CHAPITRE XII
Du braiica in bruac.im il(!îrinsnl;it alque fecit poufl Pièce de Miciikl Mou».
L'officier de Cbanelos, lurieux de l'arrestation de S()n ami, jura de remuer ciel et terie pour -a délivrance. U ordonna à son cciiycr (car, depuis la restaiiralion de ses fi laiices. le lier gcetilhoMiine avait pris à son service un p.nivre inendiaiii qui -e trouvait décoré de ce nom poiiipiuv). il ordonna à ^oii éeiiyor. diM)n--ii()ns. de seller ce fidèle lleiiii, et de se leiir pièl à le suivre. L'inlenion du capit.iiiie était (II- se rei.dre :iii elial' an de Riragiie. et de repricher .iinèieiiieut à sa lille .Malliilde l^ibn- iprcllc l'.ii^ait dn p iivoir i]ne le innii el le titre de ci inle se dr .Alorvan lui donnaiinl. lîi.b ri, (pii s - pipiait de
co:iiiailre les I une . a lonjinir- «oiitiMiii (pic le seigneur de Clian-
clos av.iii pi'incipali'inenl éii' di'iiTniiné à ccile déniai clie par l'appât des niill • pislole- qu'il d vail lui (iiiiiptei Ciiinine rien daii- les mémoires aiiti, graphe- que nous pos-idnis n'aiinonee la véracité d'une pariillcsiippiisitiiiii. tout a f.iil injniiin c pour le capitaine, nou- nous conti nleroii de i faire pan an 1. cieiir. en llivilaiil à n'y donner que rii!i;;()r!ai;ce qu il ji;g.;ra convenable. Qu'ji qu'il eu soit, l'oflicier du
L'HÉnrriÈiŒ de bir.\gue.
Chanclos arpentait au grand trot d>' son clii'val le clicuiin que la nalioii tenait de la tniiiiilicitu e di- ses pi inee», tpii avaient permis aux eoiriinuiies de se riiinrr piiur faire nue r^ule royale. I,i' cipi aine, avant de (juiller <oii manoir, s'élailfnrlilii; l'estomac «l'on »lé|iiiiier ^ubslantii'l arrosé de deux excellentes bouteilles de vin iln meilleur cru. Vous jugez, leclnu', s'il se sentait en louables ili-po>itions pour bien quereller >a lille, M)n gendre et >a pelile-lille au ln'soiu ; au-si tnlra-t-il dans les cimrs du cliateaude lliragne avec la lierlé d'un géuérui d°uruitie qui (irend posse.-'Siou d'une ville conquise.
liéroniino, i|ui, de son grenier, avait l'oreille aux écoutes, et qui, depuis la nuit dernière, atleudail inipalienunent le retour du marquis pour lui faire part des iiuporlaiits seerels (|u il avait déC4iuverts, crut que le bruit des chevaux qu'il entendait aununi,'ait l'arrivée de sou maître. Il se mit à la lucarne de sa eliamliie, et aperçut elfeetiveinent le marquis ipii entrait dans les cours aeeoin|iagiié de plusieurs cavaliers; en eonsé(lueiu-e, il deseemlll piéeiiiilaiiuuenl ^e^ealier pour courir au-devant de lui. lainnnc il eiijiimhnil les mircbes «lualn; à qualre, il se trouva vis à-vis le capitaine, (|ui, uiallieureusenieiil piinr I It.ilien. ayant bonne ménioiie. recoinuil de >uite la liftuie pal iliul. tire du drôle qu'il croyait avoir cliaiié >évereuieul. — Uo ho ! s éeiia I officier de l.lianelos eu saisissant l'Italien par l'uieille, voilà, sur mou bonneur, le coquin qui joua des contean\ avec le vieillard balafré... Ab çà. coquin, comment se fait-il qu>^ tu te suis dépendu?,..
Aux geste.-, militaires du capitaine, et plus encore ù cette interrogation foudroyaule, (iéronimo reconnut de suite l'impitoyable soldat de la fcirét. l'iein de Iroubli; et d effroi, il jela un cri terrible; et, faisant un soubresaut viobnt, il s'élança au travers des apparlemenis, en laissant lonicfois dans les mains nerveuses du capitaine l'oreille .droite, que celui-ci avait saisie comme pièce de conviciion. — ÎSe crois pus in'éi'liap|ier, diùle, dit le capitaine en mettant l'épce à la main; pur imin beurielte, je jure que tu ne te dépendras pas cette fuis!
