‹ Œuvres de jeunesse H. de Balzac Le centenaireChapitre 10 sur 18 · IT · texte numérisé non relu

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ceux (l’un pauvre hère, à la seule difTérenco que l’un boit dans le cristal un vin empoisonné, et que l’autre boit tranquillement dans le creux de sa main; que, si l’un mange dans l’argent des mets exquis, l’autre mange sans soucis, dans l’argile, des aliments grossiers; que le lit de plume du premier est quelquefois très-dur; qu’il ne désire plus rien quand l’autre jouit du trésor des souhaits que son imagination, sans cesse lendue vers ce qui lui manque, lui fait former.

Béringheld, privé depuis son départ du plaisir ineffable de voir sa mère et Marianine, se livrait d’avance à la joie suprême qu’il éprouverait en jouissant de leur surprise, quand il se trouverait entre elles deux et dans le château, avec les marques de pouvoir et les insignes de ses dignités.

Il brûlait le pavé avec les roues do sa calèche, afin de ne pas perdre un seul instant : ne s’agissait-il pas de revoir sa mère, la plus tendre des mères?...

Il arrivait à G... lorsqu’un courrier, envoyé par le préfet Véryno, lui apprit que madame de Béringheld venait de mourir en prononçant le nom de Tullius, se plaignant doucement de ne pas l’avoir revu, et disant que la mort lui avait semblé bien amère. Marianine avait été constamment au chevet de la mère de son bien-aimé et n’avait pas cessé de prodiguer à madame de Béringheld les soins d’une fille tendre et dévouée; du reste, elle n’écrivait pas une ligne au général.

Au moment où Béringheld était livré à la. plus profonde douleur et se reprochait de n’avoir pas écrit à sa mère pour la prévenir des courts instants de séjour à Paris que ses missions, ses importantes fonctions lui permirent rarement, et qu’il ordonnait de se diriger vers Béringheld, un autre courrier, dépêché par le souverain, lui remit une dépêche qui le rappelait sur-le-

champ à Paris, où le monarque le souhaitait pour lui donner des instructions et lui conlier le commandement d’une armée en Espagne.

Ce message surprit Bcringheld, qui était tombé de puis quelques mois dans une sorte de disgrâce auprès de l’empereur, à propos de cette même guerre à laquelle il s’était montré ouvertement opposé.

D’une autre part, il vit dans cette décision impériale une preuve d’estime, et il partit pour l’Espagne avec l’idée d’y périr dans un combat, et de terminer glorieusement une existence qui lui était devenue à charge.

C’est ici le lieu de faire la remarque que cette maladie morale s’empare toujours des âmes telles que celle de Béringheld, lorsqu’on arrive au point d’élévation où il se trouvait assis.

Il se voyait un des plus riches propriétaires de France, et il ignorait lui-même l’étendue de sa fortune; il ne connaissait pas de plaisir qu’il ne pût atteindre; il était rassasié de pouvoir; il ne prenait de l’amour que le plaisir, et son illustration lui donnait fort à faire.

Les sciences humaines ne lui offraient plus rien; il faut cependant excepter la chimie, qu’il n’avait pas eu le temps de cultiver.

Dans de semblables circonstances, et pour une âme comme celle de Béringheld, la vie n’était plus qu’un mécanisme sans prestige, une décoration d’opéra dont il n’apercevait que les ressorts et les machines.

Alors, lorsque toute curiosité est satisfaite, que l’on est au bout de ses désirs, le bonheur est mort, la vie sans charme, et la tombe est un asile désiré.

La mort de sa mère rembrunissait encore toutes ses réflexions, et il partit donc en 18... pour l’Espagne, avec la ferme volonté de laisser son corps sur celte terre orgueilleuse.

COMBAT DE — MALADIE Dü GÉNÉRAL

HISTOIRE DE LA JEUNE ESPAGNOLE LE GÉNÉRAL A LA MORT — FIN DE SES MÉMOIRES*

Le courage audacieux de Béringheld et la bonté touchante que déploient tous ceux dont l’ànie est attaquée par cette singulière maladie qu’on appelle aujourd’hui le spleen, lui concilièrent l’amour des soldats.

La mort ne voulait pas de lui et refusait une offrande présentée si souvent et avec une opiniâtreté si soutenue.

Bonaparte était en Espagne et dirigeait lui-méme toutes les operations.

A cette alîaire, la dernière à laquelle il assista, Béringheld acheva de se degoûtér de la guerre.

Les Espagnols, réfugiés sur une montagne qui n’avait qu’une seule pente accessible, la balayaient par le feu soutenu de deux batteries habilement placées.

Ce point ainsi défendu était un obstacle aux projets de Bonaparte, qui voulait rendre complète la défaite de l’ennemi; l’opiniâtre résistance des Espagnols paraissait l’irriter vivement.

Quatre fois les grenadiers de sa garde étaient montés, mais quatre fois ils étaient revenus décimés et re^ nonçant à cette dangereuse tentative.

Au moment où Béringheld, h la tôle d’un corps de cavalerie polonaise, arrivait annoncer la déroute d’une

LE CENTENAIUE

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partie opposée, Bonaparte ordonnait à l’élite de ses offlciers de le suivre, et, poussé par une sourde rage, il se dirigeait vers la hauteur.

— Qu’on ne me parle pas d’impossible, rien ne doit être impossible à mes grenadiers! disait-il d’une voix sévère au chef qui venait excuser ses soldats.

— Sire, répondit l’ollicier, si vous l’exigez, nous allons y retourner et mourir I

— Vous n’en êtes plus dignes!... c’est à mes Polonais que je réserve l’honneur d’enlever celte batterie. A vous, Béringheld !...

Un homme méchant aurait cru que Bonaparte voulait se défaire d’un général dont le génie transcendant l’inquiétait.

Sur le désir de son souverain, Béringheld fait signe à sa troupe et gravit la montagne au galop; il arriva avec vingt hommes sur le plateau, où il massacra les Espagnols et s’empara de la batterie.

Le reste du détachement couvrait le chemin.

Cette charge fit tressaillir l’empereur et son état- * major. Mais lorsque Béringheld revint auprès de Bonaparte avec le reste de son détachement, il revint avec le germe d’une maladie mortelle, allumée par l’émotion extraordinaire que lui causa celte moisson de braves sacrifiés inutilement; car on pouvait cerner la montagne et bloquer les Espagnols, qui seraient morts do faim, ou bien auraient été forcés de se rendre.

On laissa Béringheld et une grande partie do sa divi sion A cet endroit : le général resta aux prises avec une maladie que les médecins de l’armée déclarèrent mortelle.

Ses soldats, consternés, furent plongés dans la douleur à cet arrêt, qui circula dans la ville; chacun pleurait un père, et les offlciers un ami.

Avant que le général tombât malade, il s’était singulièrement intéressé à une jeune Espagnole; et pendant sa maladie il en demandait souvent des nouvelles.

Elle demeurait dans la maison voisine de l’hôtel du général.

Inès avait aimé un jeune officier français avec toute l’ardeur des filles de l’Espagne.

Le frère d’Inès, fanatisé par la présence de l’ennemi sur le sol de sa patrie, fit le serment.de massacrer tout Français qu’il rencontrerait armé ou désarmé, jeune ou vieux, ami ou ennemi.

