I/IIÉRITII'UE DE BIRAGUE
il uous unira. — Mais s'il résiste à les prières, s'il vetil que jVponse un nuire que loi?... — Alors je innulo à elioval. je le prends dans mes lir.is, el je te eondnis chez mou jicre. — Dumnanil I vous oseï iiz lu'eulever?... — Oni, mon amie. — Lt ma réputaliiiu, munsieur.' — Kl lunre amour, et lebtndieur. Aloïsc .' — Non. Mioiisicni-. je ne ven\ pas qu'on m'enlève. — Soil. mademoisolle... Je vais donc trouver le marqnis de Villaui. lui pli)ng('r mon épéedans le ea>ur. ou nionriido Kl main. — Adolphe!... Ad'ilphe 1... — Ne m'arrêtez pas, ingrate!...
— Tu me fais frémir... Aller te battre avec ce vilain Italien !... Adolphe'... mou ami. je l'eu supplie... — Eh bien! que mevouli'z-voiis?. .
— .Mon Dieu, Adolphe, que vous êtes devenu méchant depuis que vmis portez un uuifonue de lieuteuaul des gardes! Il y a den\ ans, vous ne m'eussiez pas ainsi résisté. — Il y a dcuK ans. "lu ne m'aurais pas dit que lu aimais mieux épouser Vilïaui que de te lai>ser enlever par moi. — C'est qu'alors j'él.iis une jeune lllle si novice, si ignorante I mais aujourd'hui j'ai seize ans, monsieur! — J'en ai di\-huit, et je suis gentilhomnte, mademoiselle... Je vais trouver Villaui .. — Adolphe :... il ne m'entend plus... En vérité, je ne croyais pas qu'un uniforme bleu rendit un huimue aussi brave.
Aloi>e, en achevaiu e( s m ils. s'achemine vers l'appartement de la comtesse; elle pcu>ail qn Ailnlplu' y avait couru dans l'espnir d'y rencontrer Villaui. Al<pi>e nélail poini coipu'tte ; mais elle était femme Cl jolie, et un secret instinct lui di-ail tout ha> (pic l.i présence d'une jeune et jolie personne avait partout heanconp ir(iiipii<'. Aloise ne se trompa pas dans ses conjeclnri's. Le chcNalier d Ollireuse, en la qniltanl. s'éiaii elTeclivemenl rendu chez la cimilesse. et li)r>qne sa jeune cou-ine enincil s'i lîiirçail, par mille railleries piquantes, do se f.iire une querelle avec Villaui. L'aspect d'Aloise, et surloul lair exîicmemeiii froid avec lequel elle salua le mariinis, nndirent un peu de calme au jeune chevalier. Il seiironiit déviler une scène publique, puisqu'elle paraissait déplaire à sa cousine, qui, selon tontes h^s apparences, n'aurait pas manqué, dans ce cas, de suppor.cr le poids de la mauvaise humeur de la comtesse : mais il se pioniit égaliineiii de ne point perdre l'occasion de s'expliquer avec Vill.ini aussitôt qu'il pimrrait la saisir. Ces déterminations prises, il qnilla ra|)parleineiil de .Maihilde, el se rendit à celui de sou oncle, qu'il ne tiouva pas...
— Sur mon honneur, s'écria le marquis lor>que d'01bren:^e eut ;;flitté rappartement, voilà un jeune écervelé d'mie péinlance insupportable... Qu'en diies-vous, comtesse .'... — Il a été fort mal élevé par soii père , le sénéchal de Bourgogne, qui Ini-mèine ne le fut pas mieux... Le père est d'une rudesse... d une pruderie dlionniur... — Le (ils est d'un orgueil, d'une impertinence!... — Qui révoltent, n'esl-il pas vrai, niaïquis'? — (Jui saulenl aux yeux, vous en conviendrez. Comtesse. . (^lueu pense mademoiselle.'... — Monsieur le marquis, répondit Aloise, mon père m'a recommandé de respecter mon oncle et d aimer mon cousin, et je vous avouerai qe.e ce devoir est nn<plaisir pour moi. — Fort bieu, mademoiselle: pire tt mère honoreras; c'est écrit... et vous êtes dans les bons piineipes .. J'ose donc espérer que vous aurez pour les ordres de madame la comtesse la même délërtuce que pour ceux de votre père.
Aloise ne ré|:ondità la recommandation jé-uilique du marquis que par un salut très-cérémonieux ; puis elle qiiitia rappartement.
— i!ette créature, dit la comtesse en suivant sa (ille des yeux, a un fonds d'obstination que l'arrivée de sou cousin el la faiblesse impardonnable de son père redoublent; mais, je le jure, je saurai bien dumpier ce caractère allier. — Je compte sur vos promesses, comtesse, car je ne vous cache pas que j'aurai be-oin de tonte votre protection auprès de votre noble époux... Je ne sais pourquoi, mais le comte paraît éprouver pour moi un éloignemenl invincible. — Rassurez-vous, mar(|uis. Le comte, tout entier à sa mélancolie qui le dévore, n'a pcut-éire pas eu pour vous tous les égards qui; vous méritez ; mais soyez certain qu'il est loin de s'être formé sur votre Compte une opinion désavantageuse. D'ailleurs, je puis faeilrmeiil ramener son esprit Quant au petit cousin, le tendre chevalier de ma fille... — Je m'en charge, comtesse, et je vous promets qu'avant peu j'aurai appris à vivre à ce jeune page. — Marquis, point diinprudence : songez qtie le senéchal c.-.t puissant, de plus, fieie du comte, mon époux. — .Ne craignez rien, comtesse; la leçon tpie je me propo>e de donner a ce jeune fou ne sera pas d'nn genre sérieux.
