‹ Œuvres de Jérémie Bentham, Volume 2Chapitre 88 sur 443 · Condition de liberté · texte numérisé non relu

Condition de liberté

L'état dé liberté n'étant qu'une idée négative (exemption d'obligation), il s'ensuit que la perte de cet état est une idée toute positive. Perdre l'état d'homme libre, c'est être réduit à l'état d'esclavage. Mais l'idée d'esclavage n'emporte rien de déterminé, rien d'applicable universellement à toutes les nations. Il est des contrées où il n'y a point de classe d'hommes connus sous le nom d'esclaves. Dans celles où l'esclavage est admis , il comporte différentes formes ; il peut y avoir des esclaves de différentes classes. La peine de servitude différera beaucoup, selon la classe à laquelle l'individu sera agrégé.

L'esclavage se divise en deux classes : les esclaves qui dépendent du gouvernement, ceux qui dépendent des individus.

La condition des esclaves publics, si elle est modifiée par des règlements qui déterminent la nature du travail et des peines coercitives, n'est autre que la condition de ceux qui sont soumis aux travaux pénaux : si elle n'est point modifiée par de tels règlements , elle est à peu près sur le même pied que l'esclavage privé. Un esclave public ainsi placé est soumis à un inspecteur , qui n'est tenu qu'à l'employer, au profit du public, dans un certain genre d'occupations : ce pouvoir, tout arbitraire qu'il est, ne va pas toutefois jusqu'à lui donner le droit de vie et de mort. Cet étal diffère très-peu de l'esclavage privé. Un nègre, par exemple, employé sur une plantation du gouvernement, n'est pas , par celte circonstance , dans une condition beaucoup meilleure que s'il appartenait à un maître privé, qui, au lieu de régir par lui-même , emploierait un agent.

i Ce tort, comme punition, paraît irop rigoureux pour des criminels; c'est à des innocents qu'il est réservé. 11 est vrai, comme dit Montesquieu, que ce sont des hommes noirs depuis les pieds jusqu'à la télé.

Le moyen le plus simple de concevoir tous les degrés possibles d'esclavage , c'est de le considérer d'abord comme absolu et illimité. L'esclave dans ce cas est exposé à toutes les espèces possibles de maux. La peine comprise sous le nom de déchéance de condition libre n'est alors rien moins que la chance plus ou moins grande, selon le caractère du maître, de souffrir toutes -sortes de maux, • c'est-à-dire tous les maux qui appartiennent à tous les différents modes de punir. Pour se faire une idée exacte de la nature et de l'étendue d'une telle peine, il ne faut que parcourir le tableau qui exhibe tous les genres possibles de punition. C'est, en un mot, la perte absolue de protection légale pour l'esclave relativement à l'individu constitué maître*.

Telle est la nature de l'esclavage dans sa forme la plus simple ; telle est la nature de la perte totale de la liberté. Les différentes restrictions qu'on peut donner à l'exercice de ce pouvoir constituent différents degrés d'adoucissement dans la servitude.

Les maux de cette condition sont donc : 1° la chance pour l'esclave de subir toutes les espèces de souffrances qu'il n'est pas expressément dérendu au maître d'infliger ; 2° l'appréhension continuelle de ces souffrances.

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