Don Grcgorio assassina l’amant de sa sœur au moment où ce dernier sortait de sa maison.

Inès entendit le dernier cri du jeune Français et recueillit son dernier soupir.

Elle devint folle; sa folie n’avait rien que de loucliant.

Constamment assise sur un banc de pierre, à la place où son cher Frédéric succomba, elle regardait la tache que son sang avait imprimée sur les carreaux de marbre blanc, et qu’elle n’avait point permis qu’on enlevât; elle ne prononçait pas une seule parole. A onze heures du soir seulement, elle jetait un faible cri et disait :

— Gregorio... ne le lue pas! grâce!...

Après avoir prononcé cette phrase solitaire, elle pleurait de nouveau en silence.

On déposait des aliments sur la fenêtre de sa maison^ déserte, et elle n’y touchait jamais que lorsqu’elle ne pouvait plus supporter la faim.

Elle ne faisait aucun mouvement, gardait la même attitude, laissait scs beaux cheveux épars; jamais elle ne souffrit qu'on lui enlevât sa robe tachée de sang. Semblable à la statue du désespoir, elle souriait tristement à ceux qui la questionnaient ou qui s’arrêtaient J

mais ce sourire était le même pour tous et portait ce cachet d’aliénation qui déchire l’àme des gens les plus insensibles.

A toute heure de jour et de nuit on la voyait assise à la même place, et si par hasard elle s’en éloignait, c’était pour aller à la porte par laquelle elle introduisit Frédéric; et là, paraissant écouter, elle tendait son joli cou de toutes ses forces; son oreille avide écoutait un bruit imaginaire pour tout le monde, mais qui s’était gravé dans son souvenir, et ses yeux errants sur 1e jardin cherchaient h voir un objet souhaité. Au bout de quelques instants elle s’écriait :

— La porte se ferme; le voilà.

Et elle s’élançait, puis elle croyait tenir Frédéric dans ses bras : elle l’embrassait et le conduisait vers sa chambre; mais alors elle jetait un effroyable cri, et, détrompée, l’œil sec, le visage décomposé, elle revenait à sa place.

Dans le jour on la voyait quelquefois, mais rarement, regarder à côté d’elle comme si elle eût aperçu son ami : elle le contemplait attentivement.

Son œil terne reprenait de la vie et de l’expression : rien n’était étonnant comme ces passages rapides de la vie à la mort.

De vague et d’indéfini, som regard, par des teintes insensibles, arrivait à exprimer tout ce que les souvenirs de l’amour pouvaient lui donner de plus tendre et de plus exalté; puis, par des dégradations imperceptibles, il redevenait terne et fou.

Un soir, le général, près de succomber sous l’effort croissant de la maladie, demanda des nouvelles de cette jeune martyre de l’amour.

Un officier lui répondit que quelque chose d’exlraor-

dinaire s’était passé la nuit dernière dans la maison d’Inès; que, depuis le matin, elle répétait :

— Quel œil!... c’est un lustre infernal et éblouissant!... c’est le diable!... N’importe, je deviendrai sa servante, puisqu’il va me faire revoir Frédéric...

Puis elle avait mis une robe brillante, elle arrangeait ses cheveux, et l’offlcier ajouta qu’il venait de la voir dans la plus somptueuse parure, regardant saAs cesse dans la rue avec une expression délirante et disant sans cesse :

— Il ne vient pas!... il ne vient pas encore!...

Des nuages noirs obscurcissaient la nuit splendide de l’Espagne; la plaine où est située Alcani se colorait d’une teinte sombre, une chaleur étouffante jetait sur la terre un manteau pesant, et l’on avait ouvert les croisées de la chambre du général.

L’ofllcier venait de finir le court récit de la nouvelle folie d’Inès, et il était parti après avoir serré la main . brûlante du général.

En effet, ce colonel ayant remarqué la profonde altération des traits de Béringheld, qui, pendant ce discours, était aux prises avec la mort, sentit que ce spectacle était trop pénible pour lui, et, n’ayant pas le courage de le soutenir, il quitta cette chambre funèbre où il ne resta plus que deux chirurgiens qui se jetaient un regard d’inquiétude et de désespoir.

Cette fatale nouvelle, que l’officier supérieur annonça dans l’hôtel, y répandit la consternation.

La cour se remplit d’une foule de soldats et de monde.

On soupirait en silence en interrogeant de l’œil et du geste un des chirurgiens qui se trouvait à la fenêtre.

Le général avait encore un reste de connaissance, et

18i * LE CENTENAIRE

son âme faisait encore ses fonctions; des vestiges de pensée et de souvenir erraient dans sa tête souffrante.

Au milieu de cette scène, un grand homme d’une stature colossale se présente à la porte de l’hôtel, s’avance d'un pas lent en cachant sa tête énorme sous un manteau de couleur brune ; il traverse la foule, monte l’escalier, et il entre dans la chambre du général, dont les yeux se fermaient.

Les deux chirurgiens sont glacés d’épouvante à l’aspect des mouvements lents et indécis de l’étranger, mais surtout par l’impassible rigueur de ses traits et l’infernale splendeur de ses yeux.

Le vieillard s’approche du lit, tâte le pouls du malade, et aussitôt se dépouille de son manteau et arrose la chambre, en répandant des gouttes d’une liqueur contenue dans une fiole : aussitôt un froid pénétrant se glisse dans l’air, et le général, qui mourait accablé de chaleur, ouvre les yeux. La première chose qu’il envisage, c'est le front sévère de son ancêtre; il tressaille et s’écrie :

— Laissez-moi mourir, je le veux!

— Enfant!... répondit avec une expression de pitié la grosse voix sourde et caverneuse de l’étranger, je veux que lu vives!... On t’a dit que je puis t’empêcher de mourir, mais non d’être tué.

A ces mots, le général se met sur son séant et regarde son ancêtre en lui demandant : — Êtes-vous Bcringheld le savant, né en 14o0?. .. Si cela est, je consens à vivre pour vous connaître!...

Sans répondre, le vieillard agita ses cheveux blancs, par un lent mouvement de tête; Béringheld crut voir errer sur ses lèvres cautérisées au milieu, le léger sourire que l’homme que l’on flatte ne peut s’empêcher de laisser paraître.

— Dans deux heures je viens te sauver!... dit le spectre en imposant ses mains sur le crâne du général et en dirigeant siir celle parlie le double éclair de ses yeux flamboyanls.

Un calme profond s’empara de Béringheld, et le vieillard, en s’en allant, ordonna aux deux chirurgiens de rester tranquilles et d’empêcher que qui que ce fût entrât dans la chambre.

Les chirurgiens cherchèrent les traces de la liqueur qui venait d’être répandue.

Ce fut en vain.

Le grand vieillard s’enveloppa de son manteau, et, cachant sa tête chenue sous une espèce de capuchon, il sortit de l’hôtel.

Il se dirige vers la croisée où la jeune et belle Inès, le sourire de l’espérance sur les lèvres, attendait avec impatience

11 se place en face de la folle, dérange son capuchon, et la fixe par un de ces regards absolus qui attirent et dominent.