Eu acbevautces paroles, liriitablegeutilliomine se mil surles traces du luyanl, et le poursuivit si vivement, qu'il entra en même temps que lui dans l'apparlemenl de la comtesse. Une fenèlre était ouverte, et Gérouiuio, sans trop calculer la liauleur qui la séparait de la terre, aima mieux la francbir, au risque de se rompre un bras, que d'attendre liinplacable ennemi qui le poursuivait. Apercevant son mai- Ire, il se précipite en s'écriaiit: — J'ai le secret' j'ai le secret! — Que dit ce pendard'.' s'écria le capitaine en s'approcbaut vivement do la fenêtre... Heau secret, ma foi! ajoula-t-il en rei^ardaut l'Italien étendu sur le pavé, que celui de se fracasser le crâne, lilfeciivemenl, Géiouimo était tombé si mulbeureusement, que la télé avait porté tout le
f)oids de la cbuie, et il paraissait en ce niuiuentsur le puiulde reudre e dernier soupir.
\ l'aspect du capitaine, à ses menaces, aux cris et à la cbnie de Uéroninui, lu ccunlesse et son époux, pâles et tremblants, se regardaient avec anxielé : le marquis était acccnnu auprès du corps de son domeslicpie, et le reste des spectateurs attendait en silence l'issue de cette scène extraordinaire. — Eh bien! Géronimo, dit Villaiii en essuyant de relever son domestique, quel secret as-tu donc découvert.' — Le secret de la famille, mon-eigneur, répondit l'Italien d'une voix faible; mais je crains bien qu'il ne me serve de rien d'avoir eu tant d'adresse : je sens mes esprits s'évanouir et ma vue se troubler : tout m'annonce que je vais aller reudre visite à Lucifer. L'roj^z vous que je sois danuié, monseigneur.' — Imbécile! laisse la tes sottes tpie-tions, et apprends-moi promptemeiil... — Jlonseigneur, le vieillard ineounu... Ab! saints du paradis, ayez pilié de moi, ou je me donne au diable... Géronimo parut en ce moment éprouver une douleur algue. Sa soufl'iance fut longue et terrible; il poussa enlin uu profond sou|)ir comme s'il se seiiiait soulagé, et expira.
— Le misérable ! s'écria Villani furieux, il nieiii la van l d'avoir parlé!. — Avuut d'avoir parlé! réiiéta le comte d'un air égaré; avait-il donc connaissance... — Monsieur le comie, reprit vivement MalliilJe en interiompnit son époux, devez-vous vous occuper du sort d'un scélérat iju'uue prompte mort a ravi au glaive de la justice? Et vous, mou père, que signifient ces cri.s menaçants et cette arme que vous tenez à la main?... Etes-vous l'exécuteur des hautes œuvres?... — Ventre-saint-gris, pér^ninelle! s'écria l'ollicier de Cbanclus furieux, piciiez-le sur un ton plus convenable... Comte Mathieu mon gendre, je viens ici pour lu'expliquer avec vous. M'appteudrez-v(ms, mousieni-. de quel droit vous avez envoyé une bande de suppôts de justice à mon château, avec ordre d'enlever ce bon Jeun l'aqué, mou ami, pour le conduire dans mi chuteuu fort.'... — Moi! reprit le comte embarrassé. — Vous-même, mou gendre... le Irait est noir, je vous le dis en face. Quoi! pour plaire à votre impertinente femme et à ses coui lisans, mille fois plus impertinents encore, vous ne crai- };ne2 pas de manquer essentiellement à votre beau-pcre. à un gentilbomnie recominandable. en faisant arracher de chez lui un oiîginal, j'en conviens, mais un parfait honnête homme et uu bon ami, dimt dont le cœur et la bourse sont ouverts... Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit; q lavez-vous àreprouherà Jean Paipié.'... - Rien personnelleiiient. reprit le comie; il n'a dû êire arrêté que comme homme sans aveu et sans asile, et errant de caverne en caverne. — De caverne eu caverne, mua geudre!... Eh! pourquoi preuez-vous
donc le château de Chanclos?... Ou vmt bien que vou< n'avez pas vu les nouveaux embellissements que je viens d'y laiie (aire, et que vous ignorez également ceux que je projette encore... Mais patience ! patience!...
