partie de plaisir. Il s'approcha de la comiesse
el s'efforça de lui faire partager les craintcsque la présence de l'éirauger avait fait nailre dans son ànie.
— Mais quel personnage peut être caché sous ce déguisement, et quel inléret aurait-il...
— Je ne sais; tel qu'il est, il me semble dangereux ; au reste, Jéronimo a mes ordres .
avant pou... Mais le voici, cet êire mystérieux qui vient vers "nous. Le marquis , forl embarrassé de sa contenance, se pencha vers le pénitent blanc, qui se trouvait près de lui.
— Vénérable frère , r|uelles sont donc vos raiïOMS pour avoir pris le coutume de gens qui |)refque toujours ocî de grandes erreurs à elpier? — Il y a plus que des errell^^ à expier, dit en arrivant le juge, dont la voix terrible lit irembler Villani et tressaillir le coniie de Morvan. — Monsieur le juge, se bâta de dire la comtesse, il nie parait que vous vous êtes promis d'adresser à chacun une épigramme ou un reproche... Croyez-moi, s'il est des méchancetés qui prouvent de l'esprit, il en est d'autres qui n'annoncent que l'envie de faire le mal.
— IiiferiKi Mathilde
Oui que vous 'oyez. dil le comle en ôlanl son masque, je vous ordonne de sortir à l'instant de mon château... Je ne souffrirai jamais que devant moi l'on insulte la comtes? e... — Tu as raison, comte de Morvan, reprit le vieillard avec une ironie amère ; lu ne peux séjiarer ta cause de celle de cette femme... Entre vous tout est eoinmnu... tout !...— C'en est trop, s'écri.ilecomle, el vous allez mereudre raison... Holà!... que 1 on s'assure de cet inconnu...
Villani et plusieurs cavaliers s'avancèrent pour exécuter les ordres du seigneur de Biraguc.
— Que personne ne bouge, dil l'étranger, ou la plus terrible vengeance...
Eq ce moment le beffroi du chàieau sonna une heure.
— Maihieu de Morvan et Madiildi; de Chanelo;, continua le juge
e ijire le mai. ,
lale hvpocrisie! s'écria l'étranger hors de lui : quoi! cest , Mathilde de Chanclos qui ce m'indiquer mes devoirs!...—
d'un ton de voix élevé, ètes-vous en état de paraître devant voire juge, surtout à celle heure solennelle?... Répondez...
A ces mots, le comte de M(u-van jeta un cri lugubre : il s'appuya sur sa femme, qui, la ligure pâle cl les lèvres tremblantes de fureur, fixait sur l'étranger un u'il hagard... l'hacun gardait le silence; le ton de l'inconnu cl l'expression de terreur peinte sur les physionomies des maîtres dn chàieau ne permit it personne de le rompre.
— (le qui se patse ici est par trop extraordinaire, dit gravement le sénéchal en s'avanvant vers le vieux juge, el je dois à riionneiir de mou nom, à la dignité de ma charge, de vous sommer de déclarer ici qui vous ôics?... - Qui je suis ! .. cela vous imporle peu, sénéchal; je dois taire mon nom, et surloul ce que je sais, pour votre propre intérêt. — Expliquez- vous, monsieur !... — Je ne le puis... Croyez qu'il me serait bien doux de me faire connaître, ajouta le vieillard à voix basse el en serrant avec amitié la main du sénéchal...
.\dieu, ne m'anètcz pas 'itivantage ; un plus long séjour eu tes lieux pourrail vous blesser tous à mort.
A ces mots, le juge, profitant de la surprise générale , s'éloigna et disparut. Ce ne fut pas toutefois sans avoir adressé à Moïse un salut dont nous n'avons pas la prétention de diinucr ici la Iraduction liai rail-, ce qui ne laisserait pas de nous engager dans des explications assez longues.
Depuis la disparition lie l'étranger, les indifl'oreius seuls s'amusaient. Les paroles dn juge semblaient avoir jeté dans l'àme de cha- (pic membre de la noble famille des Morvan des semences de tristes réflcNion^. Le comte avait quiilé le saliui ; la comtesse était rêveuse; le sénéchal se promenait à grands pas ; quant à Alo'isc, elle ne pouvait penser sans effroi aux dangers dont l'inconnu avait promis de la garantir. Villani fut le seul ([ui, quoique dévoré d'une secrète inquiétude, ne laissa rien paraîlro sur sou visage. Ses instructions élaieiit donnccs.el Jéronimo, adroit et sans pillé, ne pouvait manquer de s'acquitter poneiuellement de sa mission.
Enfin, les lumières finirent, et l'on commença à se retirer. Alors la comtesse et Villani cui>. rent un nouveau sujet
de mortification, en apprenant qu'Anna était celle qui , sous les habits de Clorinde, av.iit recueilli li's ho nniages de tous les cavaliers, et conquis un ami sincère dans le marquis de Monibart.
ClIAlMTitE IV.