La jeune fille devint pâle comme la mort, regarda une dernière fois la trace du sang de Frédéric, et, comme elle la regardait longtemps, le vieillard, las d’attendre, lui cria lentement de sa voix sépulcrale :

— Que t’importe?... n’est il pas mort? Entends-tu? il est morti mort 1... Viens, que fais-tu dans cette vie?..

Inès baisse la tête, ouvre la porte, la fait tourner sur ses gonds, qui depuis six mois n'avaient pas crié, et elle suit le’vieillard. •

Deux habitants furent témoins de cette scène singulière

Il est deux heures, l’orage a cessé, la nuit a repris sa solennité; le grand vieillard entre dans la cour de l’hô-

tel du général ; la cour est vide; il monte l’escalier, il rencontre les deux chirurgiens éplorés qui l’arrêtent et lui font signe d’écouter. L’affreux râlement de la mort retentissait dans l’escalier; le général mourait!

En un saut rapide comme la pensée, le vieillard est au chevet de Béringheld.

Les chirurgiens étaient restes dans l’escalier; ils furent témoins de la sortie du Centenaire, qui tenait entre ses mains une fiole qui paraissait vide. Le vieillard ne reparut jamais dans le pays.

Les chirurgiens et le médecin trouvèrent le général endormi. Bientôt il se réveille; mais il ne lui reste aucun souvenir de ce qui s’est passé, seulement il sait que le milieu de ses lèvres a été brûlé, et il y porte souvent les mains.

Trois jours après, il passa une revue de toute sa division.

On lui donna un grand repas par lequel l’armée qui se trouvait sous ses ordres voulut célébrer la guérison miraculeuse de son général.

Ce fut alors que l’on instruisit Béringheld des singulières circonstances de sa cure.

Des soldats avaient aperçu pendant l’orage le grand vieillard guider Inès vers une caverne; il en était sorti sans sa jeune compagne : elle ne reparut plus. Les idées les plus horribles errèrent dans l’àmedu général.

Quatre ans s’écoulèrent sans qu’il revit son ancêtre.

Ici se terminaient les Mémoires de Béringheld. Voici ce qu’il avait ajouté avant de les remettre au préfet :

« L’être dont U a été question hier est absolument le même que celui que j’ai rencontré aux Pyramides, à Jaffa, et qui m’a sauvé la vie en Espagne,

* Il eût mieux fait de me laisser périr, car la vie m’est à charge, et je ne vis plus que pour découvrir cet étonnant mystère.

ï Fatigué des grandeurs, du pouvoir, de tout, je vais remettre ma démission entre les mains de l’empereur, et m’adonner avec ardeur à rechercher cet être bizarre dont la vio est un problème. »

Et en lui-même il avait ajouté :

— Si je ne réussis pas à la résoudre, je retourne à Béringheld, et si Marianine est Fidèle à son énergique serment de la montagne, je vais lui porter une âme régénérée et la récompenser de son amour.

En achevant ce manuscrit, les magistrats se trouvèrent en proie à un singulier sentiment d’horreur; ils croyaient voir le vieillard, et ils se regardaient les uns les autres avec l’expression de la peur.

Lorsqu’on se retira, le préfet réclama le silence le plus absolu sur cette lecture.

On fit une copie du manuscrit et il fut envoyé au général Béringheld, avec la relation des événements qui s’étaient passés à Tours, afin qu’il transmit ces documents au ministre de la police générale. Nous allons suivre le général pendant la route qu’il tenait pour aller à Paris.

Par la lecture de l’exposé succinct du caractère et des événements principaux de la vie du général Tullius Béringheld, on voit de quelle nature étaient ses réflexions lorsqu’il s’assit sur le haut de la montagne de Grammont.

Bien ne l’attachait plus à l’existence, si ce n’était l’espoir de retrouver Marianine, car cette âme déshéritée de ses espérances de tout genre aimait à se reposer dans l’espoir consolant d’un véritable amour.

Mais lorsqu’il eut aperçu le vieillard, lorsque les

scènes dont la ville de Tours fut le tlicâtre lui montrèrent ce qu’il nommait son ancêtre d’une manière positive; qu’il fut convaincu que c’était un homme extraordinaire à la vérité, mais enfin un homme purement et simplement, les idées du général prirent une autre direction, et Marianine ne devint plus chez le comte de Béringheld qu’une pensée secondaire; l’idée principale de Tullius fut la recherche du singulier pouvoir, et surtout du secret de la longévité de cet être bizarre.

Tandis que la berline du général roulait vers Paris, ses réflexions prenaient donc une autre teinte moins sombre, moins funèbre, et il commençait à reprendre intérêt à la vie.

Puis il apercevait un champ immense où ses recherches ne s’étaient pas encore aventurées.

Ce champ si vaste était celui des sciences naturelles, dont les bornes indéfinies laissent toujours l’esprit humain dans l’espoir d’une découverte, même après avoir soulevé quelques coins du voile dont s’enveloppe la nature.

En effet, le général ne concevait la possibilité de l’existence du vieillard que par le moyen des secrets d’une science pour laquelle le mot impossible n’a plus de sens.

Mais le dernier événement dont il avait été témoin le faisait frémir, et il n’osait s’enfoncer dans l’abime des pensées horribles qui naissaient à ce souvenir. Il commentait les-paroles de sa mère; il comparait entre eux les divers effets que le vieillard produisait, et il arrivait encore à penser que son ancêtre joignait au pouvoir de prolonger sa \ie des pouvoirs encore plus extraordinaires.

L’on sent combien les réflexions d’un homme doivent devenir profondes à l’aspect d’une immortalité physi-

que et devant l’espérance de nouveaux pouvoirs qui lui promettent un empire absolu sur les choses de ce monde.

Sur un esprit faible, de pareilles idées conduisent à ralicnalion, et le père de Béringheld y avait succombé.

Mais il est de lait que notre àrne reçoit une atteinte grave d’une telle connaissance, et il n’est pas un seul homme que l’espoir d’une découverte, même de peu d’importance, n’ait pas agité fortement.

En proie au nouvel ordre de choses qui venait d’allumer chez lui une passion qui, celte fois, devait absorber toute sa vie, Béringheld arriva à Maintenon, plongé dans une profonde rêverie.

Il sortit de sa voiture pendant que l’on changeait de chevaux, et il entendit alors dans l’écurie une conversation entre deux postillons, et cette conversation était de nature à l’intéresser vivement.

Elle avait lieu entre un vieux postillon qui revenait et un postillon plus jeune qui préparait, pour un camarade, les chevaux destinés au général.

— Je te dis que c’est lui !...

— Bah! c’est impossible.

— Je l’ai reconnu, il n’était pas changé, et pas un do ses cheveux, blancs comme le tuyau d’une pipe neuve, n’a bougé; seulement ses yeux m’ont semblé plus renfoncés que la dernière fois, et je veux que mon fouet casse lorsque j’aurai à me tirer d’une ornière, s’ils n’étaient pas brillants comme les boutons d’une veste neuve qui reluit au soleil. Ce géant.là en sait long.

— Eh bien, mon ancic^,

— Mon ancien, interrompit le viemuMstillon, je crois que notre homme n’en connaît pasTo^pOrsque je l’ai mené en 1760, il avait ^jà plus de cent ans, à moins qu’il ne soit né comme il est avec ses sourcils de vieille

mousse et son front de pierre de taille; quant à sa peau, elle est dure comme le cuir de ma selle.