L'expaiisif capitaine aurait parlé bien plus longli'uips sur un sujet qui lui était au>si agréable si la vue du manpiis Villani. qui entrait alors dans l'apparlemeiit. n'eâl change le cours de ses idées. Il reconnut de suite Vill.iiii pour le cavalier qui av.iit essayé de recueillir les derniè: es paroles du bandit 'iéronimo. — Me ferez-vous l'Iiounenr de me dire, demanda-t-il brusquement <;n s'aiiressnit au marquis, quel rapport il peut y avoir entre un coqmn licl'fé comme celui qui e?l étendu smis li's fenêtres de ce salon, et un cavalier qui est reçu chez le comte .Mathieu de Murvan, mon gendre'' — Quel r.ippoit, capilaiiie! répcunlil l'ilalien sans s'émouvoir. — Oui. monsieur, quel rappiirl, reprit lieieuient Cliandos en c;iressant doucement la poignée de son beurielte. — Ceux qui peuvent seuls exister entre un homme de ma (pialilé et uu être aussi ob.scur... L'iiomme élendu mort ici près faisail parlie de ma maison. — J(die maison, ma foi, vous pouvez vous en llaller ! Ventre-saiut-sris ! si je juge du reste par l'échantilliin que j'ai sous les yeux, cela diil êire un repaire de brigands. — (.lue voulez-vous dire par là, monsieur de r.haiiclos.' — Je veux dire que Vhonnéte parlie de voire maison ipii est conehée là au frais était le plus giand scélérat du monde. Je le renconlrai le lendeuiaiu de l'insipide bal donne ici par madame ma fille. Jetais à me rafraîchir avec l'ami de Vieille-Roche, lorsque ce drôle entra dans l'auberge où nous nous trouvions, l'.u de t<nips après son arrivée, uu vieillard couvert d'un grand manteau brun, une balafre sur l'œil, s'arrêta devant la p.ute de l'auberge; le bandit voulut lier conversation avec le vieillard, et lâcha quelques mots qui me déplurent. Je mets la main sur mon heniiette pour cliàiier l'insolent; le pendaid prend la fuite, et disparaîl. lieux ou trois heures après, je le surprends au coin d'un bois jouant du couleau sur la peau du vieillard. Pour le coup il ne put in'écliaiipcr : je fais une lioulonnieie de dixhuit pouces au ventre de mon coquin, et le pends à un arbre. Je croyais lioiinemeiit avoir débarrassé les chemins du promeneur le plus désagréable, lorsqui; je rencontre anjiiurd'hui mon spadassin dans le clialeaii du comte Malhieu mon gendre. A ma vue, ï'Iiormcte partie dt'. la maison de mon; leur se récrie avec effroi : je reconnais mon gibier de polence, et le saisis par l'oreille; il me la laisse dans la raaiii ; je le poursuis lépée dans les reins ; il saute par la fenêtre, et se casse la tête sur le pavé des ccmrs. De tout cela, je conclus, 1° que monsieur a eu un grand tort en recevant un misérable de celte espèce à son service; 2° que ma (ille la conilesse a eu deux grands torts: le premier, de se chaiger de l.i vengeance d'un coquin d'Italien ; le second, de faire arrëler un hiuinéte homme qui ne lui avait fait aucun mal, et qui, de plus, élait l'ami de son père; 3° que le comte Malhieu mon gendre a eu trois grands torts : le premier, de se mêler d'une afaire qu'il n'entendait pas; le second, de manquer essentiellement à son beau-père; et le Iroisiénn?. d'avoir cru sa femme sur parole; i" enfin qge moi seul ai eu raison. En conséquence, je demande que Géronimo soit jeté à la voirie, et que Jean l'àqué soit mis de suile en liberté.