Deux vrais amis vivaient au Mononiotapa ; L'un n'avait rien qui n'appartint à l'autre. La Fontaine,
Le capitaine était sorti du château de Birague, en donnant à tout les diables les élégants el les éléganles de la province. « far\)l.»uî
L'HÉRITIÈRt: l)K BIRAGUE.
disait-il, si c'est lu le ton ilc la cour, il faut convenir que la coiir a un ion imperlinenl... (Jiie diablf! on n'agissait pas ainsi do niiin temps; les giieirifis de la snile de ï'aigte du Béarn, mon iiiviui ilib m.iiirc, étaient de cent piques au-dessns de ions les galaniins «In jour... n II ne tiendrait qn'à nous de transcrire ici tout ce que le dépii inspirait alors à l'uflicier de Chanclos; mais nous nous en dispenserons par deux raisons ; la première, parce qu'il n'est pas toujours sage de répéter les propos d'un homme en colère; la seconde, parce qu'il est li)isil)li' an lecteur de connaître ce (|n'il veut savoir sans nous coninroniitlre, nous paciliqnes et véridiqnes lii>loiiens de ces mémoires. Il n'a pour cela qu'à consuller les discours (.t les ouvrages de messieurs tels et tels , qui sont des chefs-d'œuvre de médisance et d'injures.
Tout en philosophant et se plaignant, le capitaine fil trois lieues au grand trotûe son pauvre //eiiri. Henri, Uenrion, Henriette. ihxieM, comme nous l'avons déjh dit, les noms qu'il donnait ù tout ce qui lui était cher, et cela par vénéraiion j)our la mémoire sacrée de Vaigle du Béarn.
Henri, qui était tant soit peu poussif, commençait à tirer la langue de six pouces, lorsque loflicier de Chanclos jugea convenable de lui accorder quelque repos.
Une auberge se trouvait sur son chemin, et ces mois bon vin , bonne avoine, écrits lu caractères d un pied de haut sur les nmrs blanchie de la maison, lui firent espérer que gentilhomme et cheval y trouveraient de quoi se restaurer; s(ni altenie fut remplie au delà de ses vœux ; non-seulenieiit Henri et son cavalier iroMvèrent bon vin et bonne avoine, ainsi que l'enseigne l'annonçait, mais encore ils eurent la bonne fortune , le maître, d'avoir un excellent lit, et le cheval une grosse litière. Le capitaine était de mauvaise humeur : les événements du jour l'avaieiit tellement contrarié, qu'il prit le parti d'aller se coucher après un aussi léger souper qu'il lui él:iit possible d'en faire. Le lendemain matin, connue il se disposait à partir, il aperçut, dans la salle commune de l'auberge, un de ses vieux compagnons d'armes, dont la fortune n'était pas eu meilleur élat que la sienne. Quelque extrême que fût l'exiguïté des (inaiices du capilaine, il voulut célébrer d'une manière convenable la rencontre d'un ancien ami; eu con;équence, il ordonna à l'aubergiste de mellre un canard à la broche, et de courir tirer du vin.
— Le meilleur, ajouta-t-il en appuyant sur ce mol, entendez-vous, maître Jean? Je ne veux point qu'il soit dit que deux vétérans, qui onteu l'honneur de servir sous Vaiyle du Béarn, mon invincibU' maître, se soient rencontrés dans un cabaret sans vider quelques llacons du meilleur vin de la cave... lia ça, mon ami de la Vieille- Roche, commeni vous poriez-vous? — .\ssez bien, connue une oie sur ses jambes. Li vous? — Mal, de Vieille-Roche ; mal, mon! ami, comme un homme insulté dans son honneur. — Je m'offre à vous pour second ; quand il s'agit de dégainer, je ne suis pas le dernier à mettre l'épée à la main. — U ne s'agit uas de dégainer ; si je l'avais pu, je n'aurais probablement pas attcntfu jusqu'ici pour le faire...—
Le cajiilainc enlama la lamoiilable histoire lie ses griefs contre sa (illa, U comtesse Matiulde de Slorvaii.
De quoi cst-il donc question? demanda le gentilhomme de l'air de la plus grande surprise ; ne concevant p;is (pie l'houueur d'un noble pût être attaqué sans que le sabre filt mis an veut.
— Je vous conterai cela, de Vieille-noehe, en nous parfumant la bouche d'un verre de vin. Mais venez dans ce coin; la pinte y est déjà placée.
L'oflicier de Vieille-Hoehe ne se fit pas prier deux fois ; il s'avança vers la table avec la résolutioH qu'il avait toujours montrée au combat. Quand nos compagnons furent assis, la pinte entre eux deux, le capitaine enlama la lamentable histoire de ses griefs contre sa fille, la comtesse Malhilde de Morvaii. Le sujet prêtait, et le bon Chanclos eut le temps d'exhaler sa bile, d'autant mieux que son ami de Vieille- Roche ne lui répondait que le nombre de mots absolument nécessaires pour lui faire voir qu'il l'écoulait atlentivemcnt. La colère du capitaine élait si violenle,el les griefs si nombreux ,que,quelles que liussent
èlre la patience et la solidité de Vieille-Roche.