— Je donnerais bien un écu pour le mener, reprit lo jeune postillon, et six francs pour le voir.

— Je le crois, dit le vieux postillon, et tu y gagnerais encore... Tiens, Lancinot, mon ami, écarquille tes yeux et regarde -moi ce napoléon tout neuf! c’est mon pourboire; aussi je l’ai mené ventre à terre, car il m’a dit comme ça, quand j’eus enfourché mon porteur :

« Garçon, que je sois à la poste prochaine à midi, il y a un louis pour toi. »

— Lancinot, dit le postillon en prenant le bras de son jeune camarade, il y a été à onze heures et demie!... aussi j’ai ramené les chevaux au pas. Cet homme-là, vois-tu, c’est quelque prince d’Allemagne!...

Lejeune postillon sortit avec les chevaux du général, qui poursuivit sa route.

Arrivé à la poste suivante, il demanda des nouvelles de celui qui le précédait, et il dépeignit le vieillard. Le postillon qui l’avait conduit était au cabaret et hors d’état de fournir aucun renseignement sur quoi que ce fût. J,e général n’en put tirer que cette phrase :

— Ah I quel homme!... quel homme!...

Béringheld perdit enfin la trace du vieillard, car à la poste suivante le postillon avoua au général avoir conduit la magnifique voiture du vieillard à une ancienne résidence royale, qui se trouvait à deux lieues dans les terres.

Tullius, laissant alors Lag^re garder son équipage, monta à cheval et se fit guider par le postillon vers ce château. '

Au bout d’une heure, Béringheld se trouva dans une avenue immense et ténébreuse, car les arbres avaient

au moins deux cents ans, et il aperçut un vaste bâtiment dont les abords en ruine attestaient une négligence coupable de la part du propriétaire.

Le général met pied à terre, prie le postillon de l’attendre et de cacher les chevaux derrière les troncs des arbres de l’avenue; puis il se dirige vers l’entrée de cette somptueuse demeure.

L’herbe croissait sur les murs dégradés, et le beau pavillon du concierge était entouré d’eaux croupies et verdâtres, de plantes sauvages, do décombres et d’animaux malfaisants.

On ne voyait plus les pavés de la cour circulaire qui était d’une immense étendue, et le gazon qui l’avait envahie gardait encore l’empreinte des quatre roues d’une voiture que le général remarqua s’ctre dirigée vers les écuries.

Les fenêtres du château, les portes, les marches du perron, les barrières qui entouraient les murs, tout tombait en ruine, et les oiseaux de proie s'étaient emparés depuis longtemps du faite de cette belle construction.

Le général, étonné, chercha la chaîne de la cloche. Ce ne fut pas sans peine qu’il la trouva, et les sons qui retentirent dans cette enceinte ruinée semblèrent une plainte de l’édifice.

Le silence se rétablit, et personne ne parut.

Le général sonna une seconde et troisième fois sans qli’oucun être vivant se présentât.

Déjà il escaladait la grille, lorsqu’il vit un petit vieil, lard sortir des écuries qu’il ferma lentement, et se diriger d’un pas tardif vers la principale grille dont le général s’empressa de lever le siège.

Le petit vieillard arriva à la porte, et son aspect causa au général un moment de surprise.

Ce personnage était un nain, âgé au moins de quatre-vingts ans; ses traits offraient quelque ressemblance avec le grand vieillard; mais sa physionomie était aussi ignoble que celle du vieillard était imposante et sévère.

Ce petit vieillard leva sur Béringlield un œil éteint et demanda d’une voix mourante :

— Que voulez- vous?...

— N’est-il pas arrivé quelqu’un tout à l’heure à ce château?

— Peut-être, dit le petit concierge en regardant les bottes du général.

— N’est-ce pas un vieillard? demanda Béringheld.

— Cela se pourrait bien, repartit sèchement l’inconnu.

— Quel est le propriétaire du château? reprit le général.

— C’est moi.

— Mais, reprit Tullius, je n’entends pas parler de vous, mais d’un autre homme beaucoup plus grand que vous ne l’êtes.

— Libre à vous. ..

Le général, impatienté, continua :

— Monsieur me permettrait-il de visiter ce magnifique château ?

— Pourquoi faire? dit le petit homme en rajustant sa perruque, qui avait la couleur du tabac d’Espagne.

— Pour le voir, répondit Béringheld de mauvaise humeur.

— Mais vous le voyez, et si cette façade ne vous contente pas, tournez par le premier chemin à gauche, vous pourrez admirer la façade des jardins.

— Mais l’intérieur, les appartements?..

— Ah! je comprends : vous êtes un curieux, un amateur?

— Oui, dit le général.

— Eli bien, monsieur le curieux, je n’ai pas l’habitude de faire voir mes appartements, et je n’aime pas les visites.

— Monsieur, je suis le général Béringheld.

— Vous m’en voyez fort aise.

— Et je puis obtenir un ordre de Sa Majesté.. I

— AhI

— Pour entrer de force ici...

— Oh!

— Il s’y passe des choses extraordinaires...

— Fort extraordinaires,

— Criminelles...

— Criminelles; car il est très-extraordinaire de Voîf venir un étranger insulter un honnête homme qui paye bien ses contributions, qui obéit aux lois, et n'a rien à démêler avec personne.

Là-dessus, le petit vieillard croisa ses mains derrière son dos et s’en alla à pas lents, sans seulement retourner la tête.

D’après le ton et les manières de ce singulier person- ' nage, le général prévit que, quand même il s’introduirait de force, il ne verrait rien dans le château, ou que le vieillard avait donné à son concierge les moyens d’écarter les curieux; il se décida donc à retourner à la poste, et, tout en cheminant, il demanda au postillon des renseignements sur le château et ses propriétaires.

— Général, répondit le guide, ce château, à ce que m’a dit ma mère, appartenait avant la Révolution à la

famille de R x; quand la Révolution comihença., ïe

duc émigra, et l’on vendit son château. Il fut acheté en 1791 par un petit homme d’une cinquantaine d’années, que vous avez dù voir, quoiqu’il se montre bien rarement. Il cultive lui-même un champ planté de pom-

mierset un jardin garni d’arbustes et de plantes singuliers qui lui fournissent sa nourriture; mais il y en a qui disent qu’il est sorcier... Vous m’entendez, général? ajouta le postillon avec un fin sourire qui signifiait que le guide ne croyait pas aux sorciers. On n’aperçoit M. Lerdangin que tous les ans chez le percepteur, auquel il apporte la contribution qu’il paye pour son parc et son château. Généralement on le croit fou : j’ai entendu conter à ma mère une histoire singulière sur son père et sur sa mère, car il est des environs. C’est tou au plus si je me la rappelle.

— Voyons, dites-la moi, reprit le général.

— Il s’agissait, continua le postillon, d’un géant dont la mère de ce propriétaire était amoureuse, et l’inconnu venait toutes les nuits chez madame Lerdangin, sans qu’elle pût savoir d’où, par où, ni comment. Il paraît, à ce que disait ma mère, que madame Lerdangin aimait prodigieusement le géant, qu’elle n’avait jamais vu que (le nuit. Vous m’entendez, général?

