‹ Œuvres de jeunesse, illustrées. DessinsChapitre 29 sur 92 · CHAPITRE XIV ET DERNIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV ET DERNIER

L'lii5ritage.

Le coffret est sur la table; la serrure est brisée, et nous trouvons...

De l'or? — Non. — Qinji donc ?... — Sept (ui huit énormes cahiers d'écriture bien menue. — Ce fut tout? — Ah ! mon D'ieu ! oui 1... La gouvernante riait sous cape, le notaire idem, les amis idem, les indiflérents if/em;... nous seuls gardions notre sérieux... tlependant je me hasarde à jeter les yeux sur la succession de l'oncle, .le lis une page, le cousin eu lit une autre ; bref, au h>;ut de cinq minutes, nos visages se dérident, et nous finissons par rire d'aussi bon cucur que la gouvernante, le notaire, les amis et les i.idilTérents...

Lecteur, vous allezjuger si nous lûmes tort de rire :... notre succès»*»^ dépend de vous... Dieu vous LéniSiO, et nous aussi. — Airten.

*ÎC^«-©Ô:::^;eo3XC4o3CCC3e«^3CCC>B©3CC::it^^

L'IIÉRlTIÈnE DE DIRAGUE

CnAPlTRE PREMIER.

Noli'i! ennemi c'ust noire maître; Je TOUS le dis en bon fiançais.

La Fontaine.

Depuis rélablissomciii (lu gouvernomenl féod;il, gonvenipmpnt absurde, bien que cimriloiiiié avec un arl inliiii, la Iraiioe a pr<'S(|ue toujours été la proie d'une anarchie pour ;iinsi dire légale, puisi|irelle était la suite nécessaire de la constiluiion politique du royaume. Grâce à celte constitution, le despotisme des rois était le seul refuge des peuples. Aussi ne vit-on jani;iis ces derniers se révolter contre leur maître, quelque dnr qu'il lui (lan> l'exercice de l'immense pouvoir donl il s'était emparé, l'.elte indilTérence brutale dans laquelle la nation vécut accroupie neuf cents ans environ, est certainement la critique la plus juste et la plus énergique de la féodalité.

Parmi les diverses périodes de noire histoire, il n'en est pas de plus houleuse que celle que renferma la régence de Marie de Médicis. Jusqu'à ce jour, les Français, ignorants et barbares, avaient au moins conservé les vertus des esclaves, la gaieté el l'insouciance ; niais alors ces dernières, empreintes du caractère national, disparurent, et la France italianisée offrit un spectacle vraiment scandaleux. On vit les hommes les plus vils arriver au pouvoir à l'aide du mensonge, du parjure et du poison; on vit les provinces ravagées fiscalement par leurs petits Coneiiiis particuliers, et ces haines religieuses si sagement calmées par ré<lil de Nantes diviser de nouveau les citoyens.

La plus déiilor:il)le de toutes ces calamités était la démoralisation de 1.1 haHle classe : les grands de la cour de .Mari» n'avaient que trop bien saisi le génie de la nation de leur souveraine... Leurs réunions n'offraient point de franchise; chacun était sur ses gardes, et deux rivaux d'amour ou d'ambiliou treuiblaient mulnellement, puisque deiiuis la mode des essences et des gants parfumés, la bravoure n'était plus un refuge.

Cependant, tout en étant fort peu scrupuleux sur les moyens de parvenir au but qu'ils ambitionnaient, les descendants des Francs ne E'éiaieut pas encore eiiiiérement dépouillés de toute espèce de vergogne. Le remords, et plus souvent la crainte de déshonorer l'antique renom de leurs ancêtres, maîtrisaient ces âmes barbares. L'ambition, l'amour, la vengeance, leur faisaient commettre sans scrupule les crimes les plus odieux, et néanmoins ils auraient sacriGé l'ambition, l'amour, la vengeance même pour anéantir les traces d'actions qu'ils reeardaicnl avec justice comme la honte de leur sang.

En CCS temps-là donc, Mathieu XLVI, comte de Morvan , l'aîné d'une des plus nobles et des plus grandes maisons de la Bourgogne, se faisait remarquer par ses richesses el son influence. Nous ne nous étendrons pas sur sa généalogie ; nous nous contenterons d'apprendre aux lecteurs que le sang des comtes de .Morvan était le plus pur de la "icodalité, et cela appert de la lecture des chartes de cette famille, qui prouvent que, sur les trente-cinq comtesses de Morvan qui eurent le cœur seisible, aucune n'eut à se reprocher un attendrissement lolurier.

Mathieu XI.VI habitait le château de Eirague, demeure héréditaire du chef de sa maison. Ce château était un des plus vastes et des mieux foTiiliés de la haute Bourgogne. H avait cet aspect formidable cl grandiose qui charme et lait naître dans l'âme le sentiment excité par les grandes masses, ouvrages des htimmcs. Les guerres en avaient ruiné ijuclques parties ; ces ruines ajoutaient encore à la heautéde l'édilice, eu icmuiguuni à combien de destrucliuns réitérées il avait résisté.

Mathieu XLV, père du Mathieu régnant, avait péri dans la traversée de llalais à Douvres, chargé d'une mission pour Elisabeth. Ce Mathieu fut un généreux soldat, ami de Henri IV. Son caractère sévère tenait de celui de Sully, dont il avait l'inllexibilité: aussi le jeune comle, étant devenu éperdnmenl amoureux de la belle Malthide de Chanclos, (illc d'un gentilhomme campagnard des environs de Birague, défense absolue lui fut faite de pensera celte union di-pro|iortionnéc. llalgré cet ordre inipiTieux prononcé avec la dureté d'un vieux guerrier accoulunié à lobéissanee passive de ses soldats, le comte de Morvan, qui possédait l'enlêtement héréditaire de la famil'e, n'en coiilinua pas moins ses visites à ce que Mathieu XLV appelait la gentilhommière du capitaine de (Chanclos.

Cette passion s'accrut dans le silence, et se fortifia par les obstacles. Malihide paraissait mériter ce vicient attachement. Sa beauté, ses grâces et le retour surtout donl elle payait la flamme de son amant exaltèrent au dernier point la frénétique ardeur du jeune comte II jura, dans un de ces paroxysmes d'amonr si fréquents à sou âge, qu'il posséderait à tout prix la belle maîtresse dont la vue enivi ail ses sens.

En vain Mathieu XLV lui présenta les belles cl laides héritières das plus nobles el des plus riches familles, non-seulement du pays, mais de la France ; en vain lesCourtenay. les Retz, les Béthuncs, etc., etc., lui sonmirenl leur orgueil, en lui offrant cinq ou six grains de vanité, el cinq ou six parchemins de plus avec la personne de leurs demoiselles, le jeune comte, s'enveloppanl dans une morne tristesse, refusa tous ces avantageux partis. Enfin il devint sombre, niélancoliq>ie, cl ce chagrin, loin de se dissiper, s'augmenta chaque jour qu'il vil Malliilde. La Heur de la jeunesse, qui devait s'embellir encore par îc charme d'un tel amour, disparut chez, lui. Il se plaignit, forma des vœnx sans doute; mais on ignore le secret de ses entretiens avec sa maîtresse, car la vaste forêt fut un témoin silencieux.

