‹ Œuvres de Jérémie Bentham, Volume 2Chapitre 75 sur 443 · Dégradation · texte numérisé non relu

Dégradation

Le même chef renferme une autre modification de peines simplement ignominieuses : la perte de rang , la dégradation. Pour comprendre la nature de cette peine , il faut distinguer deux espèces de réputation ; l'une naturelle 7 l'autre factice et politique. Par réputation naturelle, j'entends celle que chaque homme possède en vertu de son mérite personnel et de sa conduite: par réputation factice et politique, j'entends celle qui, indépendamment du mérite personnel , est possédée par un individu en vertu de quelque institution du magistrat.

Jur. civ. Pand., liv. m, (il. n , p. 55, 390. Son explication toutefois n'est pas très-précise.

1 Le l ter s written du ring a short résidence in Spain and Portugal, by R. Soulbcy, Esq. 1797. Lett. x.

DEPUIS LE SIMPLE BLAME JUSQU'A L'INFAMIE

Cette espèce de réputation, de considération factice, est communément annexée aux offices publics qui confèrent du pouvoir ; mais elle existe aussi indépendamment des emplois politiques. Il y a une réputation factice attachée aux conditions élevées , à la naissance , à la richesse , à certaines occupations : ceux qui possèdent ce rang idéal jouissent d'une certaine supériorité convenue , sans avoir rien fait pour la mériter. La considération factice reste encore, même quand elle n'est point soutenue par ce que j'ai appelé réputation naturelle.

Tout ce qui est donné par l'autorité , l'autorité peut Voler : le souverain, qui peut faire un noble, peut réduire ce noble à l'état de roturier ; mais les préjugés limitent ce pouvoir. La sentence d'un juge, dégradant un gentilhomme, ne peut pas faire qu'il ne soit né d'un père gentilhomme. Tout ce qu'elle peut, c'est de le dépouiller d'une portion plus ou moins grande du respect que les hommes étaient disposés à lui accorder à raison de sa naissance.

La dégradation devrait enlever à l'individu toute cette portion de respect attaché au rang dont on le dégrade ; mais l'imagination des hommes n'est pas si docile aux ordres du pouvoir. L'homme qui a possédé de grandes dignités , et qui a longtemps commandé le respect , ne sera jamais privé entièrement de toute cette considération dont il était entouré. Il n'aura plus le même éclat, mais il en reste comme un crépuscule. Cependant il est à peu près certain que la dégradation met un individu dans un état pire que s'il n'avait jamais eu le rang dont il est privé ; parce qu'en général, ne pas posséder un bien est un moindre mal que le perdre après Tavoir possédé.

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