La première fois qu’il vint, ce fut, disait ma mère, une nuit d’hiver que madame Lerdangin était toute seule; son mari, faisant le commerce, voyageait alors. Elle se couchait et se trouvait même au lit, disait ma mère, lorsque sa porte s’ouvrit... et à cet endroit, général, ma mère ne disait plus rien.

Mais madame Lerdangin était extrêmement fraîche et jolie, et son mari jaloux, laid et brutal. Jaloux parce qu’il parait, disait ma mère, que le pauvre cher homme aurait laissé finir le monde; et brutal, parce qu’il craignait que sa femme... Vous m’entendez, général?

Madame Lerdangin aimait la parure, et l’inconnu liü laissait toujours de l’or à foison; il paraît, à ce que disait ma mère, que ce géant inconnu était un homme, mais un homme!... Vous m’entendez, général?

Lo général se miî à sourire en voyant le gaieté do ce postillon, dont la figure riante et l’air avantageux an*, nonçaient l’orateur champêtre du village, et qui, sans doute, appuyait toutes ses histoires de l’autorité de sa mère.

-r Comment vouliez-vous, général, que la jolie petite madame Lerdangin ne devint pas grosse? Quand elle le fut, elle eut des envies, et notamment celle de connaître le père de son enfant. Elle croyait, à ce que disait ma mère, que c’était un fermier-général qui habitait h six lieues de là, mais ma mère lui remontra que jamais un fermier-général ne faisait de neuvaines... Vous m’entendez, général ?

M. Lerdangin revint et résolut de se défaire de sa femme ; il l’emmena avec lui sous prétexte d’aller à une fête, et madame Lerdangin en revint tout effarée. Quanta son mari, il paraît, à ce que disait ma mère, que l’inconnu l’avait anéanti au moment où il assassinait sa femme; car on n’a plus revu M. Lerdangin.

Cette jolie petite femme, une nuit, vit le géant sortir d’une voiture et se diriger vers la porte du jardin de sa maison ; alors elle cacha une lampe, et lorsque le géant fut au lit, elle se leva et accourut avec la lumière... Il parait, à ce que disait ma mère, qu’elle aurait vu un monstre, car elletomba évanouie, et l’on n’a plus jamais entendu parler du géant... Vous m’entendez, général? Toute cette histoire est facile à deviner ; les femmes savent nous jouer plus d’un tour, et... Ne vous mariez pas, mon général 1

Madame Lerdangin mourut en mettant au monde le petit homme qui est devenu le propriétaire de ce beau château. Vous entendez, général, que les écusdu géant l’ont aidé h cet achat?... Mais il parait, à ce que disait ma mère, que le géant avait revu son fils pour

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lui communiquer des secrets de magie blanche et noire; le fait est qu’il ^it singulièrement, et que cette voiture, qui arrive au château tous les dix ou vingt ans, je ne sais, donne furieusement à penser.

Le général était parvenu au relais; il monta dans sa voilure, tout pensif, en s’écriant :

— Cet homme me poursuivra sans cesse... diable!...

Tout à coup le général aperçut un bonnet tendu, et il

entendit une voix qui lui cria :

— Vous m’entendez, général?...

Béringheld reconnut que sa préoccupation l’avait empêché de récompenser son guide; il lui jeta un écu pour boire et un autre écu pour la manière dont il racontait.

Le voyage du général n’eut plus que des détails vulgaires.

Roulant vers Paris sans autre aventure, il rejoignit facilement ses troupes avant qu’elles y fussent entrées.

harianim:

Depuis que les journaux avaient annoncé que le général BiTingheld ramenait à Paris, par les ordres du souverain, la division qu’il commandait en Espagne, les personnes qui travaillaient à leur fenêtre, et qui, par conséquent, remarquaient tout ce qui se passait dans la rue, voyaient chaque jour un équipage vert-d’eau se

diriger vers la barrière des Bons- Hommes à la même heure, et revenir le soir.

Une femme jeune et belle était dans cette voiture, avec une femme de chambre. Certes, les bourfieois du Gros-Caillou et les jeunes filles qui, sous l’œil de leurs mères, se ménageaient un petit coin dans les carreaux en tirant un peu le rideau de mousseline, ne péchaient pas par défaut de conjectures.

A l’aspect du teint décoloré et de l’abandon de la belle inconnue, les vieillards qui venaient digérer leur diner sur le Cours, en appuyant leur menton sur leur canne et regardant les passants, s’accordaient tous à penser que celte jeune femme se mourait de la poitrine.

Les jeunes filles, ayant remarqué la beauté des panneaux de l’équipage, et derrière la voiture une riche livrée, opinaient que la jolie femme attendait le retour d’un colonel qui n'était pas, était ou devait être son mari.

Les mères, ne voyant pas dans cette affaire-là de mari pour leurs filles, n’y faisaient aucune attention; cependant, comme il faut que la partie principale joue toujours son rôle, et que la langue d’une mère vaut celle d’une fille, les mères finirent par remarquer que la jeune femme était animée et presque rose d’espoir en allant à la barrière, et pâle, presque mourante, en revenant.

Le domestique d'une maison où la mère et la fille faisaient peut-être assaut de curiosité, se hasarda à aller, par le conseil d’une femme de chambre, à la barrière, ■et là il découvrit que, depuis deux jours, le landau s’avançait jusque sur le chemin de Versailles.

Enfin un ci-devant jeune homme du Gros-Caillou, croyant que la jeune femme prenait l’air à défaut de pouvoir prendre autre chose (car les médecins ne vous engagent à respirer l’air que lorsque la science est à

LE GENTENAIHE

bout); ce ci-devant jeune homme, spéculant déjà sur celle conquêle, envoya son laquais boire avec le cocher, lorsque le landau s’arrèlerail.

Alors le jeune homme sut par son laquais, qui ne s’enivra pas, que la belle inconnue élail la Ollo de M. Véryno, préfel, ancien membre du conseil desCinq- Cenls.

La fidèle Marianinevenail en effet, chaque jour, épier le retour du comte de Béringiield, et les treize années d’absence n’avaient rien changé à la pureté et a l’ardeur de son amour; enfin, pour tout dire, elle aimait meme sans espoir, et sa fierté égalait toujours son amour.

Lorsque Béringheld fut parti pour l’armée, Marianine renferma sa passion dans le fond de son cœur. Elle chercha dès lors à se rendre digne d’étre l’épouse de l’étre dont les premiers pas dans la carrière de la gloire avaient été des pas de géant.

Son père, ayant donné des gages de son dévouement à la république, fut lancé dans fadminislralion, et arriva par degrés à des postes tellement élevés, que Marianine eut le cœur rempli d’une joie secrète en voyant que son amant ne serait pas dégradé par son alliance.

Elle prit les leçons des meilleurs maîtres.

L’étude de la peinture, de la musique, de la littérature et des premiers éléments des sciences lui paraissait un plaisir, quand elle songeait que c’était pour Béringheld qu’elle ornait son esprit.

Chaque bulletin de l'armée causait un serrement d’effroi à son pauvre cœur, et, quand la lecture du journal était achevée et qu’elle était enfin rassurée sur son bien-aimé, elle se livrait à l’espoir de le revoir encore.

Sa chambre était toujours encombrée des cartes des pays que parcourait le corps d’armée auquel Béringheld était attaché ; et, chaque matin, chaque soir, le

joli doigt de Marieoine suivait les progrès de nos armées : une épingle fixée sur certains points indiquait le séjour de Béringheld.