Le récit du capitaine avait clé écoulé avecla plus grande attention : les uns (le maripiis était de ce nombre) espéraient y découvrir la tr.iee de ce qu'ils cherchaient; les aulres aitendaieiit en tremblant l a.freuse lumière qu'ils redoutaient. — Lh bien ! comte, demaiuLrle capit;iiDe eu s'adressant à son gendre, qui paraissait plongé dans la rêverie la plus profonde, me renilrez-voiis mou ami?... — Je ne puis, cber capitaine, entraver la marche de la justice : si votre ami est bounète homme, comme j'aime à le penser, n'en doutez pas, il sortira sous peu de prison. — C'est bien ce qu'il m'a promis, reprit Chanclos, et même, si j'avais voulu l'en croire, je me serais dispensé de solliciter pour lui. Ce diable d'homme prétend être libre dès qu'il lui conviendra, et avoir de plus le pouvoir de faiie Irembler ses plus fiers ennemis. Comtesse ma lille, il m'a promis de rabai.-ser sous peu Votre orgueil ; Dieu le veuille ! quant à moi, je renonce à celte tache difiicile. En acbevautces mots, le capitaine sortit du salon, et descendit l'escalier en sifllanl la fanfare d'Uenii IV et en a| pelant Robert de toute la force de ses poumons.— Quelbomme!s'écria la c<»ntesseeii le voyant sortir ; faut-il, hclas ! que je sois sa fille !... Celte phrase mélancolique lui servit à dégui-er le ironble que les paroles de son père avaieni l'ait naître dans son esprit. Villiuii fut le seul qui ne fût pas la dupe de cette ruse féminine. Il avait rem;irquérin(piiétudede Maihilde pendanl le récit du capiiaine, et son effroi visible lors de sa dernière menace. Enfin, le peu de mots (pie prommça (iéroiiimi> mourant ctmfirmaient les soupçons qu'il avait toujours nourris jusqu'alors ; il éiait maintenant convaiiieii (pie la vie du comte et de sa lémme cacliaieiil un myslere tenible, éponvaiit;dile. A en juger par les angoi.-ses que les deux époux épronvaieni, il ne doulait pas que la possession de leur secret ne le rei.dil l'arbitre de leur destinée, en un mot, l'époux d'Alo'ise, et riiérilicrdesimmensesdomaines de la puissante maison de.Morvan. Mais ce secret import;int, il fallail le découvrir! aussi se piomil-il de ne rien négliger pour y parvenir; et, comme le vieillard Jeau Paqué lui paraissait cuuuuitre le mystère
LIlfiRlTIÈUE DE BIRAGUE.
qu'oD veillait dérober à sa connaissance, il funna le projri ilo lui laire reiuirc la liUcrié. |>inirvii qu il voiilrtl ilcvoilor loin ce qu'il savait sur la famille de- Vorvau.
Tiuidisquc le marqui-, loul en accablant la comies-e de naiteries outrées, cherchail dans ^on e-prit les niovens d'aniv. r à ses lins anlbilieu^esaux dépens même de celle qui lui nioiurail laiil de préd:lection. le capitaine parcourait le elialeau en s c^-d-illaiil à ciier après Robert, qui ne paraissait pas, cl eii rudoyanl l lus les dninesliques qu"il reueouirail. Inipalieiilé de riiiutiliU' de ses recli.nli. s, i'orticierde l^banelus Mirlii de riutéiieur du château, el se reinlii d.iiis le pare. Il v avait près il uu quart d'heure qu'il élail assis sou^ un massif d'arbres. loi>qn'uue marche lui aimouva l'approche de quelqu'un. Il lève la tète, et recouuail lloberl, qud avait si lougiuuioiil et si vainement cherché
— Par Vaigle du Bearn! s'écria-t-il, je serais curieux de savoir, monsieur Robef ce qui a pu retenir si lonsîtenips hiu's du cliàieau un inleudaut aussi zélé que vous ? —Ce qui m'a retenu , monsieur de Chanclos, reprit gravement lloberl, ça éié ce qui m'a occupé lnule ma vie, le service des Morvan. — Peste soit de vous el de vos .'ilorvan ! vous êtes cause qu un Chanclos s'est morfondu peudani trois quaris d heure. — Quand il s'agit du service des Morvan, reprit lloberl avec emphase, les Chauclus peuvent attendre. Savcz-vous, mousieur le capitaine, qu'avant que la geulilhouiniiere de l hani lus existât, les tours de Birague s'élevaieul majeslueiiseuienl dans les airs .' La noblesse des Morvan ne date point d'un jour connue celle