaire pour ajouter à la terreur. Pour rendre la description plus frappante, objet principal, il faudrait y joindre une estampe où l'opération serait représentée.
V inondation est un délit plus rare que l'incendiât; il est inconnu dans plusieurs contrées, et ne peut être commis que dans les pays où il y a des canaux et des digues artificielles à percer. Il est susceptible de tous les degrés de gravité. Causer l'inondation de quelques terrains est simple dégât de propriété : c'est par la destruction des vies que ce délit s'élève au degré d'atrocité qui nécessite des peines sévères.
L'analogie la plus sensible indique le moyen du supplice : c'est de noyer le criminel avec quelque appareil qui ajouterait à la terreur. Dans un code pénal où l'on n'aurait pas admis la mort , il pourrait être noyé et rendu à la vie. Ce serait une partie de la peine.
Devrait-on employer le poison comme moyen de supplice pour un empoisonneur?
A certains égards , il n'est point de peine plus convenable. Le poison est distingué des autres meurtres par le secret avec lequel il peut être administré, et par la froide détermination qu'il suppose. De ces deux circonstances, la première ajoute à la force de la tentation et à l'alarme causée par le délit ; la seconde fait voir que le criminel , attentif à son propre intérêt , est capable d'une réflexion sérieuse sur la nature de la peine. L'idée de périr par le même genre de mort qu'il prépare est la plus effrayante pour lui. Dans chaque préparatif du crime, l'imagination lui représente son propre sort. L'analogie, sous ce rapport, produit pleinement son effet.
11 y a aussi des difficultés. Les poisons sont incertains dans leur opération ; il faudrait toujours fixer un temps après lequel on abrégerait le supplice par l'étranglement. Si l'effet du poison était de produire le sommeil, la peine pourrait n'être pas assez exemplaire : s'il opérait par des convulsions et des déchirements, elle pourrait être odieuse.
Si le poison administré par le criminel n'avait pas été fatal, on pourrait lui faire prendre un antidote avant que l'opération du poison pénal fût mortelle. La dose et le temps seraient fixés par le juge, sur le rapport des experts.
L'horreur attachée à ce crime pourrait bien rendre cette peine populaire. S'il y a des pays où il soit plus commun qu'ailleurs , c'est là où la peine qui présente cette analogie avec le délit pourrait être plus convenable.
If.