Alors la charmanle enfant questionnait tout le monde sur les mœurs de ces difTérenls pays : si l’on s'y trouvait bien, si les Français y étaient aimés, les femmes belles, la ville jolie, les vivres chers, les habitants aimables à vivre, etc.

Le bulletin annonçaU-il une bataille pour tel jour, Marianine, pâle, les yeux en pleurs, ne peignait, ne chantait, ne touchait sa harpe que lorsque des nouvelles rassurantes mettaient fin à son inquiétude mortelle.

Chaque jour elle regardait sur la carte l’endroit Où il devait être, et lui adressait de douces paroles comme si elle le voyait.

Sa chambre n’était parée que de deux tableaux : l’un représentait la scène des Alpes, quand Béringheld vint la trouver assise sur la pierre couverte de mousse; l’autre, celle de leurs adieux.

Le portrait du général était d’une ressemblance parfaite.

Le malheur voulut que, toutes les fois que les troupes françaises revinrent à Paris, Véryno fût obligé de rester dans un département éloigné, et l’amoureuse Marianlnc ne put jamais voir son cher Béringheld au milieu de la cour, brillant de gloire, d’opulence, de renommée, et peut-être fidèle 1. ..

L’hôtel qui se trouvait à Paris vis-à-vis du bel hôtel de Béringheld fut à vendre : Marianine pressa vivement son père de l’acheter, en se servant d’une foule de considérations étrangères à son amour.

Elle ne concevait pas que son père pût sc passer d’un hôtel à Paris, lorsque de jour en jour il devait être infailliblement appelé pour présider à quelque adininis-

tration? D’ailleurs, ne fallait-il pas un hôtel pour séjourner pendant leur apparition dans la capitale? la fortune de son père n’était-olle pas assez considérable pour cela? ne fallait-il pas se loger auprès du général, auquel son père avait à rendre des comptes de dix années de gestion? Ne valait-il pas mieux cire près d’un ami, d’une personne de connaissance?

L’hôtel fut acheté.

Pendant ce long espace de temps, mille partis se présentèrent pour Marianine; plusieurs haut placés l’aimèrent véritablement.

Marianine refusa tout : dignités, fortune, amour.

Au milieu de tant de soins divers et d’inquiétudes si poignantes, la jeune et jolie chasseresse des Alpes ne perdit rien de sa beauté.

Souvent, élégamment parée, entourée d’une foule d’admirateurs, on la voyait tout à coup s’arrêter au milieu de l’élan d’une gaieté vive et toujours décente, et demeurer tout à coup pensive et recueillie.

Parlait-on des succès de nos armées dans le salon de la préfecture, le nom de Béringlield frappait-il son oreille, tour à tour elle rougissait, elle pâlissait, ne se sentait pas d’aise. Ah! qu’alors un jeune posiulant, un vieux solliciteur, un employé destitué, étaient surs d’obte*nir sa protection; elle aurait, je crois, souri à un ennemi, si elle en avait eu !

Le nom de Béringheld, une louange au général, produisaient sur elle un effet magique.

Tels étaient les indices qui révélaient dans Marianine une passion que les plaisirs du monde n’avaient pu étouffer.

La mort de la mère de Marianine suivit de près celle de madame Béringheld.

Marianine fut alors chargée de conduire la maison de

son père, et elle montra combien elle avait de sens, de sagesse et d’ordre bien entendu et exempt de parcimonie.

Lorsqu’on répandit la nouvelle du retour en France de l’armée commandée par le général Béringheld, Marianine fit entendre à son père qu’il devait aller à Paris pour réclamer du souverain l’effet des promesses qu’il en avait reçues.

Il ne s’agissait de rien moins que de fixer à Paris M. Véryno par une direction générale.

En effet, il entrait dans le plan de Bonaparte de mêler à la cour les vieux républicains avec les anciennes colonnes de la féodalité, et personne n’était plus franchement républicain que Véryno.

On doit s’cn apercevoir en trouvant son nom dénué de la qualité de comte ou de baron que Bonaparte prodiguait avec tant de complaisance.

Véryno avait constamment refusé toute distinction aristocratique, et il fut un des censeurs sévères de l’avénement du premier consul au trône impérial; en un mot, il eut le malheur d'être du nombre de ces honnêtes gens dont la stabilité, en fait d’opinion, est traitée d’opiniâtreté par les uns, et de fermete par quelques autres.

Véryno partit donc pour Paris avec sa fille, qu’il ne craignait pas d’exposer aux séductions de la capitale.

Il connaissait la passion de Marianine pour Tullius, et il ne voulut pas lui refuser l’innocent plaisir de revoir son idole.

Mais, à son arrivée à Paris, Véryno fut alité par une maladie qui ne mettait point sa vie en danger, mais qui menaçait de durer fort longtemps.

Marianine, qui lui prodiguait les soins les plus tendres, allait chaque soir au-devant de Béringheld, et

LE CENTENAIUE

chaque tnalia elle montait dans les greniers de son hôtel, pour voir si l’on ne faisait pas des préparatifs dans celui du général.

Depuis huit jours elle venait à la barrière des Bons- Hommes, et bien inutilement ; aussi elle était triste. Ses gens la voyaient toujours enfoncée dans une profonde rêverie, qui pour elle avait du charme et que l’on n’osait interrompre.

Sa harpe fut abandonnée, les pinceaux restèrent empaquetés; elle ne put s’occuper que de Béringheld; et, lorsqu’elle n’était pas sur le chemin de Versailles, ôn la voyait assise près du lit de son père, le visage dans sa jolie main et les yeux arrêtés sur le portrait de Béringlield.

Enfin, un matin, elle déjeunait, lorsque le vieil intenlendant monta le journal; elle interrompt son déjeuner, décacheté, lit, et s’écrie :

— Il vient!,., il vient !... ce soir !...

Et vite, elle sonne, resonne, casse les cordons, se promène, s’impatiente; la femme de chambre arrive :

— Je vais m’habiller. Qu’on mette les chevaux. Quelle robe prendrai-je? comment me coifferai -je? quelle ceinture?...

Une multitude de questions se pressent, et la femme de chambre reste inteMite à l’aspect de cette pétulance de la ‘douce Marianine.

— Julie, l’empereur est revenu; il a donné l’ordre de revenir à marches forcées. Les pauvres soldats I... n’importe! Ah! qu’il a bien fait de les presser!... ce soir!...

Julie ne comprit pas davantage.

— Mais que faites-vous là, Julie? arrangez tout.

Puis, prenant le journal, elle relit tout haut :

« Le général Béringheld est arrivé hier à Versailles, où un ordre de Sa Majesté l’a prévenu qu’elle voulait

- d by Googti

LE CENTENAIHE

âOJ

voir défiler aujourd’hui sa division dans la cour des Tuileries... »

— Julie, allez donc tout préparer pour ma toilette. Hippolyte me coiffera... Vous l’enverrez chercher; qu’il vienne au plus tôt... ^ucl bonheur I

Aussitôt elle monte au grenier de l’hôlel, et tressaille de joie en voyant dans la cour du général un domestique nettoyer une voiture arrivée de la veille, les persiennes ouvertes, et un grand mouvement régner dans toutes les parties du bâtiment.