des Chanclos ! — La noblesse des Chanclos dale d un jour ! s'écria le capitaine tout boufli de colère : par l'aigle de Bearu, mou invincible maître!... — Oui, d'uu jour, monsieur le capitaine, inlerrompit Robert; j'en suis l'àché pour vous, mais je n'y peux que faire. Votre maison ne compte guère que cent cinquante ans de noblesse, tandis que les Mathieu de Morvan... Ahl ceux-là nont jamais été anoblis, ils sont nés Morvan. — Cenl cinquante ans de noblesse I reprit le capitaine un peu adouci par le siècle et demi d'antiquité que lîobert accordait à sa race; savcz-vons, nnuisieur Robert... — Mou Dieu, je sais tout cela. Je sais que sous Mathieu XXVlll et sous Robert I ', sou intendant, il n'était pas encore question des Chauclus dans la comté : les registres de mou intendance eu foui foi. Je sais de plus que les Chanclos ne furent anoblis qu'en l'an 14.., sous le règne du roi "**, et cela à la recommandation de .Mathieu XXXI, cuniie di^ Morvan, lequel, du temps des croisades, fut six mois roi de Bethléem. Bethléem est eu Judée, capitaine ; lequel Mathieu XXXI voulut recompenser, dans la personne de Jean-Nicolas-Barnabé Rousson, les services d'uu bun et tidele maître d'holel... Ce que je vous dis là, capitaine, est au vu et au su de loul le monde. — Venlre-sainl-gris ! j'espère bien que non, se dit lollicier de Chanclos en lui-nicnie... Ah çà, monsieur Robert, reprit-il loul haut avec une douceur (|ue la science profonde du vieil intendant lui avait inspirée subiicmcni, il ne s agit pas ici de disputer sur le rang des Morvan et des Chanclos; ce sont deux familles glorieuses dont chacun lient à grand honneur d'être allié, et qui ont droit à vos respects, aujourd'hui surtout qu'elles sont coid'ondues eu une seule! Je suis venu à Birague pour une affaire qui ne vous regarde pas cl pourtant qui vous regarde; c est pouKpioi je désirerais avoir avec vous un momeut d'entretien particulier. — Eh bien! monsieur le capitaine, nous sommes Seuls, parlez. (Ju'avez-vous à me dire'? — Connaissez-vous, mon vieux Robirl, un certain Jean Pàqué'.' — JeauPàqué' dit Robert en fixant ses deux petits yeux gris et brillants sur le capitaine; je crois effectivement avoir eniciidu parler... N est-ce pas le nom d'un vieillard que vous avez retiré à Chanclos'? — l'récisénieut, mon camarade. Il y était encore ce matin lorsque la justice est venue l'y arrêter en vertu d uu ordre obtenu par le crédit du comte Mathieu, mim gendre, et délivré par le sénéchal de Bourgogne. — 0 honte! ù infamie! s'écria Robert en se tordant les mains ; û noble mai-ou de .Morvan! ô intègre intendance des Robert! vous éles lîétries pour jamais! — l-à, la, mon vieux camarade, dit le capitaine, calmez un peu ce llux d'exclamations. Ah çà, vous vous iiitéiessez prodigieusement, à ce qu'il nie parait, à mon ami Jean Pàqué? — Moi ' reprit Robert, point du tout ; je ne m'inquiète que de l'honneur des Morvan. — (Juel rapport y a t-il entre les Morvan el mon ami Jeau Paqué? — (Juel rapport, monsieur le capitaine? Ecoulez: ce Jean Paqué, que vous honorez du nom de votre ami, e.-'l uu honnête boniniif. — Venlre-saint-gi is ! j'en jurerais. — Eh bien ! monsieur le capitaine, on l'arrête chez vous ; ou se sert du noble nom de Morvan pour ciiminellre une injustice; on fait passer mon luailre pour un sei- Buiur dur cl cruel, et 1 ou llétril ainsi l'anlique renom de venu des Morvan, et par contre-coup celui des Robert, leurï intendants nés. Mais celle trame odieuse ne s'accomplira pas. Je cours trouver monfcigueur, et... - Ariélez, monsieur Robert, arrêtez, dit loflicierde Ciiandos en relenanl p.ir le bras le malin inleudaut, qui riait sous cape eu voyant le capiuiui; prendre le change ; j'ai de,a parlé au Comte ilaliiieu mou ^icodie, cl tout ce ipie vous pourriez dire a ce sujet sérail iumde. Vi-uons donc à ce que j'ai à vous cou ler. Mon ami JedU Paqué m'a donne uu billet doux pour vous : le voici.
