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tes au ^>néral. Ce bon père fut en proie à la joïé !a plus vive en voyant que l’absence n’avait rien changé aux aentimenis de Tullius pour Marianine, et que les honneurs, la gloire, la richesse, n’altéraient point le brillant caractère de son ami.
Ce vieillard, qui ressemblait è ces Romains, b ces vieux républicains de Corneille et de David, sourit à l’avenir de bonheur qu’un amour si tendre et si constant promettait à ces deux enfants.
Ces huit jours lurent dans la vie de Marianine le premier instant de vrai bonheur qu’elle eût goûté. La jeune femme savourait le délice d’une vie pure, d’une vie pleine, et cette volupté ne ressembla point à toutes les voluptés humaines qu’un point d’amertume corrompt toujours, car Béringlield conçut l’espoir d’épouser Marianine.
Bonaparte avait consenti avec joie à cette union qui mariait le sang d’un patriote avec le sang des anciens comtes de Bcringheld, antiques piliers du système féodal.
Le grand-juge reçut Tordre de donner les dispenses de la première publication.
Marianine fut présentée partout comme la ftiture de l’illustre général, fêtée au cercle de la cour, admirée, louangce du souverain lui-même^ Marianine nagea dans un océan de voluptés.
La scène française la vit avec soii ami ; plus d’une fois ils avaient senti leurs cœurs battre à Tunis- , son devant le magnifique spectacle de la nature des Alpes ; ensemble ils admirèrent les grandes compositions du théâtre, et leurs louanges, leur extase, s’accordèrent, parfaitement. Marianine visita les monuments de notre capitale, appuyée sur le bras de son bienaimé.
LE CKNTENÂlRB
Assis à côté l’un de l’autre, dans la même voiture, emportés par de rapides coursiers, ils parcouraient cette ville fertile en tant de sp^tacies, et le mouvement étourdissant dont ils étaient entourés ne parvint que rarement à les distraire l’un de l’autre.
Au milieu des sublimes pensées de trois siècles, en contemplant le Musée, ce magnifique monument élevé par les peintres de tous les âges de la modernité, Marianine serrait le bras de Tullius et le regardait d’un air qui disait tout, lorsqu’elle était, soit devant les Berger$ d'Arcadie du Poussin, soit devant les tableaux de Raphaël. Une tête du Corrége, une tête du Guide, de l’Albane, suffisaient pour leur donner une douce féto d’amour.
Rien ne fait plus sentir le charme de l’union des âmes que cette admiration mutuelle, cette spontanéité de pen< sée, à l’aspect des grands ouvrages de l’homme.
Enfin, ce qui mit le comble à la joie de Marianine, c’est qu’une difficulté soudainement élevée par une cour d’Allemagne arrêta le départ de l’empereur, et qu’elle conçut véritablement l’espoir d’épouser Béringheld; ce dernier même partagea cette espérance, parce qu’il crut entrevoir que le départ de Bonaparte serait encore plus retardé que le souverain ne le pensait, car celui-ci
s’était imaginé qu’un mot écrit à la cour de B par
sa main toute-puissante suffirait pour lever tous les obstacles. Alors on peut s’imaginer la joie de la tendre Marianine ; elle ne dormit plus.
Enfin l'heureux jour approchait.
Tous réunis, un matin, dans la somptueuse salle à manger de l’hôtel du général, ils déjeunaient en se livrant au charme de cette aurore du bonheur.. . Tout à coup un aide de camp de Bonaparte entre, salue, et, la main au chapeau :
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— Général, dit-il, Sa Majesté m'envoie vous prévenir
que les obstacles élevés par la cour de B ont été
levés par notre ambassadeur.
— Qu'y a-t-il? demanda Marianipe tremblante et pâle.
— L'empereur part à quatre heures, et il vous a réservé une place dans sa voiture, afin de pouvoir en chemin vous donner ses dernières instructions... C'est votre corps d'armée qui va commencer les opérations...
En achevant ces mots, l’aide de camp se retire, et l'on entend dans la cour son cheval s’élancer au grand galop.
Quel passage de l’extrême joie à l’extrême chagrin!..,
Marianine n'eut même pas la force de maudire l’adresse du savant diplomate; elle n'eut pas le loisir de souhaiter d’autres difficultés, car sa belle tête se pencha sur le sein du général, et elle y resta pâle, abattue, ne soupirant point d’abord, ne versant point de larmes et n’osant point regarder Tullius.
Ce dernier contempla Véryno douloureusement, et le vieillard se tut.
Lorsque Tullius fit un mouvement, Marianine, relevant sa noble tête, jeta un cri d’effroi.
— Laisse-moi te suivre, mon ami? s’écria-t-elle.
Et son œil était sec de désespoir.
— Cela ne se peut, Marianine, l’empereur ne le voudrait pas.
— Voilà ce que c’est qu’un maitre! s'écria Véryno.
•— Mais, continua le général, aussitôt que nos armées
auront repris leur brillante position, je reviendrai surle-champ.
— Hélasl nous reverrons-nous? dit-elle tristement, je viens d’être si heureuse, que je crains de ne plus retrouver un tel jour.
Comment dépeindre les regards par lesquels elle foudroyait tous les apprêts du départ?