Cependant ce charme inexprimable, cette douce mélancolie du scntinient dont l'amour iiais.-anl revêt deux cœurs qui s'aiment, étaient ignorés par Malhilde et son amant. L'âme allière du jeune comle, brisée, flétrie par la résolution de son père, que Mathilde lui peignait comme inébranlable ; les espérances trahies, les craintes, le terrible avenir qui semblait les menacer, tout contribuait à mêler quelque chose de sauvage à ces entretiens qui doivent être si doux et si charmants. Mathieu XLV, persistant à conserver l'honneur de sa race et de sou nom, eût laissé son fils se consumer sans espoir, s'il ne filt descendu dans la tombe bien à propos pour satisfaire l'ambition de la demoiselle de Chanclos. Aussitôt son père expiré, le jeune comte, devenu le Mathieu privilégié, se hâta de donner sa main à la belle Mathilde. Ce fut dans l'antique chapelle de Birague que se fit le mariage Des bruits coururent au sujet de cet hymen. La disparition du chapelain, qui arriva bientôt après, et la précipitation avec laquelle le jeune comte épousa sa maîtresse, firent dire que la tombe du vieillard avait servi (i'auiel aux époux, qui semblaient craindre le réveil d'un homme sommrillant à jamais.

Mais alors dix-sept ans s'étaient écoulés depuis ces événements presque oubliés ; Mathieu XL\ 1 ne possédait qu'une fille qui le chérissait avec une tendresse sans égale. La comtesse Mathilde avait conservé sa beauté, mais celle d'Aloïse commençant à l'inquiéter gravement, elle pensait à la marier.

La jeune héritière de Birague aurait été bien reconnaissante de l'intention de sa mère, si, comme toi. l devait le lui faire croire, c'eût été à son coUîiii le chevalier d'Olbreuse qu'il loi fiii connoande do dinner sa main Loin di! là. la comtesse av.iit conçu le projet lyiaunique d'imposer l'Iionuiie de son choix à la douce el tendre Alwî^c.

Le protégé à qui elle destinait tant de charmes »>taii WJ f^rtaio

T/llÉRITIÈRE DE CIRAGUE.

larquis Villani. Iialioii, vomi en France àl;> suite du niaivchal d'An-

re i)e inaniiiis ëiaii mi fin'l beau cavalier. Mais, on dopii do sos Iraiis

irais 01 dolicils. et do la richesse do s;i laillo, >a |>!i\>ioiioinio avail

.«10 oxpressiim qui oloiguail la confiance. ImpaIroniM' d.ins la noble

aniillo de Murvan. rullranionlain avait mis Ions ses soins à capter la

'leiiveillaiico dos mailres de la maison, ('oinplaisaiu el llalleiir, il

vait réussi au delà de ses espérances à s"iiisinuor dans les buiines

races de la eonuesso Une femme de quarante ans n'est jamais

'uangrr impunément. (Inant au comte, à peine lit-il atlonlion an non-

■au vis;igo introduit clie7. Uii. ce n'était qu'un liabit doré de plus;

' d'ailleurs, cominonl aurait-il pu s'occuper d un per>oniiage toi que

.llani .' Un soutimeul profond semblait dominer son être. Sa paupière

liait un œil niorne toujours fi\é vers la terre, il paraissait craindre

s regards d'auirui, et vouloir leur dérober ses pensées. Ses vùie-

'ent> négligés, son air sombre, tout onliii dan-, lui iii<pirail sinon la

•rreur. du moins un seniiinent pénible, ("etio c riiillo maladie donna

:ou à des soupçons qui furent sur-lo-cbamp détruits par mille traits

L' bienfaisance . et cependant le comte .Mathieu n'en restait pas moins

n homme diflioile à juger. Sa conduite présentait les contrastes les

lus étoimants. Ses paroles et son maiiilion faisaient voir qu'il était

^ns cesse reporté vers un autre spectacle que le spectacle présent;

avenir el le passé semblaient tout pour lui. 11 éprouvait néanmoins,

■ il contemplant l'i leence el le calme de la vie de sa tille, une vo-

.npié qui anr.iit clé délicieuse, sans l'amerlume secrète qui empoi-on- :iail tontes >os jouissances.

Qnel que liU donc son amour pour sa fille, la vie solitaire qu'il lueiiail, jointe à sa profonde inélan...dio, donnaient à la comtesse un ■i.mvoir presque sans bornes sur la jeune cl charmante .Moïse. En lin le comte avait promis à son frère, le grand sénéchal de Rour- •gne. d'unir leurs deux enfants. Malhilde jura de rompre une alliance le les convenances el l'amour rendaient si désirable, et pour cela .le résolut de profiter de l'absence du chevalier d'Olbreuse. qui allait litter Birague et sa jolie cousine.

— Oui, marquis, disait-elle à Villani, quel que soit l'amour d'Olreuse pwur ma fille, quoU que soient les engagements de mon époux vec le grand sénéchal de Bourgogne, son fierc, je vous donnerai la laiuei lafoiiuned'Aloîse. — .Mais voudra-t-ellc obéir .'... — Je comrandcrai. — Le comte permetira-t-il que vous disposiez du sort de

■ 1 fille?... — Le comte cédera à mes prières... J'ai des droits à ses

• gards; et je sais d'aillcui-s comment il faut agir avec lui. — D'Olbreuse enfin... — Je le bannirai du château... — Votre charmaiiie

■ Me nepouna peut-être pas l'oublier .'...— Délrompcz-vous, marquis; Vloîsc n'éprouve pour son cousin que de l'amitié... — Remarquez, •-■ependaiit, comtesse, avec quelle inlimilc ils causent... Tenez, les Yoilà qui traversent les cours... Aloise s'appuie sur le bras du clievaher... cîle lui abandonne sa main... il la presse, el ose la baiser... '.'umtesse, est-ce là de l'amitié?... — Oui, vraiment, jaloux que vous

•:cs !... uc vovcz-vous pas qu'ils se font leurs adieux?... — Commeni?... — D'Olbreuse quille à l'instant Riragne ; son service l'appelle à Paris uprès du roi... Il ne tiendra qu'à \ous, marquis, de profiler de son l)--encepuur entourer Aloise de toute I» séduction de l'amour... vous lu; y entendez si bien !...

Le marquis prit la main de la comtesse et la porta à ses lèvres... '. Lilliit remercier Malhilde du ccuiipliment qu'elle venait de laisser li.ipper. et l'adroit Italien ne manqua pas l'occasion do répandre le . >u\ poison de la louange.

Tandis que Villani cl la comtesse scellaient le Iraiié qui sacrifiait rinnocence el la beauté. Aloïse et son cousin avaient gagné la dernière cour du chàieau. Ils y irouvèrent le vieux inlendaiil lUibi-rt. et jdusieurs domestiques de la suite d'Olbreuse, qui tcnaioni par la bride es impatients coursiers du jeune voyageur. Un dernier adieu lut prononcé, et d'Olbreuse monta à cheval, emportant en croupe l'amour ' i l'espérance.

— Christophe, dit le vieux Robert à un piqueur, vois comme l'es-

• nir cl riionneur des Morvan galope avec noblesse. — 11 m(mtc à .1 -val presque aus^i bien que .M. le capitaine de Chanclos, mon ancien ijilro. — Quille comparaison oscs-ln faire ! reprit l'intcndanl, le

:iiegiî de l'indignation sur la figure: un .Morvan mis en parallèle avec .!n pelii gcniillalre !... — Petit!... pas si petit, dit (UirisUiphc; le cal-ilaine i cinq pieds six pouces.