En achevant ces derniers mots, qu'il prononça en laissant éihappcr un sourire amer, Vilbni prit congé de la comtesse et descendit dans le parc. Son bon destin le guidait sans doute, car la première liersonnc qu'il y rencontra fut ce jeune huinine sorti des pages, auquel il ven.iit de promettre de donner une leçon de savoir-vivre. — Salut au nouveau lieutenani des gardes, dit-il en abordant d'OIbreusc; salut à l'aimable cavalier qui tourne toutes les têtes féminines de la cour !
L'ironie la plus amcre était l'expression dont Villani aurait voulu certainement assaisonner son conipliiiienl; néanmoins sa politesse on sa prudence prirent tellement le dessus, que d'(ilbreu,c. tout pointilleux et tout jaloux qu'il était, ne put y voir que l'urbanité du lourii-an le plu- ai^oable.
— Sjlul au noble marquis de Villaui, répondit Adolphe; Salill au ^av.ilit.i le j/!ui ;.Jroil ci le plu» deiicat de lu cour I
Ce salut fut loin d'être prononcé du même ton que celui du mar» quis; Adidphe y mil naïvement loute l'ironie que Villani avait eu l'envie de placer dois le sien. Son rival ne jugea pas à propos de s'en apercevoir, cl il reprit du niêinc ;iir lou;uigeur : — Mauvais sujet! qui ne parle de vus folies! La petile inaiipiise a quitté la cour cri mènie temps (pie vous, el la pauvre ilneliesse est tombée malade le lendemain de votre di'parl... Ileiireux fripiui ! commeiil fais-ln pour fixer ainsi ee ipi'il y a de plus léger au monde .' Chevalier, au nom de l'aniilié, doiiiie-iniii ton secret. — Eu auriez-vous besoin? — Le plus «grand besoin, mon ami. Figure-toi que je suis fou d'une jeune personne chaiiuanlc au point d'en perdre la tête. Rien n'est plus vrai; j'humilie ma lierté, ma raison: j'offre d'é-ponscr enfin.— C'est exemplaire. Et peut-on savoir, marquis, de quel œil vos ofl'res sont accueillies'/
— Aie parler sans feinte, je crois que je ne déplais pas. — J'en suis enchanté. — Chevalier, tu me brises la main. — C'est que je prends part à votre bonheur... Ah çà, marquis, voire conlidence m'honore, el je veux y répondre par une autre du même genre. — Ah ! ah ! dit Villani avec enib;irias, toi aussi!... — Comme vous, j'aime une jeune personne charuianle; riuiime vous, j'humilie ma fierté et ma raison; comme vous, jépoii-e; enlin, comme vous, je crois être aimé. De plus, je suis ceilaiii ipie ma inailresse n'aime que moi; et je déclare devant vous, manpiis, que (piieoiique osera dire qn'Aloïse de Morvan, ma cousine et ma bienaiinée, est sensible à ses feux, est un vassal et un imposteur. — Mais, chevalier ... — Mais, marquis...
Le ton ferme et l'air déterminé d'Adolphe Atérent au marquis l'envie de se fâcher. Il crut voir qu'il n'obtiendrait rien par la force, et il abandonna la peau du lion, dont il avait été tenté un moment de se couvrir, pour reprendre celle du renard, sa fourrure habituelle.
— (,iuoi, chevalier, lu aimerais celte pelile folle d'Aloïse.' — Je l'adore, l'ai lez avec plus de respect d une (ille de ce rang. — Et tu voudrais l'épouser? — J'y suis déterminé. — Tu ignores donc que la comtesse M:ilhilde a d'autres vues sur sa fille? — Non; mais j'ai la parole de mon oncle. — Franchement, chevalier, Aloise ne te convient pas. — Pourquoi cela? — Elle est si jeune!... — Je ne suis pas vieux. — Si folle I — Je ne suis pas iriste. — Sa fortune est immense, et la tienne... — Je suis bon gentilhommi!, et je n'ai jamais compté. — Aloïsc n'a aucune expérience de la cour. — Nous l'acqnerioiis ensemble. — Il faut à la jeune héiilicie de Morvan un mari en faveur auprès du prince. — Il lui f.nit un mari qu'elle puisse aimer. — Tu te crois diinc le seul iKninne aimable au monde? — Je suis loin d'avoir cette préteulioii ridicule. Je sais qu'il existe un grand nombre de cavaliers qui valent mieux que moi; mais je sais aussi qu'il n'y a aucune comparaison à faire entre le chevalier d'Olbreuse, de la maison de Morvan, et certains marquis sans marquisats qui, venus de je ne sais où, tombent amoureux de toutes les riches héritières qu'ils leiieoiitrnit, et s'abaissent, pour s'élever jusqu'à elles, à toutes sortes de déi^iiiseiiieiils el de bassesses. — Chevalier, ces ironiques allusions pidiiosieées si haut pourraient déplaire, et leur auteur... — Est prêt à rendre raison .î quiconque s'en trouvera offensé, s'éciia d'Olbreuse en menant la main sur son épée, qu'il tira à moitié. — J'aimi! à voir ce bouillant courage, reprit le marquis eu s'efforçanl de sourire; il aiiiKuice un cœur fier et incapable de détour. Mais, croyez-inoi, inini cher chevalier, modérez les transports qui vous animent ; leur éclat pourrait vous nuire. La coinlefse, j'en suis sûr, craindra de donner à sa fille un époux d'un caractère aussi fougueux, et, d'un autre côté, il est des esprits que les menaces n'effrayent iioini... Au revoir, chevalier d'Olbreuse. — Marquis de Villani, au revoir.