Elle redescendit au plus tôt, et revint examiner sous quel vêtement elle reparaîtrait aux yeux du général.

Après bien des hésitations, elle alla chercher le tableau qui représentait la scène de ses adieux à Béringheld, et résolut d’étre habillée comme à celte époque où son cœur fut si cruellement agité.

Une simple robe blanche, que l’on arrangea sur-lechamp semblable à celle de la jeune chasseresse, ses cheveux retombant sur ses épaules par des milliers de boucles, son front presque caché par une charmante résille, telle fut sa parure que les souvenirs de l’amour rendaient plus délicieuse et pleine de charmes.

Longtemps avant que les troupes arrivassent, les habitants du Gros-Caillou virent passer l’élégante voiture dans laquelle Marianine, brillante et belle de toutes les beautés possibles, s’agitait en regardant en avant.

Un reste de flerté,;de pudeur, lui fit emporter un voile, se réservant de le déposer...

Elle attend une heure, deux heures, trois heures, et elle commence à craindre. A quatre heures, elle très- •> saille en entendant dans le lointain le roulement des tambours.

11 est impossible de rendre la sensation cuisante et acérée qui fit refluer tout son sang vers le cœur.

Ce roulement lui disait qu’enfin elle allait revoir, après quinze années d'absence, et quelle absence!... celui que, dans les montagnes de son pays natal, elle avait choisi pour idole, celui qui depuis ce temps était l’objet constant de ses pensées, celui qui tenait en son coup d’œil son âme et sa vie, dans ses mains tout son bonheur !...

Le roulement approche; bientôt la poussière s’élève en nuages dont Marianine n’est point incommodée. Enfin elle entend le pas cadencé de cette masse de soldats; elle voit leurs visages basanés et leurs yeux qui s’égaient à l’aspect de la capitale de la rnère-patrie.

— Vois-tu, Julie, dit Marianine tremblante d’émotion,

• vois-tu ?

Les tambours ont cessé leur bruit discordant, l’air rebondit au son des instruments guerriers; l’état-major parait...

Quel regard!... que de choses il exprime ! Oui, Marianine contemple le général Béringheld contenant la fougue d’un cheval andalous.

Hélas ! l’attitude calme de Tullius, ses décorations, son brillant uniforme, cette pompe, les cris de : Vive l’empereur! vive la France !... qui sont poussés par les soldats, c’en était trop pour l’amoureuse Marianine; elle s’évanouit, et son bonheur ne dura qu’un instant.

Julie, effrayée, donne l’ordre au cocher de retourner à l’hôtel... Marianine revient à qlle, et voit que sa voiture suit l’état-major; alors un regard attendri remercia* Julie de son heureuse idée.

" Enfin* Marianine, au comble de la joie, peut s’enivrera son aise de son bonheur : tantôt sa voilure devance le groupe d’officiers, et tantôt elle le suit... Mais si elle a pu contempler en liberté son Tullius environné d’officiers, couvert de décorations et de blessures, le

général n’a pas encore revu sa tendre et fidèle Marianine.

Plusieurs fois les officiers et Béringheld avaient regardé l’équipage, et chacun d’eux plaisantait en cherchant à découvrir sur le visage du chevalier aimé une rougeur de plaisir qui le décelât.

On ne put imputer la présence de Marianine à aucun de ceux qui formaient le cortège du général, et chacun d’eux s’en défendait à l’aspect du voile de la belle Marianine. Enfin, elle déposa toute fierté, et, saisissant le moment où le landau se trouvait presque à côté de Tullius, elle laissa tomber son voile, et le général, qui la regardait avec une curiosité maligne, resta tout stupéfait.

Il s’approche, Marianine tressaille, et elle entend Tullius s’écrier à voix basse :

— C’est vous, Marianine?...

— Oui, répondit-elle, c’est Marianine; elle n’a pas changé I

— Je le vois, car voilà son costume des montagnes... La parure de son printemps a revêtu son été plein de charme.

— Tullius!...

Ce simple mot prononcé par Marianine formait la plus énergique des interrogations : aussi le général l’entendit et cessa de mettre en doute l’amour de Marianine.

— Mou ami, oui je t’aime, et je n’ai jamais douté de ton amour ; aussi j’ai déposé toute crainte et tout embarras, et je le dis, parce que ce ne fut pas un sacrifice pour moi : j’éprouvais trop de douceur à venir ici chaque jour.

Béringheld avait, en écoutant ces tendres paroles, un air pensif qui effraya Marianine, et elle s’écria en saisissant la main de Tullius :

206 LE centenaire

— O Tullius 1 dis-moi que lu m’aimes, dis-moi qu« je te suis toujours chère?... Oh I tu m’aimes toujours, n’est-ce pas?...

Le général était heureux et pourtant paraissait troublé.

Il regarda du côté des Tuileries et vit que son étatmajor allait bientôt y arriver.

Ce mouvement, dont Marianine ignorait le motif, lui brisa le comr.

— Tullius, si tu m’abandonnes je vais mourir!... Ohl oui, mais quand je serai morte, tu diras en voyant le village du pied des Alpes : « Tout change dans la nature; il y avait ici un cœur qui n’a pas changé, et qui ne battait que pour moi! Ce remords me sera une douce vengeance. »

En prononçant ces mots, elle fondait en pleurs.

Le général saisit la main de son amie, y déposa un baiser, puis il partit au grand galop pour rejoindre son état-major, sans regarder Marianine qui revenait h la vie.

Elle courut aux Tuileries pour revoir encore le général, qui rangeait ses troupes en bataille.

— Regarde, Julie, comme il a bonne grflccl... il est bien changé depuis le jour où il quitta les montagnes, mais je ne sais sous quel habit je l'aime le mieux.

Le souverain passa les troupes en revue et rentra dans son palais avec le général.

Alors Marianine revint chez elle, et ne cessa de con* templer l’hôtel du général et d’écouter si sa voilure allait leclîereher aux Tuileries ou en revenait.

Bt-RINGHELD RECOSSAJT I.A CONSTANCE BE MABrAXlNE MARIAGE PROAETI? ET IKTBRROMPÜ -*■ \t5bYWO EST BANNI

A ouzc heures du soir une voiture arrive au grand galop et s’arrête à la porte de l’hôtel de Marianine. Ua pressentiment la fait courir vers son vestibule, et elle entend le pas de Béringheld qui gravitles escaliers.

Ils sont dans les bras Tua de l’autre.

— Tullius 1 s’écria-t-elle en versant des larmes de joie, je reconnais le Tullius que je rêvais 1

— Marianine 1... c’est donc toi, toujours tendre> toujours fidèle, constante, MarianiRe I

Le général venait d’entendre aux Tuileries, au cereîe de l’empereur, un sénateur raconter la conduite de mademoiselle Véryno, qui refusait tous les partis, et qui ne se marierait, disait-il en fixant Bonaparte, que sur un ordre de Sa Majesté.

Béringheld, au comble du bonheur, s’était échap{« pour accourir aux pieds de Marianine.