A celle naiveté qui prouvait la profonde ignorance de Christophe en fuit de blason cl de géné.dogie. lloberi s'écria : « 0 Mathieu XLIV !... »

Pour bien appré -ier le sens de celle exclamation, il est indispensable d'instruire le lecteur du caractère original de l'iniendanl des .Morvan : c'est ce que nous allons faire, tandis que la coiniessc Malhilde prépare des féies superbes, dont le but secret est de fournir on nouveau triomphe à sa vanité, el de procurer au marquis Villani les moyens de séduire la jeune imagination d' Aloise.

La famille de lîoberi servait, de père en fils, la noble maison de "lonan: aus'-i l'iiiu ndantaclu'l s iiitilulail-ilavec orgueil UoheilXlV" lu nom. Le vieillard avail unograud- probité, chose rare de tout temps liez les inleDdaoLs. Il joui>sail de l,i conliancc de sim inailre, et la >vailau\ services qu'il avail n-udiis (anl à .Malhi'M \'i.V' qu'au père

du comte réguanl. De plus, on l'avait vu combailre sous la bannieic de son seigneur pour la cause do Henri IV.

Le vieux sorvii<'ni- iniilail le conile: il él;iil mysti'rienx comme lui; néanmoins il n'alLiil p;is jusqu'à la molani'Dlio. Li' bonhomme aval; l'air de cacher quolipio ( lioso sims sa g;iirl(> ordinaire, qui ne paraissait plus que par iii--lanls. A le eonsidoror, on aurait cm que la eais'-e de riiilondanre olail vide, el ceponil.inl, miilgré les prolusions et le luxe (le iMaihildo, la ^plondour do la maison de Morvan élail loin de tomlior en dooailonco.

Robert avait dans la famille l'espace d'aulorilé d'un homme expérimenté qui possède tonte la conlhnce de ses maîtres : souvent il plaignait le comte d'une manière extraordinaire ; il élail comme idenlifiéavcc son chagrin ; mais comme l'honneur de la famille le guidait en tout, peui-êirc était-ce parce que jamais il n'y avait eu do comte de Morvan hypocondriaque qu'il déplorait la misanthropie du chof de la maison, celui à qui, selon toutes les apparences, il devait reiiieilre en mourant le bàlon d'ivoire, marque dislinclive do sa longue et glorieuse inlendaiiie.

Depuis l'arrivée du marquis de Villani, le vieillard était devenu plus sombre encore. Inquiet de la prési^nce de cet iKuiime, il l'étail bien plus de celle de Jéronimo, son domestique; Jéronimo voyait tout, entendaii tout, furetait partout, et Robert s'en alarmait.

Le clairvoyanl servileur apercevait le dessein de la comtesse; il s'inléi('.s:iil i)oaueiiupan\ amours d'Adolphe eld' Aloise; IcbonlKunme Irouvail que colle union rolablirail l'Iionneiir de la famille, que Mathieu XLVl avait ébréehé, disait-il. sous son intendance, en é|)ousani Malhilde de Chanclos.

Aloïse aimait beauronp le vieil iulendanl, qui la comblait d'altoutions, prévenait ses désirs, et l'eutrelenail toujours d'Adolphe, beaucoup plus surtout depuis l'arrivée du marquis de Villani. Aloïse ne comprenait pas les craintes de son vieux confident

Quoique le château fiU très-peuplé, une tour froide située au nord restait toujours inhabitée. Par une bizarrerie singulière, le comie avait ordonné que la dernière habitation de son père fût respectée ; tout y élail conservé, et depuis sa mort personne n'eut la permission d'y pénétrer. Tel élail l'état du château de Birague. Bientôt une foulo de curieux s'y rendit di' tontes parts, attirée par l'éclat des fêtes annonoées.

CIIAPITRK 11,

L'orpiueil el la (ierlé sont Jeux .-iimcs. offensive cl dérensive. I.n première est un Rlaive scéri, l'autre un boiicllfr.

Le château de Birague, malgré l'immensiié de son enceinte, aurait été loin de contenir tous les visitants, si la belle comtesse de Morvan, enorgueillie de sa beauté, du rang et de la splendeur de la maison de sim mari, n'eiH oublié dans ses invitations toiil ce qui ne tenait pas à la première noblesse de la province; et en cela, comme en plusieurs autres circonstances, elle prouva que l'amour de sa famille ne l'aveuglait pas; car ni le capitaine de Chanclos, son père, ni la jolie Anne de Chanclos sa sœur, ni enfin aucun de ses parents paternels, ne furent conviés aux fêtes qu'elle préparait.

Le comte Mathieu ne voulut point partager la préoccupation de Malhilde ; il répara autant qu'il était en lui un oubli injurieux pour la famille de sa (einme. Le capitaine de Chanclos, son beau-père, et Anna, reçurent donc de sa part un message pressant et poli.

De Chanclos, après avoir mOi. ment réiléchi sur U-. contenu de la lettre de son gendre, fui d'avis, imnr plusieurs raisons qu'il se donn.i la peined'énninérerà Anna, de se dispenser de paraître aux fêtes de Birague.

— Premièrement, disait-il, lu ne peux, Anna, le présenter chez ma fille la comtesse Malhilde d'une manière indigue de la maison de Chanclos, qui, soit dil entre nous, en vaut bien un autre. Pour y p.iraiire d'une façon convenable à la naissance, il te faudra acheter robes, chaussures, linge, etc., etc. Pour f.voir ces choses et toiiï les etc., etc qu'elles entraîneul, il me faudra au moins te donner dix pistoles; or, pour le donner dix pi^loles, il lant les avoir; et Dieu sait, Anna, si tu les as jamais vues dans mon château... Secondement, .'ijoiita le vieux guerrier, il te faudra... — Ah 1 papa ! interrompit Anna eu riant, dispensez-moi de toutes les autres raisons; la première est i-i bonne, qu'elle me suffit. — Ce que j'en dis, Anna, est pour te faire voir que je ne veux pas agir avec toi en tyran. — J'en suis persuadée, clii r papa ; mais, cependant, si vous vouliez me jicrmeltrc de me rendre à l'invitation de mon noble beau-frère, je ferais en sorte de p:ir.iîlre au château de Birague d'une manière digne de votre ninii.

L'IIÉRITIËRE DE BIRAGUE.

et cela sans qu'il vouscii CDÛlàtrion.— Et comment donc , ma fille '.'...

— En dispiisanl, cliur papa, d'une partie des pelils bijoux que je tiens de la tîcLiéro^ilé du comte Maihleu. — Mais, iVnna... — Ah! papa ! vous êtes si bon, si bon, que vous ne me refuserez pas ?

La jolie espiègle n'attendit point la réponse ; elle courut à son père, et, l'enibrassant tendrement, en obtint la pcrmisjion si ardemment désirée.

— Cette petite buliéiiiienne lait de inol tout ce qu'elle veut, dit le capitaine en allant seller le vieux compagnon de ses campagnes, qui vaguait (.'à et là dans une prairie assez maigre. Ces diables de bals l'ont tourner la lèle aux jeunes lillcs, et il Tant à tout prix y aller... Mais pcul-clre Anna s'en trouvcra-t-clle bien : elle est jeune, de bonne maison, et aussi jolie pour le moins que sa sœur .Matliilde, lorsqu'elle épousa, il y a dix-buit ans, l'bérilier des Morvan... Qui sait si un pareil bonheur ne l'attend pas dans le grand monde?... J'espère eependanl (pi'elle conservera mieux que sa sœnr les mœurs simples <le la médiocrité, cl que la fortune et les grandeurs ne corrompront l)as Min liein-eux naturel.