En prouonçaiil ce» pd^ole^, le capitaine remit à Robeil le papier euipreiul du ïigue luv^léiicux qu y avait apposé l'incouuu. L'iulen-
daul, en apercevant cette marque, s'inclina devant le capitaine et lui demanda ses cu'dres. — C'est une lettre de change, mou camarade, repiil le cnirilaine en riaiil, une lettre de change de mille pi^loles d'or. Y f. ri zvdiis linniienr? — A 1 heure iiiêuie; mais cependant à mil' coiiililiun, eapitaine. — Laquelle, monsieur Roln-rl'? Le secret. — ,1e le proinrls an nom de l'aigli' du Héarn, iniu invincible inaitre. — l!ela snIVit. mou capitaine; suivez-moi, je vais vous coiiipler votre argi'iit .. Mais non. ne nie suivez pas; on pnuriail nous surprendie iii^eiuble, et il ne faut pas que cela arrive. Trouvez-vous celte nuit à minuit près de la tour du Nord; là je vous remettrai vos mille pistiiles en brlle monnaie royale. — Lh bien ! soil, Robert, k uiinuil, an pied de la tour du Nord. — A minuit, monsieur le capi« laine; c'est entendu.
Robert alors salua le capitaine el regagna le château à grands pas. L'dflicier di' Chanclos le suivit quel((ue temps des yeux, puis il prit, en se jirouienanl. le chemin des écuries pour s'assurer : 1" si son fidèle lleiiri ne manquait ni d'avoine ni de litière ; 2° pour le seller, car le bon capitaine roulait eu sa tôle des desseins que, selon sa ma» uière de voir, il croyait très-importanis. Comme il traversait les premières cours, il se sentit saisir et embrasser étroilement. — Veiitresaint-gris! s'écria noire vieux gentilhomme, quel est donc le fou ou l'ami qui me serre ainsi? — C'est moi, capitaine : c'est Adolphe d'Olhrense. — Mou petit chevalier ! Eh! embrasse-moi encore, cher enfant... Coiblen ! jeune liniuine comme vous voilà fringant! — Je suis lieulenaiit ;iu\ g;ndes, mon ami. — Lieutenant aux gardes à dix-huit ans! Par l'aigle du Béarn, nous n'avancions pas si vite au service de mon invincible maître, el cependant nous nous battions aussi bien et un peu plus souvent que vous ne le faites aujourd'hui ! (Juoi qu'il en soit, j'aime à te voir ce brillant uniforme; par mon henriette, cela, te donne un air cavalier! Ah çà, mon petit chevalier, que viens-tu faire ici ? — Je viens pour rendre visite à mon oncle, réclamer sa parole au nom de mon père, qui ne tardera pas à arriver, el épouser ma cousine Aloïse. — C'est fort bien l'ait à toi. Comment t'a reçu la comtesse? — Comme un étranger. — Le comte ? — Coinine un lils. — Aloise? — Comme un amant. — Alors nous épongerons, s'écria le bon capitaine eu se Irottanl les mains avec un air de sali-l'aclioii i ten sifflant la fanfare d'Henri IV. fanfare iiiévilable dans toutes les occasions de joie. — La comtesse cependant s'iqipose à mon mariage. — Tu épouseras malgré elle. — C'e>t bien mou intention. Llle me préfère ce maudit Italien de Villaiii. —Va le battre avec lui. —Je ne demande pas mieux; j'y cours. — Un moment. Je rélléchis qu'il n'est pas décenl qu'un jeune hiunme ait l'air de forcer une fainihe, l'épée sous la gorge, de lui accorder leur enfant eu mariage. J'irai trouver ViRani, moi! — Vous, capitaine ? — Moi-même. Ne suis-je pas le grand-père d'Aloîse? Je signitierai à ce courtisan ultrainonlaiu que. s'il ose prétendre à la peiite-lille d'un Chanclos, je lui clouerai l'oreille de son coquin de valet sur le nez. — Mais le conile? — Est un rêveur. — Mais la comtesse? — Est une iniperlineule. — Mais Aloïse? — Est une aussi jolie (ille que mou Anna. Patience, patience, j'ai des projets, et dans peu ou entendra le bruit des violons dans le manoir des Chanclos.
En prononçant ces mois, le capitaine embrassa le chevalier d'Olbieu>e, et entra dans l'écurie de sou Uenri eu iredunuanl l'air d'une contredause