‹ Œuvres de Jérémie Bentham, Volume 2Chapitre 257 sur 443 · Comparaison du mode oral et du mode épistolaire · texte numérisé non relu

Comparaison du mode oral et du mode épistolaire

1° Ces deux modes sont égaux sous le rapport de \* particularité A\ n'y a poiflt de question qu'on ne puisse faire par écrit comme de bouche : il n'y a point de circonstance à laquelle on ne puisse arriver de l'une et de l'autre manière.

1 ÉriERRE, Discourt sur la censure, ton. 1829.

Mais , dans le fait , il y a une grande différence même à cet égard; la facilité d'interroger un témoin présent conduit à ces détails auxquels on ne songerait pas lorsqu'on rédige des questions par écrit.

2° A l'égard de la permanence ou de la fixation du discours , le témoignage oral ne sera point inférieur au mode épistolaire , avec le secours du tachygraphe.

3° Si vous supposez la capacité et la bonne foi du témoin , il y aurait un avantage très-grand et très-sensible dans le mode épistolaire , sous le rapport de l'exactitude et de la plénitude du témoignage, en tant que ces qualités dépendent de la réflexion dûment et honnêtement appliquée à se rappeler tous les faits, à les placer dans leur véritable ordre. Il n'y a plus lieu aux imperfections d'un interrogatoire subit, au trouble qui peut altérer momentanément la mémoire, à des transpositions involontaires de faits et de circonstances : c'est là sans doute la principale cause qui a fait prévaloir ce mode dans un si grand nombre de cas.

Mais cet avantage , comme on l'a dit , dépend de la bonne foi supposée du témoin : car, s'il a quelque disposition à mentir, le mode épistolaire lui donne de grandes facilités , non-seulement parce qu'il a le loisir de méditer et de combiner ses réponses , mais encore parce que la série même des questions qu'on lui adresse est un fil qui le guide , qui lui montre le but auquel on veut parvenir et lui suggère des instructions d'après lesquelles il se dirige.

S'il est de mauvaise foi , l'expédient auquel il aura recours sera bien moins le mensonge , par lequel il peut aisément se compromettre, que le style indistinct et le genre nébuleux , qui échappe à la conviction : car en ceci l'artifice ne fait qu'imiter l'incapacité naturelle d'un entendement opaque et confus. Il entasse paroles sur paroles , il jette les matières dans l'état le plus complet de désordre , il abonde sur ce qu'on ne lui demande pas, il se tait sur tout ce qu'on veut savoir, il donne à la vérité même de fausses couleurs, en un mot il cherche â s'échapper dans l'obscurité. Ceux qui connaissent les écritures des plaidoiries ne trouveront pas cette représentation exagérée.

Dans le mode oral , les digressions de ruse ou d'ignorance sont arrêtées dès le premier pas. Toute expression louche est relevée. Si le répondant persiste dans ses phrases vagues ou équivoques , il donne un indice défavorable à sa cause ou à son caractère. Une obscurité prolongée et affectée serait l'équivalent du silence.

Un avantage qui appartient au mode épistolaire, c'est d'être tout à fait exempt d'un inconvénient

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