Telles étaient à peu lires les rillexions qui agitai('nt le capilainc de Clianelos, en prépaïaiil de ses nobles mains l.i iiionluie qui devait le conduire au bran cliàli'an de liir.iïïur. (,'i-llc l);-iii;iic laile, le soin de sa iiarnrc l'oeeiqia ^l'rieiisenieul. Il eiulii.-.sa sa vii'ille cuira>se de [leati de bufllc, su^p^lldit à smi côié l'épée qu'il tenait d'Henri IV, et {pie, par respect pniir eelui (pi'il appi lail Wiiglc du Ucurn. il avait décorée du noni A'Hcnrirttr; puis, buîié, éperoiiné, casqué, il enfourcha le vieux Henri, lequel, après deux heures de marche, conduisit le père et la (ille à la porte du château de Birague, où l'offlcier de Ohanclos el Anna firent une entrée assez grotesque. Avant d'aller plus loin, il est bun de prévenir le lecteur que chez mes^ire de Chanclos tout se nommait Uenri, Ilcnriun, ou Henriiite, tant était grand le fanatisme du bon capitaine pour son ini't)ifi6/e maitre l'aigle du Ucarn.

L'officier de Chanclos était peu connu chez son gendre, et l'équipage dans lequel il se présenta aurait très-certainement fourni matière aux railleries de la livrée, si l'air peu endurant du capiiaine et la formidable épée pendue à son cô!é n'en avaient imposé à la valetaille.

— Drôle que tu es, dil-il d'un ton brusque à im valet ipii le regardait d'un aiu ironique, tu ferais mieux d'aller annoncera ta inaiiresse l'arrivée de son pire, que de rester là les bras croisés... 5Lu-che donc, ajuuta-t-il en lui donnant sur l'oreille un coup de son gant qu'il tenait par un des doigts; on dirait que lu as la goutte. — Le valet, é:o!n)é de celle aduioiiiiion, obéit sans niurmurer; il conduisit le capitaine et la Ireinhlanle Anna à travers plusieurs appartements niaginfiqiu's, jusqu'à l'aniichamb/c de la comtesse

lin apercevant son père et sa parure un peu surannée, l'orgueilleuse Malhilde rougit dj dépit, el se leva à peine poi'ir le recevoir cl lui adresser les sahilations d'usage, encore le fil-ellc d'un air si froid, si contraint, qu'il fut facile à tous ceux qui étaient présents de voir combien l'arrivée de ses proches contrariait la inaiiresse du château. I.'oflicier de Chanclos était vif, était père, et se croyait aussi bon gentilhomme que chevalier qui fût en France; il ne put donc soulfrir patiemment l'iniperlinenle politesse de sa fille, et encore moins l'ironie ipii perçait à travers les saints étudiés de sa noble compagnie. « Sur mon honneur, s'écria-t-il, ma lille Malhilde est une impudente conilesse. et vous êtes trop polis, messieurs, pour me donner un démenti.

— Nous sommes trop galants pour ne pas le faire, » répondit le marquis de Villani en s'inclinanl vers la coni'e>se.

Le capilainc mit fièrement la main sur son épée, et la lira à moitié du fourreau ; mais, jeiant un regard sur ce qui l'entourait, il renfonça sa h-nridlc, en s'écriant : « Fi, Chanclos 1 fi! il n'y a ici que des l'jnimes, cl moins que des femmes ! ... » Puis, prenant le bras d'Anna, il ajouta : « Sortons de ces lieux... à l'instant même, afin qu'il ne soit pas dit qu'un Chanclos ail été insulté sans se venger. » En parlant ainsi il ouvrit la porle, el traversa l'antichambre précipilammenl en brusquant tous les valets qui se trouvaient sur son passage. Comme il allait descendre l'escalier, le comte Mathieu s'offre à ses regards.

— Où donc allez-vous si vite, capitaine.' demanda-t-il à son beaupère. — Dans un lieu où d'insolents courtisans, pour plaire à une lille coupable, n'insnlieronl pas un brave soldat t(Mit aussi noble qu'eux. — (Ju'entends-je?... quoi! dans ces lieux Malhilde euconra- !,'erait ceux qui insulientle beau-père du comte Mathieu? — Ne pas Ij.s punir, c'est les encourager... Comte Mathieu, l'honneur de votre alliance u'a pu me faire trouver grâce aux yeux des élonrneaux dont voirC château abonde. — Vous en aurez raison ! — Je me la serais faite, dit fièrement le capitaine, si ces gc:is-là eussent été dignes de inauicrl épée. Adieu, coniieMalhieu, mon qmdre;\(i désire que votre femme soit meilleure épouse (pi'elle n'est bunne fille. — Vous ne nie quitterez pas ainsi, capitaine. Non, je ne souiïrirai pas qu'un brave gentilhomme qui a droit, par sa n;iissance cl son courage, aux égards et aux respects de ma maison, soit iraiié comme vous vous plaignez de l'avoir été, sans en obtenir une réparation éclatante... D'ailleurs, mon cher capitaine, ajouta le comte, dans les circonslances présentes, ce serait inlliger à l'innocent une punition qui n'est due qu'au coupable : ma charmante belle-sœur ne doit pas êlre privée d'assi^^er aux fcles qui se préparent. .)e sais que plus d'une erande dame serait

enchantée de la voir s'éloigner, mais c'est un grand plaisir que vous ne voudrez pas leur procurer. Quant à moi, je m'v oppose, cl pour ma fille Aloise, qui sera charmée de posséder (piehiue Icnips son amie, et pour Anna elle-même, qui ne peut trouver ipie dans le monde le prix que méritent ses vertus et sa beauté. Le eonite, en parlant ainsi, avait pris le brave gcnlilhommc par son faible. Quoique le bon capitaine n'eûl pas ceriainemrnt à se louer de la conduite de sa première lille, quoiqu'il pût craindre que les grandeurs ne ehangeassenl également les mœurs de la seconde, il ne poiivnit ^'ciiipècher dt désirer vivement qu'Anna, l'enfant chéri de sa vieilli->-e. trouvât un mari dont le rang, la personne, la fortune, pussent satisfaire l'ambition et le cœur d'une fille.