— Misérable lâche! s'écria Adolphe en le su'ivanl des yeux, rampant comme les serpents de ton pays, et plus dangereux encore.... 0 Aloise! voilà donc l'iioioiiie à ipii l'on veut te sacrilier !,.. Mère indigne !... Ne souffrons point (pi'iin pareil attentat s'accomplisse : allons trouver, le comie et réclamons sa pande... S'il refuse de l'accomplir, courons aux pieds du roi... Mais si le prince lui-même, trompé par de faux rapports, prolége l'amour de cet llalien... 0 rage! ô siiiiiilice! Non, quoi qu'il en puisse arriver, cet horrible hymen ne s'accomplira pas, dussé-je percer le cœur du misérable qui refuse riionneur de se mesurer avec nu Morvan... Non, je le jure par Dieu et sur les mânes de mes ancêtres, jamais Aloise ne sera pressée dans d'autres bras que les iiiieus.
Notre foiigneiix officier ne se donna pas le temps de réfléchir. Il Iraver-a les jardins ;ivcc la rapidité d'une (Içche et se rendit à l'appartenieiit (in comie, où il entra brusquement.
Mathieu était plongé d.iiis ses rêveries haLiluclIcs; cependant, la présence de son neveu (il briller un éclair de plaisir sur ses traits (li'coliirés. Ainsi, dans une nuit sombre el orageuse, le feu qui s'échappe des nues criaire et rassure le voyageur, ainsi l'air de satisfaction du comte encouragea d'Olbreuse. — Que j'ai de plaisir à te revoir, mon cher Adolphe, dit le comte eu courant au-devant de son n<;vcu , viens, mon ami, viens, que je te presse dans mes bras. — Ah! mon oncle, étoufiezin y mi rendez-moi le bonheur. — Qu'.is-tu, mon ami .' — Aloi-e!... la coniles^e !... Villani! .. — Je conipreiids, dit le coiiit'; en fronçant le sourcil, on veut vous désunir. — (!e serait mois donner la mort. — Quelles sont les espérances? — Elles sont toutes
LIIl'rilTIEllE DE BIR.VGUE.
en vous. Si vous in':ib:iiHloniioz, je n'ai plus que \e désespoir pour refuge, et je m'y livre lont eiilier... Mou tlier oncle, ne snuffrez pas qu'où ureulcveAloi-e; clic e>l àniiii, vousuie lavi'Z promise... Craignez le> suiles (eiribl. s où peul me poiUr la p( rte île mis espérances (If bonheur... Je devieuilrai ea|iable de loul, oui, plulol (pie de voir Aloise à un anlre. Je puignaiderai Villanil je poignarderai Aloîse elle-même ! .Mi ! pardon! pardon! l'amoui', la liireiir m'égarent !... — 0 terrible empire des passions! s'éeria le tomle aveciffroi el en se loidanl les maius, je leeonnais voire voix redoutable!... Malheureux ! ajouta-l-il à \oi\ basse el en alliranl son neveu dans le fond de son aiipailemeiil, sais-ln de ([iiels remords ernels se paye un crime.'... eeniiais-lu la vie d'un memlrier?. . Keenle, la voiei : Il ne peut suppurler Ic'el.il luuyaiil ilu juui ni le sombre ealnie de la imil. Le sommeil le liiil... .Vceâblé de fatigue, si ses paupières s'appesantissenl, il ne repo-e pas, mais il rêve péniblemcnl. Ses songes sont des songes de sang. Il se réveille en sursaut . il porle sur lui ses uiains égarées; la sueur ipii inonde son corps lui parait le sang de sa vielin'.e. Il se lriiid)le, il s'écrie: Vengeance! veiiijcance! lit la cloclie qui linle alnr:- lui pirail èlre le signal du supplice... . Voilà, voilà le sort d'un meuririi'r!... Veux-tu counni lire un crime pour vivre ainsi'? — Ah ! mun oncle ! mou oncle! qm'l s|Hciacle vous présentez à mes yeux! Malheureux! qu"ai-je osé penser.' (pi'ai-jiî dit? Ab ! je me fais horreur à moi-même!... — Uassure-loi, jeune insensé ; je veux , je puis tan acher au nialbeur et an crime J'ai donné ma foi à ton peie, et je te la tiendrai. Je le le jure encore devant un Dieu vengeur, la main d'Aloise est à toi ! Puisse l'Eternel me punir si jamais je me parjure!... Viens, mon lils, je vais le iJiésenter à ton
épouse. — Par quids transports, par quels respects reconnaître?
Jamais.. — Viens, le dis-je, l'heure s'écoule, et tu te dérobes loimémc à ton bonheur. — Mais la comtesse, mon ontle'.' — Elle obéira, et j'ai des droits puissants à sa déférence.