Elle se trouvait trop heureuse pour le quereller sur sa longue absence et sur ce qu’il n’avait pas écrit un seul mot qui pût consoler son pauvre cœur ; non, elle tenait sa main dans la sienne et le contemplait dans un doux ravissement ; il semble que le moment où ils se sont quittés se rapproche tellement du moment présent, que l’intervalle soit anéanti et qu’il n’y ait pas eu d’absence.

I^urs coeurs sont jeunes de sentiment, ils n’oni rien

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perdu malgré la distance des lieux et du temps, et ils s’épanchent l’un dans l’autre.

— Marianine, dit enfin le général, ton père va recevoir sa nomination à l’emploi de directeur-général d’une administration; mais, chère amie, je repartirai bientôt; l’empereur a refusé ma démission et m'a ordonné de me rendre en Russie. A mon retour, Marianine, ah! j’espère que ce sera bientôt, je t’épouserai, car je l’aime comme nous nous aimions jadis, quand nous parcourions ensemble les cimes glacées des Alpes.

A ce souvenir, Marianine, voyant qu’elle avait toujours vécu dans la mémoire de Tullius, porta la main de son ami à ses lèvres reconnaissantes, et y déposa un baiser avec l’etTusioh d'une vive reconnaissance.

— Tullius, dit-elle, pourquoi reculer notre bonheur ? Je ne sais, mais un délai me semble attirer l’infortune ; on craint toujours de ne pas arriver quand on a désiré si longtemps.

La naïveté de ces paroles, la douce ivresse de Marianine, la simplicité de son âme, causèrent au général une émotion qu’aucune femme ne lui avait fait éprouver jusqu’à ce jour.

— Tu es, dit-il, la femme de mon cœur, de ma pensée, la seule chose qui puisse m’attacher à l’existence. Eh bien! Marianine, je te laisse maîtresse, ordonne.

— C’est à moi d’obéir, dit-elle avec la docilité d’un enfant et la douce soumission d’une femme, je crains d’avoir trop demandé.

Mais son regard prenait de l’empire sur le général,

— Non, non, s’écria Tullius, je retourne au château et j’y encourrai la disgrâce de l’empereur plutôt que de te causer la moindre peine.

— Béringheld, si tu es utile à ton pays, j’attendrai. Trois cent mille Français ne doivent pas souffrir de

LE CEETEN&IRE

l’amour d’une femme. Cependant, dit«Ue avec un çk&fmant sourire, si l’on pouvait tout concilier... ah I je serais bien heureuse... je te suivrais à l’armée... je... que ne ferais-je pas?

Béringbeld embrassa Marianine, lui dit adieu et rentra chez lui. Marianine le regarda traverser sa cour ; elle suivit la lumière dans les escaliers, et elle ne put dormir de la nuit : son bonheur l’étouffait.

Le général se rendit le lendemaiu aui Tuileries. U revint diuer avec Marianine, et dès qu’il entra, son front chagrin annonça à la pauvre enfant que ses efforts avaient été vains.

Elle changea de couleur.

Marianine, Sa Majesté m’emmène avec elle et me promet le bâton de maréchal.. Je ne sais pas si je resterai huit jours à Paris.

Les yeux de Marianine se remplirent de larmes.

— Tullius, que je suis malheureuse!... je n’entrevois que dangers et chagrins.

Marianine devint triste, mais cette tristesse était compensée par le bonheur de voir encore Tullius.

•— Que faire? lui demanda celui-ci.

—• Mais... nous marier au plus tôt, répondit-elle avec naïveté.

— Ah! ma chère amie, qui le désire plus que moi?

— Moi !... dit-elle encore, parce que je t’aime de tous les amours à la fois. Quelque chose en moi me chagrine et me couvre le cœur de deuil : oui, je crois que ces instants fugitifs seront les derniers de ma vie... Lorsque je vins au monde, Lagradna a prédit que je mourrais malheureuse. Je ne sais, mais, en ce moment où tu m'annonces ces nouveaux délais, cette prédiction me revient en mémoire, et je ne puis m’empêcher de. frissonner. Cette guerre cruelle, ton courage, tout m’épou-

LE centenaire

iio

vante... Au moins, si j’étais à tes côtés, si je te suivais... Mais pour cela il faudrait... Tu m’entends, Tullius 1

— AhI tu me fais frémir!... Mais, dit-il avec un léger mouvement de tête, j’oublie que tu es femme et que je suis homme; ces petites superstitions sont un de vos charmes.

— Eh bien, je ne veux plus parler ainsi, réponditelle, parce que je ne veux causer que du plaisir à mon Tullius. J’espère qu’au moins nous profiterons de ces huit jours pour voir ce Paris si célèbre que je n’ai pas voulu visiter sans toi.

— Oui, mon amour, oui... Il y a plus, je vais obtenir du grand-juge des dispenses pour notre union; et, si l’agrément de l’empereur s’y joint, peut-être nous mariera-t-il aux Tuileries, dans sa chapelle, avant mon départ.

Marianine tomba dans un véritable délire.

Cependant nous ne devons pas oublier de rendre compte d’une des principales circonstances de l’entrevue du général avec Bonaparte.

Tullius lui remit tous les documents qui concernaient le grand vieillard.

Lorsque Napoléon eut jeté un coup d’œil sur ce dont il s’agissait dans ces papiers, qu’il eut parcouru la description que l’on a lue au commencement de cet ouvrage, il lança à Béringheld un sourire indéfinissable.

Bonaparte était superstitieux comme tous les grands hommes, et son sourire était singulièrement expressif.

Avait-il connaissance des pouvoirs de l’esprit de Béringheld le Centenaire? les désirait-il? on ne peut rien expliquer, et le général, auquel nous devons cette remarque, n’a plus entendu Bonaparte parler de cet homme extraordinaire»

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Cependant aussitôt rempereur expédia l’ordre de rechercher le Centenaire avec le plus grand soin, et quels que fussent les soupçons qui planeraient sur lui, de ne lui faire aucun mal, de le traiter avec distinction.

Partout ce qu’il écrivit, on s’aperçut bien qu’il attachait une grande importance à l’arrestation de ce singulier personnage; mais il n’en témoigna rien verbalement.

Quelque temps après, le préfet de Bordeaux fit savoir, par une dépêche télégraphique, qu’avant que l’ordre de Sa Majesté arrivât, le grand vieillard dont il était question, montrant un ordre de. l’empereur qui défendait de le gêner en rien dans ses opérations, etc., s’était embarqué sur une chaloupe qui l’avait conduit vers un bâtiment anglais. Le préfet, ignorant si Sa Majesté ne se servait pas de cet être extraordinaire pour quelque dessein secret, l’avait laissé partir sans obstacle.

Bonaparte parut très-afïecté de cette nouvelle, et une instruction fut donnée à la police générale de l’empire. L’ordre de l’empereur que portait le Centenaire devait désormais être nul et non avenu, et injonction secrète aux grandes autorités de s’emparer de ce nouveau Protée, de l’envoyer au souverain en tel lieu qu^il se trouvât

Les huit jours pendant lesquels le général séjourna à Paris s’écoulèrent rapidement pour lui et pour Marianine.

Tullius partageait son temps entre l’hètel de Véryno et le château des Tuileries, où d’importantes questions se traitaient. Dans les discussions que ces questions soulevèrent, le souverain prit une haute idée des talents de Béringheld.

Le père de Marianine, enfin rétabll,^ rendit ses comp-<

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