— Je suis reconnaissant, mon gendre, dil-il en pressant la main du comte, qu'il serra fortement dans les siennes, je suis très-reconnaissant de la chaleur de voire amitié; mais, \MH'\'aiglcda Ucarn, mon invincible maitre, je jure de ne point re^le^ une heure en ces lieux... Je jiars à l'instanl; cepi ndaiit, puisque vous croyez qu'Anna peut... qu'Anna doit... vous ni Vutiiidez... je la confie à votre garde ainsi qu'à l'amitié de ma petile-lilli' Al(usc. Mais promettez-moi... — Comptez sur ma parole, s'écria le conilc ; je jure de veillir lidelcnienl sur le dépôt qui m'esl confié... Adieu, caiiitaine; je rei^r.lte ipie vous jugiez votre départ nécessaire. — Ecoulez, mon eiif.mi, dit le capitaine en s'adressant gravement à sa fille, les inslruclions que ma prudence donne à votre jeunesse. Tu vas le trouver dans le grand monde; songe, .\nna, à l'y conduire d'une manière ferme et honorable. Si quelque jeune dame brillante a l'air de te dédaigner à cause de ta parure un peu simple, quoique cependant très-iiropre, dis-lui qu'elle est une impertinente, el que In t'appelles de Chanclos; si quelque galant de cour t'approche de trop près et te conle quelque incongruité, réponds-lui qu'il est un Vilain, et que ton père a été un des compagnons de l'invincible Henri, Vaigle du Bcarn. Aie toujours ces maximes sur les lèvres, et lu ne faudrus jaipais. Adieu, mon enfant; que la bénédielion des anges soii avec toi. En achevant ces mots, le capilainc embrassa t( r.dicmenl sa fille, prit la main de son gendre, et descendit l'escalier en sifllant une fanfare, la seule des fanfares qu'il eût jamais pu retenir en servant sous Vaigle du IScarn Vous devez vous douler maintenant que le brave capitaine u'élait pas très-boa musicien.

Le comte le suivit quelque temps des yeux, el laissa échapper un sourire mélancolique. Sa ligure exprimait un conflit de senlimerils difficiles à rendre; on eût dit qu'il enviait le sort du pauvre gcnti'.làtre. cl que l'orgueil du rang était anéanti devant l'insouciance de lu pauvreté.

Anna connuençail à se renieltre de la rougeur (juc l'exhortalion paternelle avait attirée sur ses joues, lor.-que le comte, sortant de sa rêverie, lui offrit la main pour rentrer dans les aiiparlemenls.

Ce ne fut pas sans un violent batlenienlde cœur que la pauvre fille suivit son noble bean-frcre ; elle tremblail d'avance à l'idée de rencontrer les regards hautains et méprisants de Malhilde et de ses amis. Cependant, rassurée par la présence du comte, elle se présenta avec assez de courage devant soii orgueilleuse sœur.

— Comtesse Malhilde de Morvan, dit le comte d'un air grave cl presque solennel, je vous présente voire jeune sœur Anna de Chanclos ; elle est de votre sang, cl je compte ass( z sur voire prudence cl sur celle de vos nobles amis, pour cire sûr qiie ma belle-sœur sera reçue chez moi avec les respects qui lui sont dus... Aloise, ajouta le comte en se tournant vers sa fille, el avec un ton bien différent de celui qu'il venait de quitter, viens présenter tes amitiés à la tanle, ]•■; dirais les respects, si l'âge charmant où vous êtes toutes deux permettait entre vous d'autres sentiments que ceux de l'amitié... Mon enfant, je te prie et l'ordonne d'aimer et d'houorcr toujours la sœur de ta noble el vertueuse mère.

La manière dont Mathieu prononça ces dernières paroles ctail équivoque : on aurait pu croire à la sincérité de cet éloge donné à la comlesse, si un sourire ironique n'eût efllcuré légèrement les lèvres du seigneur de liii aguc. Aloise s'empressa d'obéir à son père, cl le fit d'un air qui annonçait assez combien son cœur était d'accord avec les ordres du comte. Quant à Malhilde. elle te conforma aux intentions de son époux, autant qu'il le fallait pour ne s'attirer auenn.s reproches. Elle se leva, fil asseoir Anna près d'elle, el lui adnssa de ces compliments que la politesse banale des grands accorde avec distraction à leurs inférieurs. Ceux qui se trouvaient alors au salon iniilèrent la dame du château, et renchérirent même sur elle. Le marquis de Villani surtout, qui avait été un de ceux dont les sarcasmes étaient lombes le plus cruellement sur le capitaine, fut devant le comte d'une galanterie empressée el attentive envers celle qu'il aurait volontiers raillée.

M.ntbicu devina prompleinenl ce qui se passait dans l'âme de sa femme et de ses courtisans; content de rcsjièce de triomphe qu'il venait de procurer à Anna, il la prit par la màLi ainsi qu' Aloise, cl leur proposa une promenade dans le parc.

La partie fut acceptée avec empressement par les deux jeunes filles. Tous trois quittèrent le salon, au conlenlemenl réciproque de chacun. Arrivés à l'cnlrée du parc, le comle leur dit avec émotion : « Vous voilà loin des grands, livrez-vous eu paix au bonheur d'cire libres et

LIlÉUlTlÊllt: DE BIRAGUE.

plies. AJiou; vos jeux, loiit c'.ianii.iiib qu'ils soni, briseraieiil mon aine; les vis el les accents de la joie soiil un langage qu'il m'e;! à:leîidii d'eiileiulre... Adieu... je vais vous envoyer R(d)erl.»

En aehevanl ces mois, le conile s'éloigna prèeipilainntenl. et regagna sou ajiiiariomeui, où il tc reufirnia tlaii'^ sa joliiiide accoutumée.

ciiAriTur; m.

Un homme vk-mlia (lorlé sur les minges et entourd de la romlre et des (éclairs. Saist Jean, Apocalypse, v. 40.

Les Italiens avaient importé la mode des bals masqué'; ; c'était donc un bal d.' ce genre que donnait laconilessc le lendemain de lairivée d'Anna : aus^i Aloise lui parla-l-cUe de ce qu'elle avait découvert des dcgui>emenls du bal.

— ("hère lame, quel sera voire costume? mettez-moi dans votre confidence?... — J'ignorais qu'il y eilt bal manqué, et je n'apporte qu'une bien simple parure, que vous devez connaître. — Ecoutez, Anna : j'ai deu\ déguivemenls que Robert m'a fait venir de Paris, je ne vous en propose un que p^ine qu'ils sont inconnus; sans cela, je n'oserais vous en parler... — Chez tout autre, cbère Aloïse, une telle offre paraîtrait faite pour mortifier; mais votre cœur m'est tellement connu, que je n lié>ile pas à accepter votre cliarmani cadeau. — h !

3ue je suis joyeuse' tenez. Anna, je vous cède voloniieis le costume e bei^èrc; il est charmant; quant à moi , je prendrai celui d'une sainte ■ écile... »

Robert Uur fit observer que la iniit s'avançait ; alors les deux amies n-vimenl en cau-aiit sur le> pi-r-onnages qui di'v;ileiit se trouver au

b.d du leiideniaui : en euleiidaiit leur> niim>, A i ('lait chanirée de

paraître >ois un déguibcmenl aussi joli que ce lui (jui' lui prèl.dt sa nièce; elle sent;dt une es|ièce de coutiaiice qu elle n'aurait pas eue en portant la vieille parure pour laquelle elle avait mis à couiribution tout ce qui. d.nis I éerin et la garde-robe de sa mcre, avait survécu à Li soif iuextiiigu ble du capil.iiue.