Le comte prit la main de son neveu et l'eniraîna vers l'appartement de la comtesse. En traversant une anlichambre, il aperçut le vieux Hoberl. (|ni le fixa d'abord avec sou air accoutumé de compassion.
Mathieu iulireepta el c prit l'expression de ce regard. Il fixa sur
son iulendant un d'il invoiigaleur, et alors il s(! rappela que souvent Robert avait laissé échapper des soupirs et des mots qui pouvaient faire croire qu'il était instruit de ses tourinenis secrets. Le comle résolut d'avoir avant peu une explication sérieuse avec son intendant. Quant à Robert, ipii était loin de se douler de l'orage qui grondait sur sa tête, mius le laisserons balauçant sa chaîne d'or avec salisl'action, ea cbaulaat :
Oncle cl neveu se tenant par la main.
C'est preuve que mariage est cert.iia.
Nous croyons de notre devoir d'apprendre au lecteur que ces deux vers, chantés par Robert d'une voix chevrotante, étaieni la fin de l'épithalame que l'on chanta sous Charles IX, au mariage de iMaihieu XLIV. Du reste, les savants peuvent consulter le cinquante-cinquième volume de l'Histoire de la Famille lUs Morvans; ils smit à Autun, ou du moins il» y claieul avant notre révululiou, d'affreuse
CUAPITRE X.
Celui (pii met un IVein à la fureur des llols, Sait aussi des niéciianls arrêter les complots. Racine, Athalie,
— Mademoiselle Marie! mademoiselle Marie!... arrêtez- vous donc !... I.a jeuiic lille c<}urait toujours. — .\rrêlez-vous; j ai quelque cho-.e d'ifiléressaul à vous dire. — Eh bien I (pi'est-ce, Christophe.'... — Viius le savez, dille iiiqueur en la regardant avec la finesse dont l'œil d'un vilain est susceptible, et en pa->ant son bras autour de sa taille. — Toujours le même, Christophe ! — Toujours le même ! ah ! mon Dieu oui ! toujours!... Ce n'est pas comme vous... Gcronimo vous plaît'.'... — Qui le le fait soupçonner '... — Laissons cela... Tenez... mademoiselle .Marie, dites-moi plutôt où est M. Robert. Le valet de cbambie de monseigneur m'a donné l'ordi e de le chercher : c'est trèspressé... — Ah ! c'e-t pressé ! dil-elle d'un petit air fin : eh bien ! je ne sais pas où il esi. — J'ai été à l'inieudance, à l'office, dans les cuisines, aux écuries, partout, mais inutilement... — Crois-tu que je le trouverai mieux que toi.'... — Ah! c'est que quehiuefois il votis cherche-, il vous attire toujours dans des petits coins pour vous donner ses ordres. — C'est pour n'être pas troublé; serais-lu jaloux des marques de confiance qu'il m'accorde .'... Au surplus, tiens, le voici qui revient de la vieille tour abandonnée... Cunnneil a l'air pensif!... Adieu. CInisloplie : j'enli-nds la sonnette de lnademlli^elle.
L'amante du plipuur s esquiva légèrenKUt, et le re~peetueux Christophe la suivit de l'œil en laissanl échapper un soupir qui n'avait rieu de romauiique. — Monsieur Uobert, uiouseigueur vous demande.
— AUoiis, c'est bon, drôle; pourquoi l'amuser à causer avec les femmes de notre noble demoiselle '.'... Monseignem' le chevalier va reiurer de la «basse; tiens-toi prêt; cours à l'écurie, et restes-y... Alli lis, va, ajouta-l-il d'un ton plus doux. — Il est grognon aujourd'hui, le père Robert; ce n'est pas étonnani, il revient de sa vieillttour, murmura Cliri>toplie penil.uit i|ue l'intendant montait le grand esc;ilier d'ini pas lourd el tardif. — Que diable me vcul-il monseigneur'?... disait Robert en lui-même; c'est sans doute pour les comples que je lui ai remis il y a trois jours avec ce mémoire sur l'état de ses domaines ?... c'était accompagné d'une foule de vues miles el d'améliorations nécessaires... Il veut me féliciter... Malgré ses chagrins... il est hou au fond; en général, tous les Malliieux relaient, excepté .Mathieu l(! Rouge... Cependant monseigneur va d4)nc me complimenter... il est vrai que, sans nie llatter, je suis un intendant r.ire et discret!...
Satisfait de son p;uié;;yriqne, Robert s'arrêta un moment, puis il reprit sa inarcbe en écoulant avec compljisance le cratpienieut de ses souliers; circonstance donl il i tait tres-ciirieux; le brave homme trouvait qu'elle lui donnait de limportanee, et inspirait le respect aux gens à son arrivée. .Arrivé à la p(jrte du comte, le vieillard frappa respcctucusenient trois coniis av.inl d'eniri'i' dans le sancluaiie des Morvans; il trouva son luaitie ipii se promenait à izrands |ias. — l-Crmez la porle, lirez le rideau, el voyez s'il n'y a personne d.ins la galerie... Sonnnes-nons seuls?... — Oui, monseigneur. — Suivez-moi, dit le comle en marchant vers son cabinet. Alors Mathieu ôla luimême avec préeanlion la chf, el la mil eu dedans; il rejoignit Robert, et s'assit. Aprè^ un inomenl de silence, il ,irit le mémoire que lui avait remis l'inliinlanl, et ajouta, avec une négligence qui fai.-ait voir que ce n'était (jue |)our entrer en lonversation : — Je suis trèscontent de tout ce ([lie vous avez exécuté pendanl le dernier exercice; quant à vos comples, je m'en rapporte cutièrement à vous; je ne les ai poinl examinés, les voici arrêtés!...
