COMPARAISON DES DIVERS MODES D'INTERROGATOIRE
intéressées , ne leur permettait pas de s'interroger réciproquement. Elle commettait cette fonction au juge , et la lui commettait exclusivement.
Ce système était défectueux à bien des égards , même en supposant de la part du juge toute l'intégrité possible.
1° Défectueux à l'égard du zèle qui dépend de l'intérêt : il est manifeste que celui du juge , à parler en général, ne peut pas être égal à celui des parties elles-mêmes.
2° Défectueux à l'égard des connaissances positives appartenant à chaque cause individuelle : il est à présumer que les parties, qui en font l'objet principal de leur attention, ont encore en général de la supériorité sur le juge.
Tel est l'étal des choses en supposant à ce magistrat la probité la plus parfaite ; mais s'il a une partialité dans la cause, quel moyen ne lui donne pas ce droit exclusif d'interrogation pour favoriser une des parties aux dépens de l'autre? On a souvent observé que les juges , par une suite même de leur état, par leur habitude de voir des criminels et de croire aisément au crime, sont en général prévenus contre les accusés et décèlent ce sentiment par un mode d'interrogatoire sévère et hostile. Dans les accusations politiques, on leur a communément reproché une disposition servile à se prêter aux vues du gouvernement , disposition qui s'explique aisément, soit par des vues ambitieuses, soit par une sympathie naturelle entre toutes lesautorités. Le pouvoir, dit un homme d'esprit, fait les juges à son image *.
La jurisprudence anglaise est la première où l'on ait obvié à tous ces dangers en donnant aux parties elles-mêmes la faculté d'interroger les témoins ; et c'est là ce qui a donné à cette jurisprudence un terme approprié à cet effet : cross examination, examen contradictoire.