Aloise était'trisie. « .\dolplie n'y sera pas, ma tante, que me fait ce b.d '... qu'y verrai-je.'... que vous éies heureuse de ne pas connaître là peine q\ie cause rab>ence de celui qiu' l'on aime ! vous pourrez. Lieu mieux que moi, vous intéresser aux folies du bal. »

Eu discourant ainsi, nos jeunes tilles montaient le grand escalier, et se rendaien: à l'appartement qu'elles occupaient eu commun, rendant la nuit, la comtesse de Morvau, qui goûtait rarement un sonuiieil bien tranquille, chercha les moyens dhmnilier sa sœur, qui lui avait été imposée par son mari avec tant de honte i)nur elle. (Jette femme orgueilleuse avait fini par se persuader à elle-même qu'elle ne cédait en rien à la noblesse de son mari, et sa fierté était d'autant plus insupportable, qu'elle se trouvait sans fond"ment. Dans la journée, elle fil appeler Robert, et lui remit deux dcguiseineiits étiquetés, l'un pour Aloise, l'autre pour Anna : celui destiné à Aloise était une invention ilu marquis Villaui ; un casque surmonté de plimies. une robe d'amazunc, avec une coHe de mailles d'une grande légèreté et d'un travail délicat, une chaussure analogue, eidin le costume de Cloriude tel que le dépeint le Tasse fut réservé pour la fille de la comtesse, et Villani fut le seul qui sut qu'Aloise, obéissant aux ordres de Mathilde, paraîtrait en guerrière La pauvre Anna devait endosser l'huiuble habit de la nourrice de Clorinde.

— Non, pardieu I dit le malin Robert, cet effronté marquis ne persécutera pas pendant tout le bal notre jeune maîtresse; que deviendrait l'hoimeurde la famille si un Italien épousait une Morvan?...

En grommelant aiusi, il portait les habits en les cachant soigncu- .sement pour traverser la galerie : il arracha les étiquettes, et, frappant à la porte de l'appartement d'Aloîse, il dit, après être entré : « Voici, mesdemoLselles, ce que madame la comtcïse v(ms ordonne de mettre ce soir... > Pendant que les jeunes curieuses défont le p;iquel, il place sur la cheminée les deux étiquettes, et indique du doigt à sa jeune malire-se qu elle doit prendre l'habit de duègne ; puis il sort en s'applaudis-ant de sa ruse. Le vieillard avait deviné que le beau Tancrède aux armes brillantes et polies devait être Villaui. .

Déjà les antiques tombcieaux de cuir, que nous appellerons carrosses par re-pect pour nos ancêtres, roulaient les principaux personnages de la haulii noblesse vers le château de Birague Les chemins vicinaux, si séditieux aujourd'hui, n'existaient pas; c'était dinc d'ornière en ornière, de cahot en cahot qu'on se rendait d'un château à l'autre. Les législateurs du temps regardaient l'industrie et l'agriculture ojmme deux choses dont il était important de borner l'essor; et, pourvu que l'industrie pût fournir à leurs caprices, et l'agri-

cnlimv au fiomenl ïtrictement nécessaire pour les biscuits réscrvéi ù leurs tables, l'Etat <levait être llorissant.

Tandis que les toilettes de ces hautes et puissantes visiteuses étaient froissées par l'effet du système moiii'.rch'upic des ponts et chaussées d'alors, les dames du château de Riiagoe s'occupaient trauquillemeut d'une p u-ure qui n'avait ;ineHn fiS'é à craindre. Chacun apprêtait son (■(l^lMMle iiivllioloijiiiue, liist<iii(iue on burlesque; et la comiesse snrtout s'occupait avec un soin cxiième à rassembler toutes les ressources de l'art lioui- copier l'épousC de Jupiter : son visage idtier, ïa beaulénére. ;iiMMiei;i pu lui sufliie.

Le grand salon du château donnait sur les jardins ; il était imnuMisc et décoré dans le goilt du temps et dee doiures lourdes appliquées sur les rondes bosses du plafond et sur les h.isieliefs de la boiserie se détachaient du blanc mat de l.i peinture : les rideaux des croisées étaient eu moire blanelie re|iré-eoiant des llcuis dorées. Aux angles de la pièce, surchargés <le iles-ius el de rosaces duo mauvais goûl, on avait phieé di'S colonnes ironipiées qui siqiporlaienl des caiidé- Ldires d'argeul à blanches lelleineiit (u-nées, qu Une poussière héréditaire s'y était si bien ineruslée, que tout l'art du netloy, ge n'avait pu l'en déloger. Des fauleuils à grands dossiers, d'injurieux pliants et des glaces de Venise furinées de plusieurs nu)rccaux, à cadres travaillés, complétaient l'ameublement de cette principale pièce du château de Biragui\

Une suite de portraits, les uns eu tapisserie, les autres sur toile, représentant les chefs principaux de la maison de Morvan, décoraient la salle à manger; mais, au grand désespoir des archivi-tes. des généalogistes et de la famille, les i-oriiaits des Mathieu NX et XXXII manquaient; pour surcroit de niallieu ', les envieux faisaient courir le bruit que la gloire de ces Mathieu était apocryidic, ils ajoutaient même que Mathieu XVIII avait été pendu, vil supplice destiné aux roturiers, imputation d'autant plus injurieuse, que personne n'ignore que plu'-ieorsM;ilhieu furent iiobicnu'ntdécapilés; difléience énnruie!

De belles tapisseries oru;iient les salons adjacent- ; (huis cette p.U'lie du cliàteau, Robert et ses aides de camp déployaient la plus grande aciiviié; le bonhomme avait à coeur de soutenir l'Iiniineur qui devait lui revenir d'une iuiendauee commencée sous Mathieu XLIV, iuteudanee qui, dis;iil-il, éclipsait toutes les autres.

(Jiiaiid l'anliepu' beflriii du château sonna huit heures, il fit évacuer les appartements en jetant un coup d'œil inve-tigateur oii brillait la salisi'aclion.

Le comte, sachant que c'était la dernière fête que sa femme donnait, résolut d'y paraître sous le masiine; il se trouvait d'ailleurs assez bien, et dans une situation plus calme, où, secouant ses pensées liabiiuelles, il semblait revenir à la santé. Il entra le premier, sous les babils d un péiiiienl blanc, pour observer, sans être interrompu, les folies de la foule vulgaire qui all;>it convenir de prendre telle dose de plaisir pendant tant d'heures. Mathieu était philosophe; il méditait aussi profondément que ses quartiers de noblesse pouvaient le perniellre. Il est le premier des Mathieu qui eut la condescendance de dire qu'il n'était pas impossible que ses vassaux fussent de chair et d'os cminne lui; il ajoutai qu'on avait vu des choses aussi extraordinaire s; mais on lui prouva que c'était une absurde chimère démentie jiarl(!s aeciilents journaliers de la vie. Cette philosophie fut ce qui fit le plus mal juger de sa solitude; cela lui donna un mauvais vernis, et il passa pour un novateur, espèce dangereuse de tout temps.

Bientôt un essaim de rieurs arriva, et le salon, naguère solitaire, fut lempli d'une foule d(' gens dont le brouhaha, les moqueries, le rire, les agaceries, produisirent d;uis l'esprit des assistants un enivrement moral qui déguisait probablement les choses comme les personnes.

AloisC n'avait pas trop compris les inteuiioiis du vieux Robert; quoi qu'il en soit, elle s'était résignée à endosser l'habit de duc'gne, eu forçant Anna à prendre le costume de Clorinde, alléguant que sa mère n'avait rien désigné.