A cet éloge Rattcur sorti d'une bouche morvéennc, Robert, debout devant son maître, la tèle nue el presque chauve, agita de droite à gauche le bonnel de velours noir cpi'il avait à la main, el se remuant en son pourpoinl brun, il réiiliipia d'un air consnllalif : — Monseigneur me connaît depuis longtemps!... Nous avons cependant bien des choses à l'aire encore ! j'ai de^ projets... — Ils me paraissent fort utiles... — Monseigneur, votre grand-pcre el Mathieu XLV les trouvèrent ainsi. Les plantations que vous ailmirez tant furent dirigées par moi... moiiseiguenr... L'intendant, eiieliaiilé, fit un pas d'approximation, el lendit la main vers son maitre en bochanl la lête. — Oui, Robert, je me [ilais à croire que votre dévouement pour in.i maison est sans bornes. — Comme mon intelligence... monseigneur... Le comle sourit tristement de la naiveté du vieillard.. — El j'ose dire même, conlinnale bonhomme, que vous ne connaissez pas jusqu'où va in.i lidélilé el mon dévouement. — Qu'enleiidez-vous |)ar là?... — Qu'ils sont sans bornes, rei)ril l'intendant embarrassé... Au surplus, monseigneur... vous devez vous en être aperçu, car nos richesses s'accnniulenl, nos terres doublent de valeur, et les redevances sont exactement payées ])ar nos fidèles vassaux... Enfin chacun rit, vous aime el est heureux... vous seul, monseigneur... — Mais qui vous dit que je ne suis pas heureux? — Ah! tres-heureux, monseigneur.
Le vieux serviteur donna un accent ironique à ses parcles, en séparant ses mains par un geste demi-circulaire... Les yeux du comte s'animèrent; il prit un Ion grave: — Hoberl, c'est pour fli'expliquer avec vous sur tout cela que je vous ai mandé; votre langage el volie air me disent beaucoup... trop, peut-être; souvent vos regards semblent in'interroger... on dirait que vous me soupçonnez quelque chagrin secret... Vous êtes un serviteur lidèle; faites-moi pari de vos soupçons; que pensez-voiis?... — Moi, monseigneur! rien... en vérité 1... — Robert !... il serait difficile de ne point s'apercevoir... — Ma foi, monseigneur, vous ne prenez point de peine jinur cacher votre état; il est évident que vous sonKrez .. cl ^i ce n'est pas de l'àme, c'est du corps... je vous plains sans connaître la cau;e de votre mélancolie... je voudrais vous voir gai, chassant, buvant, rossant vos vassaux, enfin comme faisaient vos nobles ancêtres... — Quels sont vos motifs ?... — Monseigneur... je crois... nous ne sommes pas maîtres de nos pensées... Voyez-vous, monseigneur.... la pensée... Ab ! c'est une grande calamité... — Vous croyez, ditesvous?... vous n'êtes pas homme à le faire sans motifs.., Robert!... Roberl ! s'écria le comte d'un ton menaçant, vous êtes devant un maitre dont on doit craindre la colère... Répondez; connaissez-vous, oui ou non, lu cause de mes douleurs?...
A celte vive interpcll.ition, le vieillard resta immobile ; il froissait son bonnet entre ses doigts ; llottant qu'il était entre le devoir, ses serments et le désir de soulager son seigneur; aussi sa ligure indiquait-tUe une violente agitation... — Je crois, monseigneur, qu il ne m'appartient pas de porter mes ri gards sur vous, et de juger d'oii peuvent venir les ch;;grius d'un Morvan ; je suis au monde pour les honorer, les servir, el mm pour scruter le fond de leurs cœurs! — Artificieux valel, répondras-tu?— Puisqtie monseigiieur veut conuailre ce que pense son valet, sou valel lui répondra fiuucheiiicnt
L'HÉRifffiRE DE BIRAGUE.
^ii'il a soupçonné qun les cliasrins de sou iioblqf suzerain otaienl causés par uuulime la conilc>se. — La couilesse !<.. qui le Ta dil?... Parle, vieillanl, parle, aeliève ,... que sai-iu .'...jî- Viiilà (oui, mouseigneur. — Serviteur iu>iilicu\ '. luul un- porlo | ciolre que vmis en savei davaiilage... Tremblez: si vous êtes eliàrgii des ifirls de voire luaîire. prenez-y bien garde 1... Ijiire voire vie «l'honneur des Morvaiib ! .. — 11 n'y aurait pas à balanerr, mouseigueur"!...