Lorsque le général, en habit de voyage, vint la serrer dans ses bras, lorsqu’il vint déposer sur ses lèvres décolorées le baiser du départ il fallut l’arracher des bras de son amant.
— Souviens-toi, Tullius, dit-elle au général, souvienstoi de mon pressentiment 1
— Marianine , sois forte , répondit Béringhcld , rappelle toi nos adieux dans les Alpes; et il la prit sur ses genoux, caressa ses beaux cheveux, en lui tenant un long discours rempli d’amour et do consolafion.
Elle le crut, car elle croyait tout ce qu’il disait; mais, lorsqu’il monta dans sa voiture pour se rendre aux Tuileries, elle s’élança dans sa calèche en s’écriant :
— Je veux te voir jusqu’au dernier moment!... Hélas I ce sera peut-être véritablement le dernier.
Les deux voitures entrèrent dans la cour des Tuileries, et là elle jeta un regard courroucé au souverain qui lui sourit doucement en passant, puis elle contempla une dernière fois Béringheld, que le char impérial entraîna bientôt avec rapidité.
La jeune femme resta à la place où était la voiture pendant longtemps; mais enfin elle revint pâle, abattue, sans force; tout lui devint insupportable. Elle passa les huit premiers jours dans une mélancolie funèbre, voyant toujours le dernier geste d’adieu que le général lui avait adressé. Et souvent elle redisait d’un air sombre :
— Oh ! cet adieu, c’est le dernierl
La pauvre enfant, l’œil fixé sur une carte de Russie, errait dans les forêts fatales aux armées françaises. Le nom de Béringheld était sans cesse sur ses lèvres. Elle tomba enfin sérieusement malade, quand au bout de six
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mois, elle vit que le général ne revenait pas, et que des affaires périlleuses, des combats sanglants, avaient lieu tous les jours.
Marianine avait épuisé tout ce que te sort lui avait départi de bonheur en ce monde.
Véryno avait la moitié de sa fortune placée dans les entreprises d’un célèbre banquier ; ce dernier s’enfuit, laissant ses affaires dans le plus grand désordre, et il fut déclaré en banqueroute.
Depuis longtemps Véryno, qui avait acheté des biens nationaux, se trouvait en procès avec le domaine de la couronne pour sa principale acquisition : il perdit son procès en cour impériale, au moment où il croyail’que la protection du souverain aurait fait cesser la contestation. Il se hâta d’en appeler en cassation, et écrivit à Béringheld de solliciter lui-même l’empereur.
Le général, dans un des combats les plus sanglants de la campagne, fut dangereusement blessé et fait prisonnier. Cette nouvelle mit le comble à la consternation de Marianine; elle ne se leva plus de son lit et fut bientôt en proie à une fièvre ardente.
Ce fut alors qu’un dernier coup du sort vint réduire au désespoir le père de Marianine.
Il était l’ami intime des généraux qui ourdirent alors une conspiration contre Bonaparte; cette conspiration avait pour but le rétablissement de la république. Sans participer tout à fait à cette conjuration, Véryno reçut les confidences de ces généraux, et vit avec une joie secrète une entreprise dont la liberté de la France était l’objet. Véryno fidèle à ses principes, ne les dissimulait jamais, même au sein des assemblées et à-Ia cour. Cette immutabilité d’opinion lui avait concilié l’estime de tous les honnêtes gens, et son simple nom, sa boutonnière vide de rubans; les services qu’il déclarait ne
rendre qu’à la patrie, prouvaient énergiquement sa persévérance républicaine.
Cette conspiration fut de courte durée, et son issue funeste à tous les conjurés, dont Paris apprit presque à la fois l’entreprise, le jugement et la mort. Véryno fut destitué et menacé d’une instruction judiciaire, s’il ne consentait de lui-même-à subir un bannissement indéfini.
Le ministre de la poli<» engagea Véryno, par" l’organe d’un ami commun, à s’exiler promptement et à attendre que le courroux du souverain fût passé, promettant qu’il ne négligerait rien pour le calmer et obtenir son retour, et se faisant fort de le justifier. On se doute bien que Bonaparte n’accueillit pas la demande de Véryno, quant au procès pour les biens de la maison de B..., et la cour de cassation confirma l’arrêt.
Marianine, mourante, ne put accompagner Véryno : elle resta à Paris, vendit l’hôtel, réunit les débris de la fortune de son père, se défit du brillant équipage, des domestiques qui la quittèrent les larmes aux yeux, et, ne gardant que Julie, elle prit modestement la diligence et alla rejoindre son père aussitôt que sa santé le lui permit. Au milieu de tous ces chagrins, le plus cuisant était celui de n’avoir aucune nouvelle de Béringheld, ' qu’une imagination exaltée lui montrait en Sibérie, exilé, souffrant, et succombant au froid, à la fatigue, à la maladie, à ses blessures.
Véryno s’était réfugié en Suisse; la présence de sa fille chérie jeta du baume sur les plaies de ce vieillard respectable. Il avait choisi un asile modeste, une petite maison dans les montagnes : il cultiva son jardin; Julie lâcha de suffire aux soins de la maison, et Marianine, dans cette cruelle position, trouva un courage inouï, ce genre de courage que déploient les caractères mé-