— Chère taule, à qui donc ai-jc besoin de plaire? répétait loujom's Aloise. Anna fut obligée de céder ; elle se couvrit donc de la brillante armure de la guerrière sarrasine. Un murmure llattcur accueillit la superbe Juiion, lorsqu'elle entra parée de diamants, du sceptre, de la robe diaprée et de tous les attributs du sonvcii'.in pouvoir. En sa qualité de maîtresse de maison, ce murmure était obligé; il équivalait aux applaudissements du centre de nos jours, lorsqu'un ministre parle de ses talents ; mais lorsque Clorinde, suivie de sa vieille nourrice portant l'épée redoutable de l'héroïne du Tasse, se présenta dans le salon, chacun se récria involontairement; et, désireux de jouir le

filus longtemps possible de la vue d'une si charmante amazone, tous es cavaliers eniourerent Anna. La jeune lille marchait entre deux haies de masques, recueillant les mots obligeants qui se disaient sur sa toilette et sur sa démarche gracieuse. Cet applaudissement général fut approuvé et encouragé par la comtesse elle-même, qui croyait servir sa fille, cl surtout par Tancrède Villani, qui, récemment arrivé, avait groupé une espèce de curLége àb porte du salon, eu anuonv'aul quelque cho'c d'extraordinaire.

Il serait difficile de rendre l'éii in de mademoiselle de Chanclos ; son cœur baitait avec violence ; jamais la modeste fille du compagnon

L'HÉRITIÈIIE DE BIRAGUE.

de Vaigk du Béarn ne s'tilait irouvée à une pniiillc moisson de louaiigis. Les recoimiiaiid;ilioiis de son père s'effacereul de sa mémoire, et elle se livra aux douces sensations que l'amour-proprc excite dans loul coeur féminin. La jeune lille mériiait ce lriiiiii|i|ic. V.h effet, sa taille, toute semblable à celle d'Aloïse, était éU^aiiie et svclle ; ses belles épaules, son sein chaiinanl, dessinés par robligcaiile cotte de mailles, sou castpie, couvert de plumes majestueuses, donnaient inie grâce toute particulière à ses moindres mouvements ; eufin, jusqu'au cothurne élégant qui chaussait ses jolis pieds, tout faisait ressortir chaque beauté. Anna, qui souvent à Clianclossuivait son fière dans ses courses, avait acquis, par cet exercice, une démaiche égère, assurée, tout à fait dans l'esprit du rôle, et qui séduisait par sa grâce piquante et nouvelle.

La comtesse attribua au déguisement les petites dissemblances qu'elle remarqua; l'orgueil maternel aurait éié saii-f.iildes succès de Clorinde, si la vanité de Mathilde n'en eût été blessée.

Quant à la pauvre Aloise. elle essuyait les remarques peu flatteuses que chacun, instruit par Villani, qui voulait se venger du capitaine, crovait adresser à la lille peu fortunée du brusque t^hanclos.

l)n jeune et beau cavalier, le marquis de Montbard, apprit, par les

Îilaisan'teries si malignenient prodiguées, qn'Aima de Cbauclos était a nourrice de la guerrière. Le marquis de Montbard avait été témoin de l'arrivée d'Amia et de son père au salon de la comtesse ; il n'avait point partagé la répro'iaiion dont alors elle fut frappée. La beauté touchante et la grâce de la campagnarde méprisée l'avaient éimi ; il blâma la hauteur et l'iujnslice de la comtesse, et ses i)en écs se tournèrent vers Anna sans qu'il s'en aperi,'ûl ; par suili' <l ■ ce- xEilinieiils il fut indigné d'entendre lesmotspi(|uantsqMi tombaient sur la duègne. Ccpenchantnaturel qui nous porte à soutenir notre premier sentiment, le conduisit à prendre plus que de l'intérêt à la fille du capitaine de Chanclos ; il résolut dune de lui parler lorsque l'occasion s'en présenterait; en attendant, il retourna contre les plaisants leurs propres traits, et quelques méchancetés bien appliquées délivicrenl Aloise de ses persécuteurs.

— Charmante guerrière, dit Villani en accostant Aima avec la familiarité que permet le ma'-que, voukz-vons déi:o=er vos inimitiés, et permettre que je vous offre le sincère hommage que mérite votre valeur?

Anna n'ava'U pas lu le Tasse, alors peu connu en France; elle prit à la lettre ce que disait le marquis, ei répondit :

— Sire chevalier, mon coeur ne renferme aucune inimitié ; quoique j'annonce une guerrière, mon àme tinndc ne connaît poiat la haine.

— Illusirissiine et très-adorable amante, que ces paroles me ravissent!... Quoi! vous cor.benliriez à d venir mon ange lulélaire?... à embellir ma vie?... Vous vous êtes donc aperçue de ma souffrance?...

— Chevalier, car vous en paraissez un, ne vous méprenez- vous pas?...

— Quel œil se tromperait en vous voyant? votre beauté vous trahit, et quoique le masque cache vos traits charmants, elle éclate dans votre démarche noble, dans vos manières... — Il faut, chevalier, que vos sentiments soient nés bien subitement, car à peine suis-je arrivée en ces lieux... — Cessez de plaisanter; je n'ignore pas que vous n'êtes l'Iorinde que depuis un instant, llélas! dans les momenis si rares que vous iu)us accordez, mes regards ne vous ont-ils pas dévoilé létat de mon cœur? serez-vous assez cruelle... — Mais, chevalier, savez-vous cjui je suis? — Oui, je l:: sais : vous êtes la belle des belles, celle que j aime... — Eh bien, soit, aiincz-nioi, chevalier; cependant je crains bien que celte vive (launne ne s'éteigne lorsque vous saurez à qui vous adressez vos vœux. — Ah ! que mon rival n'est-il ici pour entendre ces douces et enivrantes paroli.s !... — Voire rival! reprit Anna en riant; chevalier, vous êtes bien prompt à me créer des aventures, et je n'imaginais pas, beau masque, que votre intrigue fût toute préparée... — Quoi ! vous appelez intrigue le plus pur amour, un amoiir que vos nobles parents voient avec plaisir ? — Biais, chevalier, je suis presque orpiieline: mon père... — Allons, je vois que vous ne vouli z être que Clorinde ; je resterai donc Tancrède. 0 guerrière tendrement aimée! apprenez que j'ai conçu pour vous une vive et...

On sait qu' Aloise ne perdait pas un mot de celte intéressante conversation; elle était curieuse de connaître quel homme cachait la cuirassc dorée de Tancrède; elle cul de la peine, carie marquis déguisait admirablement sa voix. Cependant une des dernières phrases lui révéla le nom du soupirant, et elle allait, en se mêlant à la conversation, lancer quelque epigrainmc au beau croioé, lorsqu'un masque vint se joindre à leur groupe: c'était le marquis de Montbard, dont la présence lit perdre à Aloise la suite des propos galants de Villani ; il s'approcha d'Aloise en lui disant :

— Aimable nourrice, l'abandon où vous êtes me prouve qu'il est bien peu de cœurs qui soient disposés à rendre justice à la beauté lorsqu'elle est dans l'infoilune. — Monsieur, je n'ai la prétention de plaire à personne. — Je vous assm-e que je ne méiile pas cette réponse ; il n'a pas teim à moi que vous ne soyez vengée des sarcasmes de la noble compagnie. Au reste, l!i conduite Je la comtesse envers vous lors de votre présenlation. -st une houle pour elle, et non pour vous. '

Aloise comprit alors que si l'on avaii pris loii! h l'heure sa tante

pour elle, elle était prise pour sa tante. Cette découverte lui fit faire des rédexions rapides; elle aperçut une foule de conséquences, «; cependant elle répondit sur-le-champ au marquis de Montbard, se chargeant du rôle d'Anna :