Le comte eniu réplii|iia : — Hoberl, avoniz-moi toute voire pensée !..• Ingrat ! moi qui vous sui- bon maitie. elu'z qui votre vie entière s'est pa-isée sans orage, iriez-vons me ir.iliii?... — Moi, vous trahir!... nuit qui vous :ii vu u.iilre ! moi qui vous ai tenu enf.uu daus mes bras, pMinené. bercé!... elc... moi qui pa-seiMi> dans les ilunim<'s pour vos iniércis et voire honneur !... Miuisieiir le comte, quand je Sfrai indigne de vos bontés, le iMorvaii n'e^i^lera plus, et le nom de .M.illiieu sera éleint. — Prouve-le-moi «loue, asliicieux vieillard ; jure-moi sur l'honneur que lu ne connais rien, rieu qui puisse me dés... désiionortr... — Mnriseigncur , voyez ces cheveux blanchis au service de voire maison ; ils j'ueiil pour moi... esi-<c à nu)n àse que vous devez craindre une in(li^c^éliou?... — Une iudi~créiion !... malheureux! lu as donc mou secrtt .'... H le sait!... il le saill... oui... Le cnnue se lève avec fureur; ses yeuxcgaré.-< parcon.iiit riiiiendaiit tout eniier... il cherche son poignard ;"il croit l'avoir saisi, le suspend im.igiuairenu'Ul sur le cœur de Robert, qui reste calme et regarde son inaitre avec un alle^ulnssement mclc d'cflroi... L'Idée de massacrer ce vieillaid à lêie blanchie, de voir jaill.r son sang, effraya le conile... tout à coup il frissonne : il fuit ù grands pas vers l'cxtrémilé de son cabinel. et revient sur-le-champ tout en pleurs; il place sa main gauche sur l'épaule de Loberl. Cl appuyant forlemcnl l'anire contre la poitrine du vieux serviteur...— Pardonne, uiuu ami, pardonne!... je suis bien malheureux!...
A ces mois, le comte l'embrasse... Celle voix aitendrie, ce retour, firent sangloter l'intendanl. — Calmez-vous, monsejgoeui-, le temps fermera voire plaie ; aussi bien n'est il pas convenable i|u'iin .Malhiru s'afliige sans luesure... — Quoi qu'il eu soil, RobiTl, s'écria le comte avec noblesse et fermeté, songez que. bie^l que je me ^je eu vous, luooœil vous suivra sans cesse : vous connaissez les SItu'vans... 'gardez donc le plus profond silence sur celte abi'rruiiuu d'un moment; ue m'en p.irlez jamais... plaignez-moi. j'y consens; votre âge et vos longs services sont une excuse... Itobert, vous pouvez soi tir... Le ci'mie dit ces derniers mots avec une boulé gracieuse; liobcrl s'en alla en s" essuyant les yeux, et ses comptes sons le bias!...
£n travers:uil la galerie, et comme l'intendanl cherchait quelle joue avait embrassée sou maître, il entendit des pleurs... étonné, il s'arréie biditùt; le bruit léger des pas d une jeune fille arrive à son oreille. Il remit prélimiuairement son bonnet de velours luiir, et se retourna avec toute la dignité qu'il put rassembler.— Ah ! nohie demoiselle ! quel sujet peut exciter vos larmes? — llélas ! mon bon Robert I — Iju'y a t-il ■; pourquoi celte tristesse ? — Ma mère vient de me mander secrètement dans son appartement, et, désespérée des ordres que mou père lui a intimés relativement à mon mariage, (lie m'a déclaré (|ue quant à elle elle n'y coosenlirait jamais, qu'il f.illail dé'iirmais renoncer à... au... — A M. le chevalier? — Le pauvre Adol)>iie ■ — Le fils de monseigneur le sénéchal, le baron d'Oihreuse, le seeiuid licf de la famille/... — Oui... — Votre parent, nu cousin germain, presque un M.ithieu?... — Oui... — Eidin un Jlorvan?...
— Oui... —'Lieutenant dans les gardes... du roi Louis XIII, le cinquième roi que je vois? — Oui... — ijucdiî convenance^ oubliées'... sans y conijiler l'amour 1... — iiéla-'... — i,ue ne peut 1; dresse d'une femme!... J'aurais bieu à vous indii|uiT uu moyen... un moyeu trè.-,tlàcate... utile pour vous. Je suis sûr qu'il vous eu arrivera d'heureuses consolatiuus, et qu'il loriiiierait vos espérances !... mais!.,.
— Lequel. Robert?... — iJ'abord, ma jeune mailresse. ne parlez de rien à M. le chevalier!... il est vif... le sang nntrvéen coule dans ses velues... il est de pure race... — (Juel est donc ce moyitu tflicace, l'ion bou Robert?... — Attendez... Mais que vous dit encore ma- ■'. .me la cumiesse?... Chut!... chut... dit le prudeut vieillard, on
lit nous entendre... venez, chez moi...
'Ju.iad ils lurent assis, j\4oise, les yeux rouges, dit tout bas à Ro- .1 l'i ; — Llle m'a signifié, de la manière la filus impéralive, qu'elle >iiUit que Villani lût mon époux ; que c'était en vain que mon père .it r.imuurd Adolphe; que malgré lui, malgré tout le monde, luirait seule d'' moi... qu'enfin elle était I nniqneiua tresse •lU — Mademoisi'lie, répli(|ua gravement rniLendaul, prei,<-f i; :e autre idée du noble caractère de mouseigueur : il ne tiansîgera jam lis avec riioinu'ur ; je vois que vous ne coimaissez pas encore les Jiaihi' u... je vous réponds... — Mais eidln, Robert, (|uel Cït le c<ms<-il que vous vouliez me donner? — A dire vrai, la comtesse est adriiile!... et la ruse pourrait... mais, bail !... nous saurois empêcher... — An nom du ciel, cimnneuiy... — Epouser uH lilani! une .Morvan ! l'Iiériiierc de tons les domaines que j ai admi- . très, eiiihellis. agrandis!... —Riiberl. Robert!., mon ami... Lf rusé -ervitenr. voyaut la jeune fille arrivée au dernier degré du ieruioiu>;«ie de U curiûbilé iéiiiiuiuc, iui dit : — iNuble demoiselle,
il faut aller vous recueillir, offrir vos souffrances à Dicn, l'implorer avec frveur, mon enfant... Ce moyen vous parait simple? eh hieu' je ne l'employai jamais sans succès : ce n'est pas tout, il faut le l'.iire aux heures soli'niielles, l.i nuit, par exemple... mais que ce ue soit pas à la paroisse du vill:u';e où Dieu n'enlend que des prières rolnrièi'es et eoiniiiniies... i|n'il n'a pas le teiii|is d'éeiuiler : allez plnlôt à l'anlitpie et sainle chapelle des .llnrvans; il ne peut vous eiileiidre dcceniinenl (pn' là; siirloiM ipie ee soit à l'aiilel île siiiul Matliirn... Ça me rappelle (jue je n'ai pas fait racconniinder la diinieine marche de marbre; j y poserai iiioi-mème nn emr-siii. Vous voulez que je sorte à minnit pour (nier? .. vous avez soi\ante-di\-huit ans, Robert!... — Effectivement, mademoiselle, en me ra|)|iilant mou âge, vous me faites songer que dans cis soi\anle-dix huit ans il n'y a pas une heure qui n'ait élé emisacrée aux Morvaiis; j'en Irunve la récompense en ce lunmenl, puisque je puis encore servir à sauver l'honneur de la f.unille .. j'espère même vivre assez pour le voir resplendir... .An reste, croyez bien que les avis d'une tète eu cheveu.x blancs cachent tonjinns un sens profond...
Le poinlilleux Rol)erl sortit à ces mots, laissant Aloïse confuse de sou innocenic plaisanterie, et interdite de l'air mystérieux tpii accomp;ignail la dernière (ilirase; Robert rentra, et ini dil : — Nubie demoiselle, croyez-moi, il est utile de prier l'Eternel . Cette nouvelle parole détermina Aloïse... — J irai, dit elle... Mais ue peut-il pas in'arrivcr?... Tout le monde dormira, qu'ai-je à craindre!... Le bonhomme avait nn air de mystère. J'irai...
Elle descendit toute rêveuse, altendani déjà la nuit avec impatience; eiinnne elle passait an salon, elle entendit d Olhrense s'écrier :
— Il sortira d ici mort on vif. — Ne tuez personne, ri-pondit Robert, et pour cause.,. — Mais le misérable vent épouser Aloïse... — Il veut ! .. L'biimme propose, et Dieu dispose... — Cependant... — Eeoiilez, noble chevalier, il faut attendre... — Attendre qu'il ait «ipousé. peut être?... — Ne craignez rien!... ce mariage n'aura pas licu^it Robert en coulant sa voix. — Et coiument? — Cela ne se
,peut^)as. Chut ! Uéroniino nous *oit; il est sans cesse aux écoules.
— Je vais lui en ôler l'envie .. (!hristoplie ! — Me voici, monseigneur. — Je le donne la charge de grand bâlonncur, et toutes les fois que tu reneoiitreias quelqu'un écouler aux portes, lu rempliras ton devoir. Aloïse se |irit à rire, et sa gaieté trahit sa présence. —
— Comment, jolie cousine, lu te mêles d'épier?... — Oui, monsieur le lieutenant de police... Robert l'a-t-il dif... — Ah! mon DiiMi, oui... — Ou'allons-nous faire.'... — Monseigneur le chevalier, dil Robert, il faut... L'intendant n'acheva passa phrase; il jugea à pro- I)os de. disparaître en se gratlanl le mentcn, et en gronnnelant entre SCS dents : Chut, ma langue! tout doux... La jeunesse ne comporte pas plus de prudence que l'amour...
Nos jeunes gens, restés seuls, au lieu d'aviser aux movens de parer aux dangers qui les menaçaient, ne s'occupèrent qu à causer de leurs amours. Us furent interrompus, à la centième pruteslalion, par l'arrivée de la comlesse et de Villanii La vue de son rival échauffa lelleinent le sang orguei'Ienx d'Adolphe, qu'il jura de saisir la première occasion de se couper la gorge avec l'Italien; mais la prudence de ce dernier fui si grande, que la soirée se passa sans que d'Ollireuse pût réussir à lui faire une querelle même d' Alleinaud...
Aloïse, retirée dans son appartement, se laissa déshabiller et mettre au lit, Comme à l'ordinaire, par Marie, sa femme de chambre ; toutefois, elle ne put dormit : les paroles de l'élrangcr et le conseil de Robert occupaient vivement fou imagination. Elle compta les heures avec impatience, et (piaiid minuit sonna elle fut s'assurer du sommeil de Maiie ; puis, s'iiabillanl à la liàle, elle traversa la galerie. Ses pas légers sont répétés par les angles sonores... Aloi-e éprouve une sorte de frayeur de ce silence solennel. La |iàlc lumière de la lune projette les ob'iels d'une manière faible et incertaine ; la jeune fille s'arrête un instant; elle admire en ireinblant la niajeslédeséuurmes voûtes et des ombres dont le giganlesque ensemble s'olfre à ses regards; la lueur vacillanicde sa lampe, son attitude, son vétcmenl, donnent une vie à ce tableau ; il semble que du fond d'une vaste tombe quelque ombre se réveille!... Aloise est émue; elle se persuade à peine que la galerie qu'elle parcourl en ce moment soil cette galexie tant connue. Enfin elle descend à pas lents le vaste escalier qui conduit dans les cours : une autre décoration frappe alors son ima{;iuation mobile ; celte vaste cour, entourée de bàiimeuls et de murailles trois fois centenaires, le noir ombrage des arbres l'a-^pect pittoresque de la chapelle, les endroits ruinés, les bruyères qui croissent sur les murs, les vastes nuages qui roulent en silence dans linimeusilé des cicnx, tout concourt à ébranler son âme par la innltiplicité des sensalious... Elle s'avance vers le temple, dix lois plus religieuse et pénétrée de celte sainle horreur qu'éprouve la petitesse kiimaiue. lorsque la présence d'un Dieu se manifeste par le spectacle de ses oeuvres iinmortclles.