— Je vous remercie, marquis, cl vous suis obligée de vos procédés délicats; ils deviennent (irécieux quand ils s'adressent à l'infortune. — Vous l'avouerai-je, aimable Anna? cette même iulbrtuiie me fait une douce loi de vous plaindre; mon cœur a soulTert plus que vous des dédains de la comtesse, et j'ai cherché l'occasion de vous exprimer mes sentiments. — Ils méritent toute mon estime. — llien que votre estime, mademoiselle?... Le marquis prononça ces mots avec tant de feu, qu'Aloïseneputs'empêcher de rire. Moulbarl, déconcerté parcelle gaieté à laquelle il ne s'attendait pas, voulut s'éloigner; Aloise le retint, et lui dit :

— Allons, marquis, ne vous fichez pas. Ecoutez, ajouta-t-elle en ne déguisant plus et baissant la voix : — Vous êtes l'ami de mon cousin, et je vais me faire connaiire. Je commence par vous avenir que ma tante, pour qui vous me prenez, est à mes côtés. Je vois avec lilaisir votre penchant naissant pour elle, et je ferai des vœux pour votre bonheur et le sien. — Mon bonheur!... — Oui; vos paroles viennent de vous trahir...

En ce moment , le sénéchal vint auprès d'Anna, et Villani s'éloigna rapidement... Ilestées seules, les deux amies se commuiiicpicrcnt leurs découvertes, en jouissant du coup d'œil singulier qu'offrait le salon. Appuyé sur la cheminée, le comte de Morvaii écoulait avec alteniioii ce que Villani disait à sa femme. Mathilde ne s'imaginait pas que le pénitent blanc fût son mari. Elle souriait agréablemeul aux propos de Villani, qui, trompé par les réponses équivoques d'Anna, lui assurait qu'il était aimé. 11 attendit avec impatience, en tourmentant quelques masques, que le sénéchal eût quitté Clorinde.

Les persoiuies de la province, habillé.'s plus ou moins grolesqucment, se disaient des méchancetés ou se faisaient de grosses plaisaiileries, dont on riait en chorus; la voisine applaudissait aux malices lancées sur son voisin, sans s'apercevoir que son tour allait arriver.

A la première clfervescencc, an premier débordement de la fidie, succéda un moment de silence, pendant leiuel on senddait chereht'r de nouveaux sujets de rire. En cet instant, le beffroi lugubre du château sonna minuit .. Ausi ôt p;;rait à la p.irle du salon un nerson ;,: ■ dont l'arrivée tardive attira l'atlention générale, envc'Ioppé d'une vaste robe noire sembl.ible à celle d'un 'juge, la tête couverte d'un bunuet noir, les épaules garnies d'herinine ; il marche à pas lents : ■sa contenance et son maintien grave annoncent un homme âgé ; il fail le tour du salon en regardant l'assemblée ; tantôt son œil examino le plafond, la boiserie, le lusire, la cheminée, les portraits, avec curiosité ou surprise; et tantôt il s'ariêle d'un air sévère sur le comte de Morvan et sa femme. Arrivé devant Villani, il le fixe atteulivcinent comme s'il cherchait à le reconnaître; puis, voyant qu'il est l'objet de tous les regards, il se mêle aux groupes, et semble ainsi vouloir se dérober à la curiosité générale.

Passant près d'Aloise, il entendit un soupir sortir du sein de la jeune lille. « Pauvre enfant! lui dit-il d'un air ému, vous connaissez (loue déjà le malheur?... Adressez-vous à moi, conlinua-t-il en lui prenant la main avec bonté, quoique couvert de l'habit d'un juge, mon cœur n'est point inaccessible à la pitié... » Aloise se lut. Les paroles de l'étrauger, le son grave et solennel de sa voix, lui avaient causé une émotion extraordinaire... « Pourquoi garder le silence avec moi, jeutie lille? dit le vieillard, je puis calmer les craintes et combler tes désirs. — Vous? s'écria Aloise involontairement. . . — Moi-même ! . . . ne sais-je pas les projets de Mathilde, les vues intéressées de Villani, et ton amour pour Adolphe d'01breuse?...Uassure-toi, aimable enfant, ton secret ne sortira pas de mon sein... Ci'pcndant réi.4e à la tyrannie, à la ruse, et conserve-toi pour ton cousin... Quels tpie soient les événements qui arrivent, (luelipie danger que tu [misses courir, n'ou- Liie jamais qu'un êlre invisible, puissant et indomptable veille sur les destius... Adieu... »

L'étranger allait s'éloigner avant qu'Aloïse eût la force de lui adresser mie parole, lorsque le sénéchal de Bourgogne, qui s'aperçut du trouble de sa nièce, arrêta le vieillard :

— Mon confrère, lui dit-il en riant, il me parait que vous venez de menacer ma jeune nièce de cinq ou six procès... voyez comme elle tremble... — En efi'el, ajouta Villani en s'approchaut, mademoiselle de Morvan est prêle à se trouver mal... Il est bien étrange, continuat-il en se tournant vers le vieillard, qu'un inconnu se permette des paroles qui aient pu déplaire à la fille di;s maîtres du chàieau. — Le représentant du loyal Tancrède, reprit l'étranger, apprendra que j'ai le droit de dire et de faire ce que je crois convenable. — Mais ici, dil l'Italien en élevant la voix... — Ici comme partout ailleurs, répliqua l'étranger avec lierté... — L'audace de ce discours... — Silence!... ne me forcez pas, marquis de Villani, à vous répéter devant tant de monde les dernières paroles que vous adressa le cardinal ministre à l'occasion de certaine aventure de je ne ^ais quels gants parfumés...

— L'étranger ne put continuer; au mot àogaitts parfumés. l'Iialicti avait disparu... Ce dernier, courant A l'of ice, aborda stu dotncsliq«-s>

LIIÉHITIÈRE DE BIIUGUE.

— Jéroniino, j'ai deux mois à le dire. — Je suis à vos oidros, iiionscigueur. — Ecoule; il vient dcniierau salou un lionmie velu ^e m,ir — Je \"ai vu, uiouH-iguciir. — Duù vonaii-il? — Je l'ignore... il a paru daus l'aulicliambi e, el. après une espèce de couféicnce avec ntibiTi. il a passé. — Jéroninui, lu vas guciler la sorlie de ccl lionuiie; il faut le suivre, el me rendre couiple de ses ddniarelics. — Mousei- SMCur. rien ne sera négligé... — Jéroiiiniol... — Suflii. ninnseigiieur, je vous enlcuds '.... Mi '■ par sainl Janvier, je n'ai pa^ besoin de phrases... Mais ce n'esi pas loul; nous av.uis un arriéré de eoniples.— Suflii, .léronimo, je le comprends... munie à mon apparlenicnl, tu irouvenis sur la cheminée plu^ qu'il ne l'e>i diV — Parlez-moi des geos despril, dil Jéronimo, il v a yl\Wir à eau>er avec eux; ou ne dit jamais que la moilié de ce qu'on (lense. — Alerte, Jéroniino; du zèle cl de l'adiesse, el surioni de la prudence !

En aeluvaui celle recommandi'iion, le marquis y joignit un geste ipii devait èlrcforlsigniliiatif. car Jéronimo y répondit par un alïreuv sourire... Villani rentra au salon avec l'air calme d'un homme qui vient de di!.po>er mu:

Page 1