La porte, en touruant'sur ses gonds, fit retentir les dernières voix des échos de la chapelle... Aloïse seul une fraielienr qui la saisit; elle frémit eu voyant les vieux piliers éclairés par la lueur rongeAtre de sa l.inipe. Les vitraux sont colorés par la lune, et ses rayons produisent des rellets comme matériels, auxquels l'imagiualiou peut
L'HÉRITIÈRE DE CIRAGUE.
(limiior un corps; l:i vdillc sombre, 1(> silence iininiinlile, et snrtonl l'iiloe (le l;i piésenre iniméiliau- ili' l'Eli nicl, ini llenl le comble à son lionble, pii''|i-iié p:ir l.iiil (Ir in;iieslneil es eireoiis{:uices. ïoiil est c;ilMie ... elle ;iper(;.pii 1 bolel iléi;r.nlé de Saiiil-M;i;liicn ; elle s":igeiioni'.le, dépose sa l.uiipc, el prononce ces paroles, qui se perdent d.iii> l'espMce :
« Il mou l'ieu, loi «pii lis dans nos c<rnrs cl qui en diriges les senlimcMls, prèle r^ipi'"' ''" '=' pniss;ir.ee à la jeniie-se el an nialbenr! Je n'ai |Minl allemin le li nips de rinliMliMie poin- iiivifiiier ton saint nom. l'ous b's jours, lu le sais, mcju ame s'est élevée vers loi; seconde-moi, ô mon llieii ! el pn-ncU pi.ié des peines de mon père. »
A peine celle prière esl-elle iielievé.'. fpi'nn bruil sobit se faii enlemlre; la vortie de la cliapelle en esl éb:anloe. Aloise, iremblantc de frayeur, n'ose ni se retourner ni regarder; immob le et glacée, elle re'iiciil sa respiraiion... Le bruit ai:gnii nte et s'approcbe. La pauvre enfant semblable an monlon pen(lanl l'orage, se serre et se ramasse; une sncni fioide eoule |iéniblrmeiU, un Ires^aillement involontaire agite tous ses niendircs; on dir.iit la cruelle miirl préenle et inévilable... Cepcmiaiil, une espeee de l'.iulôine moule à laulel; sa déinan he est grave, et la i(d)e bl.iiicbe (pii le couvre nnd plus imposante encore la inijeslé de cet être inysléri(U\. Se leliiuruant alors, il imposa ses m.dus sur la tèle de la jeune (illf, el dit d'uee voix solennille : — Je te bénis!... I. 'accent de boulé qui accompagnait ces paroles eiUMuragea lellemi«nt Al lï^e, (pi elle se Imsarda à lever les yeux vers riiiconnu. Kii ce moinciil un layon de la lune argenlail les clicveux blancbis du vieillard, et lormiit une espèce d'auréole qui adomissait la (ierlé de se-- Ir.iils im|iéii( u\. Après un iu- &taiit de silence qu" \l()îse n'(')sait iiilei rompre, l'étranger prononça ces mois en jetant sur elle ini regard coqueinl d'une (Junee mélancolie. . — Mon enfant, tu seras lu t;rcu-el... là'peiidanl l'Iieure de rainielioii peut arriver... Ecoute, lo;>que le niallieur descendra stir loi, ('(uinne le v.iulour fond sur la colombe... (pie je sois Ion refuge !... Voici un pn'eieux rosti re... preuds-lc... Hix grains j( tés dans la fileriie du elia:eau m'anuoncciont Km inforimie, el sur-le-cliamp elle disparaîtra!... — Ab ! soulagez plutôt celle de mou père... — Jamais !...
A cet arrèl, prononcé d'une voix terrible, les voûtes de la cliaj»el1e reieniircni; cl les vitraux ireiiiblèienl... Aloi«e. éptmvanlée, croit entendre la trompette céleste. . sesforcis Ta! andoiuienl; elle se prosieriu'... L'ineoinm se penche; ses levie- s'" i-'s eflbuK'ut le cou d'albâtre de la jeune vierge, un soupi si i lipp ■ de son sein... A celle eha--le caresse, l'œil ciiridix d'-M'isi- dieu lie le vieillaid... M avait disparu : léger comme l'air, prompt comme la foudre, nulle Iracc... nul bruit! Le temple a repris sa tr.impiillité; 1.' r:)saire est sur l'aiilil. Elle s'en saisit, et sort en courant coiiini ■ • i tons les spectres dis Malbleu, 'toulevaiU les marbres de leur tombe, étaient à sa poursuite.